L'Artisanat de la Calebasse en Martinique : Histoire et Techniques
Terre au passé douloureux, terre dominée, terre révoltée, c’est une Martinique d’art et de traditions que vous découvrirez ici. Pour une terre à la culture redéfinie par sa population et où la fierté collective se (re)construit par la transmission de connaissances ancestrales.
Riche d’une culture métisse où convergent de multiples influences, amérindiennes, africaines, américaines, européennes et indiennes, la Martinique peut se targuer d’avoir un artisanat coloré. Les méthodes ancestrales demeurent vivaces. Les artisans conservent jalousement leurs techniques qui se transmettent souvent au sein de la cellule familiale, de génération en génération.
Très présent, l’artisanat en Martinique regorge de trésors colorés. Vannerie, peintures, masques, poteries, sculptures inondent les marchés locaux. Quelques boutiques d’artisanat local en proposent également.
La Calebasse : Un Héritage Amérindien
Faisons connaissance avec un fruit qui fait partie de notre patrimoine végétal. Il s'agit de la calebasse, Crescentia cujete, que l'on retrouve dans toute la Caraïbe sous le nom de calebasse, kalbas, pyé kalbas dans les Antilles francophones; calabash, calabash tree dans les Antilles anglophones; calabasa, totuma à Cuba; higuero en République dominicaine; camas, totumo au Venezuela ...etc.
Originaire d'Amérique tropicale, le calebassier a été introduit dans tous les pays tropicaux. C'est un arbre de 3 à 8 mètres ayant un tronc court. Son fruit, une baie ellipsoïde de 10 à 35 cm de diamètre, contient une abondante pulpe qui renferme des graines ovales et aplaties.
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Les principaux usages du calebassier sont un héritage des Indiens Caraïbes. En effet, cet arbuste a été entre autres, le vaisselier traditionnel des Amérindiens. De tailles diverses, ils les fendent en deux, les sèchent, les vident de leur pulpe.
Selon l'Anonyme de Carpentras, le nom générique de ces récipients est coy ou coui pour Coppier, Rochefort et Laborde. Ce dernier nom est celui utilisé en créole pour désigner ces récipients.
Dans La vie quotidienne des Indiens Caraïbes aux Petites Antilles de Laurence Verrand, on trouve une description détaillée de leur fabrication, décrite par l'Anonyme de Carpentras : " Les unes sont deux ou trois fois plus grosses que la tête d'un homme, les autres moindres...Elles ne sont point raboteuses...et fort polies et unies." Ils les cueillent, les exposent un ou deux jours au soleil puis "fendent les plus petites par la moitié et les remettent au soleil durant deux ou trois heures" avant d'ôter la pulpe.
Pour le fendre, "ils entourent ce fruit avec une petite cordelette à l'endroit où ils veulent fendre, et puis ils frappent avec un petit bâton le long de la cordelette qui s'enfonce et laisse comme une gravure sur le fruit, puis mettant la pointe du couteau en deux ou trois endroits du fruit il se fend au même endroit que la marque de la cordelette."
Ces coui sont décorés différemment selon leur fonction. L'Anonyme de Carpentras en différencie plusieurs :
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- lita pour le piment et la viande
- rita, grande, pour le "vin" quand elles "sont peintes de rouge avec des ouvrages noirs par-dessus; et pour l'eau quand elles ne sont pas décorées.
- taba, petite, permet de se servir à boire dans le rita.
- comori, pour le transport du "vin", "hors des villages".
De nos jours, cet usage pour la vaisselle demeure aux Antilles.
Techniques et Savoir-Faire
A Awala-Yalimapo, des jeunes travaillent la calebasse. Leur volonté est de perpétuer la tradition des anciens, mais aussi de mettre en lumière tout un pan de la culture et de l’histoire amérindienne. Un savoir-faire valorisé par l’artisanat. C’est dans un silence presque de recueillement qu’ils écrivent l’histoire. L’histoire de tout un peuple sur des calebasses. L’histoire du peuple kali’na. Ces dessins représentent plein de choses comme ceux des roches gravées. On les reproduit sur des calebasses... et je les transmets à la jeunesse. On a plein de motifs différents.
