Transformation d’un auto‑entrepreneur en EURL : procédure détaillée et avantages

Vous êtes auto‑entrepreneur et votre activité se développe, il peut s’avérer nécessaire de changer de statut. Le changement de statut auto‑entrepreneur consiste à effectuer la dernière déclaration de chiffre d’affaires, fermer la micro‑entreprise et créer une société nouvelle. Afin de vous aider à mieux comprendre les implications d’une telle transformation de votre entreprise individuelle en société, nos experts vous expliquent tout ce que vous devez savoir.

Pourquoi et quand changer de statut ?

Il peut s’avérer nécessaire de changer votre statut d’auto‑entrepreneur lorsque votre activité se développe ou que de nouvelles opportunités se présentent. Parfois même vous n’avez pas le choix, lorsque votre chiffre d’affaires en auto‑entreprise dépasse les plafonds autorisés. Si votre activité se développe significativement, au point d’approcher les plafonds du régime micro‑entreprise, voire même de les avoir déjà dépassés, vous serez forcément amené à devoir changer de statut.

En micro‑entreprise, des seuils de chiffres d’affaires sont à respecter. Ces plafonds varient en fonction du domaine d'activité. Pour rappel les seuils sont les suivants : 83 600 € pour les prestations de service et activités libérales ; 203 100 € pour les activités commerciales et d'hébergement (hors locations de meublés de tourisme). Si l’auto‑entrepreneur franchit les plafonds pendant deux années consécutives, il ne pourra plus bénéficier de son statut.

Les raisons courantes de la transformation

  • Développement de l’activité : si votre activité se développe et nécessite l'embauche d'employés ou l’investissement dans du matériel, un changement de statut devient pertinent pour mieux structurer votre entreprise.
  • Volonté de déduction des charges : pas de possibilité de déduire les frais professionnels en auto‑entreprise. Changer de statut permet de déduire les dépenses liées à l’activité (loyer, frais de déplacement…).
  • Déduction de la TVA : l'auto‑entrepreneur est exempté de TVA jusqu'à un certain seuil. Si vous souhaitez pouvoir déduire la TVA de vos achats, il vous faudra changer de statut.
  • Volonté de s’associer ou de recruter : si vous souhaitez vous associer avec d'autres personnes, il vous faudra opter pour l’exercice en société.
  • Protection du patrimoine personnel : en passant en société, vous améliorez la protection de votre patrimoine personnel et vous limitez les risques financiers.

Comparer la micro‑entreprise, l’EI, l’EURL et la SASU

Pour rappel, la micro‑entreprise est une entreprise individuelle (EI) mais bénéficiant d’un régime spécifique simplifié. L’EI est donc une structure créée et dirigée en son nom propre par une seule personne : l’entrepreneur individuel. Vous pouvez aussi opter pour l’exercice en société (EURL ou SASU si vous êtes seul). Bien que ces options présentent des avantages par rapport à la micro‑entreprise (déduction des frais professionnels…), elles vous contraignent toutefois à ouvrir un compte bancaire professionnel, à tenir une comptabilité complète (bilan + compte de résultat), etc.

StatutAvantagesInconvénients
Micro‑entreprise Comptabilité simplifiée, formalité de création simplifiée et gratuite, charges sociales calculées en % du CA Non déductibilité des frais professionnels, plafonds de chiffre d’affaires, protection sociale faible
EURL Déductibilité des frais professionnels, pas de capital minimum requis, récupération de la TVA Formalités de création plus complexes, comptabilité lourde, affiliation obligatoire à la SSI
SASU Flexibilité, président assimilé‑salarié (meilleure protection sociale), dividendes non assujettis aux cotisations sociales Charges sociales élevées sur le salaire, formalités de création complexes

Avantages spécifiques de la transformation en EURL

  • Protection renforcée du patrimoine personnel : l’EURL est une entité juridique à part entière, offrant une séparation claire entre le patrimoine de la société et votre patrimoine personnel.
  • Déduction des charges et optimisations fiscales : en EURL ou SARL vous pourrez déduire les frais réellement engagés et optimiser votre rémunération entre salaires et dividendes.
  • Absence de plafond de chiffre d’affaires : en transformant votre micro‑entreprise en EURL, vous pourrez continuer à faire croître votre activité sans limites de chiffre d’affaires.
  • Crédibilité accrue : l’EURL est souvent perçue comme plus stable et plus fiable qu’une auto‑entreprise, facilitant l’accès aux financements et aux partenariats.
  • Possibilité de s’associer ou recruter : l’EURL peut évoluer vers la SARL pour accueillir de nouveaux associés.

Conséquences à anticiper

Transformer son auto‑entreprise en EURL implique des changements importants qu’il convient d’appréhender et d’anticiper. La transformation en EURL modifie radicalement le traitement fiscal de votre activité. L’EURL peut être soumise à l’impôt sur le revenu ou, par option, à l’impôt sur les sociétés. Si l’EURL est soumise à l’IS, c’est la société qui supporte l’imposition des bénéfices.

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La comptabilité devient plus contraignante : tenue d’une comptabilité commerciale, établissement des comptes annuels (bilan et compte de résultat), livre‑journal et grand‑livre. Le recours à un expert‑comptable devient souvent nécessaire. Vous devrez également ouvrir un compte bancaire professionnel pour votre société.

Impact sur la protection sociale et les cotisations

Le gérant d’EURL associé unique est affilié à la Sécurité Sociale des Indépendants (SSI). En EURL, les cotisations sociales sont basées sur les revenus réels de l’entrepreneur, correspondant au bénéfice ou aux rémunérations et à une partie des dividendes (lorsque l’EURL est à l’IS). Le dirigeant assimilé‑salarié (SASU) cotise au régime général et bénéficie d’une meilleure prévoyance, mais supporte des taux de cotisations plus élevés.

Étapes pratiques pour passer d’auto‑entrepreneur à EURL

En pratique, beaucoup d’entrepreneurs radient leur auto‑entreprise puis créent leur EURL en faisant comme‑ci ils repartaient de zéro. Clôturer la micro‑entreprise pour ouvrir son EURL est indispensable. La fermeture de la micro‑entreprise doit être déclarée sur le guichet unique de l’INPI. Cette démarche peut être effectuée gratuitement en ligne.

  1. Déclarer la cessation de votre activité d’auto‑entrepreneur en ligne, via le guichet unique de l'INPI. La déclaration de cessation d'activité s'effectue en ligne sur le guichet unique de l'INPI. Elle doit être réalisée dans les 30 jours qui suivent la cessation d'activité.
  2. Régulariser votre situation auprès de l’Urssaf (radiation de votre auto‑entreprise) et compléter votre dernier chiffre d’affaires en ligne.
  3. Rédiger les statuts de votre EURL. Les statuts définissent les règles de fonctionnement de votre société : capital social, répartition des parts, objet de la société, gérance, décisions en assemblée générale, etc.
  4. Déposer le capital social et obtenir un certificat de dépôt auprès de la banque. Le capital minimum pour une EURL est fixé à 1 €.
  5. Publier une annonce légale pour la constitution de votre EURL et récupérer l’attestation de parution.
  6. Déposer le dossier d’immatriculation au greffe via le guichet unique et obtenir votre extrait Kbis.
  7. Transférer le fonds de commerce : apport en nature ou cession du fonds de commerce de la micro‑entreprise à l’EURL.
  8. Fermer définitivement la micro‑entreprise une fois l’EURL créée et le fonds transféré.

Le transfert du fonds de commerce

Le transfert de son fonds de commerce constitue une étape centrale. Il s’agit de faire passer l’ensemble des éléments exploités dans l’activité (clientèle, matériel, droit au bail, contrats en cours, etc.) vers la nouvelle structure. Ce transfert est possible soit par un apport en nature, soit par la cession du fonds de commerce. L’apport en nature permettra d’intégrer le fonds dans le capital social ; la cession permet de récupérer personnellement le montant de la vente mais entraîne le paiement de droits d’enregistrement.

Budget prévisionnel et coûts à anticiper

Nature de la dépenseDétail et montant estimé
Rédaction des statuts0 € si fait soi‑même à environ 500 € avec un expert
Publication JALEnviron 150 €
ImmatriculationEnviron 60 à 70 €
Accompagnement juridique/comptableVariable : souvent entre 200 € et 500 €

En EI il faudra prévoir des coûts supplémentaires pour la comptabilité et la gestion sociale, surtout si vous engagez un expert‑comptable. Les frais de création d'une société incluent également les frais de rédaction des statuts, la publication dans un journal d’annonces légales et les frais d’immatriculation.

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Alternatives : EI, SASU et portage salarial

Vous pouvez aussi opter pour l’exercice en société (EURL ou SASU si vous êtes seul). La SASU est particulièrement intéressante pour l’entrepreneur qui souhaite bénéficier du statut d’assimilé‑salarié. Le président de SASU est assimilé‑salarié donc bénéficie d’une meilleure protection sociale (sauf pour les droits au chômage). Les dividendes versés en SASU sont, en revanche, non assujettis aux cotisations sociales.

Une autre alternative à la création de société est le portage salarial. Le portage salarial est une alternative intéressante pour les entrepreneurs souhaitant conserver leur autonomie tout en bénéficiant d'une protection sociale complète. Ce statut permet en outre : de choisir librement ses missions et ses clients ; de fixer librement ses tarifs ; de se concentrer sur son cœur de métier sans les contraintes administratives qui sont prises en charge par la société de portage.

Points de vigilance et conseils pratiques

  • Anticiper le calendrier : la fermeture de la micro‑entreprise peut être réalisée en quelques semaines; la création de la société peut s’étaler sur plusieurs semaines, voire plusieurs mois.
  • Informer vos clients, fournisseurs et partenaires : il est essentiel d’assurer une communication claire concernant le nouveau SIRET, les coordonnées de facturation et le changement éventuel de régime de TVA.
  • Se faire accompagner : la décision de changer de régime a des effets importants sur le plan fiscal et comptable. Pour mener à bien le projet, il serait plus judicieux de se faire accompagner par un professionnel.
  • Vérifier les conséquences sociales : mesurer avec un professionnel les effets sur la protection sociale et les cotisations selon le régime choisi (TNS vs assimilé‑salarié).
  • Prévoir la transmission ou l’entrée d’associés : rédiger des statuts ou un pacte d’associés qui prévoient les procédures de séparation et de transmission.

Comment changer une micro-entreprise en société (SARL, SAS, EURL, SASU) ?

Le changement de statut auto‑entrepreneur est souhaitable quelque temps après le lancement d’une activité lorsque celle‑ci se développe et que la situation change. Le passage en société permet d’accéder à des leviers de croissance, d’optimiser la fiscalité et de mieux protéger votre patrimoine, mais il entraîne aussi des obligations supplémentaires. Il est donc essentiel de mesurer les avantages et inconvénients pour son projet compte tenu de sa situation personnelle (contraintes économiques, situation familiale, patrimoine, objectifs et conséquences fiscales et sociales).

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