Artisanat avesnois, ciment projeté : technique et histoire

Après 25 années d’existence, l’écomusée de l’avesnois reste au cœur de la sauvegarde, de la collecte et la valorisation des patrimoines de son territoire. Avec près de 50 000 objets, les collections de l’écomusée de l’avesnois constituent un fonds de référence sur le patrimoine industriel, artisanal, rural et social de l’Avesnois. Il possède des collections techniques uniques en France sur les thèmes du verre et du textile et d’autres, non moins importantes, sur l’agriculture et l’artisanat.

Les collections de l’écomusée - carnets d’échantillons, motifs, outils, photographies, cartes postales, magazines, affiches, etc. - sont mises à la disposition des créateurs, artisans et entreprises en quête de références, de matières et d’idées. L’écomusée accueille ponctuellement des résidences de création et de recherche. L’écomusée propose aux étudiants en design et en métiers d’art des ateliers collaboratifs, en lien avec les verriers et les artisans locaux. Sur chacun des sites, des parcours spécifiques, d’une durée de deux heures sont proposés aux diffèrents niveaux de l’enseignement.

Les élèves découvrent la composition du verre et sa transformation par une approche artisanale et industrielle de la fabrication. En équipe, les élèves participent à un atelier de co-design dans lequel ils imaginent un objet en verre. Vivez une expérience originale avec votre équipe en participant au Grand Jeu de la Verrerie ! Encadrés par nos médiateurs, relevez une série de défis ludiques autour du verre. Chaque épreuve vous fera découvrir les secrets de ce matériau fascinant, tout en renforçant la cohésion, la communication et l’esprit d’équipe.

Pour comprendre l’usage du ciment et du béton dans le territoire et ses kiosques, il faut revenir aux origines du ciment artificiel et de ses applications. Les Romains fabriquaient des liants hydrauliques, comme en témoigne Vitruve dans ses Dix livres d'architecture. Ils y ajoutaient de la tuile broyée, ce qui améliore la prise et le durcissement pour préparer leur "opus camenticium". Le principe est resté longtemps inexpliqué et fut un peu oublié jusqu'à ce que, à la fin du XVIIIe siècle, plusieurs ingénieurs le redécouvrent et cherchent à le comprendre expérimentalement.

Dans cette quête, parallèlement aux travaux de John Smeaton, c'est Louis Vicat (1786-1861) qui découvre les propriétés des mortiers de ciment. En charge du pont de Souillac sur la Dordogne, il travaille à la mise au point de ce nouveau mortier et parvient à isoler une cendre artificielle composée de calcaire et de silice qui devient ciment. Il expérimente ensuite son emploi dans les piles du pont de Souillac puis, en 1818, élabore la théorie de l'hydraulicité qui précise les proportions des différents composants nécessaires à la constitution du ciment artificiel lors de la cuisson.

Lire aussi: Auto-Entrepreneur Artisan: Guide Complet

En 1828, Louis Vicat réalise un pont suspendu en ciment, au dessus de la Corrèze, à Argentat, qui démontre la qualité de son matériau. « Il ne cherchait ni les honneurs, ni la gloire, mais son génie en a décidé autrement. Il voulait être poète, il sera l'inventeur du ciment artificiel. C'est ainsi que se met en place la base d'une production industrielle de ciment artificiel. » En 1824, l'Écossais Joseph Aspdin dépose un brevet pour le Ciment Portland qui améliore la qualité de cette « pierre artificielle ». En France, un polytechnicien, Pavin de Lafarge, installe des fours à chaux au Teil, en 1833, et la première usine de ciment est créée par Dupont et Demarle à Boulogne-sur-Mer en 1848.

La confusion entre le ciment et le béton est courante parce que ces deux termes sont étroitement liés dans la construction et sont souvent utilisés de manière interchangeable à tort. Il est important de comprendre la différence entre le ciment et le béton pour des raisons de sécurité et d’efficacité dans la construction. Le ciment Portland se présente sous forme de poudre minérale fine fabriquée dans les cimenteries. C’est un liant hydraulique, qui a la propriété de durcir progressivement au contact de l’eau via des réactions d’hydratation (dissolution et précipitation d’hydrates).

