Artisanat et tradition dans le soufisme

Le soufisme (en arabe : ٱلتَّصَوُّف, at-taṣawwuf) désigne les pratiques ésotériques et mystiques de l'islam visant la « purification de l'âme » en vue de se « rapprocher » de Dieu. Il s'agit d'une voie d'élévation spirituelle, un chemin initiatique de transformation intérieure, qui transcende le formalisme des intégristes et autres tenants d'un islam rigoriste. Le soufisme trouve ses fondements dans la révélation coranique et dans l'exemple de Mahomet.

Étymologie, symboles vestimentaires et modestie

En arabe, le terme couramment utilisé pour dénommer ce courant est taṣawwuf qui, au sens littéral, veut dire « action de devenir mystique ou soufi ». Les hypothèses sur l'étymologie du mot « soufi » au sens de « mystique » s'appuient surtout sur des similitudes phonétiques. De al-souf (ﺻﻮﻑ [ṣūf], « laine » qui donne صوفيّ [ṣūfī], « laineux »), du fait que les ascètes de Koufa se vêtaient avec cette matière. Le soufi portait en effet un vêtement de laine, comme les pauvres, en signe de modestie.

La modestie et la pauvreté sont évoquées dans d'autres noms donnés à certains d'entre eux : derviche (persan : درويش [derwiš], « mendiant ») ou faqīr (en arabe : فقير, « pauvre »). Les soufis portaient un habit de laine, réservé aux plus pauvres, en signe de modestie, de refus de l'orgueil et du contentement de soi.

L'artisanat, le travail de la main et la transmission

Le soufisme accorde une place essentielle à la transmission et au travail minutieux de la main. Le soufisme s’est construit au fur et à mesure de son histoire. Le soufisme renvoie à la volonté de parvenir à un état de haute spiritualité. La recherche spirituelle n’a de sens que si elle s’exprime dans le tumulte de la vie quotidienne.

Tout au long de l’année, les week-ends portes ouvertes des métiers d’art permettent de rencontrer céramistes, relieurs, peintres ou artisans du territoire. Dans la tradition soufie, la musique est un chemin vers l’émotion et l’harmonie intérieure. Le MACS MTO propose régulièrement des ateliers de calligraphie, art-thérapie, visites contées, conférences et concerts de musique soufie. Ces rendez-vous permettent d’entrer dans la culture soufie par l’échange, l’expérimentation et la rencontre avec des artistes, musiciens et médiateurs passionnés.

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Dans le jardin du musée, inspiré des traditions persanes et françaises, visiteurs et promeneurs prennent le temps de ralentir. Un lieu où la rencontre se fait parfois simplement avec le silence, les autres visiteurs ou soi-même. Respirer et méditer : une parenthèse de bien-être au musée. Prolongez la visite par la boutique du musée, véritable cabinet de curiosités où livres, objets inspirés de l’art soufi et créations invitent à poursuivre le voyage chez soi.

Musique, danse et arts performatifs

La musique est un chemin vers l’émotion et l’élévation. La musique est un chemin vers l’émotion et l’harmonie intérieure. Le ḏikr, mentionné fréquemment dans le Coran, bénéficie d’une légitimité largement reconnue par les ʿulamā’. Le ḏikr pouvait s’accomplir dans différentes postures (assis, debout ou même couché), comme le souligne le Coran.

Les formules varient selon les confréries et sont parfois accompagnées de musique et de danse (comme chez les derviches tourneurs de Turquie), voire « hurlées », c’est-à-dire prononcées à très haute voix. Il imprègne la musique voire les chorégraphies sacrées, que ce soit dans la pureté hiératique des cérémonies mevlevies (derviches « tourneurs »), dans la spontanéité émouvante des cultes plus populaires, voire de cérémonies induisant de véritables transes.

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Poésie, esthétique et vision du monde

Dans la culture soufie, la nature est un espace d’élévation et d’harmonie. Comme les artistes impressionnistes, les soufis accordent une attention particulière à la beauté du monde visible pour mieux saisir l’invisible. Le soufisme s’est manifesté dans l’expression poétique et le lyrisme, et a donné à la poésie de différentes langues en usage parmi ses plus éclatants chefs d’oeuvre ; les poésies turque et surtout persane lui sont redevables d’une inspiration qui se prolonge jusqu’à nos jours.

