Bague en aluminium de l’artisanat de tranchée : histoire et fabrication

Dès le début de la guerre de 1914, une activité fut mise en pratique dans les tranchées en attendant les assauts contre l’ennemi. Pour passer le temps, certains poilus se mettent à fabriquer, avec des matériaux communs ou de rebut, des objets usuels, des bijoux ou des artefacts décoratifs qu’ils donnent à leur famille, à leurs amis ou vendent pour compléter leur solde. L’ingéniosité déployée dans l’artisanat de tranchée est en effet d’autant plus étonnante que les poilus n’ont que les « moyens du bord » pour fabriquer ces objets.

Les soldats eurent besoin de s’occuper l’esprit et commencèrent à travailler le métal des obus tirés pour y graver quelques motifs décoratifs et le souvenir de leur campagne. Les soldats fabriquèrent ainsi de très belles œuvres à partir de morceaux de métal, on pouvait avoir aussi bien des obus finement ciselés, ou des petits objets comme des coupes-papiers, des ustensiles de bureau comme des portes-plumes faits à partir de cartouches de fusils, des crayons ou des briquets, en passant par des tabatières, des encriers, des petites voitures, des avions, des boîtes à bijoux richement décorées de motifs floraux ou encore des bagues destinées aux épouses et fiancées.

Pourquoi l’aluminium ?

Ces bagues sont réalisées en aluminium, un métal moins commun que le laiton sur la ligne de front. L'alu était très courant sur les fusées d’obus allemands et très facile à travailler. On le trouvait sur les fusées d’obus, certaines pièces d’avions et d’équipement. « Mes hommes trouvent mille petits moyens ingénieux pour se distraire ; actuellement, la fabrication de bagues en aluminium fait fureur : ils les taillent dans des fusées d’obus, les Boches fournissant ainsi la matière première « à l’œil » ! » Marcel Planquette - 2 novembre 1914.

Matériaux et récupération

Outre les matériaux à portée de main (bois, tissu), ces créations sont essentiellement réalisées à partir d’éléments récupérés sur le champ de bataille, aux risques et périls des soldats qui s’exposent alors aux balles ennemies. La récupération des obus nécessitait beaucoup de prudence car de nombreux soldats inconscients et pressés de récupérer la marchandise des boches, se contentaient de prendre des munitions non explosées. À l’image du cliché Soldats français affublés de casques allemands à Neufmontiers, où les militaires, coiffés du casque à pointe, posent devant leur butin, le produit de cette collecte constitue souvent une sorte de trésor de guerre, surtout lorsqu’il a été soustrait à l’ennemi.

Procédé de fabrication des bagues

Ces bagues étaient faites de manière artisanale, mais en série. L’alu était très facile à travailler. Beaucoup de ces objets portaient le nom et la date de la campagne, et le nom de celui qui avait réalisé l’œuvre y était parfois inscrit. La photo (ci-dessus) de 1914, montre comment des artilleurs arment chaque obus avec sa fusée à percussion. Placées en tête d’ogive, ces fusées servaient à la mise à feu de la charge explosive, ce sont des détonateurs. Ces fusées étaient des mécanismes d’une grande précision et assez délicats.

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Le travail effectué, permettait ainsi d’entretenir un lien affectif avec les membres de la famille. Une lettre de décembre 1915 témoigne de la fabrication fréquente d’objets : « Je t’envoie un porte-plume que j’ai fait pendant mon séjour à l’infirmerie avec deux cartouches boches que j’ai soudées, et deux bagues, une pour toi, l’autre pour ma mère. J’en ai aussi deux autres pour mes nièces Lucie et Anne que je n’ai pas tout à fait finies ».

Fonctions symboliques et usages

Pour les civils de l’arrière, ces créations singulières représentent non seulement un souvenir des amis ou des membres de la famille partis au front, mais aussi un lien avec le cœur de la guerre. Avoir sous les yeux des artefacts réalisés avec les matériaux entourant les poilus, et surtout ceux directement liés au combat - munitions, projectiles, armes - leur donne l’impression de partager une partie de l’expérience des combattants. Le travail de l’artisanat de tranchée était aussi pratiqué par des blessés en convalescence ou des prisonniers. On fabriquait des crucifix à partir de cartouches de fusils, et ils pouvaient contenir à l’intérieur des petits morceaux d’éclats d’obus d’un blessé en guise de piété et de protection.