Les granulats sont classés suivant leur coupe granulaire. Ils proviennent de carrières et sont issus du concassage de roches massives, du criblage de matériaux alluvionnaires et du recyclage du béton durci. Les additions sont des matériaux minéraux finement divisé utilisé dans le béton afin d’améliorer certaines propriétés ou lui conférer des propriétés particulières. Il existe 12 familles d’adjuvants qui ont chacune des propriétés spécifiques.

Le béton armé et son développement

Dans la seconde moitié du 19ème siècle, on observe les premières utilisation de l’acier dans le béton pour l’ossature d’ouvrages par Joseph Monier (1849), jardinier de l’Orangerie de Versailles, c’est la naissance du béton armé, qui va continuer de se développer dans la construction du 20ème siècle grâce notamment aux travaux sur les systèmes constructifs en béton armé de François Hennebique. La grande innovation pour cette reconstruction fut l’utilisation du béton armé, qui s’était généralisé pour la construction des kiosques pendant l’Entre-deux-guerres.

Pour aller toujours plus loin dans les performances, une optimisation du squelette via l’ajout d’ultrafines combiné à une réduction d’eau ont permis de développer les bétons hautes performances et très hautes performances. L’une des premières performances du béton est sa résistance en compression qui permet de créer des structures hautes et complexes. Le béton possède une résistance en compression importante qui est proportionnellement liée à sa compacité.

Lire aussi: Guide des Métiers d'Art Lucratifs

Technique du ciment projeté et étapes du béton

1 - Coffrages : Ils peuvent être réalisés en bois, en métal ou en élastomères. 2- Ferraillage : Les armatures sont en acier carbone ou inox. Leur positionnement conformément au plan de ferraillage et le respect des valeurs d’enrobage nominal des armatures est essentiel. 3- Mise en place du béton : Le déversement du béton dans les coffrages est effectué par pompage ou à l’aide d’ une benne. La hauteur de chute du béton doit être limitée à 1 m. Dans le cas de bétonnage vertical et de fortes densité d’armatures, le passage d’un tube plongeur est à prévoir.

Les épaisseurs de couches de béton doivent être de l‘ordre de 50 à 70 cm. Les conditions climatiques (temps chaud, temps froid) doivent être prises en compte notamment leur impact sur le temps de prise du béton. 4 -Vibration : La vibration du béton est une étape obligatoire (exceptée pour les bétons autoplaçants), qui doit intervenir avant le durcissement du béton. Elle va permettre d’optimiser la compacité du béton (minimum d’air et de vide, homogénéité) et assurer la bonne mise en place du béton dans le moule. Elle est réalisée soit de manière interne au moyen d’aiguilles vibrantes introduites dans le béton coulé, soit de manière externe via la vibration du coffrage ou du moule. Dans le cas de surfaces horizontales, le béton est vibré en surface au moyen de règles vibrantes.

5 - Cure : La cure du béton est une étape obligatoire pour tous les bétons. Elle consiste à humidifier la surface du béton ou projeter un produit de cure (NF P 18-370) ou recouvrir le béton d’une feuille de polyane dès la mise en place du béton pour les bétons non coffrés ou dès leur décoffrage, pendant une durée qui varie de 14h à plusieurs jours. La cure est essentielle car elle permet de protéger le béton proche de la surface afin que son évolution soit similaire à celle du béton à cœur. 6 - Décoffrage : Le décoffrage doit être réalisé avec soin et ne peut avoir lieu que lorsque le béton a une valeur de résistance suffisante (5 à 10 MPa). Le maintien du coffrage peut faire office de cure pour les surfaces verticales.

Le béton durci est un matériau minéral inerte. Aujourd’hui 80 % des déchets des bétons sont déjà valorisés. Le béton est un matériau incombustible qui de par sa conductivité thermique relativement faible permet d’offrir une bonne résistance au feu aux structures en béton armé, c’est à dire une stabilité structurelle pendant une durée suffisamment longue. Soumis à une source de chaleur, le béton va subir des transformations qui vont faire progressivement chuter ses résistances. La dilatation thermique et la migration de l’eau vont causer des écaillages qui ne présentent pas de risque pour la stabilité de l’ouvrage car pris en compte dans les calculs de structure.

