Nouvelle vague de l’entrepreneuriat social : définition, enjeux et exemples
L’amélioration de la société nécessite un effort collectif, et l’entrepreneuriat social a pour vocation d'apporter sa contribution : il s’agit d’individus et d’organisations qui s'attaquent à un problème de société. Pour faire simple, l’entrepreneuriat social pourrait se définir de la manière suivante : bonne performance financière + impact social et économique positif. Plus un acteur social est économiquement viable, plus son impact social sera durable.
Définitions et caractéristiques essentielles
L’entrepreneuriat social a fait son apparition au cours des années 1990. Ce concept existe depuis les années 1950, mais ce n’est qu’au cours de la dernière décennie qu’il a commencé à susciter l’intérêt des chercheurs. L’entrepreneuriat social se caractérise par une volonté de soumettre l’activité entrepreneuriale aux critères de l’intérêt général.
Le Mouvement des Entrepreneurs Sociaux (Mouves) définit les entreprises sociales comme « des entreprises à finalité sociale ou sociétale et à lucrativité limitée (profits réinvestis dans le projet, rémunération limitée du capital, échelle des salaires encadrée). Ces entreprises cherchent aussi à associer leurs parties prenantes à leur gouvernance ». L’entrepreneuriat social consiste ainsi à créer un projet économique viable permettant de répondre à des besoins sociaux et écologiques, dans des secteurs très variés (accès aux soins, réduction du gaspillage énergétique, lutte contre les effets dévastateurs du chômage…).
La double mission : sociale et économique
Les chercheurs ont constaté que la nature hybride de l’entrepreneuriat social le distingue. La « double mission de création de valeur sociale et économique reflète la caractéristique essentielle de l’entrepreneuriat social ». L’entrepreneuriat commercial se concentre sur l’aspect économique de la création de valeur : identification des opportunités, mobilisation des ressources, etc. De même, l’entrepreneuriat social diffère de la RSE en ce que cette dernière est une extension de l’activité commerciale traditionnelle d’une entreprise pour atteindre ses parties prenantes et dans le but d’augmenter le profit. Les organisations caritatives et sans but lucratif sont également différentes, car leur financement provient généralement de sources externes.
Dimension sociale vs dimension économique
La dimension sociale fait référence au fait que les bénéficiaires participent activement au modèle de l’entreprise sociale. Aravind, qui fournit des soins ophtalmologiques gratuits dans les zones rurales de l’Inde, est un exemple où une valeur sociale est créée pour les bénéficiaires. La dimension économique est le degré d’intégration des activités sociales et commerciales. Par exemple, les activités commerciales peuvent subventionner les activités sociales.
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Typologies et modèles d’entreprise sociale
Dans le quadrant A, on trouve les entreprises sociales dotées d’un « modèle de valeur bilatéral », comme les chaussures TOMS, qui donnent une paire de chaussures à un enfant dans le besoin pour chaque paire achetée. Dans le quadrant B, les entreprises emploient des bénéficiaires pour produire des biens ou des services vendus sur le marché commercial. Par exemple, le restaurateur britannique Jamie Oliver a formé et employé des jeunes défavorisés dans son restaurant et a utilisé les revenus pour financer la formation. Dans le quadrant C, les bénéficiaires sont des clients payants.
Principes fondamentaux de l’entrepreneuriat social
- Le double objectif : Alors que les entreprises traditionnelles sont focalisées sur la maximisation des profits, les entreprises sociales combinent la rentabilité avec un impact social positif.
- Le réinvestissement des bénéfices : La plupart des entreprises appliquant l’entrepreneuriat social réinvestissent une part importante des bénéfices obtenus pour intensifier leur impact social.
- Une prise de décision inclusive : adopter une direction inclusive afin de faire participer toutes les parties prenantes de l’entreprise - les employés, les partenaires, les bénéficiaires - dans les différentes prises de décision.
