Filière recyclage plastique : fonctionnement et enjeux pour les PME
Encore balbutiant avant la pandémie, le recyclage dans le secteur industriel, notamment pour la filière plastique, est en train de bénéficier d'un sacré coup de fouet. Léger et incassable, le plastique est un matériau utile pour conserver, emballer et protéger les produits. Néanmoins, vous l’aurez compris : son utilisation n’est pas sans conséquence sur l’environnement.
Contexte et dynamique actuelle
D'après Polyvia, syndicat professionnel de la filière plasturgie, la France recycle environ 665.000 tonnes de polymères par an. Le gouvernement entend doubler ce volume dès 2022, objectif qui figure dans le Plan de relance. Dans le plan de relance, une enveloppe de 226 millions d'euros est consacrée au recyclage et à la réduction de l'utilisation des plastiques. Pour intégrer davantage de plastique recyclé dans les produits fabriqués en France, l'Ademe lance plusieurs appels à projets Orplast (pour « Objectif Recyclage PLASTiques »).
A cela s'ajoutent les difficultés d'approvisionnement consécutives à la pandémie et la forte relance en Chine. Les prix des matières premières flambent : + 70 % pour l'aluminium en un an, dont + 22 % depuis le début de l'année, et + 30 % pour les résines plastiques vierges entre mai 2020 et février 2021, selon l'association des professionnels de l'emballage Elipso. D'après Polyvia, « les prix des matériaux vierges sont largement au-dessus des prix du recyclé ». Exemple : environ 2.500 euros / tonne pour du PEBD vierge, au lieu de 1.400 euros /tonne pour du PEBD recyclé.
Cadre réglementaire et pression sur les producteurs
Autre élément incitatif, la loi Agec (antigaspillage pour une économie circulaire) qui vise zéro plastique à usage unique d'ici 2040. Enfin, les attentes des consommateurs se font de plus en plus pressantes. Naguère perçus comme étant de seconde zone, les produits recyclés sont aujourd'hui acceptés, voire plébiscités. « Le grand public prend conscience des limites des ressources de la planète. Il y a une demande pour des produits incluant de la matière recyclée », explique Rachel Baudry, responsable du service produits et efficacité-matière à l'Ademe.
La mesure principale dans Le PPWR (Packaging and Packaging Waste Regulation) impose à tous les metteurs en marché de produits emballés d’avoir des emballages recyclables d’ici 2030. En conséquence, les fabricants d’emballages devront respecter des critères de conception pour le recyclage et atteindre un seuil minimal de 70% de recyclabilité avant mise sur le marché. Par ailleurs, les entreprises ont également des objectifs d’incorporation de plastique recyclé dans leurs emballages.
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Un arrêté inter-filières en préparation prévoit la mise en place d’un soutien financier pour l’incorporation de matières plastiques recyclées dans huit filières REP, dont les emballages industriels et commerciaux. Ce dispositif, qui pourrait entrer en vigueur dès 2026, fonctionnerait selon un principe de primes. Les entreprises incorporant du plastique recyclé verraient leur contribution à l’éco-organisme diminuer, avec des primes calculées en fonction du nombre de tonnes de plastique recyclé.
Fonctionnement technique du recyclage plastique
Le recyclage du plastique reste le meilleur moyen d’éliminer ce matériau polluant. Qu’est-ce que le recyclage plastique ? En bref, le déchet plastique est acheminé dans un centre de tri, sous réserve d’avoir été préalablement trié par le consommateur. Il est ensuite transformé en balle de plastique, avant d’être envoyé dans des usines de régénération pour être lavé, broyé, séché et tamisé en granulés. Après avoir été traitées, les substances et autres matières sont réemployées dans le cycle de production de nouveaux produits.
On distingue : le recyclage en circuit fermé (le plastique est réutilisé pour des produits de qualité similaire) ; le recyclage en circuit ouvert (le plastique est recyclé pour des produits complètement différents du produit d’origine). Les bouteilles plastiques peuvent par exemple être réutilisées pour fabriquer du textile polaire, des couettes ou des pare-chocs de voiture.
Recyclage mécanique et contraintes
Le recyclage mécanique - procédé le plus répandu, le plus économique et le moins impactant sur l’environnement - exige le traitement de flux homogènes par résine pour être efficace et garantir des débouchés à haute valeur ajoutée. Le procédé de recyclage mécanique consiste à fondre la matière plastique et la remettre en forme pour qu’elle devienne une matière première qui soit exploitable pour une nouvelle application. La principale action d’un recycleur mécanique est de rendre le flux le plus homogène possible. Un mélange de plastiques aura tendance à complexifier le procédé et à produire une matière recyclée de moindre qualité, plus difficilement valorisable.
De plus, l’usage, le vieillissement et les conditions de stockage dégradent progressivement les propriétés des plastiques, ce qui complique leur recyclage. La multiplicité des résines plastiques par produit engendre des difficultés pour les recycleurs à traiter ces produits. La filière souffre d’un déficit d’image, notamment induit par un phénomène de « Plastique bashing » évoqué par les acteurs interrogés.
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Valorisation énergétique
Conformément à la hiérarchie européenne des déchets, lorsque le recyclage n'est pas possible, la valorisation énergétique (incinération avec récupération d'énergie) est préférable à l'enfouissement. Cette solution permet de produire de l'électricité ou de la chaleur à partir de déchets plastiques non recyclables, limitant ainsi le recours aux énergies fossiles.
Enjeux pour les PME : approvisionnement, investissement et marchés
La filière se structure. Côté start-up, Carbios, société auvergnate spécialiste de technologies enzymatiques de recyclage de matières plastiques, vient de lever 114 millions d'euros en Bourse pour réaliser unité de recyclage de PET. Preuve que l'attrait pour les matières recyclées touche tout le monde, le groupe L'Occitane a participé à cette opération à hauteur de 10 millions d'euros. Si le contexte est favorable, « les recycleurs n'ont pas la puissance d'investissement des multinationales de la pétrochimie, tempère le syndicat professionnel. Les recycleurs n'ont pas la puissance d'investissement des multinationales de la pétrochimie. Le prix des MPR (matières premières de recyclage) est fluctuant car il dépend du prix des matières vierges. Souvent, ces MPR sont difficilement compétitives vis-à-vis du vierge.
Le problème de la filière se situe à l'amont. « Le tri n'est pas encore assez évolué chez les industriels », observe Didier Leleu, président d'Algoplast, PME alsacienne de 90 salariés spécialisée dans le recyclage, l'extrusion et le thermoformage. « Entre le papier, le métal et le plastique, ils savent faire, mais entre les différents types de plastique, cela devient plus compliqué. » Ce qui n'empêche pas Algoplast d'accélérer car la demande est là. La PME, qui transforme environ 5.000 tonnes de plastique par an, investit ainsi 5 millions d'euros pour augmenter sa capacité à 7.000 tonnes, avec l'aide de l'Ademe qui subventionne entre 30 et 35 % de l'opération.
Même tendance à la hausse chez Reviplast (30 salariés), qui collecte du plastique chez des industriels, dans un rayon d'environ 400 km autour de Limoges. Les deux lignes de production livrent 5.000 tonnes de plastique recyclé, revendu aux régénérateurs et aux plasturgistes. L'activité est en croissance avec l'ambition de passer à 10.000 tonnes en 2025 à Couzeix (Haute-Vienne). La PME a par ailleurs mis en service, avec Spirea, une nouvelle unité à Mérignac (Gironde) en août 2020.
Contraintes économiques et solutions
Une question de coût. Le prix des plastiques vierges demeure trop bas pour encourager à l’utilisation de la matière recyclée qui continue à susciter des réserves chez certains donneurs d’ordre. Et puis le coût de la main-d’œuvre, le coût de l’énergie ou les contraintes réglementaires propres à certains acteurs européens peuvent freiner le recyclage au niveau local. Quantité : sécuriser les approvisionnements de produits plastiques à recycler est une nécessité pour les recycleurs.
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Un plastique recyclé a un moindre impact qu'un plastique vierge. Mais son utilisation dépasse le seul enjeu environnemental. Elle permet aux entreprises de sécuriser leur approvisionnement tout en créant une boucle fermée : les emballages en fin de vie redeviennent « matière première » pour la fabrication de nouveaux emballages. Cette logique de circuit court renforce la résilience des chaînes de valeur face aux fluctuations du marché des matières vierges et aux tensions géopolitiques sur les approvisionnements.
Opportunités opérationnelles pour les PME
Pour les dirigeants et responsables RSE, s'engager dans une démarche efficace de gestion des déchets plastiques ne représente pas seulement un acte écologique, mais également un avantage concurrentiel indéniable. Avec 74 % des Français déclarant être attentifs à l'impact environnemental des produits qu'ils achètent, votre engagement en matière de développement durable devient un argument commercial de poids.
Mesurer pour agir
Avant toute action, il est essentiel de quantifier votre situation actuelle : réalisez un diagnostic initial en identifiant toutes les sources de déchets plastiques dans votre entreprise, quantifiez les volumes par type de plastique et par activité, établissez une baseline qui servira de référence pour mesurer vos progrès et définissez des indicateurs de suivi pertinents et facilement mesurables. Une analyse précise vous permettra d'identifier les "quick wins" - ces actions à fort impact et à mise en œuvre rapide qui généreront des résultats visibles à court terme.
Réduction, réutilisation, recyclage : la stratégie 3R
Conformément à la hiérarchie des 3R, la réduction est l'option la plus efficace : éliminez les plastiques à usage unique dans vos espaces de travail, optimisez vos emballages en réduisant leur épaisseur ou en changeant de matériaux, privilégiez l'achat de produits éco-conçus avec moins d'emballages plastiques, repensez vos processus internes pour minimiser l'utilisation de plastique.
La deuxième priorité consiste à prolonger la durée de vie des plastiques utilisés : mettez en place des systèmes de réutilisation des emballages plastiques en interne, développez des accords de reprise avec vos fournisseurs, proposez des options de consigne à vos clients professionnels, mutualisez certains emballages avec d'autres entreprises de votre secteur ou zone d'activité.
Pour les plastiques que vous ne pouvez ni réduire ni réutiliser : installez un système de tri efficace avec des consignes claires, formez vos équipes aux bonnes pratiques de tri, collaborez avec des prestataires spécialisés capables de valoriser vos déchets plastiques, suivez les performances de votre système de recyclage.
Éco-conception et innovations matériaux
L'éco-conception vise à intégrer les préoccupations environnementales dès la phase de conception : analyse du cycle de vie (ACV) complète du produit, minimisation des impacts environnementaux à chaque étape, optimisation de l'utilisation des ressources en privilégiant les matériaux renouvelables ou recyclés, anticipation de la fin de vie du produit en facilitant son démontage, sa réparation ou son recyclage.
Plusieurs approches peuvent être mises en œuvre : allègement des pièces plastiques sans compromettre leur fonctionnalité, substitution par des matériaux alternatifs, conception pour la réparabilité et la durabilité, intégration de plastiques recyclés dans vos produits (économie circulaire), mono-matérialité pour faciliter le recyclage.
Les bioplastiques représentent une avancée potentielle, mais leur efficacité en tant que solution durable dépend fortement de leur gestion tout au long de leur cycle de vie. Avantages et limites doivent être évalués pour éviter des effets pervers (usage de terres agricoles, perturbation des filières de recyclage existantes, conditions de biodégradation spécifiques).
