Artisanat et métiers d'art sous le Premier Empire

Dès les premières heures de son règne, l’empereur français a mis les artistes au service de sa gloire. Napoléon a choisi les arts comme vecteurs de communication du pouvoir. Architecture, peinture, sculpture et arts décoratifs entrent alors au service de la gloire de l'Empire.

Le projet politique : l'art au service du pouvoir

Napoléon a mené une politique très active dans le domaine des arts. Il avait en fait une idée très précise de ce qu’il attendait des artistes : ils se devaient de glorifier son pouvoir. Jamais alliance aussi forte n’a été passée entre le pouvoir et le monde de la création. Napoléon, l’empire des arts, Jean-Michel Leniaud. Éditions Place des victoires. 320 pages.

Architecture : monumentalité et retour à l'antique

Dans le domaine architectural, il voit grand et nourrit de vastes desseins d'urbanisme. Se méfiant des architectes, il préfère solliciter le génie des Ponts et Chaussées. Sous son règne, plusieurs tendances s'affrontèrent, les architectes qui poursuivaient la tradition du XVIIIème et les tenants de l'antique. Dans ce paysage officiel, deux hommes se distinguent, Percier et Fontaine. Ils sont les véritables acteurs du goût impérial.

En 1805, Napoléon les chargeait du réaménagement du Louvre. En 1813, Fontaine devint premier architecte de Napoléon. Il est difficile d’étudier l’œuvre architecturale de l’Empire dans la mesure où beaucoup de chantiers ne sont qu’entamés lors de la chute de l’Empire comme il en a été pour l’Arc de Triomphe sur la place de l’Etoile, débuté sous Napoléon Bonaparte, poursuivi par Napoléon III, pour enfin être achevé, pour aussi étrange que cela puisse paraître, sous le règne de Louis Philippe.

De cette architecture émerge tout de même ce style fortement inspiré de la Rome impériale, pour exemples le palais Brongniart, l’église de la Madeleine ou encore le Palais Bourbon. Au-delà des grands chantiers pour lesquels Napoléon voulait du grandiose, il favorisa l’essor d’une architecture utilitaire faisant appel aux techniques nouvelles de construction, en particulier au fer dont il préconisa l’emploi pour les ponts (passerelle des Arts).

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Peinture : néo-classicisme, scène officielle et ferment du romantisme

En peinture, on reprocha l’émergence d’une peinture officielle, entrée dans un système institutionnel bridant toute créativité. Il est vrai que la peinture napoléonienne répond d’abord aux commandes officielles d’où une peinture qui met en scène les fastes de l’Empire (Le sacre par David ; La bataille d’Eylau par Gros) et son empereur (portrait par Gérard, Girodet, Ingres).

Quoiqu’on pense ou dise de David, il a su redonner un sens à la peinture, qui avant la révolution ne devait pas donner à penser ou à méditer, mais seulement à ravir de scènes galantes, la cour et autres bourgeois. Cette peinture décorative n’avait pour fonction que de cacher, taire et faire taire. Un maître domine, Jacques Louis David, et avec lui, le néo-classicisme.

C’est bien dans les toiles de Gros et de Géricault (Cuirassier blessé quittant le feu, 1814) que l’esthétique épique ouvre la voie vers le romantisme. Malgré son tempérament autoritaire, David admettait avec bienveillance les projets esthétiques les plus contradictoires. Pour lui, tous les genres sont bons, dès lors qu’on y excelle.

Sculpture : renaissance, commande publique et débats esthétiques

Tout comme la peinture, la sculpture fut aussi accusée d’être à la solde du régime. Il faut dire qu’après avoir quasiment disparu sous la Révolution, la sculpture renaît. Dès le Consulat, Bonaparte lance de grands chantiers nécessitant des décors sculptés. Grâce aux nombreuses commandes publiques (décor des monuments publics et portraits), les réalisations sont nombreuses et révèlent une activité débordante.

Quels sont ses goûts en sculpture ? Son intérêt se porte sur l’antique même s’il n’apprécie guère la nudité héroïque (Bronze en pied de Napoléon en Mars pacificateur par Canova). Sous son règne, d’ailleurs, la querelle du nu reprit. Vivant Denon, épris des modèles grecs ou romains, la défend ; Napoléon exige l’uniforme ou le costume contemporain du moins pour les personnages officiels.

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Plus que dans tout autre domaine, l’iconographie glorifie l’histoire du règne (reliefs de l’arc du Carrousel célébrant les succès de la campagne de 1805 ; le fronton du palais du Corps législatif exécuté par Chaudet et aujourd’hui disparu, représentant la remise des drapeaux conquis par l’Empereur). Ces nombreuses réalisations sont effectuées par des ateliers qui rassemblent une cohorte d’artistes honorables et disciplinés pour un art reposant sur une esthétique sévère, réaliste et surtout monumentale.

Arts décoratifs : manufacture, mobilier et symbole impérial

Dans le projet de Napoléon pour les arts, les arts décoratifs tiennent une place tout aussi importante que l’architecture, la peinture ou la sculpture. Du fait de la rapidité de leur exécution, on peut considérer qu’ils sont le reflet de l’esprit nouveau et permettent de mieux percevoir le style « empire ».

Dès le Consulat, de grands chantiers relancent les arts décoratifs. Joséphine, dont l’influence est déterminante dans le goût impérial, fait appel à Percier et Fontaine pour le réaménagement de la Malmaison. Vient ensuite l’installation du Premier Consul aux Tuileries puis après 1804 le réaménagement des différents palais impériaux (Fontainebleau, Compiègne, St Cloud). Un des buts de ces chantiers est aussi de soutenir ou relancer les différentes manufactures.

La manufacture de la Savonnerie est ainsi chargée des tapis des palais alors que la manufacture de Sèvres se voit confier le service particulier de l’Empereur. L’attention de Napoléon se porte particulièrement sur l’industrie de la soie à Lyon. D’importantes commandes de soie sont passées afin de faire vivre ce fleuron de l’industrie française et surtout de fournir du travail à une population connue pour être turbulente.

Les arts décoratifs ne renaissent pas que par les chantiers impériaux, c’est dans l’aménagement de la vie quotidienne que le style Empire s’impose mais là aussi sous la férule de Percier et Fontaine, qui imposent leurs conceptions aux ébénistes. Leur rôle est en effet capital dans le choix des formes, des décors et des matériaux. L’acajou règne, les formes sont rectilignes, enrichies de cariatides… le décor est inspiré de l’égyptien, du gréco-romain ou de l’étrusque. La mythologie voisine avec les symboles guerriers, les abeilles avec les aigles.

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L’orfèvrerie est largement sollicitée, Odiot, Thomire, Biennais sont les plus connus. Dans le domaine du mobilier, les frères Jacob se distinguent par une production immense et un savoir-faire qui témoigne des changements intervenus dans la production. Ils sont les premiers à couvrir la totalité de la chaîne de production : l’établissement compte 16 ateliers, tous spécialisés dans des activités particulières et préfigure le mariage de l’art et de l’industrie.

Iconographie et motifs : antique, égyptien et étrusque

Sous Napoléon Ier les motifs sont les héritiers directs de cette redécouverte de l’antique opérée fin XVIIIème siècle. Les ornements de frises, de palmettes découverts par les premiers « archéologues » sont disposés symétriquement sur les vases et les meubles aux formes pures et austères. Progressivement grâce aux conquêtes militaires du jeune général corse, les motifs glissent de l’influence grecque et romaine à une autre influence, plus lointaine et exotique à l’époque, celle de l’Égypte pharaonique.

Cette nouvelle inspiration doit évidemment beaucoup aux campagnes de Bonaparte ainsi qu’à cette vague d’égyptomanie qui progresse en France. Ce goût égyptien se développe parallèlement à une inspiration : celle des Étrusques. Le mobilier et les objets d’art s’ornent de nouveaux motifs « à l’étrusque », l’acajou devient le maître de ses nouvelles réalisations.

Ces sources antiques, guerrières et héroïques répondent bien sûr à la volonté de Napoléon. Elles doivent permettre d’illustrer son règne et de créer un répertoire servant la propagande impériale. Percier et Fontaine sont les chantres de cet art décoratif visant à exalter la personnalité napoléonienne. Jacob-Desmalters, Biennais, Brongniart participent à la naissance de ce nouveau style.

Ateliers, manufactures et organisation du travail

Plus que dans tout autre domaine, l’iconographie glorifie l’histoire du règne. Ces nombreuses réalisations sont effectuées par des ateliers qui rassemblent une cohorte d’artistes honorables et disciplinés pour un art reposant sur une esthétique sévère, réaliste et surtout monumentale. Grâce aux nombreuses commandes publiques comme les décors des monuments publics et les portraits, les réalisations sont nombreuses et révèlent une activité débordante.

Un des buts de ces chantiers est aussi de soutenir ou relancer les différentes manufactures. La manufacture de la Savonnerie est ainsi chargée des tapis des palais alors que Sèvres se voit confier le service particulier de l’Empereur. L’attention de Napoléon se porte particulièrement sur l’industrie de la soie à Lyon. D’importantes commandes de soie sont passées afin de faire vivre ce fleuron de l’industrie française et surtout de fournir du travail à une population connue pour être turbulente.

Rôle Acteurs Exemples
Architecture Percier, Fontaine, Brongniart, Chalgrin Palais Brongniart, Madeleine, Arc de Triomphe (début)
Peinture David, Gros, Géricault, Ingres Le Sacre, La bataille d'Eylau, Cuirassier blessé
Sculpture Canova, Chaudet, Chinard, Bosio Reliefs de l'arc du Carrousel, bustes et statues
Arts décoratifs Jacob, Jacob-Desmalters, Biennais, Odiot, Thomire Tapis Savonnerie, porcelaine Sèvres, mobilier en acajou

Expositions et mémoire : transmission et réception

Les innombrables expositions qu’offre Paris nous feraient presque oublier celles qui, tout aussi intéressantes et facilement accessibles, se situent en proche banlieue ! Cette exposition nous replonge au cœur des deux Empires qui ont marqué le XIXème siècle. Au fil du parcours de visite homogène, cohérent, et agréable grâce à une scénographie très réussie, une belle sélection d’œuvres s’offre à notre regard inquisiteur.

Des objets émouvants rarement exposés, comme le mouchoir de deuil de l’Impératrice Eugénie dans son écrin, par la Maison Leroy, ou des effigies du Roi de Rome, mettent l’accent sur l’importance de la famille impériale. L’exposition est parfaite pour ceux qui désirent une première approche un peu originale sur le Premier et le Second Empire. Ceux qui souhaitent s’offrir le luxe d’observer quelques œuvres inédites y trouveront également leur compte !

Patrimoine et postérité

Jamais un souverain n’avait fait représenter cette cérémonie, jamais on n’avait théâtralisé à ce point chaque détail, jusqu’aux costumes, conçus par le peintre - dans la réalité comme dans le tableau - à la demande de l’Empereur. Le couronnement est en lui-même une gigantesque mise en scène à laquelle participent deux architectes emblématiques de l’époque, Percier et Fontaine, qui « rhabillent » Notre-Dame pour l’occasion.

L’héritage artistique de ce bref épisode est plus éclectique qu’il n’y paraît. À côté des arcs de triomphe et des colonnes érigées à la gloire des armées, on y trouve notamment les lignes sévères et imposantes des édifices de Brongniart ou Chalgrin, les motifs guerriers des tableaux de David, du baron Gros ou de Géricault, les lions et trophées des meubles chargés de bronzes, comme les lyres et les déesses ornant la Malmaison de Joséphine, ou la grâce des odalisques d’Ingres et des sculptures de Canova.

Conférence - Cycle "Second Empire" - Modernité du Second Empire

Jean-Michel Leniaud nous présente le projet de Napoléon pour les arts dans un magnifique ouvrage paru aux éditions Citadelles et Mazenod. Napoléon, l’empire des arts, Jean-Michel Leniaud. Éditions Place des victoires. 320 pages.

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