Le Financement et l'Expansion du Puy du Fou : Une Saga Française

Le Puy du Fou, parc à thème emblématique, attire des millions de visiteurs et génère des millions d'euros de revenus. Avec deux millions et demi de visiteurs cette année et un chiffre d'affaires de 170 millions d'euros en 2022, le Puy du Fou est devenu un géant du divertissement en France et au-delà. Ce parc à thème unique en son genre, situé en Vendée, est célèbre pour ses spectacles grandioses retraçant l'histoire de la France à travers les âges.

C’est le parc d’attractions le plus fréquenté du pays, après Disneyland, et un concept qui s’exporte. L’histoire du Petit Poucet de Vendée est belle : celle d’un triomphe français parti à la conquête du monde.

Mais son fonctionnement et sa structure unique soulèvent de nombreuses questions : Complément d’enquête les a posées à ceux qui ont participé à ce succès, et à son directeur : Nicolas de Villiers, fils du « créateur » du parc, son père Philippe. Mais père et fils ont accepté les caméras dans les coulisses de leur chef-d’œuvre. Un parc d’attractions historiques, affichant plus de deux millions de visiteurs par an et un chiffre d’affaires de cent soixante dix millions d’euros en 2022.

Cependant, derrière ce succès se cachent des intrigues et des controverses qui ont marqué son histoire, rapporte Franceinfo, le 7 septembre 2023, qui présente le contenu du prochain "Complément d'enquête".

Au centre de tout, celui qui a tout façonné : Philippe de Villiers. « Complément d’enquête » s’intéresse au Puy du Fou et à son clan devenu incontournable, en Vendée comme au sommet de l’État. À voir jeudi à 23.00 sur France 2.

Lire aussi: Participez au Projet Odyssée

Lors de sa création en 1978, Philippe de Villiers n’imaginait pas le succès immédiat rencontré par son projet. L’idée de départ : un spectacle son et lumière racontant l’histoire d’une famille vendéenne, depuis le Moyen Âge jusqu’à nos jours. Le décor : le château du Puy du Fou acquis par le département et mis à la disposition de l’association créée par Philippe de Villiers, dont le père siège au Conseil général. Les comédiens et les techniciens : des bénévoles. Un modèle qui a perduré avec la création du Grand Parc, qui propose désormais plus de huit spectacles.

Aujourd’hui, cette main-d’œuvre gratuite représente 350 techniciens et 2 600 artistes pour la cinéscénie. À ceux qui à l’époque critiquaient déjà ce mode de fonctionnement, Philippe de Villiers rétorque : « On ne peut pas faire de la vraie culture populaire tout en proposant une incitation financière. » Pour motiver ses troupes, il cultive « le mythe de la grande famille », raconte Christine Chamard, dévouée au Puy du Fou pendant vingt ans, puis repentie.

Histoire, argent, pouvoir : les vrais secrets du Puy du Fou - Complément d'enquête

Scandales et Stratégies Financières

Cependant, en 2006, un scandale a éclaté au sein de la famille qui aurait pu mettre en péril cet empire. Laurent de Villiers, le plus jeune des sept enfants de Philippe de Villiers, a porté plainte pour viol contre son frère aîné, Guillaume, qui a vigoureusement nié ces accusations. Cette affaire a engendré huit années de procédure judiciaire qui se sont finalement conclues par un non-lieu pour "charges insuffisantes".

Le scandale a eu des conséquences bien au-delà de la famille de Villiers. Philippe de Villiers, qui était alors candidat à l'élection présidentielle et se présentait comme le "candidat catholique de France, bien sous tous rapports", a vu sa réputation ternie. Les révélations de Laurent de Villiers ont créé une onde de choc, provoquant le départ de centaines de "puyfolais", les bénévoles du Puy du Fou, et laissant planer des doutes sur l'avenir du parc.

Pour préserver le Puy du Fou, Philippe de Villiers et son deuxième fils, Nicolas, ont élaboré un plan secret en 2011. Ils ont discrètement acquis une part du capital du Grand Parc, la société commerciale mère du Puy du Fou, qui générait des dizaines de millions d'euros de chiffre d'affaires.

Lire aussi: Guide Crowdfunding SAS

Le premier coup a été porté en 2012 lorsque Philippe de Villiers a décidé de vendre au Grand Parc les scénarios des spectacles qu'il écrivait lui-même. Pendant trois décennies, il les avait mis gratuitement à disposition, ce qui a été estimé à près de 14 millions d'euros. Cette décision a suscité la surprise et l'inquiétude de certains mécènes du Puy du Fou, dont Yves Gonnord, un grand patron de Vendée.

En 2016, Yves Gonnord a lancé un audit financier du groupe, mettant en lumière une nouvelle structure : Puy du Fou Stratégie. Cette entité a été créée pour échanger les scénarios de Philippe de Villiers contre des actions du Grand Parc, permettant ainsi à Puy du Fou Stratégie de récupérer une part substantielle du capital. Aujourd'hui, cette structure détient 47% du parc d'attractions et la majorité des droits de vote, avec Philippe de Villiers, son frère Bertrand, son fils Nicolas et deux proches de la famille aux commandes.

Ce virage financier a suscité des critiques au sein de la communauté des bénévoles du Puy du Fou, qui estime que le parc, autrefois détenu collectivement, est désormais sous le contrôle exclusif de la famille de Villiers. Le Puy du Fou appartenait aux bénévoles, et appartient maintenant à une seule famille.

Deux fois candidat à la présidentielle, tendance droite dure, Philippe de Villiers en livre sa version catholique identitaire. « L’idée du Puy du Fou, c’est de rappeler à tous les Français que la France est catholique et royale », résume Laurent de Villiers.

Pour trouver des réponses, l’équipe de Complément d’enquête est partie à la rencontre des habitants de la région, des bénévoles - d’hier et d’aujourd’hui -, mais aussi du « vilain petit canard » de la fratrie de Villiers : le fils Laurent, par qui le scandale est arrivé. En 2006, il ose braver l’omerta familiale en dénonçant les viols qu’il aurait subis de son frère aîné, Guillaume. Aujourd’hui, il vit exilé aux États-Unis.

Lire aussi: Transparence financière des campagnes en France

Son plus jeune frère, Nicolas, est devenu l’héritier du trône : brillant diplômé d’une école de commerce, il est aux manettes du Grand Parc qui, aujourd’hui, propose des dizaines de spectacles. Également metteur en scène de la dernière création du parc, il vient de lancer au cinéma le premier film franchisé « Puy du Fou », Vaincre ou mourir. Il a accepté de répondre aux questions des journalistes.

Expansion Internationale et Controverses Foncières

Après avoir lancé un parc à thème à Tolède en Espagne, le Puy du Fou s’attaque désormais à la Chine et aux États-Unis. Bientôt un Puy du Fou au Royaume-Uni ? Après l'Espagne, où il s'est installé en 2021, le parc à thème français aimerait exporter outre-Manche ses spectacles inspirés de l'histoire. Il a jeté son dévolu sur un site près de Bicester, à 20 kilomètres d'Oxford et 80 kilomètres au nord de Londres, et a démarré début juillet une consultation publique pour échanger avec les habitants sur son projet.

Puy du Fou Royaume-Uni

Projet d'implantation du Puy du Fou au Royaume-Uni

Le projet britannique est encore en cours de finalisation, précise le Puy du Fou. Mais il devrait, comme sur son site historique en Vendée, inclure un parc et des hôtels (probablement thématisés comme en France), selon le plan de masse disponible sur le site internet de la consultation publique. Les spectacles seront en revanche adaptés pour s'inspirer de l'histoire du pays, comme c'est le cas dans le parc espagnol à Tolède.

«Nous recherchions depuis de nombreuses années un site [au Royaume-Uni], et nous avons identifié l'endroit parfait», estime Olivier Strebelle. Le terrain retenu est proche de l'autoroute M40, ce qui le met à une heure en voiture de Londres. Le Puy du Fou prévoit de planter 10.000 arbres sur le site et promet de concevoir le parc de manière à «minimiser son impact», notamment sonore, sur le voisinage. Il se fournirait ensuite chez des entreprises locales, notamment pour ses activités de restauration.

Deux réunions publiques se tiendront les 18 et 19 juillet, et un second temps de consultation est prévu d'ici à la fin de l'année. Si le projet voyait le jour, ce serait le troisième parc Puy du Fou dans le monde.

Depuis sa création en 1977 le parc d’attraction vendéen dévore méticuleusement des hectares de terres agricoles autour du château originel. Grâce à l’appui des élus et à des dérogations aux règles d’urbanisme locales, il en possède désormais près de 400. Une course au gigantisme qui inquiète même en Vendée.

