Anciennes Ministres des Finances en France : Parcours et Contributions

Les finances publiques de la France sont dans le rouge, un constat accablant fait par la Cour des comptes. Le gouvernement n’a pas été « capable de maîtriser la dynamique de la dépense et réaliser des efforts d’économie pérennes ». La France est dans une situation d’isolement financier.

Dans cet article, nous allons explorer le parcours et les contributions de plusieurs figures marquantes qui ont occupé le poste de ministre des Finances en France, de Michel Sapin à Éric Lombard, en passant par des figures historiques comme Achille Fould.

Michel Sapin

Michel Sapin, ancien ministre des Finances

Michel Sapin : Collaboration avec François Hollande et critiques

L'ancien ministre des Finances Michel Sapin pourrait collaborer avec François Hollande. Il dénonce également « la politique de rabot massif sur les APL dont les bénéficiaires ne sont pas les grandes fortunes » ou encore le « saccage » de la suppression des emplois aidés. La réforme de l'impôt sur la fortune, qui exclura désormais les revenus de l'épargne, est « inégalitaire et déséquilibrée », juge M. Sapin. L'ancien ministre estime également « regrettable » le report du prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu.

Malgré tout, ce très proche de François Hollande estime qu'Emmanuel Macron « est très bien rentré dans les habits de président de la République ». Interrogé sur les ordonnances réformant le code du Travail, il ne les juge « pas souhaitables » et assure que le gouvernement auquel il appartenait aurait « pu se passer » de la loi El Khomri.

Selon Paris-Match, l'ancien ministre va devenir un des sept collaborateurs auxquels l'ancien président François Hollande a droit.

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Achille Fould : Un Financier au Cœur du Second Empire

Achille Fould

Achille Fould, figure influente du Second Empire

Né à Boulay en 1767, Berr Lion Fould entre dans l'entourage du plus grand négociant et homme d'affaires juif de l'est de la France. C'est lui qui établi dans la banque à la faveur des événements révolutionnaires, se trouve à l'origine de la fortune financière des Fould. Celle-ci, malgré certaines difficultés, est définitivement acquise à l'époque de la Restauration, et l'hôtel Fould, rue Bergère, devient l'un des pôles de la vie parisienne sous la Monarchie de Juillet.

Intime des princes d'Orléans, grand amateur de chevaux et l'un des fondateurs du jockey-Club, il entre dans la vie publique comme conseiller général de Tarbes (1839). Elu député des Hautes-Pyrénées en 1842, il tend à se présenter progressivement comme un spécialiste des questions relatives aux finances publiques et aux impôts - certains considèrent qu'il vise déjà le portefeuille des finances.

Au cours du printemps 1848, Achille Fould fait cependant paraître deux brochures sur les questions financières, et, après un échec aux législatives du 4 juin, il rentre à la Chambre comme député de la seine le 13 septembre 1848 - en seconde position derrière Louis-Napoléon Bonaparte. Familier de Thiers, ayant conservé en outre des liens avec nombre de ses anciens amis orléanistes, Achille Fould semble pourtant au cours de l'année 1849, se rapprocher peu à peu du Prince-Président : ile entre avec le portefeuille des Finances dans le ministère du 31 octobre », et est alors très généralement regardé comme l'un des principaux personnages du parti de l'Elysée ».

Achille Fould s'emploie avant tout à ramener la confiance, en rétablissant une administration budgétaire stable et en essayant de réduire la dette flottante. Devenu familier de Louis-Napoléon, Fould participe très directement, avec le comte Daru, à la préparation du coup d'Etat, mais il se tient à l'écart lors de l'exécution. Dès le 3 décembre 1851, il retrouve le portefeuille des Finances, avant d'être fait commandeur de la Légion d'honneur (le 11 décembre) et de prendre rang parmi les premiers sénateurs (26 janvier 1852).

Son influence auprès de Napoléon III et son rang de ministre d'Etat lui permettent d'intervenir dans tous les domaines de la politique du Second Empire, et en particulier dans celui de l'économie et des finances. En charge de l'administration générale des revenus de la Couronne, des institutions à caractère « culturel » (théâtres, musées, bibliothèques, archives, aménagements du Louvre…), mais aussi de la Légion d'honneur, de l'Institut etc., il est devenu l'intermédiaire obligé entre les ministres ou les assemblées, et le souverain.

