Mado et les autres : procédure de redressement judiciaire et avenir du groupe textile
Le groupe d'habillement féminin Mado Marcel, implanté à Neaux dans la Loire, traverse une période difficile ponctuée par une procédure de redressement judiciaire puis une liquidation judiciaire, conséquences des crises économiques et sanitaires récentes. Créé en 1992, le groupe a connu des hauts et des bas, avec près de 200 salariés au milieu des années 2010 avant de voir son effectif diminuer progressivement jusqu'à 76 personnes actuellement.
Le contexte et les premières difficultés
Initialement prospère, avec un chiffre d’affaires annuel atteignant 27,5 millions d’euros au milieu de la dernière décennie, le groupe Mado Marcel a commencé à rencontrer de sérieuses difficultés dès 2017. Une première restructuration avait tenté d’enrayer la chute, mais la crise des "Gilets jaunes" à partir de fin 2018 a profondément fragilisé l’entreprise familiale. Cette dernière, déjà réorganisée, avait vu son effectif passer de 137 salariés en juillet 2018 au début de la procédure de redressement judiciaire, à 112 lors de la validation de son plan de redressement en janvier 2020, puis à 76 salariés aujourd’hui.
Le plan de redressement et ses mesures clés
Le plan validé en 2020 s’inscrivait dans une perspective de redressement par continuation, étalé sur dix ans. Parmi les mesures importantes figuraient :
- La relocalisation de la logistique sur le site de Neaux.
- Le lancement de la marque Mado Sister, destinée à une clientèle féminine plus jeune (30-40 ans), avec des modèles aux coupes plus ajustées et des prix plus accessibles.
- Le développement d’une offre d’articles de seconde main pour attirer davantage de trafic et générer du chiffre d’affaires.
- L’expérimentation d’un réseau national de points relais de livraison de vêtements commandés en ligne, via ses magasins en région Auvergne-Rhône-Alpes.
Impact de la crise sanitaire et situation financière critique
La crise du Covid-19 a accentué les tensions financières du groupe, mettant en danger sa survie. Bernard Léonetti, dirigeant depuis 2009 et détenteur de 75 % du capital, souligne : « On a réussi à se maintenir à flot grâce aux aides des pouvoirs publics telles que le fonds de solidarité ou les prêts à taux bonifié ». Selon lui, les effets de la crise ont pesé sur les premiers mois de 2022, période pendant laquelle le chiffre d’affaires s’est avéré insatisfaisant malgré une progression nette depuis mai. L’entreprise visait un chiffre d’affaires de 10 millions d’euros pour l’année en cours, contre 8 millions l’an passé, mais l’absence de trésorerie l’empêche de financer la prochaine collection d’hiver.
Procédure de liquidation judiciaire et offres de reprise
Placée en liquidation judiciaire en juin 2022 par le tribunal de commerce de Roanne, l’entreprise a bénéficié d’une période de poursuite d’activité de trois mois afin de tenter de trouver un repreneur, avec une date limite de dépôt des offres fixée au 24 juin 2022 auprès de l’administrateur judiciaire Grégory Wautot.
Lire aussi: Mado Marcel : état des lieux de la liquidation et procédures
Deux offres de reprise ont été présentées :
- Univertex, basé dans la Drôme, qui a proposé de racheter uniquement deux des trois marques secondaires du groupe (Minsk et CBK) et envisagé la reprise de 8 salariés.
- Avona, installé dans le Beaujolais, souhaitant reprendre près de la moitié des 77 salariés, s’est positionné pour les marques Mado Sister et Mado et les autres.
Décision du tribunal de commerce de Roanne
Le 15 juillet, le tribunal a tranché en faveur de l’offre d’Univertex, considérant l’offre d’Avona irrecevable parce qu’elle reposait sur deux conditions suspensives qui n’ont pas été levées. La société Univertex va donc reprendre une partie du groupe, notamment deux marques secondaires, et conserver huit salariés. Le dirigeant d’Univertex, Daniel Sagnard, s’est déclaré soulagé tout en exprimant sa compassion envers les salariés non repris, leur souhaitant courage pour l’avenir.
En revanche, Sébastien Pagani, patron d’Avona, a exprimé sa « grande déception », et ne compte pas abandonner : « Nous allons essayer de racheter auprès du liquidateur les marques 'Mado Sister' et 'Mado et les autres', ainsi que les stocks correspondants pour tenter de faire renaître la marque Mado ». Malgré cette volonté, il reconnaît que ce plan alternatif reste peu satisfaisant sur le plan social.
Impact humain et perspectives
Bernard Léonetti a confié sa tristesse de ne plus diriger le groupe après presque 15 ans d’investissement : « C’est comme un deuil ». Le challenge pour les repreneurs est donc double : préserver l’activité économique tout en limitant les pertes sociales importantes que la restructuration entraîne.
À travers cette histoire, on constate la fragilité des entreprises familiales face aux crises successives et les difficultés à concilier reprise partielle d’activités et maintien des emplois dans les secteurs du prêt-à-porter.
Lire aussi: Comment vérifier l'adresse du siège social de MADO
Redressement judiciaire : 5 points clés pour comprendre
Autres exemples de procédures judiciaires récentes dans la région
Pour mieux comprendre le climat économique local, rappelons quelques cas récents :
- Place du Marché (ex-Toupargel) : placée en liquidation judiciaire début 2023, avec la suppression de 1 900 emplois.
- Go Sport Centre II : seule une partie de ses sites a été reprise par Intersport, sauvant 72 magasins et 90% des emplois.
- Luxam : petite entreprise de sous-vêtements féminins produite localement, fermée en février 2023.
Perspectives pour l’emploi des seniors et adaptation du marché
Face à ces bouleversements économiques et sociaux, la question de l’emploi des seniors se pose de plus en plus. L’Association nationale des DRH étudie des solutions alternatives pour faciliter l’adaptation des plus de 55 ans sur le marché du travail, notamment dans le contexte des réformes des retraites contestées.
Les entreprises du secteur textile et de la distribution devront intégrer ces préoccupations pour stabiliser leurs équipes et envisager une reprise économique durable.
Lire aussi: Intermédiaires du Commerce et Code APE 4619B
balises:
