Définition de l’enluminure : art ou artisanat
L’enluminure est un art graphique qui consiste à illustrer un texte, à le mettre en valeur, et souvent à l’expliquer, voire à y ajouter des éléments. Le mot "enluminure" vient d'ailleurs du latin illuminare, qui signifie illuminer, ou mettre en lumière. Enluminer un manuscrit veut donc dire le mettre en lumière.
En général, la symbolique prime sur le réalisme. Le texte est ainsi "éclairé" par l'illustration. Le terme d'enluminure désigne le décor des manuscrits en même temps que l'art de créer ce décor. Le décor des manuscrits peut comporter plusieurs types, le plus souvent associés et mêlés, que l'on peut répartir en trois catégories principales : les décors purement ornementaux, les scènes figurées, les lettrines.
Techniques, matériaux et supports
Au pinceau et à la plume, l’enlumineur dessine et met en couleur les lettrines et ornements de manuscrits religieux ou profanes. La peinture est constituée de pigments naturels, elle est parfois rehaussée de feuilles d’or ou d’argent, appliquée sur des papiers d’art ou des parchemins. L’élément principal de l’enluminure est la feuille d’or ou la peinture à l’or, qui impliquent toutes deux des connaissances et des techniques spécifiques.
Traditionnellement, l’enluminure se réalise sur du parchemin à l’aide de pigments. Au Moyen-âge, l’enlumineur utilisait du parchemin de veau (vélin, le plus cher), de mouton ou de chèvre, en fonction des troupeaux de sa région et de la richesse du commanditaire. Les peintures opaques, sorte de gouaches épaisses, ont été le plus souvent appliquées directement sur le parchemin. Cependant, leur pose sur un apprêt permettait des couleurs plus riches, plus subtiles et plus profondes ; mais, l'apprêt ayant tendance à s'écailler, ces enluminures sont fragiles et difficiles à conserver.
La Schedula diversarium artium du moine Théophile nous a gardé le souvenir des recettes employées par les enlumineurs médiévaux pour la préparation des encres et des couleurs, et pour leur pose ; les rehauts d'or et d'argent nécessitaient des soins délicats : l'or (ou l'étain coloré au safran) ou l'argent en poudre, mêlés de colle, étaient posés sur le parchemin recouvert d'une "assiette".
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Formes et fonctions du décor enluminé
Les compositions ornementales comprennent les bandeaux, les cartouches, les frontispices, le décor des colophons et les décors marginaux ; les pages-tapis, ces pleines pages envahies par des lacis d'entrelacs et de figures géométriques chères à l'art insulaire, en font également partie. Les scènes figurées, qui illustrent en principe le texte qu'elles accompagnent, peuvent avoir des dimensions très diverses : de simples vignettes à des images couvrant toute la surface du folio.
Les lettrines sont les initiales du texte, rubriquées, rehaussées de couleurs vives, peintes ou seulement enrichies d'un motif très simple. Dans les lettres ornées, plus élaborées, la structure de la majuscule encadre ou supporte des éléments ornementaux (motifs géométriques, entrelacs, feuillages, animaux ou personnages). Lettrines et lettres ornées constituent l'essentiel des illustrations dans les enluminures insulaires, mérovingiennes et romanes.
Histoire synthétique : origines et apogée
Du fait de sa définition, l’enluminure existe depuis l’Égypte antique. L’apparition du codex, né au 1er siècle de notre ère, perpétue l'histoire de l'enluminure. Ces recueils se constituent de textes et d'illustrations, utilisés notamment par les premiers chrétiens pour diffuser leurs textes sacrés. L'invention de l'enluminure et de la calligraphie occidentales est indubitablement liée à l'essor du christianisme.
Au Moyen Âge, l’enluminure arrive à son apogée et devient un véritable atout pour la religion. En effet, les moines l’exploitent pour orner les textes bibliques. La Bible a été, tout au long du Moyen Âge, le livre le plus diffusé et le plus enluminé. Inséparable de la copie des manuscrits, l'enluminure était, à l'origine, réalisée par des moines dans le scriptorium des monastères ou des abbayes.
