Artisanat médiéval disparu à Arras : draperie, métiers et vestiges archéologiques

Le festival ATREBATIA vous invite à remonter le temps et découvrir le patrimoine médiéval arrageois. Déjà au XIIème siècle les places d'Arras sont occupées par le marché. L'actuelle Place des Héros accueille l'étal des bouchers et la halle aux draps. C'est d'ailleurs le commerce de la draperie qui fera la richesse et la renommée de la ville. En effet, le mot « Arras » vient de « Arrazi », signifiant « tapisserie ». L'exportation des tissus se fait jusqu'en Angleterre, mais également dans le bassin méditerranéen.

La prospérité d'Arras et l'essor des corporations

Au XIIIème siècle, Arras est une ville prospère, l'une des plus peuplées du royaume de France. Au XIIIème siècle, les arrageois participent aux célèbres foires de Champagne comme à Troyes ou Provins. Grâce au commerce, la bourgeoisie s'enrichit et prend peu à peu du pouvoir. Elle s'émancipe du pouvoir religieux dès le XIIème siècle avec l'apparition des premiers échevins, ancêtres des conseillers municipaux. De plus, cordonniers, monnayeurs, tisserands et autres artisans se regroupent en corporations de métiers afin d'augmenter leur influence.

On voit donc deux pouvoirs s'opposer : le pouvoir religieux de l'abbaye Saint Vaast et le pouvoir laïc de l'échevinage, composé essentiellement de bourgeois. C'est de cette opposition que naîtront aux XVème et XVIème siècles le beffroi et l'hôtel de ville d'Arras.

Les métiers et savoir-faire médiévaux disparus

Le commerce de la draperie, les tisserands et les métiers liés au textile constituent le cœur de l'activité artisanale arrageoise médiévale. L'exportation des tissus se fait jusqu'en Angleterre, mais également dans le bassin méditerranéen. Cordonnier, monnayeur, tisserand - ces artisans se regroupent en corporations de métiers afin d'augmenter leur influence. L'actuelle Place des Héros accueille l'étal des bouchers et la halle aux draps.

Parmi les activités artisanales disparues ou transformées, on note des ateliers liés au traitement des matériaux (préparation des laines, filature, tissage, teinture) et aux productions annexes (fabrication de clous, d'outils, monnayage local). Certaines techniques et structures de production ont toutefois laissé des traces archéologiques qui permettent d'en reconstituer les chaînes opératoires.

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Arras, centre littéraire et culturel : artisanat et culture

Arras, « la ville aux quatre-vingt poètes », est au XIIIème siècle le plus grand centre littéraire urbain d'Europe. Nombreux sont les trouvères originaires d'Arras. Jean Bodel, jongleur et poète mort en 1210, est l'auteur de plusieurs pastourelles et fabliaux. Le « Jeu de Saint Nicolas » est d'ailleurs le premier miracle écrit en langue vernaculaire. Son successeur Adam de la Halle écrit quant à lui « Le Jeu de la Feuillée » ou encore « Le Jeu de Robin et Marion. »

Le jeu-parti est un genre littéraire né à Arras et reste encore de nos jours une spécificité du Nord de la France. Il s'agit d'un texte lyrique dialogué, faisant participer deux trouvères. A tour de rôle, chacun soutient un point de vue différent avant de s'en remettre le plus souvent à l'avis d'un arbitre extérieur. Le jeu-parti peut être comparé à l'ancêtre du théâtre que nous connaissons aujourd'hui.

Les découvertes archéologiques liées à l'artisanat et aux industries

Mathieu Béghin - Cette opération a été prescrite par le service régional de l’archéologie des Hauts-de-France dans le cadre de la réhabilitation de l’ancienne abbaye royale Saint-Vaast, fondée au VIIe siècle - qui accueille aujourd’hui le musée des Beaux-Arts et la médiathèque. Depuis la fin des années 1990, une dizaine d’interventions ont eu lieu sur de petites parcelles de ce site. Elles nous permettent désormais de mieux comprendre son histoire.

Nous avons d’abord eu la grande surprise de mettre au jour quatre carrières à ciel ouvert, comblées à la charnière du Xe et du XIe siècle. Ces carrières volumineuses étaient probablement en lien avec les différentes reconstructions de l’abbaye, au cours du Xe siècle, ainsi qu’avec les travaux de l’abbatiale, dans la première partie du XIe siècle. Elles servaient à extraire de la craie, qui n’était toutefois pas de bonne qualité. Celle-ci était utilisée pour l’intérieur des murs ou pour la fabrication de la chaux. Lors d’une fouille menée à proximité, en 1999, un four à chaux, contemporain des carrières, avait d’ailleurs été retrouvé. Cela signifie que tous ces éléments ont pu fonctionner ensemble.

Ces carrières ont livré plusieurs éléments de mobilier : des tessons de céramiques, quelques objets métalliques mal conservés, des ossements d’animaux ainsi que des os travaillés, dont un possible pion d’échec et une plaquette de coffre. Enfin, nous avons découvert, dans les comblements supérieurs des carrières, de nombreux rejets de bronze. Et ce n’est pas tout : un four avec des fosses contenant, à nouveau, des éléments de bronze, ainsi qu’une structure un peu étrange, semi-encavée, ont aussi été mis au jour. Il s’agirait peut-être d’un four à cloche, accompagné de sa cuve de décantation d’argile - qui servait au moulage des cloches.

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Sépultures et organisation spatiale

Nous avons aussi identifié cinq autres sépultures alignées, qui se trouvaient à l’extérieur de la chapelle et à l’est de l’abbatiale. L’une d’entre elles, en pleine terre, renfermait une boucle de ceinture, présentant une typologie datable de l'époque carolingienne. Les autres sont en coffrage calcaire - un mode d’inhumation typique des XIe/XIIIe siècles. Un charnier regroupant plusieurs individus a aussi été mis au jour ; nous n’avons pas pu l’investiguer entièrement car il était situé à la limite de l’emprise de fouille et nous ne savons pas, pour l’instant, de quand il date.

Les sépultures sont toutes situées à l’ouest d’un mur du Xe siècle, dont nous avons pu retrouver une portion et qui avait déjà été identifié lors de deux précédentes fouilles. Il pourrait matérialiser la séparation entre les espaces ecclésiastiques et laïques : les textes nous indiquent en effet qu’entre le IXe et le Xe siècle, une résidence laïque impériale se trouvait au sein de l’abbaye.

Vestiges plus récents et transformations du site

Nous avons mis la main sur deux fosses de gravats du XIIIe siècle, probablement associées à la nouvelle reconstruction de l’abbatiale. Mais aussi sur des maçonneries beaucoup plus récentes, du XVIIIe - date à laquelle l’abbaye a, encore une fois, été rebâtie. Elles correspondent sans doute au bâtiment du bûcher, qui servait au stockage de bois pour chauffer les moines et alimenter la cuisine. Ce bâtiment, aujourd’hui disparu, est présent sur un plan de 1750.

Le site a ensuite été transformé en jardin, au XIXe siècle. Puis, lors de la Première guerre mondiale, les Britanniques, qui occupaient Arras, y ont installé des fosses dépotoirs, pour améliorer l’hygiène de la ville. Enfin, en 1964, le jardin a été reconverti en parking.

Tables - éléments archéologiques et interprétations

Élément Description Interprétation
Carrières à ciel ouvert Quatre carrières comblées Xe/XIe s. Extraction de craie pour murs et fabrication de chaux
Four à chaux Fouille 1999, contemporain des carrières Production de chaux associée aux reconstructions
Rejets de bronze et four Fosses et cuve de décantation Atelier de moulage, poss. four à cloche
Sépultures Inhumations en pleine terre et coffrages calcaires Usages funéraires XIe-XIIIe s., séparation ecclésiastique/laïque
Fosses de gravats XIIIe siècle Reconstruction de l’abbatiale

Pour en savoir plus

Cette opération a été prescrite par le service régional de l’archéologie des Hauts-de-France dans le cadre de la réhabilitation de l’ancienne abbaye royale Saint-Vaast, fondée au VIIe siècle - qui accueille aujourd’hui le musée des Beaux-Arts et la médiathèque. Depuis la fin des années 1990, une dizaine d’interventions ont eu lieu sur de petites parcelles de ce site. Elles nous permettent désormais de mieux comprendre son histoire.

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