Histoire et développement de l'artisanat chinois traditionnel et la vente en ligne

Sur la place du village inondée d'un beau soleil d'hiver, les paysannes ont étalé des lamelles de patates douces, des radis blancs râpés ou des racines de taro sur de grandes nattes en osier posées au sol. Une fois séchés, tous ces légumes serviront à composer les « shaobing », les galettes fourrées qui font la réputation de Beishan. Dans ce village de la province du Zhejiang, à 400 kilomètres au sud de Shanghai, la vente de galettes au sésame a longtemps constitué la principale source de revenus des 2.300 habitants. Mais, après être resté à l'écart de la modernisation à marche forcée du géant asiatique, Beishan fait sa révolution. Une révolution numérique.

Taobao ? C'est la principale plate-forme de vente en ligne entre particuliers de Chine. Propriété d'Alibaba, elle a été créée il y a quinze ans par Jack Ma, un ancien professeur d'anglais devenu l'un des hommes les plus riches de Chine. « Jack Ma est considéré comme un dieu ici ! », s'enflamme Lu Ke, un jeune homme du comité du village. Sur un panneau stylisé bordant la rue principale, l'effigie du tycoon de l'Internet chinois, symbole de la réussite pour tous les Chinois, a supplanté celle de Mao. On y voit Jack Ma assis à l'arrière d'un char à boeufs !

Avec la montée en puissance de géants privés comme Alibaba, le commerce en ligne s'est développé à une vitesse extraordinaire ces dernières années, la Chine devenant le premier marché au monde et pesant aussi lourd que les marchés américain et britannique réunis. Il s'est construit avec l'essor d'une classe moyenne urbaine, connectée à tout instant sur son smartphone et avide de consommation. Le tout sous le regard bienveillant d'un régime communiste cherchant à faire passer une économie chinoise fondée sur l'exportation à un modèle reposant sur la consommation.

Dans certains villages, des paysans se sont improvisés entrepreneurs, commençant à ouvrir des boutiques sur Taobao pour y vendre toutes sortes d'articles aux consommateurs chinois. A Beishan, c'est Lv Zhenhong qui s'est lancé le premier dans l'aventure, en 2006. « Lorsqu'un ami m'a fait découvrir l'e-commerce, j'ai tout de suite trouvé cela génial ! », explique-t-il. « Les autres villageois trouvaient cela vraiment bizarre et ne comprenaient pas à quoi mon frère et moi travaillions jour et nuit. On n'a rien gagné pendant trois mois, mais on s'est accrochés. »

Sans diplôme, l'entrepreneur gagnait de l'ordre de 7.000 euros par an quand il vendait ses petits pains au sésame. Son entreprise BSWolf (BS pour Beishan) génère aujourd'hui un chiffre d'affaires annuel de… 7 millions d'euros. Le fils de médecin aux pieds nus emploie aujourd'hui une cinquantaine de salariés. « L'Internet a vraiment donné une chance au développement économique du village », assure-t-il depuis son grand bureau au-dessus de l'entrepôt où sont stockés des centaines d'articles.

Lire aussi: Auto-Entrepreneur Artisan: Guide Complet

« Villages Taobao » Beishan est l'un des premiers « villages Taobao » officiellement recensés par Alibaba. Apparus en 2009, ces villages se sont développés très rapidement ces dernières années. La multinationale en dénombre aujourd'hui 2.100 contre 1.300 en 2016 et à peine plus de 200 il y a trois ans ! A travers cette appellation, Alibaba désigne des villages dans lesquels au moins 10 % des foyers font de l'e-commerce ou bien où l'on compte au moins 100 boutiques en ligne ouvertes par les villageois, le tout pour un volume annuel de transactions devant dépasser les 10 millions de yuans par an (1,3 million d'euros).

« L'e-commerce a changé ma vie ! » Le succès de Lv Zhenhong a suscité une telle curiosité que les paysans ont commencé à lui demander des conseils pour se mettre à leur tour sur Internet et y vendre les produits BSWolf. Aujourd'hui, un cinquième des habitants feraient de l'e-commerce, assure le comité du village, un chiffre difficilement vérifiable. Parmi eux, Zhao Liyong, un copain d'enfance de Lv Zhenhong, tous deux aujourd'hui âgés de quarante-huit ans. « Je vendais des galettes quand j'ai vu que son business marchait bien. Alors j'ai emprunté pour acheter un ordinateur et j'ai décidé de faire pareil ! » explique-t-il tout sourire. « L'e-commerce a changé ma vie ! Avant, je devais partir loin pour vendre mes galettes et j'étais tout le temps absent. Maintenant, je peux m'occuper de ma famille, j'ai deux voitures, une nouvelle maison et je gagne dix fois plus ! »

Le développement des villages Taobao alimente l'espoir des autorités chinoises de voir l'e-commerce contribuer à stimuler l'économie locale et à remédier à la pauvreté dans les campagnes. « Ces dernières années, le gouvernement central a encouragé le développement de l'e-commerce dans les zones rurales et en a fait une pièce maîtresse de ses mesures stratégiques visant l avènement d'une 'société de prospérité moyenne' à horizon 2020 », note Anthony H. F. Li. Les villages Taobao permettent aux habitants de s'enrichir et favorisent les développements d'infrastructures. Les autorités locales sont incitées à faciliter l'émergence des villages Taobao, que ce soit par le développement d'infrastructures (routes, parcs industriels, centres logistiques…), des aides financières ou la mise en place de formations.

« Les campagnes chinoises sont un enjeu important pour ces géants s'ils veulent continuer à développer leur marché en dehors des zones urbaines », poursuit Cui Lili, professeur à l'université d'économie et de finance de Shanghai. Dans le même temps, dans un pays où 45 % de la population vit dans les campagnes, Alibaba et ses concurrents ont tout intérêt à favoriser l'émergence de l'e-commerce en zone rurale. Le développement de l'e-commerce rural se heurte toutefois à des obstacles, notamment la pénétration limitée de l'Internet dans certaines campagnes et des problèmes logistiques.

Beishan fait ainsi partie de 104 villages Taobao situés non loin de Yiwu, ville où se situe le plus important marché de gros spécialisé dans les petits articles made in China. « Au centre et à l'ouest de la Chine, les villageois n'ont pas grand-chose à vendre sur Internet », poursuit Cui Lili. L'éloignement de sites industriels et les difficultés d'accès freinent le développement. Sur les 2.118 villages Taobao existants, seuls 33 se trouvent dans des districts en dessous du seuil de pauvreté.

Lire aussi: Guide des Métiers d'Art Lucratifs

Pour continuer à croître, les vendeurs auraient besoin de personnes compétentes dans le graphisme, le marketing, la logistique. Mais, à cause des conditions de vie, c'est difficile d'attirer les talents. « C'est pour cela que j'ai voulu me distinguer en créant ma propre marque », explique le patron de BSWolf. « Pour continuer à croître, les vendeurs auraient besoin de personnes compétentes dans le graphisme, le marketing, la logistique. »

Création d'emplois: si chaque nouvelle boutique dans un village Taobao crée en moyenne 2,8 emplois directs, Alibaba estime aujourd'hui un total de 1,3 million d'emplois et vise 3 millions d'ici 2020 dans 5.500 villages Taobao. Le programme est aussi un moyen de remédier à la pauvreté dans les campagnes; Xi Jinping a fait de la lutte contre la pauvreté une priorité de son second mandat, visant l'éradication d'ici 2020. « L'e-commerce donne l'opportunité aux paysans de s'enrichir mais n'est pas le seul chemin », rappelle le sociologue Qiu Zeqi.

Parallèlement, l'artisanat traditionnel chinois demeure riche et varié, avec des savoir-faire transmis de génération en génération. Depuis des millénaires, le Jade est au cœur des légendes et des histoires; la pierre est travaillée dans les ateliers du pays et la soie, autrefois pivot du commerce, continue d'alimenter l'art et l'économie. Sur la route de la Soie, vous voyez de nombreuses Chinoises travailler la soie, et cette fibre a notamment permis à la Chine de s'enrichir. Vous pouvez aussi découvrir la céramique et la porcelaine chinoise, le thé, les instruments de musique, et la calligraphie, véritable art nécessitant un matériel spécialisé.

Pour acheter ces trésors, il est conseillé de visiter les marchés artisanaux et les villes connues pour leurs traditions, tout en restant conscient des règles d'exportation et des restrictions sur certains objets archéologiques ou précieux.

Alibaba et les 40 promesses du géant chinois de l'e-commerce | #investigation

Les paysans et artisans chinois naviguent ainsi entre héritage culturel et modernité commerciale, utilisant les plateformes en ligne pour préserver et développer des savoir-faire locaux tout en participant à une économie numérique globale. Le résultat est une mosaïque où tradition, innovation et commerce en ligne se rencontrent sur fond d'influence socio-économique et politique.

Lire aussi: L'Artisanat en Bretagne

balises: #Artisanat

Articles populaires: