Histoire et patrimoine de Saint-Paul-de-Tournemire
Saint-Paul-de-Tournemire et ses environs forment un territoire riche d’un patrimoine naturel et historique exceptionnel, où se conjuguent géologie spectaculaire, vestiges médiévaux, édifices religieux et découvertes paléontologiques remarquables. Situé au pied du Causse du Larzac, le cirque de Tournemire et les villages alentours offrent un paysage façonné par des centaines de millions d’années d’histoire naturelle et humaine.
Le cirque de Tournemire : géologie et paysages
Le cirque de Tournemire, situé au sud-ouest du Causse du Larzac, est une zone géologique remarquable, qui marque la limite entre les avants-causses et les grands-causses. Classé zone Natura 2000, le Cirque de Tournemire est l’un des sites géologiques les plus remarquables de la bordure occidentale du Larzac. Ses pentes de marnes sombres contrastent avec les imposantes falaises calcaires et dolomitiques qui le dominent.
La hauteur imposante des falaises du cirque, les éboulis calcaires à leur pied et les « terres noires » autour du village sont remarquables. Le vaste « millefeuille » de roches qui constitue la géologie du cirque prend naissance il y a plus de 280 millions d’années lorsque la gigantesque chaîne hercynienne, formée à l’époque du Carbonifère, commence à s’éroder et à combler localement un vaste bassin à l’emplacement actuel des Grands Causses. Lorsque la mer envahit ce bassin, les sédiments continuent à se déposer en même temps que les coquilles ou les squelettes des organismes vivants à cette époque.
Façonné par l’érosion au fil des millénaires, ce paysage spectaculaire offre un relief tourmenté qui séduit autant les passionnés de géologie que les amateurs de randonnée et de grands espaces. L’Espace Naturel Sensible du cirque de Tournemire (appelé aussi cirque du Brias) s’étend sur une surface d’environ 130 hectares et marque la limite entre les avants-causses et les grands-causses (causse du Larzac). L’altitude du site varie entre 515 m et 770 m.
Grottes et cavités
La grotte du Brias : une petite entrée au fond du cirque mène à la rivière souterraine du Brias captée pour l'adduction d'eau de Tournemire. Un premier siphon puis 600 m de galeries aboutissant à un second siphon, une courte galerie exondée bute au pied d'un puits remontant. Au total 3 900 m de galeries dont 1 020 m de siphons ont livré des vases gallo-romains.
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La grotte de Matharel du Bajocien, avec deux entrées superposées dans une faille et une vaste galerie de 400 m, a été utilisée en cave à fromage jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. La grotte-ossuaire des Auglans, attribuée à l'Âge du cuivre (Énéolithique), se situe à 200 m de Matharel au pied des falaises du Larzac.
Une découverte paléontologique unique : l’Occitanosaurus tournemirensis
Dans les marnes datant de 180 millions d’années, a été découvert en 1986, le fossile du squelette d’un plésiosaure unique au monde. Le spécimen de Tournemire vieux de 180 millions d’années est le plus complet à ce jour découvert en France. C'est le seul squelette complet trouvé ailleurs qu'en Angleterre et en Allemagne.
Ce gentil reptile marin du Secondaire dont la taille pouvait atteindre 5 mètres devait folâtrer dans ce qui était alors une mer aveyronnaise. Depuis, le prédateur redoutable et la mer qu’il habitait ont disparu, laissant place aux paysages minéraux des Grands Causses. En 2000, le plésiosaure de Tournemire a eu droit à un classement dans un genre nouveau. Il se nomme définitivement Occitanosaurus tournemirensis (Bardet, Godefroit et Sciau, 1999).
Faune et flore : biodiversité du cirque
Le Cirque de Tournemire est un superbe havre de biodiversité. De nombreux oiseaux remarquables occupent les lieux : le Hibou grand-duc, l’Aigle royal, la Fauvette grisette, le Tichodrome échelette, le Crave à bec rouge. On y rencontre également de discrètes chauves-souris nichant dans les cavités.
