Grille indiciaire et salaire des AESH dans l’enseignement

Chevilles ouvrières de l’école inclusive, les AESH (accompagnantes des élèves en situation de handicap) perçoivent un traitement calculé selon les mêmes mécanismes que l’ensemble du salaire des fonctionnaires : point d’indice, grille à 11 échelons et indemnités. Une précision : le métier est exercé à 93 % par des femmes. Nous emploierons donc le féminin de manière générale dans cet article - une AESH, une accompagnante.

Qu’est‑ce que la grille indiciaire des AESH ?

La grille indiciaire des AESH constitue le socle de leur rémunération. Mise en place en septembre 2023, puis revalorisée de 5 points d’indice en janvier 2024, elle comprend 11 échelons que l’accompagnante gravit automatiquement au fil de sa carrière. Chaque échelon de la grille correspond à un indice majoré (IM). Plus l’accompagnante progresse dans sa carrière, plus cet indice augmente. À l’échelon 1, l’indice majoré est de 371.

Le calcul du traitement se fait en multipliant l’indice majoré (IM) par la valeur du point d’indice. Le point d’indice constitue la brique élémentaire du calcul. Sa valeur, fixée par décret, s’applique à tous les agents publics. Depuis le 1er juillet 2023, elle est gelée à 4,92278 €. Ce gel, qui dure désormais depuis trois ans, pèse sur le pouvoir d’achat des AESH.

Montants bruts et nets à temps plein

Sur une base à temps complet la grille indiciaire du corps d'État Accompagnant des élèves en situation de handicap-AESH s'étend de l'indice majoré 371 (1 826 € brut mensuel) en début de carrière à l'indice majoré 455 (2 240 € brut mensuel) en fin de carrière. Le traitement indiciaire ne représente qu’une partie de la rémunération des AESH. Les montants bruts annuels pour un temps plein sont indiqués sur la grille et doivent être complétés par les indemnités.

Pour passer du brut au net, il faut retrancher environ 19,8 % à 22 % du traitement brut. Ces salaires nets correspondent au traitement indiciaire brut, calculé à partir de l’indice majoré et de la valeur du point, après déduction des cotisations sociales (environ 20 %).

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Échelon (IM) Brut mensuel (ex.) Net estimé
1 (IM 371) 1 826 € ≈ 1 425 €
11 (IM 455) 2 240 € ≈ 1 747 €

Temps de travail réel : le principal facteur qui casse les chiffres

La question semble simple, la réponse l’est moins. Car entre le montant inscrit sur la grille indiciaire et celui qui atterrit sur le compte bancaire chaque mois, le chemin traverse plusieurs filtres : quotité de travail, cotisations sociales, indemnités variables. La grille présentée s’entend à temps plein. Or, la réalité des AESH est tout autre : 98 % d’entre elles travaillent à temps incomplet, avec une quotité moyenne de 63,2 %.

La référence pour un temps complet est fixée à 1 607 heures annuelles, soit 39 heures d’accompagnement par semaine sur 41 semaines. La quotité de 62 % - correspondant à 24 heures d’accompagnement par semaine - constitue le standard du métier. À cette quotité, une AESH débutante perçoit environ 910 € nets par mois - un montant qui progresse faiblement avec l’ancienneté pour atteindre 1 116 € nets après 30 ans de carrière. À 62 %, quotité la plus répandue, une AESH débutante perçoit à peine plus de 900 € nets par mois.

À 24 heures par semaine (quotité de 62 %), une AESH débutante perçoit environ 910 € nets par mois hors indemnités. Avec l’indemnité de fonction, ce montant atteint environ 970 € nets. Même après 30 ans de carrière, le salaire net dépasse difficilement les 1 100 € à cette quotité.

Indemnités et compléments de rémunération

Le traitement indiciaire est complété par plusieurs indemnités, certaines automatiques, d’autres liées à des situations particulières. Depuis le 1er septembre 2023, les AESH touchent une indemnité de fonction. Il s’agit d’une indemnité versée tous les mois au prorata de la quotité de service. Celle-ci est accordée à tous les AESH dès leur entrée en fonction et s’élève à 1 529 € brut par an pour un temps complet (soit environ 102,41 € net mensuel pour un temps plein).

La prime REP et REP+ s’ajoutent pour les AESH affectées en éducation prioritaire. En REP, l’indemnité s’élève à 1 106 € brut par an pour un temps plein, soit environ 92 € brut mensuels. La prime REP dont le montant mensuel brut est de 92,17 euros pour un temps plein ; la prime REP+ est de 271,92 euros pour un temps plein. Au total, une AESH en REP+ à temps plein peut percevoir jusqu’à 310 € brut supplémentaires par mois. L’affectation en REP+ transforme la fiche de paie : une AESH débutante perçoit 162 € nets de plus que sa collègue hors éducation prioritaire.

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Pour une AESH à l’échelon 1 travaillant à 62 % en zone 1, l’indemnité de résidence représente environ 34 € brut par mois (1 132 € × 3 %). Le SFT (supplément familial de traitement) est versé aux AESH ayant au moins un enfant à charge de moins de 20 ans. Il comprend une part fixe et une part variable (proportionnelle au traitement). Important : le SFT n’est pas versé automatiquement.

La participation à la complémentaire santé (15 euros nets mensuels) ou la prise en charge partielle des frais de transport (remboursement de 50 % à 75 % selon les dispositions) viennent aussi alléger certaines dépenses. Le forfait mobilités durables peut ouvrir droit à une indemnité forfaitaire de 200 €, exonérée d’impôts et de prélèvements sociaux, sous conditions d’utilisation.

Avancement, statut et conditions d’emploi

Comme tous les agents contractuels de droit public, les AESH perçoivent un traitement indiciaire - et non un « salaire » au sens strict du secteur privé. Le changement d’échelon s’effectue tous les 3 ans, sans condition de mérite ni évaluation particulière. En cumulant les durées de chaque échelon, une AESH met 30 ans pour atteindre le sommet de cette grille.

Le recrutement d’une AESH s’effectue initialement en CDD (contrat à durée déterminée) de 3 ans. Depuis le décret du 13 juillet 2023, une avancée majeure a été actée : la CDIsation intervient désormais au bout de 3 ans (contre 6 ans auparavant). Lors du passage en CDI, le contrat est transféré à la DSDEN, qui devient l’employeur officiel. Une AESH en CDI reste une agente contractuelle de droit public, et non une fonctionnaire.

Contrairement aux enseignants, qui peuvent accéder à la hors-classe puis à la classe exceptionnelle, les AESH ne disposent d’aucun grade supérieur. Le corps d'État comporte 1 grade et 11 échelons - et c’est tout. Cette absence de perspective constitue l’une des principales revendications syndicales. Seule exception : la fonction d'AESH référent, qui ouvre droit à une indemnité de 660 € brut par an.

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Comparaison avec le SMIC et le seuil de pauvreté

Au 1er janvier 2026, le SMIC mensuel brut atteint 1 823,03 €. Or, le traitement brut d’une AESH à l’échelon 1 s’élève à 1 826 € - tout juste 3 € au‑dessus du plancher légal. Si le traitement indiciaire venait à passer sous le SMIC (en cas de nouvelle revalorisation du salaire minimum sans hausse du point d’indice), l’employeur devrait verser une indemnité différentielle pour combler l’écart.

Le seuil de pauvreté en France est fixé à 1 288 € nets mensuels pour une personne seule (60 % du revenu médian, données INSEE 2023). Autrement dit : une AESH doit attendre près de 20 ans d’ancienneté pour espérer franchir le seuil de pauvreté avec sa seule rémunération - et encore, à condition de percevoir l’indemnité de fonction.

