Artisanat des bijoux en perles en Afrique du Sud : histoire, techniques et fabrication

Inspirées par le continent, par ses couleurs, ses matériaux, ses textiles, ses traditions culturelles, les bijoux africains séduisent depuis longtemps les marchés du nord. La naturalité des matières (bois, graines ou noix, cornes..) ou leur préciosité (or, bronze, argent, pierres, peaux, perles…), l’évocation de temps anciens -pour ne pas dire « premiers », les formes massives et singulières, rares ou inattendues, de certaines propositions, ensorcellent les clients. Mais il faut le dire d’emblée et l’entendre comme une simple logique de marché : on n’aime pas la même chose à Paris, Dakar, Lagos, Tokyo ou Addis-Abeba.

Un patrimoine immense et pluriel

Le patrimoine est immense. Beaucoup d’entre nous connaissent les bijoux en perles, tels les bracelets en cuir rebrodés de couleurs au Sénégal ou au Burkina-Faso. Ou les plastrons, à la manière d’une dentelle en perles, que façonnent les femmes d’Afrique du Sud, chez les Zoulou notamment et qui couvrent parfois jusqu’aux épaules. On connaît aussi les bijoux en argent, ceux des Touaregs, ceux des Maures. Certains connaissent aussi les fories peules du Mali, les bijoux Akan de Côte d’Ivoire et du Ghana.

Qui connaît les croix d’Ethiopie ? Les bijoux San de Namibie en coquille d’œuf d’autruche, les bracelets Maasaï du Kenya, en métal et boutons ou ceux en raphia tissé de Madagascar ? Il suffit d’ouvrir un livre consacré à ce sujet pour découvrir l’immense richesse du patrimoine africain en matière de bijoux - et l’immense invisibilité de ces trésors sur les scènes de la mode.

Histoire des perles en Afrique et transmission des savoir-faire

Les bijoux en perles africaines ne décorent pas - ils racontent. Certaines des plus anciennes perles découvertes sur le continent africain remontent à environ 75 000 ans. Soixante-quinze mille ans de gestes, de choix, d’assemblages et de transmission. En Afrique de l’Ouest - là où je puise mes racines - ce savoir-faire reste vivant. Au Ghana, les artisanes Krobo fabriquent encore des perles de verre recyclé à la main, selon des techniques transmises depuis plusieurs générations.

Les perles de verre appelées « millefiori » et les colliers de perles à chevrons étaient créées autrefois à Murano près de Venise et on servi de monnaie de troc pendant la traite des esclaves sur la Côte d’Or. Produites en Europe à partir du XVIIe siècle pour le marché africain, les perles de verre sont un symbole de la mondialisation précoce. Mais les perles représentent bien plus qu’une simple marchandise ou une monnaie d’échange.

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La création de perle africaine en verre recyclé est une tradition ghanéenne, extrêmement vivace dans ce pays fier de ses racines. Les perles africaines en bronze sélectionnées par Africouleur sont créées à la cire perdue au Ghana suivant des techniques traditionnelles.

Les perles Krobo du Ghana : à la découverte de leur histoire - Partie 2 | Regards sur la diaspora...

Échanges anciens et diffusion

Dès l’Antiquité, les échanges commerciaux fleurissent. Les perles, idéalement en verre, traversent l’Égypte, l’Empire romain, en passant par l’Inde et la Chine, jusqu’en Afrique noire. Dans l’Égypte Antique, les pierres naturelles s’utilisaient en guise de perles sur les bijoux. Ce fut notamment le cas de la turquoise, le lapis-lazuli, l’agate et d’autres, chaque pierre ayant une signification propre.

Techniques traditionnelles et contemporaines en Afrique du Sud

Travailler la perle était une activité particulièrement répandue en Afrique du Sud et notamment chez les Xhosa, un peuple originaire de la région des Grands Lacs. Il s’agit d’une tradition ancienne qui permettait aux femmes de créer des objets ornementaux, visant aussi à être utilisés comme d’importants marqueurs sociaux.

Alors qu’il était quasiment tombé dans l’oubli, cet artisanat s’est vu ressusciter sous une forme artistique en 1999 car pour le collectif Ubuhle « le vrai progrès, c'est une tradition qui se prolonge ». Dépassant le caractère ornemental, les artistes du collectif Ubuhle utilisent des perles pour créer des œuvres d’art, grâce à la technique du ndwango : elle consiste à étirer un tissu noir pour en faire un support en toile, puis à y coudre une myriade de minuscules perles afin de concevoir des scènes souvent figuratives et colorées.

Les artistes profitent ainsi de la variété des styles qu’offrent leurs traditions. Par exemple, la coutume des Xhosa favorise des tons neutres oscillant entre les roses, bleus et blancs. Quant aux femmes Zoulous, elles privilégient les couleurs vives comme Zondile Zondo, la seule artiste originaire de cette ethnie. Nécessitant dix mois de travail en moyenne, les œuvres d’art du collectif Ubuhle narrent essentiellement leurs croyances spirituelles, leur environnement quotidien mais aussi leurs histoires personnelles.

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« The African Crucifixion », réalisée à l'origine pour la cathédrale anglicane de Pietermaritzburg, est certainement l’œuvre d’art majeure du collectif Ubuhle, datant de 2008. En plus d’être particulièrement monumentale (4,5 x 7,5 cm), elle représente une belle synthèse des caractéristiques artistiques du groupe vu qu’elle a sollicité la participation de sept artistes. Composée de trois scènes (l’arbre de la destruction, l’arbre du sacrifice et l’arbre de la vie), « The African Crucifixion » met en scène l’emblématique scène biblique réinterprétée de manière sud-africaine et avec les problématiques contemporaines.

Matériaux : naturalité, recyclage et métissage

La naturalité des matières, comme le bois, le raphia, les graines, la corne, le crin, confère profondeur et valeur émotionnelle aux créations. Les végétaux, le rotin ou le raphia par exemple, la corne, le bois, les plumes, les graines mais aussi les poils d’animaux, comme le crin de cheval, sont des matériaux très prisés dans la bijouterie parce qu’ils évoquent le retour à la terre.

En conséquence d’une situation économique complexe, la grande tendance en Afrique du Sud est à l’utilisation de matériaux recyclés. En effet, recyclage et upcycling sont aujourd’hui légion en Afrique du Sud. Les artisans locaux sont maîtres dans l'art de transformer des rebuts en choses incroyables! Ainsi vous pourrez trouver des paniers et bijoux réalisés en fil de téléphone recyclés, de superbes sacs en sac de ciment recyclés ou en toile de jute, servant au transport du café!

Métisser ces matières végétales avec des ornements plus précieux leur confèrera une noblesse supplémentaire. Le cuir et l’or (Baoulé, Akan, etc..), l’ébène et les pierres, le raphia et les perles, la corne et le métal, la peau (serpent, croco, vache, etc..) et l’argent, la terre (les magnifiques perles en terre du Mali, de Djenné, Mopti…) et le bronze : le champs des possibles est immense.

Symbolisme et fonctions sociales des perles

Dans plusieurs cultures d’Afrique de l’Ouest, le choix d’un bijou en perles africaines n’est pas anodin. La couleur peut parler. La forme peut parler. La façon de le porter peut parler. Selon les contextes, une perle blanche évoque la pureté ou la protection. Une perle rouge peut rappeler le courage, la noblesse, la force vitale ou le lien aux ancêtres.

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Les perles de taille sont des bijoux de corps traditionnellement portés par les femmes d’Afrique orientale et occidentale. Les femmes du Ghana, du Nigeria, du Sénégal et autres portent ces petites pièces de verre surmontées à un cordon sur leur taille. Portées par les femmes d’Afrique depuis plusieurs siècles, les perles de taille sont signes de féminité, de fertilité, de pureté et de sexualité.

Les poids Akan : originellement utilisés pour mesurer l’or, les poids Akan sont chargés de symboles philosophiques, moraux et sociaux. Le symbole Adinkra "Dwennimmen" est un motif riche de signification, évoquant les majestueuses cornes de bélier.

Design contemporain : rendre le local universel

Rendre le local universel. Parfois, devant la beauté d’un bijou traditionnel, on est perplexe : que changer quand tout est si parfait ? Bon nombre de ces bijoux peuvent se porter tels quels. Mais si vous avez une marque, votre valeur ajoutée sera précisément ce que vous « ajouterez » à cette pièce originale, la manière dont vous serez capable de la réinterpréter.

