Financement russe de Marine Le Pen : Enquête et implications

La cheffe de file du groupe parlementaire Rassemblement national (RN) à l’Assemblée nationale, Marine Le Pen, a été entendue par la commission d’enquête parlementaire sur les ingérences étrangères concernant le prêt russe dont a bénéficié le parti d’extrême droite en 2014. Cette audition s'inscrit dans un contexte de critiques persistantes accusant le RN d'être un agent d'influence russe en France. Une commission lancée par son groupe parlementaire, afin, notamment, de couper court aux accusations faisant du parti d’extrême droite un agent de l’influence russe en France. C’est l’occasion de répondre aux accusations pour Marine Le Pen.

Marine Le Pen

Contexte du prêt russe

En 2014, après l’échec de Marine Le Pen à dépasser les 18 % des suffrages, le Rassemblement national, alors appelé Front national, rencontrait des difficultés financières. Il est difficile, selon les explications des cadres du parti de se relever de cette défaite et de trouver des financements, surtout auprès des banques françaises et occidentales. « Nous ne pouvions trouver que du côté chinois, de l’Iran, ou la Russie : Marine Le Pen a considéré que la Russie était ce qu’il y a de mieux », a ainsi affirmé à la commission d’enquête parlementaire Jean-Luc Schaffhauser, ancien eurodéputé FN, le 4 mai dernier.

Un prêt de 9,4 millions d’euros a finalement été conclu en 2014 avec une banque tchéco-russe, dont la créance a été reprise par diverses sociétés à la suite de faillites en cascade, toujours en cours de remboursement.

Marine Le Pen et Vladimir Poutine

Pourquoi ce prêt pose-t-il un problème ?

La question centrale est de savoir si ce prêt a été accordé au parti d’extrême droite avec des contreparties ou une pression politique. Vladimir Poutine, déjà à l’époque, est un dirigeant peu fréquentable. Il vient d’annexer de force la Crimée ukrainienne et mène une guerre dans le Donbass aux côtés des séparatistes prorusses. C’est en tout cas ce dont est accusée Marine Le Pen par ses opposants politiques, et en premier lieu Emmanuel Macron. Dernier exemple en date : lors du dernier débat de l'entre-deux-tours de la campagne présidentielle, le président candidat à sa réélection avait estimé que la candidate d’extrême droite parlait « à [son] banquier quand elle parle de la Russie. »

Lors de son audition début mai, Jean-Luc Schaffhauser a, de son côté, assuré que ce prêt n’avait pas engendré de demandes de contreparties politiques. « Si j’avais senti une pression politique, nous aurions trouvé une autre solution », a-t-il insisté. Alors interrogé sur le « hasard » entre « la prise de position de Marine Le Pen en faveur de l’annexion russe de la Crimée et, quelques semaines plus tard, le fait qu’il y ait un emprunt qui se réalise », l’ex-eurodéputé a éludé en faisant valoir que celle qui était alors présidente du parti « connaissait son histoire. »

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Chronologie des événements clés

Date Événement
2014 Conclusion d'un prêt de 9,4 millions d'euros avec une banque tchéco-russe.
Mars 2014 Marine Le Pen reconnaît les résultats du référendum sur le statut politique de la Crimée.
Avril 2015 Publication par le groupe d’activistes en ligne Anonymous de documents piratés.
Mars 2015 La créance du RN est rachetée par la société Conti pour 9,4 millions d’euros, via un contrat de cession.
Juillet 2016 La First Czech Russian Bank fait faillite et est liquidée.
2017 Marine Le Pen rencontre Vladimir Poutine au Kremlin.

La commission d’enquête

Les critiques des adversaires politiques du RN ont poussé le groupe parlementaire porté par Marine Le Pen à lancer la commission d’enquête fin 2022, précisément pour tenter de couper court aux accusations. Après l’audition de Jean-Luc Schaffhauser il y a vingt jours, la majorité macroniste et notamment la rapporteure de la commission d’enquête, la députée Renaissance Constance Le Grip, a décidé de convoquer la principale intéressée en personne. « On a dit dès le début que Marine Le Pen serait à la disposition de la commission d’enquête, on n’a pas changé d’avis », a alors rappelé Jean-Philippe Tanguy, en estimant toutefois « qu'aucun fait nouveau mis en lumière par les précédentes auditions ne justifie cette audition. »

L’audition de la candidate malheureuse à trois élections présidentielles est prévue à 14 heures. Jean-Philippe Tanguy déléguera la présidence de la commission, probablement au député Modem Laurent Esquenet-Goxes, l’un des vice-présidents de la commission. La parole sera donnée à tous les membres de la commission et, si le temps le permet, à deux députés représentant les groupes communiste et Liot (indépendants).