Le Puy du Fou détient désormais près de 400 hectares autour du château originel. "Le risque aujourd'hui", déplore Pascal Sachot, porte-parole de la confédération paysanne de Vendée, "c'est que cette terre agricole parte vers le grand parc, qu'il y ait un accaparement du foncier au détriment des activités agricoles".

Déjà en juillet 2023, la confédération paysanne et la liste pour une alternative sociale et économique au Pays des Herbiers avaient déposé un recours auprès du tribunal administratif. "Dans le Plan local d'urbanisme (PLU) des Herbiers, le Puy du Fou a un statut particulier. Il existe des zones AUPF (à urbaniser Puy du Fou)", explique Pascal Sachot. Ces emprises sont exclues du dispositif ZAN (Zéro artificialisation nette). "Or, ajoute Joseph Liard, élu d'opposition, lorsque nous avons abordé les questions sur le PLU, en 2022, Véronique Besse, qui était alors présidente de la communauté de communes, nous avait répondu "rien n'arrêtera le développement du Puy du Fou".

De son côté, Nicolas de Villiers, président du Puy du Fou, réfute tout projet d'agrandissement. "Nous ne souhaitons pas doubler notre superficie, précise-t-il. Le dirigeant vendéen ajoute qu'un dialogue a été engagé avec les agriculteurs au sujet de ces nouvelles propriétés. "Il faut que ces terrains restent agricoles, cultivés, entretenus, et nous sommes les premiers soutiens aux métiers des agriculteurs parce que ce sont eux qui font vivre la terre et qui lui font produire le meilleur tout en la préservant, tout en étant respectueux de la nature". Les baux agricoles, de 8,18 ou 25 ans déjà en place, seront donc prolongés, affirme encore Nicolas de Villiers.

Néanmoins, un doute sur les intentions du Parc subsiste à la confédération paysanne de Vendée. Pascal Sachot rappelle que, "quand on regarde ce qui s'est passé sur les Herbiers et la communauté de communes, les hectares déjà achetés par le Parc sont quasiment tous passés AUPF, à urbaniser Puy du Fou et sur ces terres-là les baux agricoles n'ont plus aucune valeur. "Le puy du Fou a toujours dit qu'il allait créer un deuxième parc. Pour eux, c'est une belle opportunité. Surtout avec le développement de la future gare annoncé pour 2030 et qui desservira le puy du Fou. La gare sera au milieu de ces deux zones.

Le Puy du Fou et l'Histoire : Entre Divertissement et Controverse

Entre engouement pour l'histoire et agenda politique pour la reconnaissance d'un "génocide vendéen" qui n'a pas eu lieu, le Puy du Fou est un gigantesque succès. Mais aussi un vecteur de contre-histoire, qu'Emmanuel Macron a auréolé d'une légitimité en l'autorisant à rouvrir parmi les premiers.

Dès l’origine, ce lieu bâti autour d’une certaine lecture de la Révolution française, étayée par des travaux très controversés, a reposé sur l’engagement de bénévoles. Une communauté avide d’histoire, qui s’est appropriée le récit historique et qui parfois se transmet le goût de la Vendée de génération en génération, continue de faire vivre le Puy du Fou, quarante ans plus tard.

Avec, prévue ce 11 juin, la réouverture polémique du parc à thème, qui fut parmi les premiers lieux d’accueil de public autorisés à rouvrir par Emmanuel Macron après le confinement, le détour par la genèse de cette communauté passionnée est l’occasion d’interroger l’appropriation de l’histoire par le grand public. Loin des sphères académiques, et parfois à rebours de l’historiographie valide, ces bénévoles et ces figurants fans du Puy du Fou co-construisent l’histoire, que les historiens de métier le veuillent ou non.

En 1978, pour la toute première représentation donnée au Puy du Fou, tout juste sorti de terre, 600 bénévoles participaient déjà au spectacle. Dans ce coin de Vendée où Philippe de Villiers, un jeune élu de 28 ans bataillait pour créer son parc à thème, on les appelait déjà les “puyfolais”. Le Puy du Fou, du côté du petit village des Epesses, en Vendée, se résumait encore à un petit son et lumière donné dans une aile d’un château en ruines pour revisiter l’histoire de la Vendée du Moyen-Âge à la Seconde guerre mondiale.

Aujourd’hui, dans ce département dont Villiers prendra les commandes à partir de 1987, les “puyfolais” sont près de quatre mille. Pour voir ce contenu, acceptez les cookies.

Outre divers tableaux sur la vie médiévale, le spectacle principal, qui existe depuis l’origine, se donne en nocturne et qui s’appelle Cinéscénie, dure 1h40. Un show ourlé de voix célèbres (Robert Hossein, Alain Delon, Gérard Depardieu ont prêté leur voix, précise toujours vendeecamping), mais surtout de la présence de ces centaines de bénévoles.

Et par exemple chez Aymeric, qui écrivait sur un forum non-officiel du parc du Puy du Fou : Je joue actuellement dans une association où l’on réalise des spectacles médiévaux. Notre but ? Approcher le public, sans faire découvrir l’envers du décor et sans révéler la magie du spectacle.

Parmi les 2531 membres inscrits fin mai, 27 s’étaient exprimés sur le forum dans les dernières 24 heures. Mais depuis sa création, Puyfolonaute enregistrait près de 57 000 messages postés sur 3769 sujets.

Mais on trouve aussi, toujours dans la section “Agora”, des suggestions de films à voir, où les termes “génocide républicain” et “génocide de la Vendée” figurent en bonne place, en référence aux massacres de 1793 à une période que les historiens appellent plutôt les “guerres de Vendée”. Un membre rappelle que c’est “un des principaux thèmes” du spectacle principal, Cinéscénie.

Jean-Clément Martin est l’un des historiens parmi les tout premiers qui, avec aussi Claude Langlois, dès l’origine du projet de Philippe de Villiers, avaient sonné l’alerte contre cette instrumentalisation fantaisiste et mensongère de l’histoire au service d’un projet réactionnaire. On était alors dans les années 70, et la Vendée se muait en ce que Martin a nommé “une région-mémoire”, à mi-chemin entre un sanctuaire et une gigantesque machine à panser des plaies sourdes, invisibilisées.

Vingt ans plus tard, le même Jean-Clément Martin épinglait encore l’usage des termes “génocide vendéen”, qui avaient largement voyagé entre-temps. En particulier grâce au livre tiré de la thèse de Reynald Sécher (Un Génocide franco-français, en 1986 aux PUF), mais aussi au succès du parc à thème, et à la vitalité de sa communauté.

Nicolas de Villiers

Nicolas de Villiers, Directeur du Puy du Fou

Le Puy du fou peut ainsi être regardé non seulement comme un effet de longue traîne d’un courant historiographique (certains diraient, “une contre-histoire”) qui a connu une vitalité particulière dans la deuxième moitié des années 1980, et fait l’objet de polémiques virulentes entre historiens, depuis les couloirs des universités jusque dans des tribunes et des livres.

Or avec son succès colossal qui en fait le deuxième parc d’attraction de France, et son activité bénévole depuis les origines, le Puy du Fou n’est pas seulement un témoignage de ce récit historique contesté. Il est aussi un instrument de dissémination, et même un lieu de production de ce récit-là, centré par exemple sur la diabolisation de l’année 1793 et la figure de Robespierre.

Dès 1978 à sa création, le Puy du Fou a été fondé autour d’une association de bénévoles dédiée aux victimes vendéennes de “la Terreur” pendant la Révolution française. D’emblée, il ne s’agit donc pas seulement d’une vision grand public en train de s’écrire, et, en coulisses, d’un agenda politique qui se vit en contre-offensive - un “combat culturel”, pour reprendre l’expression de Philippe de Villiers cité par Guillame Mazeau sur The Conversation.

Le terme “passion” est essentiel : pour nombre de ces membres, le Puy du Fou est, tout à la fois, un sujet d’intérêt, un lieu favori, un réseau de sociabilité et une pratique. C’est à dire, non seulement quelque chose de l’ordre du loisir pour tous ceux qui, comme ce fan de 16 ans, jouent les “figurants”. Mais aussi une pratique qu’on peut regarder comme historienne.

Ainsi les figurants sur place, tout comme les puyfolais du forum, font de l’histoire au sens où ils l’aiment, ils la lisent ou la regardent, parfois la fabriquent en participant à un spectacle, mais aussi en disséminant un certain récit du passé. Et c’est ça qui a explosé depuis la création du lieu, en Vendée : le goût d’une histoire populaire qui se dirait “à bas bruit”, comme l’écrit Mazeau : “une histoire qui ne prend pas seulement le peuple pour objet mais qui s’écrit par, avec lui et pour lui”.

balises: #Financ

Articles populaires: