Importance et enjeux de l'artisanat dans les pays en voie de développement
L’artisanat traditionnel représente bien plus qu’une simple activité économique ; il constitue un patrimoine culturel inestimable, façonné par des générations de savoir-faire transmis souvent de manière orale et pratique. Ces métiers, comme la poterie, le tissage, la vannerie, ou la sculpture sur bois, portent l’identité d’une région ou d’une communauté et participent au maintien d’une diversité culturelle essentielle à l’équilibre des sociétés.
La mondialisation, processus d’ouverture économique, culturelle et technologique des frontières nationales, a profondément bouleversé de nombreux secteurs économiques. L’artisanat traditionnel, pilier essentiel de la culture locale et du développement économique durable, est directement impacté par la mondialisation. L’impact de la mondialisation sur l’artisanat traditionnel se manifeste par une uniformisation culturelle et une concurrence accrue des produits industriels bon marché.
Enjeux économiques et contribution au développement
Les artisanats traditionnels génèrent des millions d'emplois à travers le monde et constituent un pilier économique important, particulièrement dans les régions en développement. Bien que les recherches dans ce domaine soient limitées, les exemples dont on dispose montrent à l'évidence que l'artisanat joue, ou pourrait jouer, un rôle important dans les économies des pays en développement. L’artisanat représente pourtant un élément essentiel de la vie socio-économique centrafricaine.
Dans certains pays, le secteur artisanal occupe entre 30 à 60% des actifs occupés urbains et contribue entre 5% à 30% du PIB, d’où l’importance de l’implication des plus hautes autorités de nos pays dans le choix des politiques de promotion et de développement du secteur. L’artisanat est identifié comme un vecteur de développement économique et culturel car l’essor des petites et moyennes entreprises artisanales au profit des groupes sociaux défavorisés, notamment les femmes et les jeunes est susceptible de contribuer à la réduction de la pauvreté.
Les objectifs économiques sont multiples : création d’emplois, soutien aux petites entreprises, développement du commerce et du tourisme, substitution d’emplois rémunérateurs à des pratiques agricoles destructrices, et valorisation des ressources locales. Les artisanats forestiers offriraient des possibilités particulièrement intéressantes par rapport aux autres artisanats. Par exemple, dans le centre de Java, où les sculptures sur bois constituent quelque 75 pour cent des exportations artisanales, des études effectuées par le gouvernement local indiquent que, pendant la période 1979-1984, les revenus annuels des sculpteurs sur bois (Rp 846000) ont été légèrement supérieurs à ceux d'autres artisans (Rp 830000).
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Emploi, organisation et diversification des sources de revenus
L'artisanat traditionnel génère des millions d'emplois à travers le monde et constitue un pilier économique important. Les artisans ruraux ont tendance à travailler à temps partiel et à domicile, ce qui présente des avantages et des inconvénients. L'un des avantages de l'artisanat est qu'il peut servir à compléter le travail agricole, sans nécessité de migration. En Thaïlande, par exemple, où les agriculteurs produisent la majorité des objets en rotin, la vente de ces objets représente 35 pour cent du revenu total des ménages. Soixante-quinze pour cent des tisserands thaïlandais travaillent aussi comme ouvriers agricoles saisonniers, 74 pour cent des sculpteurs sur bois travaillent dans l'agriculture et 66 pour cent des artisans du bambou sont également des agriculteurs.
Dans les zones urbaines, les industries artisanales emploient un nombre important d'hommes et de femmes à plein temps, tandis que les artisans ruraux travaillent souvent à domicile et à temps partiel. Jusqu'à récemment, la plupart des efforts faits pour développer la production artisanale ont consisté à créer de petites entreprises industrielles en ville, avec des résultats divers. Si l'on prend le temps de développer les artisanats dans leur cadre naturel, il semble que l'on ait de meilleures chances de succès. Une série de microprojets adaptés aux conditions particulières d'un groupe tribal a plus de chances de prendre racine et de se développer.
Accès aux ressources naturelles et enjeux fonciers
La question de l'accès aux ressources naturelles, sources de matières premières, et de leur utilisation, est particulièrement délicate. Il s'agit, en fait, de savoir qui doit avoir accès à ces ressources, dans quel but et dans quelle mesure. Le fait que la plupart des artisans soient installés dans les zones rurales a des incidences importantes sur la politique forestière. Les questions complexes des régimes fonciers et de l'accès aux matières premières, comme le bois et le rotin, exigent, si l'on veut répondre aux besoins des artisans, des solutions nuancées et équilibrées.
Le point de vue des villageois, habitués à ce que l'accès aux matières premières soit régi par des traditions complexes, est souvent bien éloigné de celui des lois fédérales récemment promulguées pour préserver les ressources naturelles. En outre, certaines des nouvelles lois semblent se contredire mutuellement, ce qui complique encore les choses pour les villageois. Des études récentes sur les populations autochtones et sur l'impact de leur mode de vie traditionnel sur les forêts tropicales semblent indiquer que le développement de l'artisanat représente une solution de rechange positive aux pratiques destructrices en matière d'utilisation des sols.
Formation, technologies et préservation du caractère artisanal
La formation des artisans aux nouvelles technologies, au marketing digital, et à la gestion d’entreprise apparaît essentielle. Les artisans peuvent s’adapter en utilisant les nouvelles technologies et les plateformes de commerce électronique pour accéder à des marchés mondiaux, tout en préservant leurs techniques traditionnelles et leur identité culturelle. L’introduction de nouvelles idées et de nouveaux systèmes, ainsi que l’accès à de nouvelles marchandises, conduit inévitablement les cultures traditionnelles à évoluer.
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Une mise en garde s'impose toutefois en ce qui concerne l'introduction de nouvelles technologies. Une technologie qui peut se révéler avantageuse dans un cadre industriel risque d'étouffer l'artisanat à domicile, notamment si elle tend à modifier le rôle traditionnel des femmes. L'introduction de machines se substituant à la main-d'œuvre peut menacer le caractère « fait-main » de la production artisanale. En outre, la plupart des études de cas montrent qu'en règle générale, lorsqu'on introduit une technologie améliorée, les femmes n'y ont pas accès.
Commercialisation, normes et accès aux marchés
Si la mondialisation ouvre théoriquement les marchés internationaux, elle pose en pratique des barrières importantes pour les artisans traditionnels. En effet, accéder à ces marchés requiert souvent une capacité d'adaptation et une logistique complexe, des normes qualité très strictes, ainsi que des compétences en marketing international que peu d'artisans possèdent. Comme les marchés d'exportation constituent la principale source de revenus des artisans, une bonne connaissance du marché est un atout indispensable à la réussite de toute entreprise artisanale. Or, la plupart des artisans ignorent tout des marchés occidentaux.
Il est particulièrement important que les artisans trouvent des débouchés pour leurs produits et bénéficient de programmes de commercialisation subventionnés. La participation à des salons internationaux, foires commerciales ou expositions culturelles représente une excellente opportunité pour les artisans d'accéder à des marchés étrangers. L'organisation Aid to Artisans (ATA) offre une assistance concrète aux artisans des pays en développement et aide les artisans du tiers monde à pénétrer sur les marchés des pays développés, notamment aux Etats-Unis. Un projet exécuté au Honduras illustre bien le type d'assistance offert par ATA.
Les labels éthiques et certifications permettent aux artisans d’obtenir une reconnaissance internationale, renforçant ainsi leur attractivité commerciale tout en préservant les techniques traditionnelles. Plutôt que de céder à l’uniformisation, il est crucial que les artisans mettent en avant ce qui rend leurs produits uniques : histoire, techniques ancestrales, matériaux locaux et savoir-faire spécifique.
Tourisme culturel et circuits courts
Beaucoup de pays en développement commencent à tenir compte des bénéfices potentiels, pour la conservation des ressources, d'un tourisme écologique limité et bien géré. De ce point de vue-là, ce que l'on appelle « tourisme culturel » serait particulièrement prometteur. Le mélange très particulier de cultures ethniques diverses fait de certains pays des candidats de choix pour le développement du tourisme culturel. Les touristes qui se rendent dans des régions authentiques peuvent visiter des villages et découvrir l'architecture et les productions artisanales locales.
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Bien que le volume des ventes de produits artisanaux aux touristes ne puisse être comparé au volume des exportations, l'artisanat complète les arts du spectacle qui sont l'une des principales attractions touristiques. Les circuits courts et le tourisme responsable représentent des leviers intéressants pour dynamiser l’artisanat local en valorisant les productions traditionnelles auprès d’un public international.
Politiques publiques, mutualisation et appui institutionnel
Les enjeux sont importants et l’engagement politique des partenaires publics devra être à la hauteur pour le soutien d’un secteur occupant entre 30 à 60% des actifs occupés urbains et contribuant entre 5% à 30% du PIB dans chacun de nos pays d’où l’importance de l’implication des plus hautes autorités de nos pays dans le choix des politiques de promotion et de développement du secteur. La mutualisation des ressources, l’appui et l’accompagnement des artisans individuels et des entreprises artisanales à travers le renforcement de leurs capacités productives d’une part et l’amélioration de l’accès au marché soutenu par une dynamique renforcée du “consommons local” d’autre part, constituent des enjeux importants pour le secteur.
L'appui institutionnel pour l'achat des matières premières peut être très utile aux artisans. Dans ce domaine, il convient d'adopter une approche nuancée et équilibrée s'appuyant tant sur les motifs, les modèles et les produits traditionnels que sur une bonne connaissance du marché. Les activités visant à développer l'artisanat devraient être considérées comme faisant partie de l'ensemble des activités de développement d'une région donnée, plutôt que comme la panacée économique qui fournirait instantanément des emplois de substitution et des possibilités de revenu.
Il est important de soutenir des programmes de formation, de design et de commercialisation. Par exemple, un atelier régional conjoint PNUD/FAO sur la conception et la fabrication de meubles en bambou et en rotin a été organisé en Indonésie en 1989. Outre la fourniture d'informations sur les procédés de fabrication et sur les stratégies internationales de commercialisation, l'atelier comportait un élément de conception sous la direction d'un dessinateur de meubles italien expérimenté.
Exemples de projets et bonnes pratiques
Un modeste projet entrepris par Aid to Artisans dans le village de potiers de Kasongan, dans le centre de Java, a permis d'introduire des cuiseurs à huile et des fours à briques appropriés, et d'apprendre aux artisans à cuire leurs objets à des températures plus élevées pour qu'ils soient plus solides. Avec une production améliorée, adaptée à l'exportation, les artisans gagnent aujourd'hui beaucoup plus d'argent qu'auparavant.
Au Honduras, pendant cinq ans (1985-1990), ATA a formé plus de 500 artisans ruraux, dont une majorité de femmes, à des métiers artisanaux tirant parti des ressources naturelles immédiatement disponibles. ATA a fourni les ressources en matière de conception, de formation, de gestion et de commercialisation nécessaires au démarrage du projet, qui visait à créer des emplois pour des artisans et à mettre sur pied un système de production artisanale autonome. À l'Exposition artisanale internationale de New York, les commandes de produits Amano se sont élevées à 40000 dollars; à l'exposition suivante, ce montant dépassait 54000 dollars.
Limites, risques et précautions
Il ne faudrait pas pour autant trop attendre du développement de l'artisanat. Le succès économique de la production artisanale ne peut, à lui tout seul, garantir le maintien des traditions culturelles. En fait, pour répondre à la demande du marché international, les artisans devront souvent modifier les modèles et les motifs traditionnels. Le succès commercial entraînant souvent l'expansion des activités, il arrive que des centaines de personnes vivent de la vente d'un produit artisanal donné. Or, le marché international peut être cruellement inconstant; la demande pour un produit peut s'évanouir rapidement.
La mondialisation s'accompagne d'une tendance à l'uniformisation culturelle, portée par les grandes marques internationales et les modes de consommation globalisés. Cette perte progressive d’intérêt pour l’artisanat traditionnel entraîne une diminution de la transmission des savoir-faire, menant potentiellement à l’extinction de certains métiers rares. Par exemple, en Afrique ou en Asie, de nombreux artisans voient leurs enfants abandonner ces métiers jugés moins rentables ou dépassés par rapport aux nouvelles aspirations suscitées par la mondialisation.
Recommandations stratégiques
- Impliquer les plus hautes autorités pour définir des politiques cohérentes de promotion et de protection de l’artisanat.
- Renforcer les capacités productives et la formation (design, marketing digital, gestion d’entreprise).
- Faciliter l’accès aux marchés locaux et internationaux via des coopératives, salons et labels éthiques.
- Assurer un accès régulé et durable aux matières premières en conciliant droits traditionnels et lois de protection des ressources.
- Promouvoir le « consommons local » et les circuits courts pour stabiliser les revenus.
- Soutenir des microprojets adaptés au cadre culturel et social des artisans, en privilégiant le maintien du caractère « fait-main ».
Tableau comparatif : atouts et menaces pour l’artisanat
| Atouts | Menaces |
|---|---|
| Patrimoine culturel et savoir-faire unique | Concurrence des produits industriels bon marché |
| Création d’emplois locaux et diversification des revenus | Barrières à l’accès aux marchés internationaux (normes, logistique) |
| Faible besoin d’investissement initial et utilisation de matières premières locales | Perte de transmission des savoir-faire et départ des jeunes vers d’autres métiers |
| Potentiel pour le tourisme culturel et circuits courts | Réglementations conflictuelles sur l’accès aux ressources naturelles |
Le présent article, inspiré à l'auteur par son expérience en Indonésie, est centré sur les bénéfices économiques que peut engendrer l'artisanat traditionnel, notamment dans les domaines de l'emploi, des petites entreprises, du commerce et du tourisme. Les activités visant à développer l'artisanat devraient être intégrées dans des stratégies régionales globales de développement et accompagnées de mesures de formation, d’accès aux ressources et de commercialisation adaptées.
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