L’amour tient une place centrale dans l’enseignement soufi. Les maîtres soufis considèrent la station spirituelle (maqâm) liée à l'amour divin comme une des plus insignes qui soient. Al-Ghazali enseigne que « l'Amour appartient à Dieu », et que « nul n'est digne d'amour si ce n'est Dieu ». Ibn Arabi fait dire à Dieu s'adressant à l'âme : « Tant de fois t'ai-Je appelé et tu ne M'as pas entendu. Tant de fois me suis-Je montré et tu ne M'as pas vu. »

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Confréries, zaouïas et transmission spirituelle

Chaque soufi se rattache à une « chaîne » (silsilah) qui représente sa généalogie spirituelle, grâce à laquelle il est relié par différents intermédiaires au Prophète. Le prophète est considéré comme le point de départ de la chaîne spirituelle soufie. Les ordres sont fondés par des maîtres spirituels (cheikhs). Cette organisation formelle et donc en quelque sorte sociale n'a pas nécessairement entraîné une altération de la nature du soufisme, qui est une voie spirituelle (sens originel du mot tariqa).

La confrérie est dirigée par un maître et dispose de plusieurs zaouïas, lieux de rencontre des membres ou compagnons de la confrérie. La zaouïa est administrée par un responsable, le mokadem, déjà initié. Au sein de chaque zaouïa, des compagnons sont chargés des disciples. L'enseignement dispensé s'appuie sur le Coran et les textes scripturaires. Il s’inscrit dans l’héritage revivifié d’un grand maître insufflé par un maître éducateur, le cheikh.

Pratiques initiatiques et étapes spirituelles

Les maîtres soufis distinguent en effet trois phases dans l'élévation de l'âme vers la connaissance de Dieu : d'abord l'âme gouvernée par ses passions. Le postulant à l'initiation est appelé mourîd (novice ; nouvel adepte ; disciple). Vient ensuite le degré de l'âme qui se blâme elle-même, c'est-à-dire qui cherche à se corriger intérieurement; l'initié qui parvient à ce stade est appelé itinérant (salîk), allusion symbolique « voyage intérieur ».

La première phase est celle du dépassement de la conscience habituelle, nourrie des cinq sens, par l'extinction du moi (al-fanâ), porte d'accès à la conscience intime de la présence de Dieu. Le soufi, après avoir mené le « grand combat », dépouillé de son ego - ou plutôt l'ayant domestiqué - et délivré de toutes les visions partielles et illusoires qui y sont attachées, accède au degré recherché de connaissance de Dieu, et n'agit que par adoration de Lui.

Artisanat, design et événements contemporains

La présence d'artistes et de créateurs contemporains illustre la manière dont l'esthétique soufie traverse aujourd'hui l'artisanat et la mode. Noorjehan Bilgrami, par exemple, cherche à réhabiliter l'artisanat pakistanais, l'impression manuelle des couleurs sur tissus et la fabrication naturelle et écologique du tissu lui-même. Sa présence au Liban pour des échanges artistiques et spirituels montre comment mode, textile et soufisme se rencontrent : « Il ne s'agit pas seulement de montrer des vêtements ou un podium de mannequins, mais aussi un style de vie, une spiritualité et une sensibilité qui n'existent pas en Occident ».

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La collection du musée a été constituée au cours de ces dernières décennies par l’école MTO Shahmaghsoudi®. Installé dans un élégant hôtel particulier du XIXᵉ siècle, face à l’Île des Impressionnistes, ce lieu unique est le premier musée au monde entièrement consacré au soufisme. Entre objets symboliques, calligraphies, œuvres contemporaines et expériences immersives, le musée crée un dialogue sensible entre art, spiritualité et contemplation.

Critiques, réformes et dialogues

De tous temps, certains oulémas et savants se sont élevés contre ce qu'ils ont qualifié de « dérives » du soufisme. Ils ont émis des critiques, tant sur la doctrine de certaines confréries que sur leurs pratiques. L'accusation de panthéisme concernant la doctrine de la (wahdat ul-wujûd) ou de hulûl à l'égard de certains soufis comme Mansur al-Hallaj, qui ont eu des paroles telles que : « Dans la djubbah [que je porte], il n'y a que Dieu ».

L'école rationaliste et réformiste de Mohamed Abduh et de Muhammad Rashid Rida s'opposait radicalement au soufisme. Ils le considéraient comme une des principales raisons de la décadence des musulmans, par son supposé encouragement du fatalisme et de l'inertie, et par les superstitions et les mythes qu'il est censé avoir introduits. Ibn al-Jawzi consacre une petite partie de son livre Talbîs Iblîs à la critique du soufisme de son temps.

Cependant, plusieurs travaux d'islamologues du XXe siècle tendent à réfuter la thèse d'une influence extérieure au soufisme. Les légalitaires et les soufis ont beau condamner les actes odieux commis en leur nom par des groupes radicalisés, la bataille sémantique et médiatique a parfois été gagnée par les obscurantistes. Dans un monde musulman en souffrance, la voie et le message soufis peuvent-ils constituer une alternative réelle ?

Soufisme, société et héritage culturel

Historiquement, cet élan soufi a imprégné profondément et durablement la culture des sociétés musulmanes. Les confréries soufies exercèrent une influence sociale considérable, surtout à partir du XIIe siècle. Elles furent amenées à gérer des hospices et des écoles, et leurs couvents devinrent d’importants lieux de rencontre et d’échanges. Elles diffusèrent un idéal de « chevalerie spirituelle », de combat intérieur ainsi que des attitudes religieuses à la portée des croyants immergés dans la vie ordinaire.

Il a laissé sa trace dans des arts aussi divers que l’architecture ou la calligraphie. Junayd rappelait que « l’eau a la couleur de son récipient » : autrement dit, il n’y a pas de voie impérieuse et il appartient au cheminant de découvrir par lui-même la vérité. La voie soufie est largement méconnue à l’extérieur de l’islam et, depuis longtemps, marginalisée par l’orthodoxie islamique. Le soufisme est l’angle mort du discours sur l’islam.

Pratiques matérielles et immatérielles reliées à l'artisanat

L’artisanat dans le soufisme ne se limite pas à la fabrication d’objets : il est une pédagogie de la lenteur, de l’attention, du geste répété et consacré. La tradition soufie accorde une place essentielle à la transmission et au travail minutieux de la main. Le cheikh, maître d’éveil et médecin des âmes, initie le musulman aux principes soufis tout au long de son parcours sur la Voie.

Éléments Fonction dans la tradition soufie
Artisanat textile Transmission de savoir-faire, esthétique de la modestie, symbolisme des couleurs
Calligraphie Méditation, contemplation du texte sacré, objet d'ornementation spirituelle
Musique et danse (Samā’) Moyen d'accès à l'émotion spirituelle, accompagnement du ḏikr
Zaouïa et ateliers Espaces de transmission, rencontres et pratiques collectives

Culture contemporaine et dialogues interculturels

Le détour étymologique présente ici de l’intérêt : selon une première hypothèse, le terme soufisme viendrait de l’arabe safâ qui signifie la pureté cristalline. Retenons de ces multiples définitions l'image d'un soufi inscrit pleinement dans une double intelligence : celle de l'abstraction par la méditation et celle de la pleine compréhension du réel. Eva de Vitray-Meyerovitch : « Les définitions proposées par les grands maîtres du soufisme ne constitueront donc que des approches, puisqu’il y a autant de “voies” que de pèlerins et l’âme ne perçoit que ce qu’elle est capable de saisir ».

En Occident, le soufisme est souvent considéré comme un supplément d'âme, une coquetterie de l'élite, l'option contemplative. Beaucoup d’écrits contemporains, parfois mal intentionnés, abordent l’islam mais peu mentionnent le soufisme, si bien que cette voie n’est connue que des spécialistes ou du grand public à travers des manifestations célèbres.

Des événements mêlant artisanat, mode et spiritualité - tels que des défilés inspirés du soufisme, accompagnés de musique et de performances de derviches - offrent des occasions de dialogue interculturel et de réhabilitation des savoir-faire traditionnels. Ils montrent comment artisanat et tradition soufie continuent de nourrir des formes contemporaines d'expression et de transmission.

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