Charte nationale du mentorat entrepreneurial : définition et principes

Le mentorat entrepreneurial s’est structuré ces dernières années autour d’initiatives visant à accélérer et sécuriser la croissance des PME à fort potentiel par le transfert d’expérience d’entrepreneur à entrepreneur. La charte nationale du mentorat entrepreneurial, établie grâce au travail de l’Institut du Mentorat Entrepreneurial (IME) et approuvée par des représentants de l’État, fixe un cadre déontologique et opérationnel pour ces dispositifs.

Qu’est-ce que le mentorat entrepreneurial ?

Le mentorat entrepreneurial développé par l’IME s’inspire directement du modèle québécois et repose sur le principe suivant : un entrepreneur accompagne un autre entrepreneur. Cette condition est stricte pour les deux parties. Dominique Perriot-Mathonna, fort de trente ans de direction générale, en donne une définition précise : il s’agit d’une relation entre deux personnes dont l’objet est d’accompagner le mentoré, de soutenir son développement, sa prise d’initiative et son autonomie, dans un cadre généraliste et non expert.

La précision sur le caractère non-expert est fondamentale. Le mentor n’est pas un consultant qui facture une mission. Le principe du mentorat est que le mentor n’a pas de réponses : il n’a que des questions. Par le jeu des questions, le mentoré doit trouver la solution par lui-même. Ce qui nécessite de former les mentors à ce type d’accompagnement.

Principes éthiques et déontologiques de la charte nationale

  • Engagement réciproque et signature d’une charte de déontologie pour encadrer la relation Mentor/Mentoré.
  • Confidentialité des échanges : la relation est encadrée par la signature d'engagements réciproques qui garantissent la confidentialité des échanges.
  • Bénévolat et désintéressement : la charte insiste sur la dimension de bénévolat, bienveillance et solidarité ; le lien doit rester désintéressé.
  • Non-conflit d’intérêt : les mentors ne peuvent pas investir dans l’entreprise pendant la durée de l’accompagnement ni jusqu’à deux ans après, pour éviter tout conflit d’intérêt.
  • Liberté et volontariat : il s’agit d’un engagement libre et volontaire entre les deux parties, fondé sur l’honnêteté, la transparence, la loyauté, la franchise et le respect mutuel.
  • Recours et interprétation : si besoin, chaque membre peut demander l’avis d’un autre membre sur l’application des dispositions de la charte.

Attentes vis-à-vis des mentors et des mentorés

La charte définit les attentes envers les mentors et les mentorés. Les mentors de France Mentor, et plus largement ceux signataires de la charte, prennent un engagement formalisé de la respecter dans le cadre de leurs relations mentorales. Tout membre s’engage à respecter l’intégralité des dispositions de la présente charte.

Devenir mentor : il est dirigeant-propriétaire ou actionnaire significatif d’une entreprise. Il a traversé avec succès les différents caps de croissance de son entreprise. Les mentors sont des chefs d’entreprise de taille intermédiaire, entièrement bénévoles : ils travaillent sur le savoir‑être, sur la posture, sur les problématiques liées à l’entrepreneur et pas forcément à l’entreprise.

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Devenir mentoré : il est dirigeant-propriétaire ou actionnaire majoritaire. Les mentorés doivent démontrer une capacité d’écoute et de remise en question ; sinon ils ne sont pas acceptés. L’engagement du mentoré est une condition sine qua non : si le mentoré ne s’implique pas, s’il ne s’engage pas sur des rendez‑vous réguliers, la relation ne peut pas produire ses effets.

Fonctionnement opérationnel du programme type (exemple IME)

Le programme IME consiste en un accompagnement mensuel de 18 mois, pendant lequel mentor et mentoré se rencontrent une demi‑journée (2 à 3 heures), une fois par mois en moyenne. Le dossier d’admission comprend les deux derniers bilans de l’entreprise, une analyse financière et la preuve d’une forte croissance. Les critères d’admission qualitatifs sont également importants : les mentorés ne doivent pas être sûrs d’eux et doivent accepter d’être challengés.

Le processus typique :

  1. Constitution du binôme : proposition et entretien individuel entre le Mentor et le Mentoré.
  2. Lancement du binôme : signature des actes d’engagement et rencontres mensuelles entre le Mentoré et son Mentor.
  3. Suivi régulier : l’équipe de l’IME effectue des suivis tous les trois mois pour s’assurer du respect des engagements par les deux parties.
  4. Clôture : évaluation et bilan personnalisé pour chaque binôme.