Obligations légales et conformité pour les entreprises
La gestion des déchets des entreprises est encadrée par la loi. Les entreprises et les organismes publics doivent répondre aux obligations définies par le livre V du Code de l’Environnement : trier ses déchets ; les entreposer en limitant les risques et les nuisances ; les transférer à un prestataire agréé ; les traiter par l’intermédiaire des filières autorisées ; privilégier le réemploi, le recyclage, les autres valorisations et, en dernier recours, l’élimination ; détenir un registre chronologique des déchets.
En cas d'infraction, l'entreprise s'expose à des sanctions administratives (amende, injonction de faire, etc.). Si récidive, l'infrastructure encourt cette fois-ci des sanctions pénales, jusqu'à 2 ans de prison et 75 000 € d'amende.
Indicateurs et chiffres clés pour convaincre la direction
| Indicateur | Valeur / Exemple |
|---|---|
| Volume plastique recyclé France | ≈ 665 000 tonnes / an (Polyvia) |
| Taux de recyclage France (2021) | 21 % des déchets plastiques |
| Production plastique France | 4,8 millions de tonnes / an |
| Économie énergétique | 1 t plastique recyclée évite 830 L de pétrole |
| Émission évitée PET | 1 t PET recyclée évite 2,29 t CO2e |
Sensibilisation et mobilisation des équipes
La réussite de votre démarche dépend largement de l'engagement collectif : organisez des sessions de formation sur les enjeux des déchets plastiques, lancez des défis inter-services pour stimuler l'engagement, communiquez régulièrement sur les résultats obtenus, valorisez les initiatives individuelles et les bonnes pratiques. Une entreprise a ainsi organisé un "challenge sans plastique" d'une semaine qui a permis d'identifier 8 sources de plastique jetable facilement éliminables, générant des économies annuelles significatives.
Bien trier ses déchets, ce n'est pas compliqué !
Perspectives : réemploi, traçabilité et REP professionnelle
Les chiffres confirment le potentiel de réemploi des emballages professionnels. Selon l'ADEME, le tonnage total des emballages professionnels réemployables (réemployables neufs et réemployés, hors emballages de la restauration), représente environ 8,5 Mt dont 288 000 tonnes d'emballages réemployables neufs (soit 3%). Et sur les 8,5 millions de tonnes d’emballages professionnels réemployables, 2,9 millions sont en plastique (soit environ 35%).
La future REP des emballages professionnels, prévue pour 2026, devrait créer un cadre propice à la conduite de stratégies 3R plus efficaces, en permettant à tous d’évoluer sur le traitement et la production des plastiques et leurs déchets. Ce nouveau cadre pourrait jouer en faveur d’une meilleure traçabilité des flux et un suivi des données plus précis sur les performances réelles de recyclage des plastiques. Cette transparence renforcée permettra de mesurer précisément les progrès et d’identifier les gisements d’amélioration par secteur et par type d’emballage.
Dans la filière plasturgie, des adhérents de plus en plus demandeurs. L'évolution des cadres réglementaires européen et français « va conduire les plasturgistes à intégrer plus de matières premières recyclées. Nos adhérents du secteur de l'emballage cherchent à augmenter la part des matières recyclées dans leurs achats», indique Polyvia aux Echos. Les fabricants qui s'engagent dès maintenant dans l'incorporation de plastiques recyclés prennent de l'avance sur les obligations réglementaires de 2030.
En définitive, le recyclage permet de créer une économie circulaire où chaque matériau peut être réutilisé à l'infini. Malheureusement, à l'heure actuelle, seuls le verre et le métal sont réemployés à grande échelle, mais la mobilisation réglementaire, économique et sociétale offre aux PME une fenêtre d'opportunité pour innover, réduire leurs coûts et sécuriser leurs approvisionnements en adoptant des stratégies 3R, l'éco-conception et des partenariats locaux de collecte et de régénération.
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