La masse volumique élevée du béton ( environ 2350 kg/m3) est un atout naturel pour limiter la transmission des bruits, en particulier les bruits aériens et les bruits routiers. Bien que les performances comme isolant thermique du béton ordinaire soient limitées (conductivité thermique de 2 W/(m.K)), le béton possède une forte inertie thermique.

Lire aussi: L'Artisanat en Bretagne

Applications locales : kiosques, reconstruction et savoir‑faire

Les kiosques de l'Avesnois font partie de notre Histoire et sont les témoins du goût des habitants pour la musique le chant et la danse à une époque où la fête se faisait essentiellement en plein air. depuis la seconde moitié du XIXè siècle, permettaient aux villageois installés tout autour, d'écouter de la musique en famille, le kiosque étant occupé par les musiciens, souvent l'harmonie locale et il n'y a pas de doute sur le fait que ces kiosques soient étroitement liés à la démocratisation de la musique.

La maîtrise technique dans le domaine de la construction métallique notamment avec la fonte moulée pour les poteaux et les consoles, le fer forgé pour les garde-corps, le zinc pour le toit et l'utilisation judicieuse du bois, permettaient de donner à ces kiosques un aspect esthétique remarquable. Ils ont le plus souvent six, huit ou dix côtés. étaient utilisés lors des bals populaires. Ils ont une plateforme placée en hauteur de façon à ce que danseurs et musiciens puissent se voir mutuellement.

A partir de 1870, on constate une évolution des matériaux utilisés pour leur construction : le fer succède au bois. La grande innovation pour cette reconstruction fut l’utilisation du béton armé, qui s’était généralisé pour la construction des kiosques pendant l’Entre-deux-guerres. En 1928, le kiosque fut donc reconstruit à l’identique mais avec une structure porteuse de piles de section carrée en béton armé supportant la toiture conique en zinc de forme similaire au premier kiosque et reposant sur huit arêtiers rayonnants. Ce soubassement était recouvert de panneaux de ciment mouluré apportant une esthétique Art Déco à ce dernier.

La grande innovation pour cette reconstruction fut l’utilisation du béton armé, qui s’était généralisé pour la construction des kiosques pendant l’Entre-deux-guerres. Sarton était entrepreneur-concessionnaire des bétons Hennebique. Les huit piles de la structure étaient jointes par un garde-corps simple formé de deux poutres en béton de section carrée posées sur la pointe. La planche de rive était décorée de festons.

Dans la première moitié du XXème siècle, l'Avesnois comptait une centaine de kiosques. Il n'en reste aujourd'hui qu'une cinquantaine, et si la plupart sont plus que centenaires, il faut noter que la tradition du kiosque se perpétue tout de même avec des constructions très récentes comme à Assevent. Dès le milieu du XXème siècle, le développement de l'industrie du disque et les moyens et lieux de diffusion de la musique ayant changé, l'utilisation festive du kiosque a lentement disparu et se résume aujourd'hui à quelques concerts donnés lors des fêtes locales (ducasses).

Plusieurs exemples locaux montrent l’usage du béton dans la modernisation ou la reconstruction de kiosques : le kiosque de Bavay reconstruit en 1958 ; le kiosque rénové en 2012 dans le cadre du projet du PNR Avesnois de valorisation et de sauvegarde de notre patrimoine ; le kiosque dont la reconstruction a impliqué Sarton, entrepreneur des bétons Hennebique. Dix-huit tonnes de béton ont été nécessaires pour réaliser la dalle. La réutilisation de moulages en fonte, la préfèrence du zinc pour la couverture pour sa résonnance acoustique, ou encore l’emploi d’ardoises et d’éléments en fer forgé témoignent d’un mix matériaux et savoir-faire locaux.

