Artisanat et paysannerie alternative : définitions, enjeux et pratiques

Le réseau de compétences Lokal Eko rassemble des artisans et des paysans résolument engagés dans la transition écologique. Partout en France, des artisans et des paysans fabriquent et produisent des biens de consommation à faible empreinte écologique. Chacun d’entre-nous peut faire les choix d'acheter du mobilier produit localement, des fruits et des légumes transformés et vendus par des réseaux de proximité et les producteurs eux-mêmes.

Définitions et champs d'action

L’artisanat participe incontestablement au rayonnement du territoire. Par sa dimension économique et sociale, le secteur de l'artisanat est un véritable atout. Il contribue de manière significative à la qualité de vie de nos concitoyens, forme les futures générations, favorise l'insertion professionnelle et la transmission des savoir-faire, renforce la cohésion sociale et dynamise l'emploi local. Les savoir-faire liés aux métiers artisanaux jouent un rôle déterminant dans la conception et la mise en oeuvre de projets de développement local, de revitalisation des quartiers et d'attraction touristique.

En favorisant l'autonomie des paysans par la réappropriation des savoirs et savoir-faire autour de l'outil de production des fermes, l'Atelier Paysan favorise une souveraineté technologique des campagnes. Nous affirmons qu'il est du ressort des paysans de questionner leurs outils de travail, machines et bâtiments, leur impact financier, agronomique et ergonomique.

Pratiques agricoles alternatives

Avec les techniques agro-écologiques, la mise en place du label agriculture biologique, label nature et progrès ou bien le recours à l'agriculture en biodynamie, des solutions sont possibles. La permaculture, c’est un peu comme le jardinage de grand-mère, mais poussé à son maximum. Il s’agit d’une approche de l’agriculture qui cherche à imiter les écosystèmes naturels. La permaculture repose sur trois grands principes : prendre soin de la Terre, prendre soin des gens, et redistribuer les surplus.

L’agriculture régénérative va au-delà de l’agriculture biologique. Son but n’est pas seulement de produire des aliments sans produits chimiques, mais de restaurer la santé des sols et des écosystèmes. Parmi les techniques phares de l’agriculture régénérative, on trouve l’agriculture de conservation, l’utilisation de cultures de couverture, et le pâturage holistique. Ces méthodes permettent non seulement de restaurer la fertilité des sols, mais aussi d’améliorer la biodiversité, de séquestrer du carbone, et de rendre les exploitations plus résilientes face aux aléas climatiques.

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La polyculture, c’est tout simplement l’art de cultiver plusieurs espèces de plantes sur une même parcelle. Contrairement à la monoculture, la polyculture mise sur la diversité. La diversité des cultures permet d’améliorer la santé des sols, de réduire l’érosion et de mieux utiliser les ressources disponibles. Un exemple classique de polyculture est le système des « trois sœurs » utilisé par les Amérindiens : maïs, haricots et courges.

L’agroforesterie, c’est un peu comme inviter la forêt dans vos champs. Cette pratique consiste à associer des arbres à vos cultures ou à votre élevage. Les arbres peuvent protéger vos cultures des vents forts, fournir de l’ombre aux animaux en pâturage, et même produire des fruits ou du bois, ajoutant une source de revenu supplémentaire à votre exploitation. De plus, les arbres jouent un rôle crucial dans la séquestration du carbone.

Impacts environnementaux et sociaux

Le développement massif de ces pratiques respectueuses de l’environnement permettrait d’améliorer la qualité de l’eau, de l’air, la biodiversité, tout en diminuant la consommation d’énergie fossile. En développant l’artisanat on permet à la population locale d’améliorer son niveau de vie sans épuiser pour autant les ressources naturelles renouvelables. Ces actifs culturels et immatériels créent, à long terme, un dynamisme économique et culturel, améliorent la qualité de vie, renforcent le capital social d’un quartier, encouragent les activités touristiques.

Les bénéfices économiques que peut engendrer l’artisanat traditionnel, notamment dans les domaines de l’emploi, des petites entreprises, du commerce et du tourisme. Les métiers d’art et des savoir-faire vont aussi au-delà des impacts strictement économiques. Fortement ancrés dans un territoire et parfois spécifiques à une communauté, ces savoir-faire représentent un facteur de cohésion et d'identité.

Cas concrets : boulangerie artisanale et circuits courts

POUR DAMIEN FRESSINAUD, ARTISAN BOULANGER BIO À TOULOUSE (La Halle aux pains), plus de doute : les consommateurs n'acceptent plus de manger des aliments contaminés par des pesticides ou provenant du bout du monde. « L'agriculture intensive, c'est fini ! Les temps ont changé : l'alimentation bio et locale n'est plus un marché de niche, c'est un tsunami qui arrive. Tout le monde a envie de manger sainement, de protéger sa santé, la planète et le bien-être animal. »

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Le meunier (Axiane), il a converti toute sa production de pains en Agriculture Biologique. Du jour au lendemain. Aujourd'hui l'offre de farines bio est bien plus qualitative et diversifiée. Voyez, je propose près d'une vingtaine de pains différents ! Le passage au bio doit impérativement s'accompagner d'un gain de qualité », conseille-t-il.

Les efforts environnementaux peuvent parfaitement relancer une activité à bout de souffle, booster la rentabilité et la consolider dans le temps. Répondre aux attentes des consommateurs, tenir compte du pouvoir d'achat de la population, trouver un arbitrage intelligent entre qualité et prix... toutes ces stratégies marketing font partie intégrante de la Responsabilité Sociétale des Entreprises.

C'est ce qu'ont compris David et Houta Moinard, boulangers à Missillac en Loire Atlantique. Ils ont toujours préféré suivre une stratégie équilibrée et progressive, notamment via une production 100 % artisanale et faite maison. « Tout fabriquer soi-même à partir d'ingrédients bruts est un moyen de se démarquer de la concurrence et donc de faire vivre son commerce. C'est aussi plus écologique car cela incite à utiliser des produits frais, souvent de saison et élaborés pas très loin. »

Se fournir en direct est plus compliqué à gérer au quotidien. Il faut aussi accepter les ruptures de livraison (en hors saison ou en cas de problèmes de production). Passer par un grossiste est plus simple, ce qui n'empêche pas, pour certains produits frais, de profiter de circuits courts. Le but est de toujours progresser pour répondre à la demande des clients, tout en tenant compte de notre réalité d'entreprise (praticité et fiabilité de l'approvisionnement, facilité de conservation et d'utilisation, rentabilité, pouvoir d'achat de la clientèle...). C'est un défi permanent.

Revitalisation des centres-villes par l'artisanat

Depuis des décennies, l’activité artisanale et commerciale est fragilisée dans le centre des villes et des villages, un transfert s’étant opéré vers les centres commerciaux en périphérie. Alors que les exigences des consommateurs privilégient les producteurs et acteurs locaux, que la transition énergétique impose une diminution drastique des transports, l’artisanat peut-il jouer un rôle majeur pour redynamiser les centres villes ?

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Les villes sont sources de dynamisme économique, patrimonial, culturel et social, mais elles connaissent des difficultés d’attractivité, de logements dégradés ou de vitalité commerciale, renforcées par des modèles d’aménagement qui permettent l’installation des commerces, services et zones résidentielles vers la périphérie. En dépit de politiques publiques récentes visant à revitaliser les centres-villes, ceux-ci sont souvent désertés.

La culture en général et les savoir-faire traditionnels en particulier représentent des leviers importants de développement culturel et social ainsi que de croissance économique. Les savoir-faire contribuent aussi à la conservation du patrimoine existant, mobilier et immobilier. Plus généralement, tous les métiers d’art, qui permettent d’obtenir des objets à la fois utiles et beaux, contribuent à l’adoption d’un style de vie plus durable : « un produit fonctionnel et esthétiquement réussi est, par définition, un produit dont on se soucie plus et qui reste plus longtemps dans nos habitations. La beauté est un ingrédient essentiel de la durabilité ; un antidote au modèle de consommation jetable. »

Outils, innovations et souveraineté technologique

Le Pôle InPACT rassemble à l’échelle nationale des organisations de développement agricole à but non lucratif, d’utilité sociale, qui soutiennent des formes d’agricultures durables, ouvertes sur la société et intégrées au territoire. Le Pôle InPACT a ainsi observé d’un bon œil que le Ministère de l'Agriculture identifie dès 2012 les agroéquipements comme leviers dans la transition agroécologique de l'agriculture française.

Cependant, le Pôle InPACT dénonce la répartition de l’enveloppe dédiée au développement d’une agriculture principalement techniciste pour ces 10 prochaines années. Cela signifiait qu’on reconnaissait la nécessité de faire évoluer l’outil de travail des agriculteurs en lien avec l’évolution des pratiques agricoles. Ce constat de bon sens a cependant abouti en février 2016 à la diffusion du plan « Agriculture et Innovation 2025 », allouant plus de 10 Milliards d’euros au développement et au déploiement des technologies numériques, de la robotique et des biotechnologies dans le secteur agricole.

La réponse technique à sens unique mobilise le même paysage d’acteurs ayant historiquement favorisé la standardisation et l’artificialisation de l’agriculture. Le Pôle InPACT conteste donc un certain nombre de dispositions de ce plan, tout comme le manque de diversité dans sa conception et son pilotage. Il est nécessaire de repenser l'allocation d'une partie des 10 Milliards d'euros du plan « Agriculture et Innovation 2025 » : même si les nouvelles technologies numériques, robotiques ou les biotechnologies apparaissent comme des investissements financiers intéressants à moyen terme, elles ne constituent pas pour autant une réponse aux problématiques agricoles du XXIème siècle.

Risques d’un modèle techniciste

Ces innovations technologiques, voire technophiles, peuvent être trompeuses, surtout si elles semblent miraculeuses. Explosion des coûts d'acquisition entraînant une fragilité économique face aux aléas de la production. Concurrence accrue entre le peu d'agriculteurs qui pourront s’équiper et la majorité qui ne pourront pas suivre ces évolutions technologiques, confortant encore plus le modèle d’une agriculture avec toujours moins d’actifs.

Complexité des réparations, sous-maîtrise des réglages et des usages des technologies adoptées, par un suréquipement et un mal-équipement. En étant difficilement appropriables dans leurs usages, les machines agricoles high-tech rendent les agriculteurs captifs, d’autant plus dépendants à toute une gamme de services associés, de réparation et de conseil pour la conduite des travaux. Appropriation externe des données générées par les nouvelles machines.

Questionner les options techno-centrées systématiquement présentées sous un jour positif est d’autant plus urgent que la construction d’un système de cadrage technologique et de prescriptions techniques univoques décourage les agriculteurs de faire d’autres choix et risque, par « effet cliquet » d’embarquer définitivement toute l’agriculture vers ces seuls systèmes techniques.

Alternatives proposées et recommandations

Par les observations et les analyses produites par de multiples acteurs de terrain représentés par le Pôle InPACT, il semble cohérent et nécessaire de financer les processus vivants et créatifs d'innovation collaborative et des dispositifs d'économie circulaire pour les agroéquipements (notamment la conception intégrée sur les territoires, le recyclage et réemploi de matériels fonctionnels, l'autoconstruction). Des expériences collectives ouvertes ont été menées dans les campagnes : les connaissances et les savoir-faire générés présentent des caractéristiques d’efficacité évidentes pour la profession agricole, pour sa mutation vers de nouveaux systèmes agricoles autonomes et résilients.

Il est nécessaire de repenser l’allocation d’une partie des fonds publics afin d'adapter les outils aux besoins réels des agriculteurs et de soutenir des processus locaux d'innovation plutôt que d'imposer un modèle technologique unique. Le choix de soutenir le déploiement de la robotique, du numérique et des biotechnologies ne correspond pas directement aux demandes des agriculteurs, avis remontés depuis le terrain.

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Tableau : comparatif synthétique des pratiques et bénéfices

Pratique Bénéfices principaux Contraintes
Permaculture Création d'écosystèmes, santé des sols, autonomie Conception exigeante, temps d'apprentissage
Agriculture régénérative Séquestration carbone, résilience, biodiversité Changements de pratiques, besoins techniques
Polyculture Résilience, réduction risques, santé du sol Gestion plus complexe des rotations et marchés
Agroforesterie Protection climatique, revenus diversifiés Investissement temps et aménagements

Perspectives pour une économie locale renforcée

Chaque ville en France pourrait fortement augmenter son approvisionnement en produits locaux (fruits, légumes, blé panifiable, bois pour les meubles, lin ou chanvre pour les vêtements et le bâti…) dans un rayon de 30 ou 60 ou 100 km autour de sa situation géographique. Les meuniers peuvent aussi vous aider ! C'est le cas par exemple des Grands Moulins de Paris avec leur concept Copaline que Jennifer et Thomas Valstar, boulangers à Trélissac en Dordogne, ont décidé d'intégrer pour soutenir leur changement de cap.

Pour eux, pas question de brûler les étapes : le projet doit s'inscrire sur la durée. « Après la rénovation de la façade, nous avons mis en place plusieurs actions proposées par le meunier : sacherie recyclable, sacs en coton bio, gamme de pains bio... On avance petit à petit car notre clientèle n'est pas encore très réceptive. » Même si les efforts sur la qualité et la santé sont très importants à nos yeux (tout est fait maison avec des ingrédients nobles : levain naturel, sel de Guérande, seigle noir, farines bio, Label Rouge ou CRC...), le développement durable se conjugue aussi sous l'angle social.

Le fait de tout fabriquer sur place participe aussi à la préservation de l'économie locale et de l'emploi... et donc à la vie du territoire ! Le réseau de compétences Lokal Eko montre qu'en structurant des filières locales, en soutenant l'artisanat et des pratiques paysannes alternatives, on peut répondre aux attentes des consommateurs tout en préservant les ressources et en dynamisant les territoires.

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