Histoire de Port-Royal des Champs et le jansénisme

Fondée en 1204 dans la vallée de Chevreuse, l'abbaye cistercienne féminine de Port-Royal des Champs connaît un rapide développement à ses débuts, puis entre dans une période de relatif déclin lors de la guerre de Cent Ans, puis des guerres de Religion. Elle connaît de nouveau un essor spectaculaire au XVIIe siècle, sous l’impulsion de Jacqueline Arnauld.

Jacqueline Arnauld - la mère Angélique - devient coadjutrice en 1599, à sept ans et demi, puis est nommée abbesse de l’abbaye cistercienne de Port-Royal des Champs en 1602, à l’âge de onze ans. En 1608, la Mère Angélique (elle avait alors dix-sept ans) décide de réformer la maison et de rétablir la règle dans son intégrité. Mère Angélique rétablit la stricte observation de la règle de saint Benoît préconisant pauvreté, vie communautaire et clôture.

Réformes, déménagement à Paris et influence intellectuelle

En 1625, la communauté déménage à Paris et se rapproche de l’abbé de Saint-Cyran, janséniste prônant une foi éclairée et critiquant la corruption de l’Église. En 1625, la mère Angélique obtient la permission de créer un second établissement à Paris, faubourg Saint-Jacques. La communauté y déménage dès 1625 en raison de l’insalubrité des Champs.

Vers 1633, l’abbé de Saint-Cyran (1591-1653) devient le directeur spirituel et le confesseur de la communauté. Sous l’impulsion de l’abbé de Saint-Cyran, les Solitaires se consacrent dès 1637 à l’éducation des enfants avec la création des Petites écoles. Réunis à Paris à partir de 1637, les Solitaires s’installent l’année suivante à Port-Royal des Champs, dans l’abbaye désertée par les religieuses.

Les Solitaires assurent aussi la gestion des terres de l’abbaye et assainissent les bâtiments. Sous l’influence de Saint-Cyran, des personnalités laïques et ecclésiastiques y mènent une vie d’étude et de prière. Indépendamment de la portée théologique de leur position, c’était d’abord de l’homme qu’il était question.

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Les Petites écoles : pédagogie et vie quotidienne des élèves

Dans la France du XVIIe siècle, les écoles étaient tenues par le clergé local et destinées à donner une instruction de base aux enfants. Sous l’impulsion de l’abbé de Saint-Cyran, les Petites écoles de Port-Royal accueillent une trentaine d’élèves, dont le dramaturge Jean Racine et de prestigieux professeurs. Les Solitaires assurent la gestion des terres de l’abbaye et assainissent les bâtiments.

Épisodiquement dans les bâtiments du monastère (de 1637 à 1648), puis dans des salles des Granges, les Messieurs dispensent une éducation novatrice : livres scolaires rédigés en français, méthodes pédagogiques nouvelles donnant toute son importance à l'oral, prise en compte de la personnalité de l'élève et absence de châtiments corporels.

Organisation quotidienne Pratiques
Réveil On se levait à cinq heures et demie, et on s'habillait soi-même.
Leçons Chaque matin, prose, répétitions individuelles; versions et explications l'après-midi.
Repas Déjeuner, lecture pendant le repas, réfectoire à onze heures; maître sert les enfants.
Récréation et culture Récréation au jardin, géographie et histoire dans la salle commune, poésie en répétition.
Religieux Prière en commun, prière du soir à la demie; catéchisme le dimanche.

Il y avait un maître dans chaque chambre, avec cinq ou six enfants. Les lits étaient disposés de manière que le maître les voyait tous du sien. Chacun avait sa table à part, et elles étaient rangées de manière que le maître les voyait toutes; mais ils ne pouvaient se parler les uns aux autres. Chacun avait son tiroir, son pupitre et les livres nécessaires, de sorte qu'ils n'étaient point obligés de rien emprunter à leurs compagnons.

Vie quotidienne des religieuses à Port-Royal

L’extrait évoque la vie quotidienne des religieuses : austérité, habits, prières, repas pris en commun, charité, échanges autour de la doctrine de Jansénius, etc. La situation de cette abbaye est comme la plupart de celles des Bernardins, au creux d'un vallon, et dominée par plusieurs montagnes. L'église est très spacieuse et humide à cause de l'enfoncement où elle était. Le chœur des religieuses est un des plus beaux qui soient en France, principalement à cause de l'excellence de l'ouvrage de ses chaises.

Sur le plateau, 150 hectares de terres labourées et 190 hectares de bois avec la ferme de l'abbaye développée autour d'une cour rectangulaire. Sur la pente au sud, un parc de 10 hectares, avec une vigne, un potager, un verger. La ferme des Granges avec un puits que Pascal dota d’une mécanique qui permettait à un enfant de tirer l'équivalent de neuf seaux d’eau.

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Port-Royal, Blaise Pascal et l’entourage littéraire

L’attrait de Port-Royal auprès des lettrés et savants de l’époque (madame de Sévigné, Boileau, La Fontaine, Racine et Pascal), avant les événements qui précipitent la chute de l’institution, est brièvement abordé. Etienne Pascal se convertit à leurs idées, et ses deux filles, Gilberte et Jacqueline, se sentirent attirées par cette nouvelle religion. Quand à Blaise, le fils, il fut aussi très vite convaincu.