Après l'effondrement des institutions romaines, l'éducation fut à la charge des monastères. Progressivement, avec l'apparition de nouveaux ordres religieux, les manuscrits se diversifièrent. À partir du 13e siècle, les universités nouvellement créées remplacèrent les monastères dans la diffusion de l'instruction : on eut donc besoin de livres pour apprendre autre chose que la religion, et la grande époque des manuels, traités pratiques et encyclopédies se développa.
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À la fin du Moyen Âge, les premiers livres imprimés sont encore décorés à la main. Puis, face à la nécessité d'augmenter la production, l'illustration des livres devient gravure tandis que l'enluminure, détachée du support du texte, perd sa raison d'être. Seuls quelques ouvrages de grand luxe sont encore enluminés aux 17e et au 18e siècle.
Styles régionaux et exemples remarquables
Après que l'Irlande eut été évangélisée, les moines irlandais s'adonnèrent à la copie et à l'enluminure des manuscrits. C'est là que furent réalisés des manuscrits richement enluminés connus sous les noms de Livre de Kells, Évangéliaire de Lindisfarne, Livre de Durrow : dessins géométriques, spirales et entrelacs sont utilisés pour les bordures et les lettres ornées.
Sur le continent, l'enluminure mérovingienne se caractérise par des lettrines en forme d'animaux, très souvent poissons et oiseaux, aux couleurs très vives. Sous le règne de Charlemagne, on continue à décorer les manuscrits avec des feuillages ou des animaux entrelacés. La « lettre historiée », initiale à l'intérieur de laquelle des personnages racontent une histoire, se développe.
C'est la grande époque de l'enluminure : les manuscrits enluminés deviennent de véritables objets de luxe, comme les Très Riches Heures du Duc de Berry, du fait de la richesse et de l'abondance de leurs illustrations. L'art du vitrail inspire aux enlumineurs la composition en médaillon. Les « marges à drôleries » apparaissent : des animaux étranges et des personnages aux postures étonnantes sont dessinés dans les marges.
Organisation du travail et transmission
Au Moyen-âge, différentes personnes intervenaient lors de la création d'un livre : la personne chargée de la mise en page, une autre pour les réglures, le calligraphe, le dessinateur, l'enlumineur, le relieur. Les copistes copiaient le texte, en se relayant pour un même ouvrage afin de ne pas conserver trop longtemps le texte original. Puis les rubricateurs chargés des travaux à l'encre rouge intervenaient pour les titres et majuscules.
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Avec l'essor des universités, au 13e siècle, les différentes tâches furent dissociées et confiées à des laïcs, professionnels spécialisés. Grâce au « libraire » agréé par l'Université, un exemplaire parfaitement exact était divisé en plusieurs morceaux (pecia) dont chacun était copié par un professionnel. Les ateliers étaient eux-mêmes spécialisés : les uns dans la copie des textes, les autres dans la réalisation des lettrines, d'autres encore dans l'enluminure.
La pratique est transmise par le biais de l'apprentissage ainsi que par l'éducation formelle et non formelle, y compris dans de nombreuses universités, académies, centres de recherche et ateliers publics et privés. Par la copie, l’enlumineur conserve la mémoire du passé, il y perfectionne son savoir et retrouve les gestes et techniques d’autrefois.
Enluminure aujourd’hui : créations, métiers et débouchés
On estime à une soixantaine le nombre d’enlumineurs professionnels en France. Si le Moyen Âge engendra des œuvres essentiellement religieuses, l'art de l'enluminure s'exerce aujourd'hui dans des domaines d’activité très variés : restauration et réplique de manuscrits, enseignement, artisanat, illustration d’art, œuvre originale (diffusion ou création contemporaine), publicité.
Les manuscrits semblent peu restaurés mais leurs répliques sont très prisées. Par la copie, l’enlumineur conserve la mémoire du passé et perfectionne son savoir. Il faut parfois plus de cent heures pour réaliser une œuvre. A côté de la réplique de manuscrits, la plupart des enlumineurs réalisent leurs propres créations et présentent leur travail au travers d’expositions.
Des particuliers mais aussi des entreprises, des associations, des collectivités passent commandes pour la réalisation de cartes de vœux, de menus, de diplômes, d’arbres généalogiques, de logotypes, d’affiches, de blasons, d’écussons…. Les milieux de l’édition ou de la création publicitaire peuvent aussi avoir besoin d’enlumineurs, créatifs, coloristes. Véritables artistes indépendants, les enlumineurs réinventent leur art avec des thèmes actuels tout en respectant les styles et univers médiévaux.
Aujourd’hui, l’artiste fixe lui-même le prix de ses œuvres. Sophie Théodose, soutenue par la Fondation Rémy Cointreau, développe le concept d’enluminure nomade : elle libère son savoir-faire de ses supports d’origine pour l’emmener vers le statut d’objet d’art et crée des panneaux décoratifs, des peintures, des vases ou encore des luminaires avec cette technique.
Formation et apprentissage
Formation initiale : Niveau 4. Formation d’enlumineur - Institut Supérieur Européen de l’Enluminure et du Manuscrit (ISEEM) à Angers, en 2 ou 3 ans. Cette pratique est transmise par le biais de l’apprentissage ainsi que par l’éducation formelle et non formelle. Aujourd'hui, on retrouve des interprétations traditionnelles et contemporaines de l’élément dans les manuscrits, les miniatures et la calligraphie, ainsi que dans des œuvres d’art indépendantes.
Matériaux et sécurité
La palette de l'enlumineur médiéval était très restreinte : souvent moins de 10 couleurs. L'or et l'argent sont posés en feuilles sur une assiette collante (blanc d'œuf battu, jus d'ail, colle de poisson, gesso). Certains pigments ont révélé leur toxicité au fil du temps, comme le cinabre, l'orpiment ou la céruse. De ce fait, ils sont aujourd'hui souvent remplacés par des substituts. Grâce aux réseaux de communication, la palette de couleurs est bien plus étendue qu'au Moyen-âge ; depuis quelques années, l’utilisation de peintures synthétiques telles que l’aquarelle ou la gouache s’est répandue.
Art ou artisanat ? Nuances et définitions
L’enluminure se situe à l’intersection de l’art et de l’artisanat. Elle est un art décoratif séculaire, reposant sur un savoir-faire précis, des techniques particulières et une esthétique symbolique. En tant qu'art, elle illustre un patrimoine et un héritage riche et séculaire dont les origines remontent bien au-delà de l’époque médiévale. En tant qu'artisanat, elle implique des gestes techniques, la maîtrise de matériaux spécifiques et parfois la reproduction fidèle (réplique) de modèles anciens.
La richesse des matériaux n'est pas toujours liée à la beauté d'un manuscrit : nombre de codices ne sont ornés que de dessins à l'encre brune, tracés à la plume sur le parchemin naturel. Aujourd'hui, l’enlumineur décide de la mise en page, calligraphie le texte, crée les dessins et les met en couleurs : il assume ainsi la double dimension artistique et artisanale de sa pratique.
Tableau synthétique : aspects artistiques vs aspects artisanaux
| Aspect | Artistique | Artisanal |
|---|---|---|
| Objectif | Mise en valeur, symbolique, création originale | Restauration, réplique, exécution technique |
| Compétences | Composition, iconographie, esthétique | Technique des pigments, pose de l'or, conservation |
| Support | Manuscrits, œuvres originales, objets d'art | Parchemin, papier, restaurations pratiques |
| Diffusion | Expositions, oeuvres contemporaines | Commandes (menus, diplômes, blasons), répliques |
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Quelques repères pour mieux comprendre
- Le mot enluminure vient du latin lumen, lumière ; enluminer, c'est mettre de la lumière, souvent avec de l'or.
- Les manuscrits enluminés étaient autrefois signes de richesse et conservés précieusement par rois et princes.
- La diversité des sujets s'est accrue du religieux aux traités scientifiques, romans et ouvrages pratiques à partir du XIIIe siècle.
- Aujourd'hui, l'enluminure renaît tant dans la fidélité aux techniques anciennes que dans des réinterprétations contemporaines.
L’enluminure, c’est donc l’art au Moyen-Âge d’apporter de la lumière à un texte grâce à une image. On peut prendre cette définition à plusieurs niveaux : la lumière était apportée à l’aide des couleurs utilisées, mais aussi parce que les images aidaient à expliquer ce qui était écrit. Comme autrefois, l’enluminure est un art qui s’exerce dans la durée et qui demande une précision infinie.
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