L’Espace botanique Hippolyte Coste, établi au rez-de-chaussée du presbytère accolé à l’église de Saint-Paul-des-Fonts, est consacré à la vie et à l’œuvre du chanoine Hippolyte Coste, surnommé « le curé des fleurs ». Sa « Flore descriptive et illustrée de la France, de la Corse et des contrées limitrophes » (1901-1906) constitue son œuvre maîtresse, encore reconnue à l’échelle européenne. Saint-Paul-des-Fonts, dans le souvenir du « curé des fleurs » ravivé par ce musée, devient ainsi une destination incontournable pour découvrir les richesses botaniques du Larzac et de l’Aveyron.
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Patrimoine bâti : églises, châteaux, couvents et tours
La partie romane de l'église Sainte-Croix de Tournemire est l'ancienne chapelle castrale, elle date du XIIe siècle ; dédiée à saint Jean-Baptiste, l'église a dû recevoir son vocable de Sainte-Croix lorsqu'une épine de la couronne du Christ y a été déposée par Rigaud de Tournemire, de retour de la Première croisade. Au Moyen Âge, certains Vendredis saints, l'épine aurait rougi de son sang.
Le château actuel remplace un plus ancien construit au XIIe siècle qui relève du comte de Rodez aux XIIIe et XIVe siècles. La branche aînée des Tournemire demeurait dans un logis noble, au milieu de l'ancien château qui tombait progressivement en ruine ; leur chapelle castrale devient l'église paroissiale dont ils conservent les droits honorifiques. De nombreuses générations des familles se sont tantôt battues, tantôt alliées, jusqu'à ce que les revers de fortune des Tournemire les contraignent à quitter les lieux.
Le couvent des Sœurs de Notre-Dame, construit au XIXe siècle à l’emplacement d’un château du XIIe siècle. Le château est vendu en 1807 à M. Nougayrolles de Saint-Affrique. Sa sœur, Rose, le donne vers 1818 aux religieuses de Notre-Dame, qui y établissent un important couvent. Les religieuses s'y installent en septembre 1823.
La Tour du Viala-du-Pas-de-Jaux : le territoire du Viala-du-Pas-de-Jaux a été donné aux Templiers en 1150 par le seigneur de Tournemire. Lorsque les Hospitaliers prennent possession des biens du Temple après 1312, ils décident de créer en ce lieu un village et pour cela construisent les bâtiments d'une exploitation agricole qui sera gérée par les frères de l'ordre. Ils élèvent pour eux en 1315 le logis des chevaliers et construisent une église dédiée à Saint-Jean Baptiste. Aujourd'hui la tour avec ses 30 mètres de haut est restaurée. Le rez-de-chaussée voûté, les cinq étages et le chemin de ronde à son sommet sont accessibles aux visiteurs, ainsi que le logis des hospitaliers datant du XIVe siècle.
Autres maisons et fermes d'intérêt
Les Arnals, ferme du XIXe siècle située sur la corniche du plateau du Larzac, est liée à l'exploitation des ressources du causse. Les Fournials et sa ferme, vraisemblablement du XIXe siècle, est aujourd'hui utilisée comme gîte touristique. Le Mas Allègre possède un compois de 1674 attestant son existence, et la maison actuelle correspond vraisemblablement à un noyau du XVIIe siècle.
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Histoire médiévale et seigneurie de Tournemire
Tournemire fut, au Moyen Âge, le siège d'une viguerie, degré de juridiction d'abord exercée au nom du comte, et qui plus tard devint héréditaire. L'existence du vieux fort se perd dans la nuit des temps, et, au XIVe siècle, il offrait encore toutes les ressources d'une formidable défense. Le principal corps se composait d'une grosse tour circulaire munie de créneaux, et d'un vaste bâtiment presque aussi élevé que le donjon, et couronné de mâchicoulis.
Dès l'an 1284, plusieurs coseigneurs de Tournemire avaient soumis leur fief au roi, et, en 1298, le nombre de ces coseigneurs n'était pas moindre de dix. Ces nombreux démembrements amenèrent par la suite de fâcheuses discussions. Le château principal fut pillé et dévasté en 1543, et quelques années plus tard il tombait en ruines, si bien qu'aujourd'hui on reconnaît à peine la place qu'il occupait.