Prenez exemple sur la designer kenyanne Adèle Dejak. Inspirée par toutes les cultures africaines, elle a créé des tours de cou qui rappellent ceux des femmes Maasaï. Son trait de génie ? Avoir été capable de suggérer la source de son inspiration sans mettre aucune perle dans sa création. Minimaliste et imposante en même temps, voilà une pièce « enracinée » dans une culture mais ultra-contemporaine, capable de séduire plusieurs marchés.

Rendre le local universel, c’est aussi ce qu’ont réussi avec brio certaines marques de luxe africaines, comme les joaillers ivoiriens Asseke Oro, Riscle ou Constant. Poupées Ashanti, dollars (coquillages), masques africains, cauris: ils ont su insuffler à ces éléments du patrimoine -comme aux cartes d’Afrique- une aura « mode » intemporelle, qui transcende les effets de tendance.

Conseils de création et commercialisation

  1. Optez pour le naturel : la naturalité va de pair avec une lame de fond sociétale -celle de la préservation et de la célébration de l’environnement.
  2. Ne surchargez pas vos créations : trop de style peut tuer le style. Les clientes doivent pouvoir « s’inventer » elles-mêmes avec vos créations.
  3. Créez des pièces d’exception : une graine végétale montée sur une simple chaîne peut faire beaucoup d’effet. Le « mono coloris » est un bon moyen de donner de la force à un accessoire.
  4. « Calmez » le wax : les pièces qui restent en vogue sont les plus artistiques ou les plus simples ; savoir réinventer ou sublimer le wax est la clé.
  5. Déployez votre créativité en gardant à l’esprit que le mélange des genres suscite toujours une émotion particulière.

Marchés, tendances et positionnement

« L’ethnique » est une tendance phare de la mode, mis en scène régulièrement par les grands magazines féminins. Sur les salons internationaux de la mode, comme le salon du bijou Bijorhca, l’offre dite « ethnique » grossit chaque année. Récemment, de nouvelles marques « made in Africa » y ont fait leur apparition - suggérant des tendances qui témoignent d’un nouvel air du temps.

Il faut être conscient : on n’aime pas la même chose partout. Les pièces très colorées, qui incorporent des éléments de textiles en wax plairont davantage à une clientèle déjà habituée à ce tissu, à des femmes qui aiment beaucoup la couleur, à celles qui veulent afficher une référence au continent. Si vendre vos créations sur les marchés extérieurs à l’Afrique est votre but, sachez que les marchés les plus porteurs en Europe pour la couleur sont l'Espagne et l'Italie.

Patrimoine, innovation et storytelling

Il y a un vrai besoin de nouveautés. Les marchés de la mode sont saturés. Tout a été fait, inventé, créé. Et si les créateurs occidentaux puisent si souvent dans les cultures étrangères, c’est bien parce qu’ils trouvent là le moyen de renouveler leur inspiration. A vous de jouer : ce patrimoine est le vôtre.

Plus vous serez capable de donner de la modernité à des classiques de la bijouterie africaine, plus vous sublimerez les matériaux locaux, plus vous inventerez votre propre vocabulaire de style, plus votre marque se fera remarquer. Un bijou sans histoire reste un accessoire. Le storytelling autour d’une perle, d’une technique ou d’un motif (Adinkra, poids Akan, croix d’Ethiopie) est un argument de vente puissant.

Aspect Exemples
Matériaux traditionnels Perles Krobo, verre recyclé, corne, raphia, graines
Techniques Cire perdue (bronze), ndwango (perles cousues), verre enroulé (Bida)
Symbolisme Couleurs des perles, poids Akan, motifs Adinkra
Contemporain Upcycling, fusion matériaux nobles/végétaux, minimalisme

Plongez-vous dans des livres sur les bijoux africains: même les plus étonnants, les plus rares, les plus singuliers, les plus imposants ont tous leur place sur la scène de la mode. Il y a plein de chemins pour donner vie à ces trésors et les plus réussis sont souvent les plus simples et ceux à qui l’on est capable d’insuffler une histoire.

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