Tensions, mobilisations et perspectives

Le constat est frappant : à 62 %, quotité la plus répandue, une AESH débutante perçoit à peine plus de 900 € nets par mois. Ces niveaux de rémunération placent les AESH parmi les personnels les moins bien rémunérés de l’Éducation nationale. Face à ces niveaux de rémunération, de nombreuses AESH cumulent leur emploi avec d’autres activités : garderie périscolaire, ménage, aide à domicile.

Le gel prolongé du point d’indice depuis le 1er juillet 2023 continue d’éroder le pouvoir d’achat des AESH. Après les hausses de 3,5 % en juillet 2022 et 1,5 % en juillet 2023, c’est la troisième année consécutive sans revalorisation. Conséquence directe : avec une inflation cumulée d’environ 8 % sur la période, le traitement réel des AESH a perdu de sa valeur.

Sur le plan politique et réglementaire, une proposition de loi sénatoriale déposée le 31 juillet 2025 pourrait changer la donne en créant un corps de fonctionnaires de catégorie B pour les AESH ; le texte a été examiné en commission le 17 décembre 2025 et le débat en séance plénière était prévu le 7 janvier 2026. Par ailleurs, le budget 2026 prévoit seulement 1 200 recrutements d’AESH (contre 2 000 en 2025), alors même que le nombre d’élèves sans accompagnant a augmenté de 35 % entre 2024 et 2025. Une grève nationale et des manifestations ont été organisées le 16 décembre 2025 pour porter ces revendications.

Points pratiques : ce qu’il faut retenir

  • Le salaire d’une AESH dépend de son échelon et de son temps de travail ; à temps plein, il débute autour de 1 826 € brut par mois.
  • Dans les faits, 98 % des AESH travaillent à temps incomplet, la quotité standard étant 62 % (24 h/semaine), ce qui ramène le net mensuel à environ 910 € pour une débutante.
  • Les AESH sont rémunérées sur 12 mois, y compris pendant les vacances scolaires.
  • L’indemnité de fonction (1 529 € brut/an pour un temps plein) est versée à tous les AESH dès l’entrée en fonction et proratisée selon la quotité.
  • Les AESH en REP/REP+ perçoivent des indemnités spécifiques (prime REP ~92 € brut/mois temps plein ; REP+ ~272 € brut/mois temps plein).
  • Le point d’indice reste gelé à 4,92278 € en 2026 ; seul l’avancement d’échelon tous les 3 ans permet une progression indiciaire.
  • Le SFT n’est pas versé automatiquement : il faut en faire la demande.
  • En cas de problème de paie, contactez le service de paie, les ressources humaines ou un syndicat rapidement.

Exemples chiffrés

  1. Une AESH échelon 1, temps plein : 1 826 € brut → ≈1 425 € net (après cotisations).
  2. La même AESH à 62 % : 1 826 × 0,62 ≈ 1 132 € brut → ≈ 910 € net hors indemnités. Avec indemnité de fonction proratisée (≈63,49 € net) elle atteint ≈ 970 € net.
  3. En REP+, l’ajout de la prime peut rapprocher la rémunération du seuil de pauvreté mais n’assure pas une sortie automatique de la précarité.

Fiche de paie : que signifient toutes ces lignes ???

La revalorisation du salaire des AESH a conduit à l’augmentation de ces derniers de 11% à 14% au 1er janvier 2024 grâce à plusieurs mesures, mais selon les syndicats, ces mesures ne sont pas encore suffisantes. Les AESH restent mobilisées sur la question du temps de travail, de la construction d’un véritable parcours professionnel et de la transformation éventuelle de leur statut.

Les missions des AESH restent identiques depuis la transformation de l’appellation AVS en AESH : accompagner les élèves handicapés dans leur scolarité, de la maternelle au lycée. Un rôle clé qui pourtant n’est pas rémunéré à sa juste valeur.

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