À partir de 1654, Pascal, tout en continuant ses recherches scientifiques, consacra beaucoup de son temps et de sa pensée à la cause de Port-Royal. En 1655, il fit plusieurs retraites aux Granges. Pour aider sa sœur Jacqueline qui avait en charge l'éducation de quelques filles pensionnaires, il inventa une méthode syllabique pour apprendre à lire (ce que sera un chapitre de la Grammaire de Port-Royal). En janvier 1656, nouvelle retraite de Pascal aux Granges de Port-Royal.

Le jansénisme : origine, doctrines et oppositions

Le Jansénisme est un courant de pensée qui, au sein de l'Eglise catholique, se présente comme l'interprétation fidèle de la pensée de saint Augustin sur la Grâce et la Prédestination. L'un des principaux théâtres de la lutte entre les deux théories fut, à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècles, l'Université de Louvain, dans les Pays-Bas espagnols. C'est là que Cornelius Jansen fit ses études, puis enseigna.

Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, fut le fondateur du mouvement janséniste en France. Ami et disciple de Jansenius, il était détesté par les Jésuites et haï de Richelieu parce qu'il s'opposait à sa politique. Richelieu le fit emprisonner. Ainsi, dès ses débuts, le mouvement janséniste se heurta à l'opposition des autorités écclésiastiques et du pouvoir royal.

Conflit avec l'autorité royale et ecclésiastique

Depuis 1656, les prêtres français doivent ainsi signer un formulaire condamnant les idées jansénistes. Un arrêt du conseil du roi de 1661 en impose la signature à tous les ecclésiastiques du royaume et l’étend aux membres des congrégations religieuses. Le refus de la majorité des religieuses de Port-Royal de signer le formulaire entraîne de multiples entraves et la suppression de revenus du roi.

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Ainsi, dès ses débuts, le mouvement janséniste se heurta à l'opposition des autorités écclésiastiques et du pouvoir royal. Mais ce n'est que lorsque Louis XIV prit personnellement en main les affaires du royaume que la persécution se développa, entre 1664 et 1669, à l'occasion de la signature du Formulaire (condamnation de l'Augustinus qui avait été résumé en "Cinq Propositions").

Persécutions, mesures et expulsions

Les religieuses qui refusèrent de le signer furent parquées, privées de messe et de sacrements, à Port-Royal des Champs. Privée de recrutement à partir de 1679, la communauté religieuse de Port-Royal des Champs décline lentement pendant trente ans. À partir de 1679, Louis XVI empêche le recrutement de novices.

Le roi Louis XIV demande à Rome la réunion des deux monastères sous l’autorité de l’abbesse de Paris (9 février 1707) et prononce l’extinction du titre d’abbaye pour Port-Royal des Champs (27 mars 1708). Ce sont les décisions du pape et de l’archevêque de Paris, entérinées par le pouvoir civil, qui font chasser les religieuses de Port-Royal des Champs en 1709. La seconde persécution, commencée dès 1679, aboutit à la suppression cette abbaye de Port-Royal des Champs, dont les dernières vieilles religieuses furent expulsées le 29 octobre 1709.

Le 29 octobre 1709, les religieuses sont assaillies par le lieutenant de police d'Argenson avec 300 mousquetaires; elles sont enlevées et dispersées dans divers couvents. L’arrêt du conseil d’État du 22 janvier 1710 entérine la décision de démolir les bâtiments de la communauté, puis, dans celui du 16 novembre 1711, de détruire l’église abbatiale.

La postérité de Port-Royal et la transformation du mouvement

Le mouvement janséniste ne disparut pas avec Port-Royal des Champs, dont les ruines devinrent un lieu de pélerinage. Il se transforma et perdit une partie de sa pureté. A la suite des querelles provoquées par la parution de la Bulle Unigenitus (1713) et des persécutions qu'endurèrent ceux qui, comme les jansénistes, refusèrent de l'accepter, une importante fraction du clergé et des parlementaires s'opposèrent de plus en plus ouvertement au pouvoir royal.

En 1717, pendant la Régence, la contestation contre la bulle Unigenitus est portée haut par quatre évêques qui en appellent à un concile général. Dans les années 1720, des « miracles » et des mouvements populaires apparaissent, liés aux Appelants, et donnent naissance à la mouvance dite des Convulsionnaires, que la plupart des jansénistes considèrent avec de plus en plus de circonspection, et que Louis XV fera interdire.

Solidement représenté au sein des parlements, le « parti janséniste » se reforme pour résister à la tentative de réforme des parlements par le président Maupeou dans les années 1770 et devient « parti patriote » lors de la pré-révolution (1787-1788). Les jansénistes n’ont pas fait la Révolution française, mais leur culture religieuse et politique a contribué à nourrir une de ses plus belles figures : celle de l’abbé Grégoire.

Des Monuments Historiques / Port Royal des Champs

Témoignages et souvenirs

Que de fois du haut des rochers suspendus sur la route de Chevreuse, au coucher du soleil, réfléchissant sur le soir de la vie, je me livrai aux impressions qu'inspirent ces lieux, en pensant que, pour la dernière fois peut-être, mes regards contemplaient cette solitude. L'éloquence de ces ruines pénètre mon âme d'un sentiment religieux : le passé, l'avenir y accourent tumultueusement.

Les ruines de Port-Royal, les Granges transformées en musée et l'escalier à balustres datant des Solitaires conservent la mémoire d'une expérience religieuse et éducative originale, dont l'influence sur la pensée française et européenne perdura bien au-delà de la démolition matérielle de l'abbaye.

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