Techniques et outils du menuisier au Moyen Âge
Depuis la nuit des temps, l’Homme a façonné le bois pour construire son habitat, concevoir ses outils et réaliser divers objets. La menuiserie, en tant qu’art du travail du bois, est une discipline ancestrale qui a évolué au fil du temps grâce à l’inventivité des artisans et l’amélioration des techniques. Le terme "menuisier" provient du latin minutiare (rendre menu). Car, contrairement au charpentier qui travaille les grosses pièces de bois, le menuisier n’œuvre que sur des petites pièces (mobilier, volets, panneaux, parquets…).
Le champ d’action du menuisier médiéval
Selon la nature de leur production, les menuisiers médiévaux portent des noms plus précis. Les huchiers travaillent les meubles, les huissiers sont spécialisés dans les portes et les fenêtres, les tourneurs ou lambrisseurs ont recours au bois pour les parties intérieures des bâtiments où il sert d'isolant efficace. Le menuisier spécialisé dans les meubles fabrique surtout des coffres et des bahuts, que l’on appelle huches, d’où son nom de "huchier".
Les autres commandes faites aux menuisiers concernent essentiellement le mobilier religieux, à l’image des stalles, ces alignements de sièges disposés le long des chœurs des églises. Comme toute profession, celle de menuisier fait alors l’objet d’une réglementation dont on peut avoir un bon aperçu avec le Livre des métiers du prévôt de Paris, Étienne Boileau, paru en 1268.
Organisation du chantier et approvisionnement
Sur le chantier, la répartition des tâches est stricte : des bûcherons abattent les arbres, les ébranchent et les équarrissent. Des charretiers convoient jusqu’au chantier les grumes dans des chars attelés à quatre chevaux. Sur place, le sciage du bois d’œuvre est confié à des spécialistes, les scieurs de long. Les essentes de bois étaient le plus souvent fabriquées en forêt. Les "fendeurs d’essende" pouvaient y être installés à demeure ou bien s’y rendre lorsqu’une commande leur était passée. Le bois employé à la fabrication des essentes était surtout le chêne.
L’évolution des techniques de la charpente dépend aussi de la disponibilité de sa matière première : le bois. Or, à partir du 13e siècle, le bois de construction se fait plus rare, car les zones agricoles s’étendent au détriment des forêts. Les arbres d’un grand âge, qui peuvent fournir des pièces de grosse section, sont moins nombreux. On apprend donc à construire aussi léger que possible.
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Les outils de base du menuisier médiéval
La menuiserie médiévale repose sur une série d’outils simples et efficaces, parfois très proches de nos instruments modernes. L’un des premiers outils de menuiserie à avoir été utilisé par l’homme est sans aucun doute le rabot. Déjà présent dans l’Égypte antique, il permettait aux artisans de lisser et d’aplanir la surface des planches de bois. Les rabots étaient initialement constitués d’une simple lame fixée sur un support en bois. Cet outil ancien de menuiserie permettait de réaliser des moulures décoratives sur les pièces de bois.
La scie est un autre instrument essentiel de la menuiserie, dont l’apparition remonte également à l’Antiquité. Les premières scies étaient constituées d’une lame dentée en métal fixée sur un manche en bois. Au Moyen Âge, les scies ont évolué pour devenir plus performantes, avec des lames à double biseau et des dents plus affûtées.
Le ciseau à bois est un instrument indispensable pour tailler, creuser ou enlever des parties de bois. Contrairement aux idées reçues, il existait déjà plusieurs sortes de ciseaux et un bien plus grand nombre de noms pour les désigner, soit par l'usage soit par l'expression locale. Ainsi, dans les écrits, nous pouvons y trouver : CISIAX, CISEL, FORCES, CES, FISEL, CHISEL, ESCHERPERIE, FORCETTE, FORSSELLE, CISAILLES, FORCE, FORGHES, TREZOIRES. Les ciseaux à deux branches tranchantes réunies par un axe et terminée par deux anneaux dans lesquels on passe les doigts sont représentés sur des vignettes du Xème siècle.
Outils de frappe et façonnage
Les marteaux simples ou à pince, pied-de-biche se retrouvent déjà dans les représentations sculptées ou peintes dès le XIIIème siècle. LA MASSE : Pas de changement non plus au cours des siècles, marteau presque cubique avec un manche en bois dont les sculpteurs et tailleurs de pierre se servaient et se servent encore pour frapper sur la tête des ciseaux ou des poinçons en fer. Le marteau-pilon : Pour le travail des peaux et du fer, l'une des grandes inventions du Moyen Age, l'hydrolisme, a permis bon nombre de moulin à eau d'utiliser ce genre d'outillage.
La hâche : S'il est un outil que nous connaissons tous c'est la hâche... Or, au Moyen Age cette dernière avait bien des noms pour la désigner en général et selon son utilité ou sa taille en particulier. Nous avons donc : HASCHE, HACHON, BARDE, HACHETTE, CLACHE, HAPPE, DESTRAU, DOSSE, HAPIETTE, PAFFUS, PIARDE, QUEGNIETTE, DOLOIRE, COGNEE... Cette quantité de noms donnés pour un même objet indique donc les usages variés auxquels il était destiné. Outre la hâche de guerre Mérovingienne, tous les hommes qui travaillaient le bois, depuis le bûcheron au menuisier en avaient une.
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Outils de mesure et traçage
Pour garantir un travail précis et soigné, les menuisiers devaient disposer d’outils de mesure fiables. L’équerre au Moyen Age est faite de métal et ne comporte aucune gradation, elle est composée de deux branches perpendiculaires qui forment un angle droit. Les compas au Moyen Age, sont soit en bois soit en métal et servent comme nos compas modernes à tracer des cercles parfaits ou des courbes. Le trusquin permettait quant à lui de tracer des lignes parallèles sur une pièce de bois.
La corde à 13 nœuds : On utilisait déjà la corde à 13 nœuds à l’époque de l’Egypte antique et on l’utilise toujours au Moyen Age ; elle est d’une longueur de 12 coudées (soit 6m30) et est composée de 13 nœuds qui définissent tous un intervalle identique. Le nivau : NIVELEt oui, il existait déjà vous vous en doutez bien... mais il était différent de ceux que nous utilisons aujourd'hui. Cet instrument de maçonnerie est en fer plat, gradué, de forme triangulaire avec un fil partant en son sommet et supportant un plomb ou une pointe de fer.
Outils de transport et matériels annexes
La hotte, pratiquement à l'identique, existait déjà au Moyen Age ; cette hotte portait d'autres noms : BASCHOE - BASCHOLE : récipient fait de bois ou d'osier conique, propre à porter les fardeaux reposant sur les épaules et les reins et maintenus par deux courroies. L'oisea u : Sorte de hotte posée de deux planchettes disposées en équerre, garnies de deux bras destinée en construction. Il servait essentiellement au transport du mortier.
La fourche en bois n'est pas taillée "sur mesure", mais elle est tirée d'un jeune arbre "préparé" à cet effet et que l'on coupe et taille lorsqu'il atteint la hauteur convenable. Ces fourches étaient (selon leurs fonctions) renforcées par des ferrures. La pelle, fabriquée en bois, quelques fois garnie de fer, et la béquille (ANICOTTE - ESCHACE - POTENCE) sont d'autres ustensiles courants.
Pratiques économiques et sociales autour des outils
L’artisan présent sur les chantiers durant la période médiévale, peut avoir ses propres outils qui lui appartiennent, mais ce n’est pas une règle inaliénable. Effectivement, les outils de l’artisan peuvent lui être fournis par les organisateurs du chantier. Les organisateurs du chantier au Moyen Age, pouvaient aussi prendre en charge l’entretien des outils (l’aiguisage, les changements de manche, les réacierages). Les outils des ouvriers et des artisans pouvaient être aussi remplacés en cas de besoin.
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Un artisan pouvait se fournir de différentes manières en outillage : il peut les acheter chez un forgeron, un serrurier ou encore le fustier (artisan travaillant le bois). Néanmoins, l’artisan peut aussi acheter ses outils à moindre prix lors de la vente des biens et par conséquent des outils d’un de ses confrères décédé. De plus, il faut savoir qu’au Moyen Age il existe un système très populaire et fort répandu qui est un prêt d’outillage entre les artisans d’un même métier.
Ce système de prêt peut prendre trois formes différentes : mise en commun des outils entre deux associés, entraide gracieuse, ou location. Cette pratique est très commode pour les jeunes apprentis car elle leur permet de ne devoir investir que progressivement dans leur matériel pour pouvoir exercer leur métier. L’apprentissage dure quatre ans et tisse une relation très forte entre maître et apprenti. Un maître peut avoir un ou deux apprentis qu’il doit considérer comme des enfants : il leur garantit le couvert et le logis, ainsi que l’habillement et les outils.
