Principes et techniques de sauvegarde de l'architecture artisanale traditionnelle
Pour les propriétaires et responsables scientifiques de biens culturels, qui ont le devoir de les préserver pour les transmettre aux générations à venir, intervenir ou ne pas intervenir sur un bien culturel constitue donc un choix décisif. Tout propriétaire doit donc se référer à la législation et la réglementation en vigueur selon le secteur considéré afin de ne pas faire d'erreurs sur la procédure à respecter que ce soit en matière d'élaboration d'un projet, de déclaration des travaux ou de sélection des professionnels compétents.
Cadre législatif et contrôle scientifique
Pour cela, la France dispose d'une législation et d'une organisation spécifique en matière d'interventions sur le patrimoine monumental ou mobilier. Les interventions sont soumises au contrôle scientifique et technique des services de l’État dans tous les domaines patrimoniaux couverts par le code du patrimoine : Livre II relatif aux archives ; Livre III relatif aux bibliothèques ; Livre IV relatifs aux musées de France ; Livre V relatif à l'archéologie ; Livre VI relatif aux monuments historiques.
Le contrôle scientifique et technique est tout à la fois conseils et expertise des services de l’État pour la bonne mise en œuvre d'un projet que la vérification que le projet ne nuira pas à la bonne conservation du bien considéré et à sa transmission aux générations futures. Ce chapitre permet d’accéder à l'ensemble des informations utiles et à un certain nombre de documents utiles pour connaître les principes internationaux d'intervention sur le patrimoine ou les procédures spécifiques.
Principes internationaux et chartes de référence
Les organismes internationaux inter-professionnels (ICOM, ICOMOS, IFLA) ont produit des textes relatifs aux principes d'interventions de conservation-restauration que ce soit pour le domaine du patrimoine bâti ou pour le domaine du patrimoine mobilier, des fonds d'archives et des collections. Il est important pour tous les professionnels (conservateurs, restaurateurs, architectes et entreprises, scientifiques de la conservation) de connaître et de faire connaître ces documents qui constituent le cadre international de toute intervention de conservation-restauration.
Certaines ont d'ailleurs acquis une vocation plus large que l'objectif de leur rédaction initiale comme par exemple la charte de Venise de 1964 (ci-dessous) ou le document sur l'authenticité de Nara de 1994. La Charte internationale sur la conservation et la restauration des monuments et des sites, dite Charte de Venise, est un traité qui fournit un cadre international pour la préservation et la restauration des bâtiments anciens. Elle a été approuvée par le IIe Congrès international des architectes et des techniciens des monuments historiques, réuni à Venise du 25 au 31 mai 1964.
Lire aussi: Avantages Inconvénients Auto-Entrepreneur Dessinateur
Rôles des organisations internationales
L'ICCROM est une organisation intergouvernementale (OIG) qui se consacre à la conservation du patrimoine culturel. Il s’agit de la seule institution du genre à bénéficier d’un mandat à l’échelle mondiale ayant pour objectif la promotion de la conservation du patrimoine culturel, à la fois mobilier et immobilier, sous toutes ses formes. L'ICCROM a pour ambition d'améliorer la qualité de la pratique de la conservation et d'accroître la sensibilisation du public à l’importance de préserver le patrimoine culturel.
L'ICCROM contribue à la conservation du patrimoine culturel dans le monde, aujourd'hui et pour le futur, à travers cinq grands domaines d'activité : la formation, l'information, la recherche, la coopération et la sensibilisation.
Le Conseil international des musées (ICOM) est la principale organisation internationale représentant les musées et les professionnels des musées. Depuis 1946, l’ICOM accompagne les acteurs de la communauté muséale dans la préservation, la conservation et la transmission des biens culturels. L’ICOM se caractérise par une gouvernance mondiale hiérarchisée et inclusive. Il rassemble près de 30 000 membres et est organisé en Comités nationaux, qui représentent 137 pays et territoires, et Comités internationaux, rassemblant à travers le monde les experts des spécialités muséales.
Avec ses 21 groupes de travail, l'ICOM-Committee for Conservation constitue un forum unique où restaurateurs, scientifiques, conservateurs et autres professionnels travaillent à l'étude et au développement de la conservation et de l'examen des œuvres ayant une signification culturelle et historique. Les membres participent aux réunions internationales spécialisées et reçoivent les bulletins du Bureau et des groupes de travail ainsi que la publication Preprints qui paraît à l'occasion des réunions triennales.
L'ICOMOS se consacre à la conservation et à la protection des monuments, des ensembles et des sites du patrimoine culturel et à promouvoir la théorie, la méthodologie et la technologie appliquées à la conservation, la protection et la mise en valeur des monuments et des sites. Il constitue un réseau d'experts et bénéficie des échanges interdisciplinaires de ses membres qui comptent parmi eux des architectes, des historiens, des archéologues, des historiens de l'art, des géographes, des anthropologues, des ingénieurs et des urbanistes.
Lire aussi: Conseils Dessinateur Projeteur Architecture Freelance
La fédération internationale des associations de bibliothécaires et des bibliothèques (IFLA) comprend une section "Préservation et Conservation" concernée par la conservation du patrimoine documentaire mondial. Elle permet à toute bibliothèque d'échanger, de développer et de diffuser connaissances et expériences relatives à la conservation de ce patrimoine, quel qu'en soit le support.
Stratégies de sauvegarde de l’artisanat traditionnel
La stratégie de sauvegarde de l’artisanat traditionnel pour la consolidation de la paix lutte contre la fragilisation de l’artisanat traditionnel en s’appuyant sur un système de transmission intergénérationnelle des connaissances entre maîtres et apprentis et sur une méthode non formelle d’apprentissage par la pratique. Cette stratégie de sauvegarde vise à former différentes catégories de population, à favoriser les contacts professionnels et à stimuler l’entrepreneuriat culturel.
Elle met en relation les détenteurs de l’artisanat et des savoir-faire traditionnels, reconnus par leurs communautés pour leurs connaissances empiriques des spécificités de leurs régions, et des apprentis âgés de 14 à 35 ans qui, en acquérant des savoir-faire ou en apprenant un métier artisanal, deviennent des acteurs de la consolidation de la paix désireux de sortir de leur situation de vulnérabilité. La priorité est donnée aux jeunes exposés aux conséquences des conflits armés, aux manques d’opportunités professionnelles, aux répercussions de l’abandon scolaire et au chômage.
La stratégie de sauvegarde est donc axée sur le développement de qualifications relatives à l’artisanat traditionnel, qui favoriserait l’accès à l’emploi ; la mise en place d’une politique en faveur de l’artisanat traditionnel afin d’orienter et de garantir la continuité de la transmission et de la pratique de l’artisanat ; et le renforcement du programme des écoles ateliers. La formation permet également aux apprentis de travailler, ce qui garantit leurs perspectives de trouver un emploi. La stratégie a donc pour objectif de contribuer à la sauvegarde de l’artisanat traditionnel en tant qu’outil favorisant l’inclusion sociale, l’emploi et l’entrepreneuriat culturel.
Exemples de politiques et programmes nationaux
En 1997, l’Institut national de la culture populaire (NFIC, National Institute of Folk Culture), a commencé à mettre en œuvre le projet « Production d’objets artisanaux et d’art populaire en République tchèque », axé sur la documentation audiovisuelle des artisanats traditionnels. Les travaux de terrain visant à identifier les producteurs ont révélé que la situation financière de la majorité des ateliers était déplorable et qu’ils créaient et vendaient difficilement leurs produits. Une solution devait être trouvée sans délai : rétablir le contact entre les producteurs et les clients, et sensibiliser aux artisanats traditionnels et à leurs technologies.
Lire aussi: Opportunités pour les freelances
C’est pour faire face à cette situation qu’en 2000 le Ministère de la culture et le NFIC ont mis en place le programme « Détenteurs de la tradition des arts populaires », qui vise à soutenir, protéger et sauvegarder les artisanats traditionnels. Outre la possibilité d’obtenir des prix, des subventions et des dons, les artisans et leurs produits bénéficient d’un label exclusif. Le NFIC se charge non seulement de la documentation et des recherches sur les artisanats traditionnels, mais aussi du recueil et de l’évaluation professionnelle des collections de produits fabriqués par les producteurs primés.
Ces produits sont évalués par des artistes et des créateurs, et les producteurs primés reçoivent un ensemble de supports promotionnels imprimés : des dépliants, des cartes de visite, des étiquettes et une brochure sur les « Détenteurs de la tradition ».
Importance culturelle et économique des savoir-faire
Les savoir-faire artisanaux représentent un patrimoine culturel et économique inestimable. L’artisanat d’art est profondément ancré dans l’histoire et l’identité des peuples. Des traditions millénaires comme la céramique de Faenza en Italie, le tissage berbère du Maroc ou encore la marqueterie française témoignent d’un savoir-faire transmis de génération en génération.
Les métiers d’art jouent un rôle clé dans l’économie locale, notamment en matière de création d’emplois et de dynamisation du tourisme. De nombreuses villes comme Florence (Italie), Kyoto (Japon) et Fez (Maroc) sont célèbres pour leur richesse artisanale et attirent chaque année des milliers de visiteurs. L’UNESCO reconnaît et protège certains savoir-faire en les inscrivant au Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité.
Techniques de conservation et bonnes pratiques
Il est important pour tous les professionnels (conservateurs, restaurateurs, architectes et entreprises, scientifiques de la conservation) de connaître et de faire connaître ces documents qui constituent le cadre international de toute intervention de conservation-restauration. Le contrôle scientifique et technique est tout à la fois conseils et expertise des services de l’État pour la bonne mise en œuvre d'un projet que la vérification que le projet ne nuira pas à la bonne conservation du bien considéré et à sa transmission aux générations futures.
Les interventions doivent s'appuyer sur des méthodes de transmission intergénérationnelle et sur des programmes de formation pratique. La mise en place d'écoles ateliers et de systèmes de mentorat entre maîtres et apprentis constitue une technique éprouvée pour assurer la continuité des savoir-faire et leur adaptation aux besoins contemporains. La documentation audiovisuelle et l'archivage des techniques, des matériaux et des procédés constituent des outils essentiels de sauvegarde.
Yvelines | Artisan relieur, un métier traditionnel
Mesures de soutien et valorisation
La mise en relation des artisans avec les marchés et la sensibilisation des clients sont des éléments-clés pour assurer une viabilité économique des ateliers traditionnels. Outre les labels et subventions, les dispositifs de promotion comprenant des supports imprimés, des expositions et des concours professionnels aident à rétablir le contact entre producteurs et clients. Le renforcement des capacités entrepreneuriales des artisans, la formation aux techniques de commercialisation et l'accès aux circuits touristiques contribuent à la pérennité des métiers d'art.
Défis contemporains et rôle des acteurs
En 2024, face à la mondialisation, aux nouvelles technologies et aux mutations économiques, la protection de ces métiers devient un enjeu majeur. La préservation des savoir-faire artisanaux est un défi majeur pour les décennies à venir. En tant que consommateur, voyageur ou passionné d’art, nous avons tous un rôle à jouer dans cette mission.
Tous les acteurs - propriétaires, responsables scientifiques, institutions internationales, autorités publiques, organisations non gouvernementales, maîtres artisans et apprentis - doivent coopérer. Les chartes internationales, les codes de déontologie des organisations professionnelles et les programmes nationaux fournissent un cadre de référence indispensable pour orchestrer des interventions respectueuses de l'authenticité, de l'intégrité et de la pérennité des biens et des savoir-faire.
Ressources pratiques
- Télécharger le code de déontologie de l’ICOM pour les musées, 2004 - PDF
- Télécharger la terminologie de la conservation-restauration du patrimoine culturel matériel de l'ICOM-CC, 2008 - PDF
- Consulter la Charte de Venise sur le site de l'Icomos
| Organisation | Rôle principal |
|---|---|
| ICCROM | Formation, recherche, sensibilisation pour la conservation mondiale |
| ICOM | Représentation des musées et professionnalisation des pratiques |
| ICOMOS | Normes et méthodologie pour la conservation des monuments et sites |
| IFLA | Préservation du patrimoine documentaire et échanges de bonnes pratiques |
Et vous, quelle initiative trouvez-vous la plus inspirante ?
balises: #Artisanat