Marine Le Pen a répondu ce mercredi après-midi aux questions de la commission d'enquête sur les ingérences étrangères. Dans le viseur: sa relation avec la Russie et un prêt contracté par le Rassemblement national en 2014, attaquées par Emmanuel Macron pendant la campagne présidentielle en 2022. "Si cela m'avait engagé à quoi que ce soit, je n'aurais pas signé", a lancé Marine Le Pen devant une commission d'enquête parlementaire. Une audition pour tenter de clôturer le sujet.

La patronne des députés RN s'est défendue de tout conflit d'intérêt avec Moscou, après avoir contracté un prêt en 2014. "Si cela m'avait engagé à quoi que ce soit, je n'aurais pas signé", a lancé Marine Le Pen devant une commission d'enquête parlementaire.

Réactions et défense de Marine Le Pen

"Ces accusations (de collision avec Moscou) ont été proférées par quelqu'un qui a mon sens n'avait pas la possibilité de le faire moralement: le président. Un candidat à la présidentielle doit toujours éviter de tomber dans la diffamation et la calomnie de ses adversaires politiques", a lancé la patronne des députés RN.

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Face aux refus de l’intégralité des banques françaises lors de la campagne des régionales en 2014, le RN - qui s'appelait alors le Front national et était dirigé par Marine Le Pen - avait dû passer par une banque privée russe afin de se faire prêter neuf millions d’euros. "Je signe un prêt avec une banque, je ne signe pas un prêt avec Vladimir Poutine", s'est encore justifiée l'élue du Pas-de-Calais au Palais-Bourbon.

Cette commission d'enquête lancée à l'initiative du député RN Jean-Philippe Tanguy a également permis à Marine Le Pen de revenir sur ses positions passées sur la Russie. Elle avait confié en 2011 son "admiration" pour Vladimir Poutine. Elle l'avait longuement rencontré en mars 2017.

Six jours après le début de la guerre en Ukraine, la députée avait jugé que le dirigeant russe avait "franchi la ligne rouge" sur BFMTV. "Il a violé la souveraineté de l'Ukraine, il a violé ses frontières. Il n'y a pas de discussion là-dessus", avait encore ajouté la quinquagénaire.

"Il n'y a rien de plus infamant pour une patriote que de se voir suspectée d'être influencée par une Nation étrangère", a encore fait savoir Marine Le Pen devant les députés, promettant une fois élue à l'Élysée "d'interdire les prêts étrangers".

Lors de la dernière campagne présidentielle, Marine Le Pen a contracté un prêt auprès d'une banque hongroise, face "à la quasi-impossibilité de trouver des financements" auprès des établissements français. Depuis 2017, les partis politiques ne peuvent plus emprunter d'argent à des banques non européennes.

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Auditionnée par la commission d’enquête sur les ingérences étrangères, Marine Le Pen a assuré que le prêt russe décroché en 2014 était « sans contrepartie » politique.

« Si cela m'avait engagée à quoi que ce soit, je n'aurais pas signé. » Telle fut la ligne de Marine Le Pen durant les quatre heures qu'aura duré son audition devant la commission d'enquête parlementaire relative aux ingérences étrangères dans la politique française, mercredi 24 mai dans l'après-midi.

Quant à la chef de file nationaliste, celle-ci n'a pas varié d'un iota du début à la fin de son audition : « Ce prêt a été vérifié et survérifié par absolument tout le monde.

« J'ai signé avec une banque, pas avec Poutine », s'est empressée d'asséner Le Pen, expliquant avoir été « forcée de chercher un prêt en 2014 hors des frontières de l’Union européenne » après le refus de 200 banques françaises de prêter ses deniers à ce qui était encore le Front national.

Mais les membres de la commission l'attendaient au tournant, pointant notamment le calendrier de cet « emprunt russe » de 2014, signé quelques semaines après l'annexion de la Crimée. Avec, en fond, les liens historiques entretenus entre le parti à la flamme et l'État russe, Marine Le Pen ayant par exemple confié en 2011 son « admiration » pour Vladimir Poutine, puis l'ayant longuement rencontré à Moscou lors de la présidentielle de 2017.

« Votre conseiller en affaires internationales [Jean-Luc Schaffhauser, ex-eurodéputé FN également chargé de prospecter à l'étranger pour obtenir un prêt, N.D.L.R.] s’est rendu en Crimée pour observer la tenue du référendum et six mois plus tard, vous obteniez un prêt de 9 millions après de la FCRB », soulignait face à la députée du Pas-de-Calais le vice-président MoDem de la commission, Laurent Esquenet-Goxes.