La généalogie des seigneurs de Tournemire est documentée par de nombreuses mentions : Rigaud de Tournemire, présent à des donations au XIe siècle ; Bertrand de Tournemire, qui reçut en 1350 l'hommage des autres seigneurs du lieu ; Jean de Tournemire, qui prit Aymérigot-Marchès et livra l'événement célèbre relaté par Froissart. Ces récits témoignent de l’ancienneté et de l’importance de la maison de Tournemire dans la région.
Transports, accès et randonnées
La gare de Tournemire-Roquefort, à 497 m d’altitude, est bâtie en octobre 1874 par la Compagnie des chemins de fer du Midi et du Canal latéral à la Garonne lorsqu’elle ouvre à l’exploitation le tronçon du Bousquet-d’Orb à Millau. L’embranchement de Tournemire à Saint-Affrique est également mis en service à cette date.
Une variante du GR®71 C permet de découvrir le cirque de Tournemire, le fort de Saint-Jean-d’Alcas et le village cistercien de Saint-Jean d’Alcas. La descente dans le cirque de Tournemire et l’arrivée au bas du cirque de Saint-Paul-des-Fonts sont les deux grands spectacles de ce parcours qui longe les contreforts ouest du Larzac. Entre les deux : le superbe village cistercien de Saint-Jean d’Alcas, ancien fort de moniales et joyau d’architecture élégamment restauré.
Itinéraire depuis la Tour du Viala du Pas de Jaux : passer devant l'église du village, suivre la route vers le sud pour traverser le village. Environ 150 m après la dernière maison, s'engager à droite sur un chemin. La suivre à gauche sur 800 m puis continuer à droite sur un chemin menant à la croix de Gréponac, longer les bords du cirque. Avant le dolmen de Coste Plane, bifurquer à gauche, continuer sur 500 m et tourner encore à gauche, puis descendre dans le cirque par un sentier raide et caillouteux. Passer le pont du Diable.
Climat, occupation des sols et mode de vie
Plusieurs études ont été menées afin de caractériser les types climatiques auxquels est exposé le territoire. En 2010, le climat de la commune était ainsi de type climat de montagne. En 2020, le climat prédominant est classé Cfb, selon la classification de Köppen-Geiger, pour la période 1988-2017, à savoir un climat tempéré à été frais sans saison sèche. Météo-France publie en 2020 une typologie plaçant la commune dans la région climatique Ouest et nord-ouest du Massif Central, caractérisée par une pluviométrie annuelle de 900 à 1 500 mm, maximale en automne et en hiver.
L'occupation des sols de la commune est marquée par l'importance des forêts et milieux semi-naturels. La proportion de résidences secondaires y est notable (32,2 % en 2018), signe d’un territoire attractif pour le tourisme et les séjours de découverte du patrimoine naturel et bâti.
Culture locale, mémoire et témoignages
Le village de Tournemire est classé et a servi de décor à un épisode du feuilleton Les Brigades du Tigre : « Le village maudit », en 1978. On reconnaît de nombreux lieux dans l'épisode, lieux qui n'ont guère changé vu que le village est protégé.
L’Espace Hippolyte Coste, ouvert de la mi-mars à octobre, et les nombreux sentiers, grottes, fermes et monuments du secteur témoignent d’un patrimoine vivant que des associations et des Offices de Tourisme valorisent par des visites guidées et des actions de conservation.
Tableau récapitulatif : principaux sites et leurs intérêts
| Site | Intérêt principal |
|---|---|
| Cirque de Tournemire | Géologie, falaises calcaires, biodiversité, Natura 2000 |
| Occitanosaurus tournemirensis (plésiosaure) | Fossile unique et complet du Toarcien, paléontologie |
| Grotte du Brias | Rivière souterraine, vestiges gallo-romains |
| Grotte de Matharel | Cavité du Bajocien, cave à fromage historique |
| Tour du Viala-du-Pas-de-Jaux | Histoire templière et hospitalière, tour restaurée |
| Espace Hippolyte Coste | Botanique, œuvre du « curé des fleurs » |
Saint-Paul-de-Tournemire et son voisinage forment ainsi un ensemble où la géologie ancienne et la mémoire médiévale se lisent dans le paysage, où la biodiversité coexiste avec un patrimoine bâti riche et souvent accessible au visiteur. Ces éléments invitent à des découvertes variées : promenades géologiques, ornithologiques, visites historiques, et rencontres avec les collections botaniques et les récits locaux.
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