Des gravures taillées autrefois par leurs ancêtres dans la pierre. Aujourd’hui elles reprennent vie sur des calebasses. Une écriture, une gravure, des gestes qu'Ulrich Sehoe a mis plusieurs années avant de maitriser. J'ai appris en regardant mes ancêtres graver la calebasse avec un couteau. Nous avons inventé un autre outil à partir d'une fourchette.
La reconnaissance de cet art ancestral, passera par l’accompagnement des jeunes dans cette activité. La volonté d’un devoir de mémoire afin que le patrimoine matériel et immatériel amérindien de Guyane ne tombe pas dans l’oubli.
Patrick Vallée est un artiste dans l’âme. Il écrit des poèmes, réalise de la peinture sur verre. Il travaille la calebasse et en fait notamment des lampes à pétrole unique au monde. Aujourd'hui, c'est Patrick Vallée qui est mis à l'honneur. Il dessine depuis son tout jeune âge. Après son service militaire il participe en 1990 à un stage d’artisanat d’art dans la ville du Saint Esprit. A cette occasion il découvre le travail du bambou, du coco, du bois, et apprend aussi les différentes techniques comme la gravure, la pyrogravure, et la peinture. Patrick Valée tombe alors amoureux de la calebasse un matériau qui nourrit son imagination. Il réalise des "kwi", des coupes à fruits avant de se consacrer aux lampes à pétrole. Il trouve le procédé pour garantir une bonne étanchéité. Cela fait maintenant plus de 30 ans qu’il crée des lampes en fonction de la taille, de la couleur de la calebasse. Ses réalisations sont complétées de gravures et de pyrogravures pour les magnifier.
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Autres Formes d'Artisanat Martiniquais
Outre la calebasse, la Martinique offre une diversité d'artisanat :
- Chapeau Bakoua : Issu d’un savoir-faire traditionnel, le chapeau bakoua doit son nom à un arbre prêtant ses feuilles pour ce tressage minutieux. Venu de l’Océan indien, ce pandanus sanderi, donne place à un art de vivre issu des populations autochtones.
- Tissu Madras : La Martinique est également célèbre pour ses tenues traditionnelles en tissu madras, cette étoffe en fibres de bananier, de coton et de soie aux couleurs vives, alternant carreaux et rayures.
- Rhum Agricole : Impossible de repartir de la Martinique sans lui : le rhum agricole martiniquais fait partie des meilleurs au monde.
- Bois Lélé : On peut aussi rapporter l’accessoire qui va avec le rhum : le bois lélé (« bwa lélé »). Ce sont les autochtones Kalinagos qui utilisaient ce petit bâton pour mélanger les liquides.
Tableau Récapitulatif des Souvenirs Martiniquais
| Catégorie | Produit | Description |
|---|---|---|
| Artisanat | Chapeau Bakoua | Chapeau tressé à partir des feuilles du pandanus sanderi. |
| Textile | Tissu Madras | Tissu coloré en fibres de bananier, coton et soie. |
| Alimentaire | Rhum Agricole | Rhum bénéficiant d'une Appellation d'Origine Contrôlée. |
| Ustensile | Bois Lélé | Petit bâton utilisé pour mélanger les boissons à base de rhum. |
| Gourmandises | Confitures Péyi | Confitures aux fruits exotiques locaux (mangue, ananas, goyave...). |
| Épices | Vanille Martiniquaise | Gousses de vanille noires très parfumées. |
Adélaïde CORINUS / Martinique 1ère / Services 1ère / Emission du 9 mai 2017
En conclusion, l'artisanat de la calebasse en Martinique est un témoignage vivant de l'histoire et de la culture de l'île. Les artisans, héritiers de savoir-faire ancestraux, continuent de créer des objets uniques et chargés de sens, contribuant ainsi à la richesse du patrimoine martiniquais.
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