Métiers, industries et exposition de 1897 : contexte local

En août 1897 eut lieu à Avesnes-sur-Helpe une exposition des produits fabriqués dans l’arrondissement d’Avesnes. L’exposition de 1897 ne se limite pas à une simple liste d’exposants : elle constitue un véritable miroir de l’activité économique de l’Avesnois à la fin du XIXᵉ siècle. Chaque nom, chaque atelier, chaque entreprise raconte une histoire - celle d’un savoir‑faire, d’un métier, d’une famille ou d’un territoire en pleine transformation industrielle.

À travers l’exposition de 1897 et l’exploration détaillée de ses exposants, c’est tout un pan de l’histoire économique de l’Avesnois qui se révèle. Industries métallurgiques, ateliers de poterie, verreries, artisans du quotidien, producteurs de matériaux ou de machines : chacun, à sa manière, témoigne d’un territoire en pleine effervescence, où savoir‑faire traditionnels et innovations industrielles coexistaient. Les verreries Réunies de Sars-Poteries : services. A. Artisan verrier ayant présenté deux vitraux. L. Fabricant de bouteilles et verreries pour le champagne.

Formations, ateliers et transmission

Des ateliers ont été mis en places pour faire redécouvrir, promouvoir et mettre en valeur des métiers aux savoir-faire particuliers. Les travaux financés par le Fonds national en faveur de l'insertion par le patrimoine des publics en difficulté, ont été réalisés par des personnes en réinsertion et des compagnons du Centre de Formation des Compagnons de Jeumont. L’écomusée propose aux étudiants en design et en métiers d’art des ateliers collaboratifs, en lien avec les verriers et les artisans locaux.

Sur chacun des sites, des parcours spécifiques, d’une durée de deux heures sont proposés aux diffèrents niveaux de l’enseignement. Les élèves appréhendent l’architecture industrielle par la visite de la filature Prouvost Masurel, et son évolution organisationnelle au fil du temps. Les élèves découvrent la composition du verre et sa transformation par une approche artisanale et industrielle de la fabrication.

TRÉLON, L'ATELIER MUSÉE DU VERRE

Tableau synthétique : étapes et points clés du béton mis en œuvre

Étape Point clé
Coffrage Bois, métal ou élastomères ; précision dimensionnelle
Ferraillage Armatures acier carbone ou inox ; respect de l'enrobage
Mise en place Pompage ou benne ; hauteur de chute ≤ 1 m
Vibration Optimise la compacité ; aiguilles vibrantes ou règles vibrantes
Cure Humidification, produit de cure ou polyane ; durée variable
Décoffrage Quand résistance ≥ 5-10 MPa ; soin et éventuelle cure par maintien

2- Dans une usine de produits préfabriqués en béton où les éléments en béton armé durcis sont fabriqués dans un atelier industriel, ce qui permet leur production répétée, rapide et en série. Une fois mis en place, un étuvage et une cure sont réalisés afin que le produit durci ait de bonnes qualités esthétiques et mécaniques. 3- Dans une bétonnière sur chantier, où l’ensemble des constituants sont introduits et dosés selon le DTU 20.1. Des bétons secs prêt à l’emploi auxquels la bonne teneur en eau est ajoutée peuvent être également employés.

Patrimoine et modernité : restaurations et réemplois

Le kiosque a été restauré en 2012 dans le cadre du projet du PNR Avesnois de valorisation et de sauvegarde de notre patrimoine. Les travaux financés par le Fonds national en faveur de l'insertion par le patrimoine des publics en difficulté, ont été réalisés par des personnes en réinsertion et des compagnons du Centre de Formation des Compagnons de Jeumont. Reconstruire le kiosque à l’identique était un projet qui avait vu le jour au sein du conseil municipal deux ans plus tôt. Son financement, a été assuré par la commune, avec une aide de l’État à hauteur de 30 % pour un coût total de 100 000 €.

Le nouvel équipement, qui va certainement rappeler beaucoup de souvenirs aux aînés (concerts d’harmonies, bals populaires…), sera inauguré en avril 2019, le jour de la fête des Kiosques. Dix-huit tonnes de béton ont été nécessaires pour réaliser la dalle. L'œuvre a été réalisée, en acier et en fonte, par la fonderie Vincent, installée à Brignais dans le département du Rhône.

balises: #Artisanat

Articles populaires: