Alain Rochette : artisanat d'art et créations
Alain Rochette se situe au carrefour des pratiques artistiques et des démarches d’atelier qui tissent des liens entre artistes, publics et territoires. C’est tout ce qui se joue au sein d’une scène artistique d’un territoire, qui se définit justement par ces connexions. Et la vitalité de ces liens est, dans ce territoire, particulièrement vigoureuse : grâce, bien sûr, au travail et aux nombreux dispositifs mis en place par l’association devenir·art, qui initie notamment divers formats de rencontres entre les œuvres, les publics, les artistes et les acteur·rices de l’art, d’un département à un autre.
Un écosystème de création
Ces chroniques ont été réalisées dans l’Eure-et-Loir & le Loir-et-Cher du 10 au 13 juillet 2023. Ce sont tout autant de perceptions qui se répercutent dans les œuvres d’Elise Beaucousin : des paysages vécus. L’ensemble de ces sensations - visuelles, olfactives… - produit le lien ténu de notre rapport au monde - à la nature, aux objets, au cosmos, microcosme. Pour cela, le geste capture et sculpte, tel le souffle du vivant, le poumon qui se remplit et se vide. Ce sont ces dualismes, ces sensations contraires et pourtant créatrices, qui font l’œuvre comme l’univers, la vie étant tenue par ce qui se joue à chaque instant entre l’ordre et le chaos. Elise Beaucousin rejoue les tensions du monde comme autant de méditations.
Rencontres et collaborations
Elle y a rencontré les artistes Elise Beaucousin, Alain Biet, Celsian Langlois et Emmanuelle Lauer ainsi que les équipes du Centre d’art contemporain l’ar[T]senal et de Zone I. Inspiré·e·s est l’acte 3 d’un cycle d’expositions du Centre d’art contemporain l’ar[t]senal, dont la programmation s’organise en deux grandes thématiques permettant de voir et comprendre les axes de la création contemporaine. D’un côté, des œuvres sont sélectionnées en ce qu’elles font écho à des sujets sociétaux qui puissent facilement faire lien au plus grand nombre et particulièrement au public de Dreux.
La circulation des œuvres et des idées
La photographie, qu’elle soit exposée ou pratiquée, permet d’explorer et de donner à voir de manière toujours différente les divers espaces, et vice versa. Un lieu - le Moulin - et une pratique artistique - la photographie - sont les deux pôles du projet qui fonctionnent ici comme des vases communicants. Les œuvres d’art investissent les lieux, des moulins qui ont été rénovés, aux arbres de l’île, champs et bords de rivière. Le labyrinthe, les moulins, le potager, la rivière, l’espace bibliothèque et lecture dans la tiny-house, etc. sont autant de manières d’appréhender l’art photographique.
Portraits d'artistes liés au réseau
Alain Biet
Les dessins des objets issus de l’entourage de l’artiste sont classés, référencés, exposés par catégories choisies. Cette logique d’accumulation est au centre de la pratique d’Alain Biet, depuis la genèse de son œuvre. Les œuvres paraissent se développer d’elles-mêmes, telles les formes du vivant qui intéressent alors l’artiste. Elles sont autonomes : ce fait se confirme avec des installations, qui sont à la fois le procédé photographique et l’image qu’il génère. Ce trait s’accentue quand le système de l’œuvre est enfermé en son sein, conduisant l’artiste à produire le dessin pour expliquer ce qu’on ne peut pas voir. Son travail consiste aujourd’hui en une véritable encyclopédie iconographique.
Lire aussi: Alain Afflelou Franchiseur : Analyse Complète
Celsian Langlois
Une enceinte sur pied à hauteur d’oreille humaine : tel est le dispositif le plus représentatif de l’œuvre de Celsian Langlois. L’artiste s’affranchit en effet du superflu et d’agréments visuels pour aller directement à l’essentiel. Et ici, l’essentiel passe par les sons. Des sons comme autant de bribes du monde, donnant des indices sur ce qu’il se passe - ou s’est passé - ici ou ailleurs. Les œuvres fonctionnent comme les réseaux de télécommunication : elles génèrent et transportent, transmettent. Une émotion, un moment, un espace-temps… Les sons sont toujours, ici, empruntés au réel, un réel qu’ils dévoilent par eux-mêmes.
En captant et retranscrivant la matière sonore, Celsian Langlois sculpte dans le temps, qu’il étire, en en proposant un ralentissement. Appréhender l’œuvre oblige ici à s’arrêter pour écouter et se rapprocher, minute par minute, bribe par bribe, de la scène retransmise, de la source partagée. Les œuvres fonctionnent par soustraction : elles ôtent des couches et dévoilent des éléments généralement invisibles, bien que déjà-là. Parmi ces mises à nu, on rencontre toujours une voix. Et, dans le hors-champ de ses nuances - des chuchotements aux éclats - un panel d’émotions arrive jusqu’à nous.
Emmanuelle Lauer
Emmanuelle Lauer s’interroge : est-ce que son travail est si souvent perçu comme relevant de l’intime parce qu’elle est une femme ? Si certaines œuvres prennent comme point d’appui le corps - féminin - c’est pourtant davantage pour évoquer des thèmes universels, peut-être même s’adresser au plus grand nombre. C’est dans ce corps féminin qu’éclot la vie. De même, c’est par les fruits des plantes que se produisent puis se disséminent leurs graines. C’est à ce niveau que se situent les sujets des œuvres.
Ainsi, quand elle photographie son corps et son ventre rond, mis en scène dans un abécédaire et en exergue avec le thème de la guerre, ce n’est pas sa propre intimité mais c’est plutôt l’humanité tout entière que l’artiste interroge. Son propre corps est, au même titre que les plantes qui poussent dans son jardin ou la lumière qui traverse son atelier, une matière première pour évoquer les grandes thématiques qui lui sont chères : le féminin et l’humanité, la nature tout entière. Cette absence de hiérarchie se reflète dans la forme : Emmanuelle Lauer produit des images évocatrices d’idées, de pensées.
Pour ce faire, elle expérimente diverses techniques, de la photographie à la gravure à l’eau forte, en passant par le textile, la création numérique ou le dessin. Les créations sont ensuite agencées au sein d’installations où se répercutent les intentions, où se génèrent des sensations. Souvent, l’artiste dessine avec les mots et écrit avec les images. Les techniques et les manières de dire s’entremêlent.
Lire aussi: Notre avis complet sur le Slider d'Alain Boite Perles et Pierre Fines SARL
Art textile et pratiques contemporaines
C’est un rapport très sensuel à la matière qui compose ce volet de Inspiré·e·s, avec des œuvres laissant envisager une grande diversité dans ce qui peut définir l’art textile ; des fils et des étoffes tissées, assemblées, crochetées, tuftées, etc. engageant une multiplicité de sujets et discours. Du rapport à l’artisanat tout d’abord, avec Joana Vasconcelos, à l’industrie textile ensuite, questionnée et réactivée par Jérémy Gobé dont l’œuvre produite en tissu jacquard emplit la salle dédiée.
Avec Hannah Barantin, ce sont des minéraux et des algues en laine qui s’emparent de l’architecture. Cet écho au vivant se retrouve chez Sheila Hicks et ses sphères tissées et colorées, tellement vives de leurs nuances qu’elles paraissent s’activer, danser sur le mur. Toujours, les créations invitent à la contemplation, voire à la méditation, notamment avec les tapis de Lux Miranda dont les dessins nous lient au cosmos. Les traditions sont évoquées, les rites sous-entendus, en particulier avec les masques d’Aurore Halpert, issus de cérémonies à inventer. Dans un autre registre, Bojana Nikcevic crée, avec du feutre, des pièces organiques, telles des racines ou des cellules se générant de manière autonome.
Espaces, résidences et initiatives locales
C’est ainsi que Mat Jacob, cofondateur de Zone I avec Monica Santos, résume ce qui anime ce projet initié en 2018 au Moulin de la Fontaine à Thoré-la-Rochette, dans le Loir-et-Cher. En est également représentatif le labyrinthe de l’artiste vendômois Jean-Philippe Mauchien, construit à partir de portes et fenêtres trouvées sur place et dans les alentours. Un lieu - le Moulin - et une pratique artistique - la photographie - sont les deux pôles du projet qui fonctionnent ici comme des vases communicants.
Le programme de Zone I illustre comment un site, ses architectures et ses ressources environnementales deviennent matière à création et à exposition : les œuvres investissent les moulins rénovés, les arbres de l’île, les champs et les bords de rivière, multipliant les façons d’appréhender l’art photographique et les pratiques artistiques in situ.
Programmation, publics et médiation
D’un côté, des œuvres sont sélectionnées en ce qu’elles font écho à des sujets sociétaux qui puissent facilement faire lien au plus grand nombre et particulièrement au public de Dreux. L’ensemble des créations invite à la contemplation et propose des parcours sensibles : les samedis et les dimanches vous pourrez également profiter de concerts gratuits, ainsi que des performances picturales vivantes. Ces formats contribuent à renforcer la rencontre directe entre les publics et les œuvres, multipliant les points d’entrée possibles vers l’art contemporain.
Lire aussi: Découvrez Alain Afflelou
Dispositifs juridiques et diffusion
Ce site relève des traités internationaux et de la législation française sur les droits d’auteur et la propriété intellectuelle et est conforme aux dispositions de la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la Confiance dans l’Economie Numérique. II. 1. L’accès au site ne confère à l’utilisateur aucun droit sur les droits de propriété intellectuelle relatifs au site, qui restent la propriété exclusive de la ROCHETTE SARL. 2. Le site peut contenir des liens hypertextes vers d’autres sites présents sur le réseau Internet. Les liens vers ces autres ressources vous font quitter le site. Il est possible de créer un lien vers la page de présentation du site sans autorisation expresse de l’éditeur.
| Élément | Rôle |
|---|---|
| devenir·art | Initiation de formats de rencontres artistiques et dispositifs de médiation |
| Centre d’art l’ar[T]senal | Programmation d’expositions thématiques et accueil d’œuvres textile et contemporaines |
| Zone I | Résidence et lieu d’expérimentation au Moulin de la Fontaine |
| Artistes cités | Exemple de pratiques : accumulation (Alain Biet), son (Celsian Langlois), intimité/universel (Emmanuelle Lauer), végétal (Elise Beaucousin) |
Visibilité et expériences sensibles
Les œuvres invitent à la contemplation, elles ouvrent des voies d’accès multiples au sensible et au vivant. Les créations, qu’elles relèvent de l’art textile, de la photographie, du son ou de l’installation, forment ensemble un réseau d’expériences qui permettent de penser la place de l’artisanat d’art dans le champ contemporain. Elles montrent aussi comment des ateliers, des résidences et des expositions se répondent pour faire exister des processus créatifs, en faisant se croiser savoir-faire, matières et récits.
balises: #Artisanat