Marine Le Pen dit d'abord avoir eu le choix, à l'époque, entre trois établissements bancaires seulement : un Chinois, un Iranien et un Tchéco-russe. « Il m'était apparu que la République tchèque étant en Europe et la Russie étant membre du Conseil de l'Europe [jusqu'à son exclusion en 2022 après l'invasion de l'Ukraine] il s'agissait du meilleur choix », a-t-elle expliqué aux députés.

Elle s'est ensuite défendue d'avoir eu connaissance des liens entre la FCRB et Vladimir Poutine. Avant d'indiquer que le RN avait été « totalement passif » dans la procédure ayant ensuite conduit la banque centrale russe à faire racheter les actifs de cette dette par une société d'aéronautique - détenue par des ex-militaires vraisemblablement proches des services secrets russes, selon les membres de la commission.

« Je ne crois absolument pas qu’il y a eu une annexion illégale de la Crimée : il y a eu un référendum, les habitants souhaitaient rejoindre la Russie », avait notamment déclaré Marine Le Pen en 2017 sur BFMTV.

Autres affaires financières

L’origine des 8 millions d’euros prêtés au Rassemblement national en 2017 par l’homme d’affaires Laurent Foucher reste indéterminée à ce jour. Selon nos informations, la justice se penche sur les conditions d'obtention du prêt de 8 millions d’euros qui a sauvé le Rassemblement national après les élections de 2017.

En grandes difficultés financières après les élections de 2017, le Rassemblement national a été sauvé par un prêt de 8 millions d’euros de Laurent Foucher, un homme d’affaires français très implanté en Afrique et proche de Claude Guéant. La somme a transité par une banque basée aux Émirats arabes unis.

Toutes les banques russes auxquelles le Front national a fait appel, tant en 2014 qu'en 2016, ont disparu. Elles étaient dirigées par des escrocs ou des blanchisseurs d'argent.

Les accusations de liens avec Moscou

Accusé depuis des années de servir la propagande du régime russe, le RN est de nouveau rattrapé par ses liens présumés avec Moscou. En annonçant avoir remboursé le prêt russe en avance, le RN tente de se poser en bon gestionnaire et de se débarrasser de son principal boulet politique.

Dans le camp d'Emmanuel Macron, Renaissance y voit au contraire une preuve de plus que "le RN est bien le porte-parole du Kremlin en France". Il "joue un rôle prépondérant pour relayer la propagande de Poutine", écrit le parti sur X.

Autant d'éléments retenus par la rapporteure macroniste d'une commission parlementaire qui a qualifié, en juin, le RN de "courroie de transmission" de la Russie, même si le parti a changé de discours depuis l'invasion de l'Ukraine début 2022 et reconnait que Moscou est "l'agresseur".

Ce personnage clé du parti de Marine Le Pen, qui avait négocié pour son parti le prêt obtenu en 2014 auprès d'une banque tchéco-russe, est mis en cause par le Washington Post, qui fait état de son lien avec un représentant du Kremlin dans l'Hexagone. D'après le quotidien, Jean-Luc Schaffhauser "loue un étage de sa résidence" à Strasbourg au numéro deux de l'ambassade de Russie en France, Ilya Subbotin, qui siégeait au Conseil de l'Europe jusqu'à son exclusion en mars 2022. Un simple "arrangement commercial" par l'intermédiaire d'une agence, tempère l'ancien eurodéputé.

Si le parti a finalement reconnu la Russie comme "l’agresseur" dans le conflit en Ukraine, il continue de qualifier "d’inutile" les embargos imposés à Moscou, sur le gaz et le pétrole notamment. Des éléments de langages élaborés par "les stratèges du Kremlin" selon le Washington Post, et repris par le parti dans le but de discréditer les sanctions européennes de plus en plus sévères.

La percée attendue de l'extrême droite dans plusieurs pays aux Européennes de juin pourrait changer la donne. Auditionnée par la commission d'enquête sur les ingérences étrangères, Marine Le Pen a notamment démenti toute contrepartie au prêt obtenu en 2014 par le Front national auprès d'une banque tchéco-russe, alors qu'aucun établissement européen ne voulait financer son parti.

« J'ai signé avec une banque, pas avec Poutine », s'est empressée d'asséner Le Pen, expliquant avoir été « forcée de chercher un prêt en 2014 hors des frontières de l’Union européenne » après le refus de 200 banques françaises de prêter ses deniers à ce qui était encore le Front national.

Marine Le Pen : une femme sous influence russe ? • FRANCE 24

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