Bague couronne prussienne : artisanat de tranchée, histoire et fabrication

Apparue durant la Première Guerre mondiale, l'expression « artisanat de tranchée » (trench art en anglais) désigne le fait de transformer des matériaux liés à un conflit armé, et généralement ramassés sur le champ de bataille, en objets usuels ou symboliques. La durée du conflit et les longues phases d'attente des soldats entre les combats expliquent en grande partie ce phénomène qui touche aussi bien les militaires que les civils.

Contexte historique et émergence de l’artisanat de tranchée

Jusqu’à la Première Guerre mondiale, la durée des conflits est en général assez réduite. La guerre de positions, qui succéda rapidement à la guerre de mouvements de l’été et de l’automne 1914, fit perdre tout espoir de gloire. La guerre commence le 3 août 1914. La mort du maréchal Foch clôt une partie de l’histoire de la Première Guerre mondiale.

Jusqu’à la Première Guerre mondiale, la durée des conflits est en général assez réduite. La guerre de positions, qui succéda rapidement à la guerre de mouvements de l’été et de l’automne 1914, fit perdre tout espoir de gloire. La vie dans les tranchées n’était, heureusement, pas faite que d’assauts ou de bombardements.

Des exemples de souvenirs de campagne fabriqués par les soldats d’armées européennes existent dès la fin du xviiie siècle ainsi que pendant le xixe siècle. C’est cependant au cours de la Grande Guerre que l’artisanat de tranchée se développe massivement, des objets étant alors réalisés à la main sur tous les fronts.

Pourquoi les soldats fabriquaient-ils des bagues et autres objets ?

Sur le front, la fabrication d’objets relevant de l’artisanat de tranchée (ou de guerre) débute avec le besoin des soldats de s’occuper pendant leur temps libre. D’une part, ceux-ci individualisent leur équipement réglementaire au gré de différentes opérations. D’autre part, les soldats confectionnent eux-mêmes en nombre de petits objets utilitaires qui s’insèrent dans leur quotidien et remplacent l’équipement fourni par l’armée.

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Les soldats eurent besoin de s’occuper l’esprit et commencèrent à travailler le métal des obus tirés pour y graver quelques motifs décoratifs et le souvenir de leur campagne. Le désir de créer un objet unique, pour soi ou la famille, conduit aussi des soldats à des fabrications spontanées et individualisées pouvant prendre la forme de vrais objets d’art.

Pour les civils de l’arrière, ces créations singulières représentent non seulement un souvenir des amis ou des membres de la famille partis au front, mais aussi un lien avec le cœur de la guerre. Avoir sous les yeux des artefacts réalisés avec les matériaux entourant les poilus, et surtout ceux directement liés au combat - munitions, projectiles, armes - leur donne l’impression de partager une partie de l’expérience des combattants.

Matériaux et sources : pourquoi des fusées et des douilles ?

Outre les matériaux à portée de main (bois, tissu), ces créations sont essentiellement réalisées à partir d’éléments récupérés sur le champ de bataille, aux risques et périls des soldats qui s’exposent alors aux balles ennemies. Placées en tête d’ogive, ces fusées servaient à la mise à feu de la charge explosive, ce sont des détonateurs. La photo (ci-dessus) de 1914, montre comment des artilleurs arment chaque obus avec sa fusée à percussion.

Il s’agit d’obus pour canons de 155, un calibre d’artillerie lourde. Ces fusées étaient des mécanismes d’une grande précision et assez délicats. L’alu était très courant sur les fusées d’obus allemands et très facile à travailler.

La fabrication des bagues : techniques et savoir-faire

Quand ils étaient en deuxième ou troisième ligne, dans des conditions de « confort » acceptable, avec suffisamment de chaleur pour ne pas avoir les doigts gourds, beaucoup écrivaient, dessinaient, taillaient, gravaient, sculptaient, ouvrageaient des morceaux de bois, de métal et particulièrement celui des obus. Le travail effectué, permettait ainsi d’entretenir un lien affectif avec les membres de la famille.

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Les étapes de la transformation des matériaux réalisées sont nombreuses : découpe, déformation plastique par martelage à chaud ou à froid, fonte de métaux, soudure et gravure (qui peut se faire également hors de la zone d’« atelier »). Ces opérations impliquent la maîtrise d’un important savoir-faire chez les soldats qui les accomplissent.

Certaines opérations sont effectuées à de très fortes températures (jusqu’à 1 500° C), ainsi qu’à des soudures réalisées à basse température. La présence d’outils (marteaux, burins, pinces) peut également constituer un indice d’artisanat, même s’ils ne sont pas spécifiques à la fabrication d’objets.

Exemples d’objets et fonctions

Les soldats fabriquèrent ainsi de très belles œuvres à partir de morceaux de métal, on pouvait avoir aussi bien des obus finement ciselés, ou des petits objets comme des coupes-papiers, des ustensiles de bureau comme des portes-plumes faits à partir de cartouches de fusils, des crayons ou des briquets, en passant par des tabatières, des encriers, des petites voitures, des avions, des boîtes à bijoux richement décorées de motifs floraux ou encore des bagues destinées aux épouses et fiancées.

On fabriquait des crucifix à partir de cartouches de fusils, et ils pouvaient contenir à l’intérieur des petits morceaux d’éclats d’obus d’un blessé en guise de piété et de protection. Beaucoup de ces objets portaient le nom et la date de la campagne, et le nom de celui qui avait réalisé l’œuvre y était parfois inscrit.

Commerce, diffusion et production à l’arrière

Au départ très spontané, l’artisanat de tranchée prit rapidement beaucoup d’ampleur. L’engouement qu’il suscite à l’arrière, parmi les civils, conduit à la création d’une véritable industrie. Des ateliers dédiés à la fabrication de ces objets sont mis en place dans les campements en seconde ligne, les centres de rééducation professionnels pour les mutilés de guerre produisent des artefacts similaires, des bijoutiers vendent des copies réalisées par des civils.

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Des expositions et des ventes sont également organisées pour montrer le travail des poilus et soutenir des actions caritatives. Durant la Grande Guerre, la production en nombre et précoce (dès 1915) de ces objets donnent lieu à l’organisation de concours et d’expositions dont l’une, intitulée L’art de guerre, se déroule du 22 décembre 1915 au 22 février 1916 dans les salles du Jeu de Paume aux Tuileries.

Pour les civils de l’arrière, ces créations singulières représentent non seulement un souvenir des amis ou des membres de la famille partis au front, mais aussi un lien avec le cœur de la guerre. Après le conflit, les objets acquièrent un statut mémoriel, devenant des souvenirs de l’expérience du combattant.

Risque et prudence autour de la récupération

La récupération des obus nécessitait beaucoup de prudence car de nombreux soldats inconscients et pressés de récupérer la marchandise des boches, se contentaient de prendre des munitions non explosées. La photo (ci-dessus) de 1914, montre comment des artilleurs arment chaque obus avec sa fusée à percussion.

La récupération des obus nécessitait beaucoup de prudence car de nombreux soldats inconscients et pressés de récupérer la marchandise des boches, se contentaient de prendre des munitions non explosées. La vie dans les tranchées n’était, heureusement, pas faite que d’assauts ou de bombardements.

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Acteurs, variétés géographiques et prolongements

D’autres acteurs que les soldats engagés dans les combats réalisent des objets s’apparentant à l’artisanat de guerre. Appauvris par la guerre, déplacés ou restés dans la zone de conflit, des civils peuvent notamment améliorer leur vie quotidienne en les vendant : c’est le cas par exemple des populations belges. Dans l’après-guerre, et dans le seul cas des années qui suivent la Grande Guerre, une production artisanale civile se maintient même à partir de matériaux récupérés lors de la remise en culture des terres agricoles.

Les pièces les plus élaborées proviennent de France en Yser et de Grande-Bretagne. Les productions sont bien attestées, les lieux de fabrication au front restent encore à définir avec exactitude. Les fouilles de la ZAC Actiparc d’Arras réalisées en 2000 ont cependant été parmi les premières à livrer des traces d’artisanat, suivies par celles menées à Marcilly-sur-Tille en 2011 ou dans le camp du Borrieswalde (dans la forêt d’Argonne) en 2015.

Tableau : Exemples d'objets et matériaux courants

Objet Matériau récupéré Fonction
Bague couronne (bague de tranchée) Aluminium (fusées d’obus) Souvenir / cadeau sentimental
Porte-plume, coupe-papier Cartouches de fusil, douilles Ustensiles de bureau
Crucifix Cartouches / éclats Objet religieux / protection
Boîtes décorées, vases Fragments d’obus, métal, bois Objets décoratifs / mémoire

Collections, mercato et héritage

Toutes ces œuvres sont aujourd’hui très recherchées par des collectionneurs et passionnés d’art et de militaria, elles sont regroupées sous la dénomination d’artisanat de tranchées. Ces vestiges constituent des sources d’informations majeures sur la chaîne opératoire technique de fabrication des objets d’artisanat dont la valeur matérielle et symbolique a d’emblée été reconnue par les sociétés belligérantes.

Beaucoup de ces objets portaient le nom et la date de la campagne, et le nom de celui qui avait réalisé l’œuvre y était parfois inscrit. La production en nombre et précoce (dès 1915) de ces objets donnent lieu à l’organisation de concours et d’expositions dont l’une, intitulée L’art de guerre, se déroule du 22 décembre 1915 au 22 février 1916 dans les salles du Jeu de Paume aux Tuileries.

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