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En tant que secrétaire du Conseil privé, que préside l'impératrice, Achille Fould, est en charge de diriger le gouvernement. Pourtant, la conjoncture est alors devenue différente, et la politique financière très orthodoxe d'Achille Fould se heurte à des oppositions de plus en plus importantes, jusque dans l'entourage le plus proche de l'Empereur.

Le 5 janvier 1860, Napoléon III, par une lettre au ministre d'Etat publiée dans le Moniteur du 15, lance le « programme de la paix », d'inspiration saint-simonienne. Opposé à la dérive budgétaire qu'il prévoit, Fould, pourtant favorable au libre-échange, quitte le ministère où il est remplacé par Walewski (novembre 1860). Il se retire alors ostensiblement à Tarbes.

De retour aux finances, Achille Fould conduit pendant six ans une politique budgétaire stricte, qui assure au régime l'appui des milieux financiers, appui que le ministre rend éclatant en organisant la réception de Napoléon III à ferrières, chez le baron de Rothschild (18 décembre 1862). Le succès de Fould est réel - et reconnu des milieux politiques et financiers -, les budgets sont très régulièrement présentés en équilibre (au moins théorique), et le régime bénéficie d'un véritable « plébiscite financier ».

A l'automne 1866, il se heurte à Fould, celui-ci toujours opposé à tout accroissement des dépenses publiques alors que l'Empereur souhaitait renforcer le budget de l'armée. Et lorsque, le 17 janvier 1867, Napoléon III communique son programme de réformes au ministère, dont il demande la démission, Achille Fould, sans doute déjà fatigué, ne semble pas regretter d'abandonner les affaires.

Après avoir passé une partie de l'année 1867 en voyage entre Paris, Deauville et la Côte d'Azur, il se retire dans sa villa de Tarbes, où il décède brutalement , le 5 octobre 1867.

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Éric Lombard : Technocrate de l'Économie et Défis Budgétaires

Éric Lombard

Éric Lombard, ancien ministre de l'Économie et des Finances

Éric Lombard a été nommé ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique lundi 23 décembre. Longtemps, il se fera la main à BNP Paribas, où il prendra une pause à la fin des années 1980 pour devenir conseiller technique de Michel Sapin, alors ministre de l’Économie, dont il est toujours proche.

Il devra agir vite : le déficit doit dépasser les 6 % du PIB début 2025. Éric Lombard, dans un court discours lors de la passation de pouvoir à Bercy tard lundi, s’est dit prêt à s’attaquer au « mal endémique : le déficit et sa conséquence sur la dette ».

Le nouveau ministre, numéro trois du gouvernement, s’est toujours dit social-démocrate et, s’il le fallait, « de gauche », rapportent les Échos. Éric Lombard devra aussi composer avec le Rassemblement national (RN), faiseur de rois dans une Assemblée nationale morcelée, qui n’hésitera pas à imposer ses « lignes rouges ».

Directeur de la Caisse des dépôts et consignations, Éric Lombard, 66 ans, a été promu ministre de l'Économie et des Finances le 23 décembre dernier. Ce technicien de l'économie, un temps conseiller sous Mitterrand, aura la tâche de doter la France d'un budget pour 2025.

Originaire de Boulogne-Billancourt dans les Hauts-de-Seine, Eric Lombard grandit à Troyes, dans l'Aube. Son diplôme d'HEC en poche en 1981, c'est à la banque Paribas qu'il entame sa carrière. Mais "l'action publique [l]e passionne", affirmait-il en 2020 dans une interview à la Caisse des dépôts. Soutien de Michel Rocard lors de la présidentielle de 1988, il rejoint la mitterrandie en 1989 comme conseiller auprès de Michel Sapin notamment.

À partir de 2004, Éric Lombard pilote l'assurance pour la filiale maison du désormais BNP Paribas, puis bascule en 2013 chez l'assureur Generali France.

Dans la foulée, au terme d'un feuilleton de plusieurs semaines, il obtient finalement le poste à la tête de la CDC fin 2017 en remplacement de Pierre-René Lemas, poussé vers la sortie par Emmanuel Macron après avoir atteint l'âge de retraite préfectorale, malgré un mandat courant jusqu'en 2019.

Sous sa tutelle, le bras financier de l'État, à la tête duquel il est reconduit en 2023, réalise l'an dernier un bénéfice net de 3,9 milliards d'euros. Parmi les autres faits d'armes du nouveau ministre des Finances également, la création de la Banque des territoires, qui finance les collectivités locales et les entreprises publiques, le redressement en catastrophe d'Orpea (aujourd'hui Emeis) ou encore le rapprochement entre CNP Assurances et la Banque Postale.

Dans son livre "Au cœur de la finance utile", paru début 2022, Éric Lombard expliquait avoir été marqué par deux figures : son grand-père, Pierre Lévy, fondateur du groupe textile Devanlay, et le socialiste Michel Rocard.

À peine nommé, le nouveau ministre de l'Économie a immédiatement appelé à "traiter notre mal endémique, le déficit" qui devrait culminer au-dessus de 6% cette année. "Nous devons réduire le déficit sans tuer la croissance. C'est cet équilibre que nous devons rechercher".

Antoine Armand : Alerte sur la dette et l'impôt

L’ancien ministre de l’Economie, Antoine Armand, rappelle que la France est « à un moment politique extraordinairement difficile » avec « une des dettes les plus élevées de notre histoire ». Antoine Armand concède que l’Allemagne réalise des investissements actuellement, toutefois, « l’Allemagne a une dette deux fois inférieure à la nôtre », rappelle-t-il. Inconcevable alors de « minimiser sans cesse l’ampleur de la dette », met en avant Antoine Armand.

Selon le prédécesseur d’Eric Lombard, « on ne peut pas avoir la dépense publique la plus élevée de l’Union européenne » ni être « le pays européen qui taxe le plus et se dire la solution, c’est l’impôt ». Vent debout contre les rumeurs d’impôts, Antoine Armand juge que « ce ne peut pas être ça la lucidité face à notre situation ».

Jean Pierre Fourcade : ancien ministre de l'Economie et des Finances (version longue)

René Pleven : Ministre des Finances dans une période difficile (novembre 1944-janvier 1946)

Celui qui, une vingtaine d'années auparavant, avait tenté de devenir inspecteur des Finances, se retrouva propulsé à la tête du puissant ministère de la rue de Rivoli, sans en avoir jamais eu l'ambition, même si son expérience professionnelle et surtout ses responsabilités dans la France libre lui avaient permis d'engranger une précieuse expérience. Mais organiser la reconstruction de la France n'avait rien à voir avec la gestion du petit groupe d'exilés londoniens de 1940-1942, même en tenant compte des morceaux d'Empire ralliés à l'homme du 18 Juin.

Or, dans la soirée du 9 novembre 1944, Aimé Lepercq trouvait la mort dans un accident de voiture à Harnes (Pas-de-Calais). En rentrant d'une visite officielle à Lille, consacrée au lancement de l'emprunt 3 % dit de la Libération, la voiture du ministre des Finances était tombée dans un canal en s'engageant sur un pont coupé mais non signalé. Le 14 novembre, René Pleven était nommé par le général de Gaulle aux Finances ; il était remplacé aux Colonies par le ministre du Ravitaillement, le radical Paul Giacobbi9.

Toutefois, cette nomination due à un accident n'était pas accidentelle. En effet, dans les semaines précédentes, des divergences étaient apparues sur la politique financière lors des délibérations du conseil des ministres. À une époque où, selon la tradition républicaine, les ministres pouvaient donner leur avis sur des affaires ne relevant pas de leur ministère, René Pleven avait soutenu les propositions de Lepercq contre celles de Mendès France, partisan d'une politique de rigueur notamment sur le plan salarial. Le choix de Pleven était aussi celui de la continuité et d'un effort mesuré demandé aux Français.

En effet, le plan économique d'Alger élaboré par Pierre Mendès France n'avait guère emballé ses collègues du CFLN à l'époque. Ils étaient majoritairement en désaccord. Aussi, dès la fin de mars 1944, le commissaire des Finances avait- il présenté sa démission, refusée par un général de Gaulle encore neutre, c'est- à-dire hésitant, selon l'historien Jean Bouvier 13. En outre, dans les milieux de la Résistance intérieure proche de De Gaulle (au Comité général d'études et dans un comité officieux d'études financières composé de banquiers et de hauts fonctionnaires), on s'opposait déjà à “une ponction monétaire qui pourrait entraîner une nationalisation générale des industries”, c'est-à-dire au noyau central du plan Mendès France.

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