Diffusion, commerce et postérité

Au départ très spontané, l’artisanat de tranchée prit rapidement beaucoup d’ampleur. L’engouement qu’il suscite à l’arrière, parmi les civils, conduit à la création d’une véritable industrie. Des ateliers dédiés à la fabrication de ces objets sont mis en place dans les campements en seconde ligne, les centres de rééducation professionnels pour les mutilés de guerre produisent des artefacts similaires, des bijoutiers vendent des copies réalisées par des civils. Des expositions et des ventes sont également organisées pour montrer le travail des poilus et soutenir des actions caritatives.

On pratiqua beaucoup cet artisanat qui évolua tout au long de la première guerre et perdura jusqu’à la deuxième guerre de 1940 et même après. Toutes ces œuvres sont aujourd’hui très recherchées par des collectionneurs et passionnés d’art et de militaria, elles sont regroupées sous la dénomination d’artisanat de tranchées. Les pièces les plus élaborées proviennent de France en Yser et de Grande-Bretagne.

Témoignages et exemples

Bonjour, Une petite trouvaille sympathique hier, en brocante: Petite bague porte-bonheur réalisée sur l’arrière du front pendant la première année de la Première Guerre mondiale. Ce petit artisanat faisait l’objet d’un véritable commerce parmi les soldats français qui envoyaient ces bagues à leur fiancée ou à leur famille. Ces bagues sont réalisées en aluminium, un métal moins commun que le laiton sur la ligne de front. Ils les taillent dans des fusées d’obus, les Boches fournissant ainsi la matière première « à l’œil » !

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Bonjour,les bagues et chevalières sont en effet généralement faites en aluminium, j'en ai 11 qui m'avaient été données par d'anciens combattants dans les années 80, ainsi que 5 pendentifs petits coeurs. L'alu était très courant sur les fusées d'obus allemandes et très facile à travailler. Cordialement.

Bonsoir, Ces bagues étaient faites de manière artisanale, mais en série. C'est une petite taille également ? Celle-ci fait 15mm de diamètre, une taille de jeune fille. Amicalement.

Les dessous de la fabrication des moteurs de fusée - space

Tableau récapitulatif : caractéristiques des bagues de tranchée

Caractéristique Détails
Matière principale Aluminium (fusées d’obus, pièces d’avion)
Objets fabriqués Bagues, chevalières, portes-plumes, tabatières, encriers, petits jouets
Utilité Cadeaux pour proches, porte-bonheur, objets vendus pour compléter la solde
Époque Principalement Première Guerre mondiale, perdure jusqu’à la Seconde Guerre mondiale
Origine des pièces les plus élaborées France (Yser) et Grande-Bretagne

Notes historiques

Jusqu’à la Première Guerre mondiale, la durée des conflits est en général assez réduite. Sauf lors des sièges, les batailles sont rapides, et les militaires ne restent pas longtemps dans l’attente du combat. Cette situation inédite donna naissance à un art populaire singulier : l’artisanat de tranchée. La vie dans les tranchées n’était, heureusement, pas faite que d’assauts ou de bombardements. L’attente, la garde, l’inactivité sont dénoncées ou appréciées par beaucoup de soldats dans leur courrier. Mais, quand ils étaient en deuxième ou troisième ligne, dans des conditions de « confort » acceptable, avec suffisamment de chaleur pour ne pas avoir les doigts gourds, beaucoup écrivaient, dessinaient, taillaient, gravaient, sculptaient, ouvrageaient des morceaux de bois, de métal et particulièrement celui des obus.

Il s’agit d’obus pour canons de 155, un calibre d’artillerie lourde. Pas étonnant que l’industrie suisse ait été sollicitée par les deux camps.

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