- Encadrement de la lucrativité : le profit est strictement encadré pour une utilisation réservée à la finalité sociale, et les bénéfices réalisés sont réinvestis pour la réalisation des objectifs préalablement fixés.
- Gouvernance participative : partage des pouvoirs décisionnels entre une diversité d’acteurs : dirigeants, usagers, financeurs publics ou privés, instances locales.
Enjeux et défis
La nature hybride entraîne des désaccords qui doivent être résolus pour que l’entreprise prospère. Cela peut se faire de diverses manières, par exemple en embauchant des managers qui acceptent cette hybridité. La mesure de l'impact des différents types d’entreprises sociales varie d’une entreprise à l’autre, mais toutes les entreprises sociales partagent le même objectif général : résoudre un problème social tout en restant rentable. À cette fin, il faut développer un cadre commun pour jauger et évaluer l’efficacité de ces entreprises.
Nous savons que les individus peuvent avoir un impact important et qu’ils sont influencés par leur expérience personnelle, ce qui influe sur le rôle qu’ils veulent jouer, le type de problème qu’ils veulent résoudre et leur capacité à identifier une opportunité et à agir. La recherche s’est largement concentrée sur les individus plutôt que sur les équipes entrepreneuriales. Cela laisse une lacune dans la recherche sur la façon dont la dynamique de l’équipe affecte le type de mission sociale, la conception de l’entreprise sociale, la motivation et la capacité à obtenir des financements et à traduire la pensée en action.
Le lancement de l’entreprise n’est qu’un début. Nous avons besoin de plus de recherches et de connaissances pratiques sur les relations entre les motivations individuelles et la valeur sociale créée, en particulier compte tenu des conflits de décision et de ressources qui peuvent découler de l’hybridité du modèle. Comme ces entreprises nécessitent un travail d’équipe, il est important d’étudier l’entrepreneuriat social au niveau organisationnel en utilisant, par exemple, une perspective ethnographique.
Financement et partenaires
Il n’est pas toujours simple d’arriver à trouver des investisseurs intéressés dans le projet. Il est donc nécessaire d’arriver à bien définir l’objet social de son entreprise, pour arriver à faire connaître le projet et à décrocher des financements extérieurs. Enfin, il n’est pas toujours simple de trouver des partenaires qualifiés pour s’engager dans ce type de projet.
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En France, le dispositif légal d’agrément (ESUS) permet aux entrepreneurs sociaux d'accéder à des soutiens financiers et logistiques. Les entrepreneurs sociaux sont optimistes quant à leur capacité à résoudre les problèmes sociaux et environnementaux, selon les résultats du baromètre 2023 de l’entrepreneuriat social. Ils estiment même qu’ils sont les acteurs les plus efficaces pour y répondre (57 %), devant la société civile, les pouvoirs publics et les entreprises.
Impacts sur le monde des affaires et la société
L’entrepreneuriat social bouleverse positivement les codes des entreprises dites classiques. La course au profit n’est plus la priorité n°1. Les entreprises doivent en effet tenir compte de leur impact social et environnemental en déployant des actions s’inscrivant dans une démarche responsable, sans perdre de vue la rentabilité financière. Concrètement, voici les impacts de l’entrepreneuriat social sur les entreprises :
- La redéfinition des priorités : les entreprises traditionnelles adoptent des stratégies responsables inspirées de l’entrepreneuriat social.
- Le déploiement d’une stratégie RSE devenue opportunité stratégique.
- Les partenariats stratégiques : entreprises sociales et entreprises traditionnelles unissent leurs forces via des collaborations gagnant-gagnant.
Les avantages pour les entreprises incluent : répondre à une demande de consommation responsable, attirer de nouveaux talents et attirer les investisseurs à impact. Les consommateurs sont de plus en plus sensibles aux achats éco-responsables : « 97 % de la population française confie avoir acheté, dans les douze derniers mois, un produit en tenant compte des aspects de durabilité et de son impact sur la planète ».
Exemples concrets
Plusieurs entreprises - comme celles qui luttent contre le gaspillage alimentaire par exemple - incarnent à merveille ce nouveau modèle social. Aravind fournit des soins ophtalmologiques gratuits dans les zones rurales de l’Inde. TOMS applique un modèle de don pour achat. Jamie Oliver a formé et employé des jeunes défavorisés dans son restaurant et a utilisé les revenus pour financer la formation.
Structures juridiques et modalités de création
En matière de création de sociétés, ce type d’entrepreneuriat peut être exercé dans tout type de structures, bien que le format des sociétés soit privilégié. Il est possible de créer une EURL ou une SASU si vous désirez rester indépendant, ou bien une SARL ou une SAS si vous préférez vous associer. L’EURL et la SARL proposent un formalisme spécifique, tandis que les SASU et les SAS offrent plus de souplesse. Cependant, la rédaction de leurs statuts est plus compliquée en raison des possibilités offertes.
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Formation et perspectives
Se lancer dans l’entrepreneuriat social nécessite bien plus que de la bonne volonté : il faut des compétences solides et une vision stratégique pour relever les défis sociaux et environnementaux actuels. Pour devenir entrepreneur social, plusieurs formations sont possibles : BTS (bac + 2), Bachelor (bac + 3) ou Masters professionnels (bac + 5) spécialisés en entrepreneuriat, gestion d’entreprise ou encore développement durable.
À l’École 3A, nous vous offrons un cadre d’apprentissage unique, alliant théorie et pratique, pour faire de vos ambitions un véritable projet d’avenir. Nous vous proposons des formations adaptées à vos aspirations, à savoir : Le Bachelor Coordinateur de projets alternatifs et solidaires ; Le MBA Innovation sociale et finance responsable ; Le MBA Coopération internationale et actions humanitaires. Notre pédagogie combine théorie et pratique pour vous préparer à relever les défis de l’entrepreneuriat social. L’alternance permet en effet de conjuguer études et expérience professionnelle, vous rendant opérationnel dès la fin de votre formation. Vous bénéficiez en outre d’un accompagnement personnalisé par des experts, des coachs et un incubateur dédié pour concrétiser vos idées.
Tendances et avenir
Cette nouvelle manière d’entreprendre consiste à créer un projet économique viable, permettant de répondre aux besoins sociaux et environnementaux, et dont les bénéfices sont réinvestis au profit de cette mission. Dans un contexte marqué par la crise climatique, les inégalités et l’exclusion sociale, l’entrepreneuriat social apparaît comme la solution idéale pour répondre aux enjeux mondiaux tout en générant du profit, de façon responsable. Les nouvelles technologies, comme l’IA, peuvent tout à fait contribuer à l’amplification de l’impact social des entreprises. En ce sens, on peut facilement affirmer que l’entrepreneuriat social est plus que jamais un secteur d’avenir.
Pourquoi soutenir l’entrepreneuriat social ?
L’entrepreneuriat social a pour vocation d’aider à résoudre des problématiques sociales et environnementales. Son action contribue à réduire les coûts sociaux, liés par exemple aux problématiques de santé. Les entrepreneurs sociaux sont indispensables pour provoquer le changement, et tendre vers un futur meilleur.
| Dimension | Objectif | Exemple |
|---|---|---|
| Sociale | Créer de la valeur pour les bénéficiaires | Aravind (soins ophtalmologiques gratuits) |
| Économique | Assurer la viabilité et le financement | TOMS (modèle don pour achat) |
| Hybride | Combiner marché et finalité sociale | Entreprises employant des bénéficiaires (ex. Jamie Oliver) |
Finie, la maximisation des profits à tout prix dans le monde des affaires ? Doucement mais sûrement, l’entrepreneuriat social redessine les contours de l’économie, en plaçant l’impact social au cœur de ses priorités. Ainsi, loin de n’être qu’une simple tendance, l’entrepreneuriat social s’impose comme un véritable mouvement capable de changer le monde des affaires pour le rendre plus durable, plus responsable et plus humain.
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