Techniques de l’artisanat antique romaine et leur reconstitution virtuelle à Epomanduodurum

Les Gallo-Romains et déjà les Gaulois avant eux maîtrisaient le travail de la céramique, du métal, du verre, du textile, connaissaient les secrets de la salaison et de la fumaison. L’ISTA, l’Institut des sciences et techniques de l’Antiquité de l’université de Franche-Comté, vient d’éditer un DVD expliquant l’ensemble de ces activités, et les fait renaître dans les rues d’Epomanduodurum, l’actuelle Mandeure (25) : une reconstitution 3D de la ville et de la vie qu’on y menait au début de l’Antiquité, réalisée à partir des travaux de recherche et des résultats des fouilles archéologiques entreprises sur le site depuis de nombreuses années.

Éloignées du cœur de la ville où s’érigeaient le théâtre, les temples et les résidences, les quartiers dédiés à l’artisanat se partageaient en deux zones principales : elles reprennent vie grâce à la modélisation 3D. Dans une rue commerçante d’Essarté se succèdent les façades des échoppes du marchand de tissu, du verrier, du boulanger, du forgeron, … et les fabriques abritées dans les cour, et dans le quartier du Pont, les fours des potiers et les ateliers des forgerons, des bronziers et des verriers s’activent à nouveau.

« Les vestiges, trouvés sur les quelques dizaines d’hectares que représentaient les îlots artisanaux, attestent de la polyvalence des activités dans cette ville de première importance qu’était Epomanduodurum sur le territoire des Séquanes », raconte Georges Tirologos, ingénieur chargé des aspects d’imagerie scientifique à l’ISTA, et responsable du projet DVD.

Le DVD « L’artisanat à l’époque romaine : Les ateliers d’Epomanduodurum » est un parcours en trois dimensions (3D) avec reconstitution et animation de l’ensemble architectural, artisanal, domestique et environnemental du deuxième centre urbain et économique de la Franche-Comté antique, la Séquanie romaine.

I. La Gaule et la Séquanie

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II. L’artisanat à l’époque romaine

III. La céramique

IV. La métallurgie

V. La verrerie

VI. Le textile

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VII. La salaison et la fumaison

Une ressource pédagogique et territoriale

À la fois outil pédagogique et support de valorisation du territoire régional, cette réalisation s’adresse à un public large et diversifié intéressé par l’histoire du monde romain et les richesses patrimoniales locales.

Des débats historiques sur la performance économique des villes

Parmi les débats qui agitent l’histoire ancienne, celui de l’évaluation de la performance économique des villes est l’un des plus vifs. La ville antique était-elle seulement ou principalement le lieu où les riches propriétaires fonciers venaient dépenser la rente foncière ou bien y avait-il des villes productrices et exportatrices de leurs produits ? Quels étaient ces produits et comment séparer ceux qui étaient destinés à la consommation locale de ceux qui étaient éventuellement exportés ?

L’archéologie permet de traiter partiellement ce sujet lorsque les villes sont assez bien connues. Pompéi est, de ce point de vue, très emblématique et a été choisi comme sujet d’étude à deux titres. D’une part, cette ville ensevelie par le Vésuve en 79 de notre ère devrait donner une image de l’activité économique dans une ville moyenne d’Italie à l’époque de la prospérité économique qui caractérise la seconde moitié du Ier siècle. D’autre part, l’état de conservation des vestiges est en général suffisamment bon pour caractériser tous les types d’artisanat et pour définir des modèles interprétatifs susceptibles d’être employés ailleurs.

Toutefois le site n’est pas aisément exploitable par la recherche pour trois raisons. Premièrement, le site n’est pas aussi préservé qu’on ne le pense : peu après l’éruption, les Romains sont revenus fouiller les ruines, notamment dans la zone de forum, et ils ont récupéré tous les matériaux possibles (marbre, métaux). Deuxièmement, le site a été fouillé anciennement, trop rapidement, sans méthode et sans que les vestiges soient correctement interprétés, décrits et dessinés ou photographiés. Il en résulte de nombreuses incertitudes et erreurs. Troisièmement, les dégagements ont porté principalement sur la ville intra-muros : on connaît très mal la périphérie à l’exception du faubourg à l’ouest de la Porta Ercolano.

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Or l’expansion économique du Ier siècle a entraîné une relocalisation hors de la ville des artisans les plus importants et les plus polluants, notamment les potiers et les métallurgistes. Cette expansion hors les murs échappe donc en grande partie à l’interprétation archéologique.

L'artisanat artistique et les rapports entre commanditaire et artisan

La commande Un commanditaire peut s'adresser à un artisan ou à un artiste en dirigeant plus ou moins son œuvre ; un texte du IIe siècle nous fait assister ainsi à une discussion sur la construction de bains à partir de dessins sur parchemin présentés simultanément par plusieurs constructeurs et à une sorte d'examen des devis (Aulu Gelle, Nuits Attiques, XIX, 10) ; au contraire, lorsque Trimalcion dans le Satiricon de Pétrone passe commande de son tombeau, le programme iconographique est très contraignant mais la forme du monument, le style de la représentation ne sont pas précisés : « ... je te prie de représenter sur mon monument des navires voguant à pleines voiles, et moi-même siégeant sur une estrade, vêtu de la toge prétexte et portant cinq bagues, en train de distribuer au public des pièces que je prends dans un sac [...] et tu mettras aussi tout le peuple en train de s'empiffrer... » (paragr. 71) ; le texte est certes parodique mais il paraît bien rendre compte des rapports les plus fréquents entre artisan et commanditaire.

La copie et la transmission du répertoire Il y avait peu de risques de voir les artisans romains abuser de leur liberté de créer : bien que des techniques nouvelles puissent s'introduire (par exemple dans la construction ou dans la céramique), en matière d'art, où la doctrine de l'imitation reste fondamentale, l'innovation n'est pas pour eux une valeur essentielle et la copie n'est pas déshonorante. Le producteur « romain » de représentations figurées peut s'inscrire dans plusieurs traditions esthétiques : celle de sa province particulière (par exemple les reliefs funéraires de Palmyre), ou bien celle du classicisme grec et du réalisme qui est dominante (par exemple la stèle du musée du Vatican, représentant un sculpteur), ou bien encore celle de l'Italie centrale, l'art dit « plébéien » expressif, moins académique et cultivé (comme sur la représentation des tailleurs de pierre d'Ostie) qui convient à la technique parfois sommaire des artisans. De façon générale, il ne faut pas s'exagérer la qualité de la production romaine : à côté de la remarquable architecture du pont du Gard, l'aqueduc d'Uzès à Nîmes présente des malfaçons grossières ; cette irrégularité est typique de la production artisanale. Le destin de Rome est celui d’une obscure bourgade de la péninsule italienne devenue, en l’espace de quatre siècles, une mégapole, capitale d’un immense empire s’étendant de l’Écosse à l’Arabie, des confins sahariens aux rives du Danube.

Démo final animation et modélisation 3D

AspectDescription
Domaines artisanauxcéramique, métallurgie, verrerie, textile, salaison et fumaison
LocalisationÉgouts, faubourg ouest, quartiers du Pont et Essarté
Objectif du DVDreconstitution 3D, animation, pédagogie

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