Techniques de charpenterie liées à la menuiserie
Le métier de charpentier existe depuis toujours, mais son savoir-faire et sa technicité s’imposent au Moyen Âge. C’est surtout au moment de la construction des cathédrales que les maîtres charpentiers développent des techniques très spécifiques, indispensables pour concevoir les charpentes de ces édifices gigantesques. L’une de leurs missions les plus pointues est la conception des cintres en bois qui soutiennent les porches, les baies et les voûtes durant leur construction.
Ces cintres qui reproduisent la courbure de l’arc exigent un grand savoir-faire et une précision extrême. Ils sont d’abord assemblés sur le sol où leurs dimensions sont vérifiées. Les cintres soutiennent les pierres de la voûte jusqu’à la pose de la pierre centrale, la "clé de voûte". Dans les cathédrales, la charpente du toit n’est généralement pas visible de l’intérieur de l’édifice. Elle est masquée par une structure le plus souvent en pierre, la voûte. Le toit est composé de fermes en bois, que l’on prépare au sol en respectant les plans du maître charpentier.
Dans son Carnet, Villard de Honnecourt donne plusieurs procédés qui répondent au souci d’économie du bois d’œuvre : les fermes massives des combles de charpentes classiques, espacées de 3 à 5 m, sont remplacées par des chevrons fermes.
Évolution et héritage
Les Romains emploient la menuiserie pour l’intérieur des bâtiments. Le menuisier romain fabrique et met en place les portes, les plafonds, les parois, les boiseries, le mobilier et les ornementations. Ainsi, on peut voir sur une peinture trouvée sur le site archéologique d’Herculanum deux petits génies ailés actionnant une scie très comparable à celle que les menuisiers utilisent aujourd’hui.
Au fil des siècles, les outils anciens de menuiserie ont permis aux artisans de travailler le bois avec toujours plus de précision et de créativité. Les techniques se sont affinées et les objets réalisés témoignent du savoir-faire exceptionnel des ébénistes et menuisiers d’autrefois. Après la Renaissance, les menuisiers du bâtiment se distinguent plus nettement des menuisiers spécialisés dans le mobilier. Ainsi, après les grandes découvertes de la fin du 15e siècle, l’arrivée des bois précieux venus du Nouveau Monde, d’Afrique et d’Inde renouvelle l’art des meubles : le métier d’ébéniste apparaît au 17e siècle.
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Transmission et marque des artisans
Comme tout commerce, l’atelier de menuisier devait être signalé aux passants de la rue. Les illettrés étaient nombreux : il fallait trouver des moyens de communication plus universels que l’écriture. On connaît les grands menuisiers du Moyen Âge et de la Renaissance principalement grâce aux archives écrites car ces derniers n’avaient pas coutume de signer leurs œuvres. Au 17e siècle, à la suite d’un conflit entre les menuisiers et les tapissiers, les premières estampilles (marques, signatures) apparaissent sur les œuvres. Rendue obligatoire à partir de 1637, l’estampille est la preuve de l’origine du meuble.
À la fin du 18e siècle, certaines traditions ancestrales du métier de menuisier se voient bouleversées. La suppression des corporations par Turgot en 1776 libère les pratiques professionnelles : désormais, un ébéniste aura le droit de faire le travail du menuisier et vice versa. Néanmoins, le système du compagnonnage demeure, même s’il est affaibli par la Révolution industrielle qui voit un prolétariat peu qualifié et peu organisé. Les différentes sociétés de compagnonnage, souvent rivales, œuvrent pour la défense et la formation des ouvriers et artisans. L’état de compagnon s’obtient après s’être formé auprès d’un maître d'apprentissage, mais aussi après avoir fait son tour de France, au cours duquel l’aspirant compagnon rencontre des maîtres et étudie leurs techniques.
| Outil / Objet | Usage principal |
|---|---|
| Rabot | Lisser, aplanir, réaliser des moulures |
| Scie | Coupe des planches (droite ou courbe) |
| Ciseau à bois | Taille, creusement, sculpture |
| Hâche / doloire / cognée | Équarrisage, débit primaire, façonnage |
| Équerre, compas, trusquin | Mesure, traçage, report d’angles et cercles |
| Corde à 13 nœuds | Mesures répétitives et repérage d'intervalles |
La ressource que je vais utiliser pour cet article sur les outils des corporations des métiers du bâtiment au Moyen age, est une ressource tirée du site de la Bibliothèque nationale française (la BNF) c’est une ressource que j’ai déjà utilisé pour un précédent article, qui traitait des conditions de travail sur les chantiers au Moyen age.
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