Modalités financières et adhésions

La participation au programme, si elle est bénévole pour les mentors, est payante pour les entrepreneurs mentorés : entre 2000 et 5000 euros pour les 18 mois selon le chiffre d’affaires, assortis d’une adhésion annuelle de 900 euros à vie à l’IME pour devenir membre du Club, qui organise une quinzaine d’événements par an. Pour les moins de 30 ans, un programme similaire existe à tarif réduit et avec un accompagnement complémentaire d’experts via le Moovjee.

Différenciation entre mentorat, coaching et conseil

Le mentorat n’est pas du coaching ni du conseil : contrairement au coach ou au consultant, le mentor ne facture pas, n’apporte pas de livrables et n’est pas rémunéré pour une mission. Le rôle n’est pas celui du conseil ou de la prestation : c’est d’aider les créateurs d’entreprise à mettre de l’ordre dans leurs idées et à établir des priorités, en mobilisant une expérience comme boussole. Le mentor montre la voie au mentoré sans s’impliquer personnellement dans la réalisation.

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Valeur ajoutée et bonnes pratiques

Le mentorat apporte un « miroir intelligent » à l’entrepreneur : il permet de clarifier les idées, hiérarchiser les priorités et identifier les vraies questions sous les fausses urgences. Plus l’intervention est précoce, mieux c’est : confronter son idée tôt permet de réduire l’incertitude à moindre coût. Le mentorat répond souvent à des questions que le mentoré n’avait pas encore posées.

Autre idée reçue : le mentor devrait maîtriser le secteur de son mentoré. Ce n’est pas obligatoire : l’intérêt du réseau et la capacité à mobiliser des relais sont essentiels. L’association KUNACT illustre bien cet esprit d’entraide et de mutualisation d’expériences.

Ce que le mentorat rapporte aux mentors

Le mentorat procure une satisfaction profonde aux mentors : rencontre de profils divers, redécouverte de marchés et modèles, envie de transmettre. Les mentors gagnent une exposition à de nouveaux business models et retrouvent une part de dynamisme professionnel en dehors de l’opérationnel.

Enjeux de déploiement et limites identifiées

  • Sélectivité des entreprises ciblées : la charte et l’IME se focalisent sur les entreprises à fort potentiel de croissance (PME 2 à 10 ans d’existence, CA > 1M€, et +20 salariés pour celles de plus de 3 ans). Les entreprises en création sont souvent exclues.
  • Rareté des mentors disponibles : l’enjeu principal est la disponibilité et l’intérêt d’entrepreneurs chevronnés, ce qui limite la scalabilité des dispositifs.
  • Risque de dilution du terme « mentorat » : le terme est parfois galvaudé et utilisé pour des dispositifs qui ne respectent pas les principes du mentorat entrepreneurial tel que défini par l’IME.
  • Modèle économique et volume : comment faire du volume tout en préservant la qualité et le bénévolat des mentors ?

Pour répondre à ces enjeux, des partenariats se développent avec des accélérateurs, des régions, l’État et des réseaux étrangers. La labellisation des organismes d’accompagnement pourrait être une prochaine étape, avec un travail collaboratif entre l’IME et des instances internationales comme l’EMCC.

Annexes et documents types

La charte est accompagnée d’annexes importantes qui précisent le code déontologique de la relation mentorale, les différences avec les autres pratiques d’accompagnement, et une charte type à faire signer au démarrage de la relation. La charte est téléchargeable sur le site de l’IME.

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Élément Contenu
Durée du programme 18 mois, rencontres mensuelles (2-3 heures)
Critères ciblés PME CA > 1M€, fort potentiel, +10 salariés en moyenne
Engagement mentor Bénévole, confidentialité, pas d’investissement
Coût mentoré 2000-5000 € selon CA + adhésion 900 € à vie
Suivi Suivi trimestriel par l’organisation, bilan final

Perspectives

La charte nationale du mentorat entrepreneurial formalise un cadre protecteur et éthique pour favoriser la transmission entre entrepreneurs et structurer une pratique bénéfique. Elle contribue à distinguer le mentorat des autres formes d’accompagnement et à préserver ses principes : désintéressement, confidentialité, bénévolat et engagement réciproque.

La diffusion et l’application de cette charte, ainsi que des efforts de labellisation et de partenariats, permettront d’accroître la reconnaissance du mentorat entrepreneurial et d’en développer l’impact, tout en préservant la qualité des relations mentorales.

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