L'Artisanat Cambodgien : Histoire et Techniques
En visitant le Cambodge, il est difficile de ne pas être hypnotisé par la beauté des temples d'Angkor. Mais une excursion importante est aussi une visite chez les artisans d'Angkor, qui se trouvent à Siem Reap. L’art khmer, c’est tout ça à la fois : un mélange d’histoires, de croyances et de savoir-faire qui continue de vivre au Cambodge, mais aussi dans des terres autrefois khmères, comme la Thaïlande, le Laos, le Vietnam, le Myanmar ou la Malaisie.
Un Héritage Millénaire
Attestée depuis le néolithique, la poterie est encore actuellement fabriquée au Cambodge selon les mêmes procédés qu'autrefois. Au cours du temps, cette poterie rurale a côtoyé une autre forme d'industrie céramique techniquement plus élaborée et liée a un environnement citadin. L'archéologie angkorienne montre qu'il n'y a pas eu concurrence entre ces deux techniques mais plutôt complémentarité fonctionnelle.
C'est dans cette ancienne capitale de l'Empire khmer que l'art khmer a connu son apogée entre le IXe et le XVe siècle. Sous le règne de souverains tels que Suryavarman II ou Jayavarman VII, l'art revêtait une importance bien plus significative que celle d'une simple décoration : il était utilisé pour magnifier les divinités, les monarques et les convictions religieuses. Suryavarman II, roi khmer de 1113 à 1150, fait construire Angkor Vat, son temple d’État dédié à Vishnou.
Les temples khmers tels qu'Angkor Wat, Preah Vihear, Sambor Prei Kuk, ainsi que des sites moins célèbres comme Samrong Sen et Anlong Phdao, dépassent leur simple fonction architecturale. Certains temples, comme Banteay Srei (redécouvert en 1914), séduisent par leurs détails en grès rose. Les sculptures khmères ne sont pas de simples décorations : elles incarnent des dieux, des rois et des mythes.
REGARDEZ CETTE VIDÉO AVANT D'ALLER VOIR ANGKOR! - Cambodge
Techniques et Diversité de l'Artisanat
L'observation des techniques actuelles de fabrication pratiquées dans tout le Cambodge met en évidence, au-delà des diversités régionales, une homogénéité technique fondamentale. Sa décoration utilise principalement l'impression au battoir et l'incision. Cette poterie est fabriquée par des paysannes pour une clientèle paysanne. Les principales régions potières sont toutes situées dans la partie sud du pays dans des zones de peuplement ancien et fournissent en poterie tous les ménages ruraux du pays grâce a une commercialisation traditionnelle effectuée a la fois par le paysan lui-même et par le commerçant chinois. Leur production est écoulée par des réseaux commerciaux entièrement domines par les négociants chinois.
Lire aussi: Auto-Entrepreneur Artisan: Guide Complet
Dans les campagnes, la poterie villageoise représentée surtout par des récipients de conservation et de cuisson (en particulier le vase a eau et la marmite a riz), aux formes très étroitement adaptées a leur fonction et a l'esthétique marquée par le terroir, constitue une activité d'appoint a la riziculture et qui donne au ménage paysan les moyens d'échapper a la mainmise économique du boutiquier chinois. Malgré la pauvreté de leur technique, les potières khmères parviennent a faire une production de masse se chiffrant par centaines de milliers de pots par an. Le revenu rapporte permet au paysan d'améliorer son niveau de vie tout en participant davantage a la vie religieuse par l'augmentation de ses offrandes a la pagode.
Ainsi, la poterie khmère issue du vieux fonds néolithique a perdure sans changement au cours du temps et sa vitalité économique exprime sa parfaite adéquation aux conditions socio-économiques d'une société restée encore très rurale.
Le Tissage de la Soie : Un Art Ancestral
Visiter le Cambodge ce n’est pas seulement découvrir l’architecture angkorienne, mais aussi comprendre la sensibilité des Cambodgiens pour l’artisanat. De la sculpture de pierre, en passant par l’argenterie ou encore le tissage de la soie. La production textile moderne témoigne de ce passé prestigieux : les motifs trouvés sur la soie aujourd’hui font écho aux détails vestimentaires des bas-reliefs en pierre de l’ensemble d’Angkor Wat dès le XIIIe siècle.
L’ancienne industrie de la soie cambodgienne, a évolué pour devenir l’une des plus raffinées du monde au XIXe siècle et était censée dominer l’industrie textile d’Asie du Sud-Est. Malgré les hauts et les bas de l’histoire, le tissage de la soie du Cambodge renaît progressivement en conservant sa finesse et ses valeurs historiques.
En plus des sculptures sur les vestiges de l’empire khmer, ce métier ancestral est aussi présent dans les récits de Zhou Daguan, un ambassadeur chinois, qui se rendit chez les Khmers au XIIIe siècle. Durant son séjour d’un an, il a notamment rapporté les activités de tissage des locaux, résidant sur les bords du fleuve Mékong. Et plus particulièrement la culture des mûriers pour nourrir les cocons des vers à soie, essentiels dans la conception de vêtements.
Lire aussi: Guide des Métiers d'Art Lucratifs
Le tissage cambodgien était à son apogée à l’époque grâce à la fabrication de la « soie dorée », considérée comme un emblème national du Cambodge pour sa pureté et son toucher doux. Le tissage de la soie au Cambodge était réputé dans le monde entier, du XIXe siècle jusqu’à l’établissement du régime Khmer Rouge dans les années 1970, cette technique du tissage s’était alors répandue à Battambang, Siem Reap, Banteay Mean Chey et sur les bords du Tonlé Sap, le plus grand lac d’Asie du Sud-Est.
Au fur et à mesure de l’évolution des compétences, de nouvelles techniques de tissage furent inventées pour produire des motifs vestimentaires uniques. Ainsi, il existe deux techniques de tissage principales au Cambodge. La première est le « twill inégal », permettant d’obtenir des tissus à armure sergé : les fils de chaine et de trame se croisent en décalé, de sorte que des diagonales apparaissent sur le tissu. La deuxième technique, appelée « ikat », est plus compliquée et sophistiquée, mais est considérée comme la quintessence de l’artisanat du tissage.
La Technique de Tissage Ikat
L’ikat est populairement utilisée pour concevoir les célèbres motifs « Hôl ». Signifiant « nouer » en indonésien, elle est une méthode particulière de teinture par ligature sur les fils de trame avant le tissage. Il faut donc bien évaluer la quantité de fils utilisés et leur positionnement car c’est la juxtaposition des fils correctement teints qui créera le motif. Les fils de trame sont posés sur un cadre, noués par endroits, puis passés dans des bains successifs de teintures naturelles. Les parties nouées sont préservées de la teinture et c’est ce qui donnera une forme complexe d’une grande finesse au motif une fois les nœuds retirés. Ces fils sont ensuite reportés sur des bobines et passés sur une chaîne de tissage.
Traditionnellement, les tissus ikat possèdent des motifs compliqués et sophistiqués symbolisant richesse et prestige. Certaines pièces font intervenir différentes couleurs et représentent des scènes historiques. Ainsi, cette technique fut poussée au rang de discipline artistique au Cambodge, demandant beaucoup de temps, de patience et d’habileté lors de sa confection. Le Pidan est considéré comme l’ikat le plus compliqué et raffiné.
La technique ikat est également appliquée dans la fabrication du sarong traditionnel du Cambodge, le sampot. Les hommes portent le « sampot hol kaban », les femmes quant à elles portent le « sampot hol ».
Lire aussi: L'Artisanat en Bretagne
Artisans d'Angkor : Un Centre Incontournable
L’artisanat est l’un des éléments majeurs caractérisant la culture cambodgienne. A Siem Reap, la visite des Artisans d'Angkor est incontournable pour en prendre la mesure. Société cambodgienne semi-publique et sociale créée en 1998 pour aider les jeunes à trouver du travail près de leur village, Artisans d'Angkor est aujourd’hui complétement autonome et poursuit toujours ses actions en matière d'éducation, basées sur son propre programme de formation en artisanat.
Depuis son origine, la société s'est efforcée de suivre une politique sociale garantissant des salaires équitables, des conditions de travail sûres, une couverture médicale et de nombreux autres avantages à ses employés. Sachez qu’Artisans d’Angkor met gratuitement à disposition de ses visiteurs des guides multilingues. Il serait dommage de ne pas en profiter.
En passant d'un atelier à l'autre, vous prendrez le temps d’admirer la maîtrise des techniques et les savoir-faire en sculpture sur pierre ou sur bois, laque, argenterie, céramique ou encore peinture sur soie. Artisans d’Angkor vous accueille tous les jours de 7h30 à 17h30. La boutique ferme à 18h30.
Caractéristiques des Artisans d'Angkor:
- Aide à préserver les techniques artisanales traditionnelles cambodgiennes
- Intègre des styles contemporains pour créer des objets uniques et magnifiques.
- Les visiteurs peuvent admirer des artisans travaillant sur des objets tels que la sculpture sur bois, la poterie et la laque, ainsi que la teinture, le tissage et la broderie de la soie.
| Activité | Description |
|---|---|
| Regarder des démonstrations | Il y a souvent des démonstrations en direct du processus de fabrication de la soie, de la sculpture sur pierre, de la peinture sur soie et d'autres techniques artisanales. |
| Shopping | Vous pouvez acheter une variété de produits artisanaux, notamment des bijoux, des sacs, des accessoires pour la maison, des textiles et des sculptures. |
| Faire une visite guidée | Les guides locaux sont très compétents et passionnés par leur métier. |
Le Krama : Emblème du Cambodge
Grâce à une culture riche et un artisanat très développé, le Cambodge offre de nombreux choix d’objets destinés à vos proches, ou à garder pour vous ! Indubitablement, on optera en premier lieu pour un krama. Cette écharpe traditionnelle en coton à carreaux rouge et blanc est un accessoire indispensable aux Cambodgiens qu’elle accompagne dans tous les moments de la vie quotidienne.
Il en existe de multiples variétés, et on les trouve sur tous les marchés à travers le Cambodge et dans des magasins spécialisés.
Autres Formes d'Artisanat
Le tissage des sampots de soie appartient à la grande tradition artisanale khmère. Il existe une très grande variété dans la richesse et les coloris de ces tissus suivant qu’il s’agisse des somptueux sampots des danseuses royales, des sampots de cérémonie, du batik ou des écharpes arachnéennes.
Les nattes de jonc fabriquées dans les provinces de Kompong Chhnang, Kandal et Prey Veng sont célèbres pour leur finesse et la richesse de leurs coloris. La vannerie d’art ainsi que la fabrication de mobilier, d’objets décoratifs ou utilitaires, en rotin ou en bambou, se sont bien redéveloppées depuis la guerre.
La presque totalité des poteries à usage domestique (chhnang) utilisées dans les régions rurales est produite dans la région de Kompong Chhnang suivant une technique très rudimentaire puisque les femmes qui la pratiquent ignorent le tour. Mais les plus belles poteries cambodgiennes sont produites dans la province de Ratanakiri sur les berges de la rivière Sé San.
Des boutiques spécialisées et des stands des marchés font commerce d’objets et de bijoux en or, en argent, avec ou sans pierres précieuses, ou même de pierres précieuses seules. Au marché russe notamment, de nombreux étals proposent des ouvrages en argent très finement réalisés.
Les peintres sont nombreux au Cambodge, spécialement aux abords des temples d’Angkor. Dans les grandes villes comme Phnom Penh ou Siem Reap, vous trouverez également des galeries d’art de très belle facture avec de belles pièces.
balises: #Artisanat
