Eti PME aéronautique français: dynamique, enjeux et perspective des ETI dans le secteur aéronautique

Le tissu productif français a connu, sur les treinta dernières années, une transformation structurelle marquée par une montée en puissance des entreprises de taille intermédiaire (ETI) et des grandes entreprises, tandis que les PME ont connu des fluctuations et parfois un déclin relatif dans certains secteurs, notamment l’industrie. Cette note analyse l’évolution des PME, ETI et grandes entreprises entre 1994 et 2022 dans les secteurs principalement marchands non agricoles et non financiers, avec une attention particulière au secteur aéronautique et à la filière de défense.

Évolution quantitatives des catégories d’entreprises

Le nombre d’ETI a connu une progression de 57 %, passant de 2 777 en 1994 à 4 363 en 2022. Cette dynamique a été profondément enrayée par la crise de 2008, le nombre d’ETI ne retrouvant son niveau de 2007 qu’en 2020. Le nombre de grandes entreprises a augmenté de 69 %, passant de 118 en 1994 à 199 en 2022. En comparaison, la croissance des PME est restée limitée à 7,6 %, leur nombre passant de 119 980 en 1994 à 129 065 en 2022, et l’ensemble des entreprises hors TPE a augmenté de 8,8 % de 122 875 à 133 627.

Effet sur l’emploi et la valeur ajoutée

Les ETI se distinguent par une forte progression de leurs effectifs, qui passent de 2,17 millions de salariés en 1994 à 3,44 millions en 2022, soit une hausse de 59 %. Les grandes entreprises voient leur main-d’œuvre croître de 28,7 % (3,03 millions en 1994 à 3,9 millions en 2022). Les PME, elles, voient leur part de l’emploi total diminuer de 41,5 % à 35,4 % entre 1994 et 2022, alors que la part des ETI passe de 24,4 % à 30,2 %, et celle des grandes entreprises reste stable autour de 34 %. Cette répartition montre que les ETI ont pris une place croissante dans l’emploi salarié et la valeur ajoutée, alors que les PME perdent du terrain dans l’industrie et dans les services.

Productivité et intensité capitalistique

Entre 1994 et 2022, la productivité apparente du travail des ETI a augmenté de 38,2 %, passant de 58 450 euros à 80 760 euros par salarié, avec un taux de croissance annuel moyen de 1,16 %. Les grandes entreprises enregistrent une progression de 23,6 %, atteignant 97 790 euros en 2022 contre 79 090 euros en 1994. Le gap avec les PME s’est creusé: les PME passent de 49 890 euros à 62 060 euros par salarié, soit une croissance annuelle moyenne de 0,78 %. L’intensité capitalistique suit une dynamique semblable: les ETI passent de 56 550 euros à 230 600 euros par salarié (5,15 % CAGR) et les grandes entreprises de 86 000 euros à 344 410 euros (5,08 % CAGR), les grandes entreprises affichant en moyenne l’intensité la plus élevée.

Évolution par secteur: industrie et services

Dans l’industrie, le nombre de PME industrielles chute de 33 % entre 1994 et 2022, passant d’environ 33 000 à 22 000 unités, tandis que les ETI restent relativement stables, avec une légère hausse de 1,1 % (de 1 261 à 1 275 unités). Le nombre de grandes entreprises progresse de 29 %, passant de 38 à 49 unités. L’emploi industriel reflète ces dynamiques: les PME voient leurs effectifs diminuer de 33 % (1,2 million à 0,8 million), tandis que les ETI atteignent 1,05 million en 2022. Dans les services, les ETI affichent la plus forte progression avec une augmentation de 108 % de leur nombre (de 1 356 à 2 824 unités) et, pour les salariés, l’emploi dans les ETI du secteur des services double, atteignant 2,2 millions en 2022.

Répartition de l’emploi et de la valeur ajoutée

Dans l’industrie, les PME représentaient 41,5 % de l’emploi total dans les entreprises de plus de 10 salariés en 1994 et tombent à 35,4 % en 2022; les ETI passent de 24,4 % à 30,2 %; les grandes entreprises restent autour de 34 %. La valeur ajoutée suit une évolution similaire, les ETI et les grandes entreprises gagnant en importance au détriment des PME. Dans les services, la part de l’emploi et de la valeur ajoutée augmente pour les ETI (7,7 points pour l’emploi et 6,2 points pour la VA), portées par les secteurs Information et communication, Commerce et Services aux entreprises, tandis que les PME perdent en moyenne 5,1 points dans l’emploi et 7,1 points dans la VA.

Spécificités de l’industrie aéronautique et de la défense

Le secteur aéronautique est une industrie d’assemblage intensive en R&D, où le développement d’un produit nécessite d’importants investissements à long terme et où l’État joue un rôle stratégique lié à la souveraineté. Airbus, Eurocopter, Dassault et ATR constituent les grands donneurs d’ordre, entourés de nombreux équipementiers et PME spécialisées. Le marché des gros porteurs est dominé par Boeing et Airbus; la concurrence des pays émergents et la menace du Comac 919 de Chine poussent à renforcer les capacités locales et l’intégration européenne. L’Europe, et en particulier l’Allemagne, jouent un rôle croissant dans le montage et l’intégration des chaînes, notamment à Hambourg. En France, l’effort de R&D est plus dispersé entre DGAC, DGA et ONERA, tandis que l’Allemagne bénéficie d’un programme pluriannuel concerté administré par le DLR, stimulant une continuité et une lisibilité accrues dans la recherche et le financement.

La filière aéronautique est structurée autour d’un district technologique à Toulouse, mêlant grands donneurs d’ordre, sous-traitants, services technologiques, laboratoires publics et établissements d’enseignement supérieur. La restructuration du réseau de sous-traitance d’Airbus, avec réduction du nombre de fournisseurs et délocalisations, illustre les dynamiques de rationalisation et de coût. Cette logique a conduit à quatre niveaux d’intégration (systémiers, équipementiers, sous-traitants de spécialité, sous-traitants de production) et à des transferts de production vers des pays à bas coûts salariaux. L’industrie aéronautique française se distingue par une capacité d’innovation et une chaîne de valeur complexifiée, nécessitant des coopérations accrues entre grands groupes et PME/ETI, et un recrutement et une formation continus pour suivre les évolutions technologiques et les nouvelles compétences (énergie, IA, cybersécurité).

Recommandations et enjeux pour les ETI dans l’aéronautique

Dans le cadre des défis géopolitiques et de la transition énergétique, les ETI du secteur aéronautique et de défense participent à la souveraineté technologique et à la compétitivité nationale. L’alliance entre l’État stratège (DGA et Bpifrance) et ce tissu entrepreneurial est cruciale pour favoriser le co-développement, le partage des risques et la sécurisation des chaînes d’approvisionnement. Le développement des compétences - ingénieurs, techniciens, opérateurs - et l’adoption d’outils de gestion financière et de crédit management sont des conditions essentielles pour soutenir l’investissement, l’innovation et le maintien de la chaîne industrielle. L’industrie aéronautique demeure un levier majeur de croissance, de décarbonation et de rebond économique, avec des investissements publics significatifs et une ambition de réindustrialisation qui nécessite l’intégration des PME/ETI tout au long de la chaîne.

Graphique 1: Évolution du nombre d’entreprises par catégorie (1994-2022) et répartition de l’emploi. Tag: graphique

L'internationalisation des PME et des ETI aéronautiques: coopération nécessaire entre les acteurs

  • ETI croissent en nombre et en emploi, renforçant leur rôle dans la valeur ajoutée.
  • Les PME déclinent dans l’industrie, mais croissent dans les services, où les ETI tirent une partie importante de la croissance.
  • La productivité et l’intensité capitalistique progresseront, nécessitant des investissements soutenus et une gestion du BFR renforcée.

Tableau récapitulatif (1994 vs 2022)

CatégorieNombre 1994Nombre 2022Variation
ETI2 7774 363 +57 %
Grandes entreprises118199 +69 %
PME119 980129 065 +7,6 %
Totaux hors TPE122 875133 627 +8,8 %

Conclusion opérationnelle pour les dirigeants

La filière aéronautique et les ETI associées jouent un rôle clé dans l’autonomie stratégique et la compétitivité française. Il est crucial de poursuivre les politiques publiques qui soutiennent l’innovation, le financement et la formation, tout en renforçant les coopérations entre grands groupes et PME/ETI pour assurer une chaîne de valeur résiliente et dynamique à l’échelle nationale et européenne.

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