Chaussure homme JBR et Free Lance : histoire, fabrication, caractéristiques et avis
C'est un peu comme Babar quand il tombe dans l'atelier du Père Noël. Un rêve. Ma visite à l'usine des chaussures Free Lance. Ma première paire, je l'ai toujours, elle a 16 ans, des cavalières noires avec un élastique caractéristique sur les côtés, elles galbent toujours parfaitement bien le mollet. Je me les étais payées après un job au Salon nautique et ma mère était contre. Voilà pour l'anecdote perso.
Origines et héritage familial
La petite cordonnerie originelle a laissé place à une manufacture intégrant une centaine de personnes expérimentées. A l’arrivée des deux frères en 1970, l’entreprise s’appelle ERG (Etablissement Rautureau Gaubretière), du nom du village vendéen. Les Rautureau Brothers - comme ils sont surnommés dans le milieu de la chaussure - dopent rapidement la maison familiale en l’orientant vers le haut de gamme. Les chaussures féminines Free Lance sont à l’image de leurs fondateurs, Yvon et Guy Rautureau, quatrième génération issue d’une lignée de cordonniers bottiers.
Près de 60 000 paires sont produites et vendues dans les 13 boutiques en nom propre de la marque, ainsi que dans les corners des Grands Magasins et sur le site. Plus de 150 modèles sont créés et développés chaque année dans les 3 500 m2 d’ateliers à la Gaubretière fondés en 1870 par Jean-Baptiste Rautureau. A l’entrée, l’établi et les outils soigneusement alignés gardent la mémoire de l’arrière grand-père Jean-Baptiste Rautureau. Le musée rempli de milliers de paires est une visite obligée pour s’immerger dans les archives de la manufacture.
Implantation et ateliers à La Gaubretière
Installée en Vendée à La Gaubretière dans les ateliers du groupe Rautureau Apple Shoes, Free Lance emploie plus de 80 personnes dédiées à la fabrication de ses chaussures. Ici, tout est fait pour que les multiples collections de souliers prennent vie entre les mains d’artisans passionnés formés en interne. La région Vendée est un bassin d’emploi dynamique, mais il n’est pas facile de trouver des candidats pour apprendre les différents métiers de la chaussure, nous explique Valérie Chétrit, directrice de la communication et du marketing de la marque.
Depuis 2019, les ventes du pôle Luxe de Rautureau Apple Shoes ont chuté de 41%, expliquait le groupe en septembre dernier. Un recul qui n’a pas été compensé par les bonnes performances du pôle Hype du groupe composé de No Name, d’Armistice et de Schmoove. Résultat: en novembre 2024, Rautureau Apple Shoes a totalement fermé son site de production de La Gaubretière, dans le bocage vendéen, où étaient fabriquées les chaussures Free Lance, une marque lancée en 1981 par les frères Yvon et Guy Rautureau.
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Philosophie de création et style
Amateurs de moto et de musique, de vintage et de peaux exotiques, ils adaptent la tradition à l’époque, bousculent les codes de la culture rock puis punk en lançant une marque irrévérencieuse qui porte bien son nom, Free Lance. Le cuir, qui passionne Guy - le technicien créatif - sert toujours de point de départ. La chaussure devient un terrain d’expression et un accessoire de mode à part entière.
Chez Free Lance, on aime se démarquer autant par le style que par le choix des peaux et des coloris. Les bottines western Simone 50 sont ainsi réalisées dans un cuir velours rouge coquelicot avec un superbe talon biseauté et des surpiqûres caractéristiques en plus du bout pointu de la santiag. Précurseur de tendances, Free Lance l’est également avec son mocassin Anaïs à talon et bout carré. Un talon à la forme très caractéristique qui fait de la marque l’une des plus recherchées par de nombreuses célébrités du show business et de la mode.
Création exclusive de Free Lance, les Brooke vont également faire tourner les têtes. On a beaucoup parlé des difficultés de la chaussure française, d’un secteur sinistré, de la terrible concurrence chinoise et des mauvaises gestions qui auraient coulé l’industrie, jadis florissante, du Romanais. Pourtant en plein bocage vendéen, dans une région à l’histoire moyenâgeuse, entre Tiffauges et le Puy du Fou, une usine fait figure de résistant, à La Gaubretière, un petit village de 2 500 habitants.
Techniques de fabrication et savoir-faire
La formation en interne est donc primordiale pour Free Lance qui utilise des techniques de montage reconnues pour leur durabilité et le confort qu’elles apportent. Le Cousu Blake - une construction solide utilisée dans la chaussure de luxe - est une particularité, dont la manufacture est fière.
Premier ingrédient indispensable : la forme. C’est elle qui détermine le reste du soulier. C’est l’obsession de Guy. Même si on a standardisé nos arrières, une forme ça s’étudie et elle évolue tous le temps. La forme ressemble à un embauchoir en bois et c’est à partir de là que démarre tout le travail. Suivent le talon, puis le dessin de la chaussure et la coquille, une reproduction de la forme en plastique.
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Pour chaque modèle, comme pour un projet architectural, un plan est élaboré, chaque pièce est dessinée puis découpée dans le papier et on peut alors imaginer le montage. Un ordinateur transmet le plan à une machine qui découpe le cuir. Première étape. Il y a le plus souvent une dizaine de pièces mais parfois, comme pour cette paire de bottes à brides de l’hiver prochain, il faudra plus de cent découpes.
Il passerait des heures à ne parler que peausserie, il affectionne particulièrement ce petit sanctuaire de quelques mètres carrés où ses plus belles peaux sont mises à l’abri : galuchat, cuir de python, de lézard, de crocodile, de pattes d’autruche sont minutieusement classés. Mais nous avons aussi, renchérit Guy, de la chèvre, de la chèvre bouclée, des imprimés et un veau glacé incomparable. Pour ce dernier, explique-t-il, on perd 30 % à chaque animal. On n’utilise ni la peau de l’aine, ni celle du cou, qui présentent trop de plis.
Afin de prouver sa qualité à un interlocuteur peu qualifié, il tire sur la peau et se justifie : On tire dessus et regardez, les pores restent serrés. Guy, le perfectionniste, exige ensuite de "refondre" la peau, autrement dit de l’affiner, jusqu’à ce qu’elle atteigne entre 0,4 et 0,6 cm d’épaisseur. Ma maladie, reconnaît-il, c’est d’écraser.
Chaque bride sera renforcée, rempliée, doublée pour ne pas qu’elle blesse le pied. Chaque talon sera enrobé à la main par une ouvrière qui, troublée d’avoir son exigeant patron dans le dos, se trompe de colle. Le plus souvent, le talon est teint, ici, c’est un métier à part entière, enrobeuse de talon. Elle en fait jusqu’à 80 par jour.
Vient ensuite la "première de montage", qui correspond au fond de la chaussure : là encore, une mousse sera intégrée pour plus de confort, un morceau de synderme (cuir synthétique) à l’arrière empêchera le talon de déformer la mousse et lui donnera une bonne portée. Pour certains modèles comme les compensés à talon en bois, l’usine se transforme pour une saison en atelier de menuiserie. Le montage se poursuit, sous l’œil attentif de Guy. Il s’énerve un peu sur les bouts pointus : Didier, c’est à toi de les taper quand le bout est encore mou. Didier, marteau à la main s’exécute.
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On brosse pour décaper, on enlève les aspérités (le cardage). Les finitions sont nombreuses : on brûle les fils qui dépassent, on nettoie, on donne un dernier coup de marteau. Ici, il n’y a pas de cadence, on prend le temps de faire bien. D’ailleurs, alors que les magasins ont déjà reçu toute leur collection, à La Gaubretière on fabrique encore. Dans quelques jours, les modèles fabriqués à l’usine seront vendus en magasin, entre 300 et 600 euros la paire.
Collections, positionnement et distribution
Free Lance propose des collections féminines imaginées et conçues par une équipe de cinq personnes. Un vrai bureau de style toujours à la recherche des meilleurs cuirs et très au fait de la construction d’une chaussure, que ce soit un escarpin, un mocassin ou une botte. Les différentes collections témoignent aussi du large panel de techniques déployées dans les ateliers.
Une renommée et une distribution mondiales dues à la fidélité des clientes à la marque à la rose, emblème de Free Lance depuis ses débuts, la rose symbolisant la féminité, la sensualité et la modernité. Plus de 150 modèles sont créés et développés chaque année. Près de 60 000 paires sont produites et vendues dans les 13 boutiques en nom propre de la marque, ainsi que dans les corners des Grands Magasins et sur le site.
Évolutions récentes, reprise et enjeux
Quatre générations plus tard, le groupe Rautureau est racheté en 2017 par Xavier Marie, serial entrepreneur et fondateur de Maisons du Monde. En 2017, Yvon et Guy Rautureau, descendants des fondateurs du groupe spécialiste de la chaussure qui porte leur nom et qui réalisait alors 42 millions d’euros de chiffres d’affaires, avaient cédé l'entreprise familiale, fondée en 1870, à un groupe d'investisseurs privés et financiers emmené par Xavier Marie. Pour diriger la manufacture de La Gaubretière, le groupe a choisi un profil polyvalent, amoureux de la chaussure. Baptiste Amarger a passé plus de dix ans dans le cuir et le luxe mais c’est dans le secteur automobile que le Normand s’est d’abord illustré.
Camilla Schiavone a pris la tête du groupe en 2019. Ses ambitions ? Donner une nouvelle impulsion et renouer avec la croissance. Avant de rejoindre la manufacture vendéenne, Baptiste Amarger a collaboré avec Delvaux, Le Chameau ou encore Repetto. Sa mission est claire, mettre en place une nouvelle démarche industrielle, structurer l’organisation, optimiser la production, former et transmettre.
Une nouvelle page s’est tournée en 2017 lorsque les frères Rautureau passent le flambeau à Xavier Marie - ex Maisons du Monde et CEO de Compagnie Marco Polo -. En avril 2019, Camilla Schiavone, ex-dirigeante de Roger Vivier et de la maison Schiaparelli, avait pris la tête du groupe, Xavier Marie, souhaitant donner une nouvelle impulsion à l’entité vendéenne spécialiste de la chaussure et développer, entre autres, l’export.
Crise, fermeture et perspectives
Fermeture totale des boutiques en janvier dernier et arrêt de la production depuis novembre 2024, le sort de la griffe premium de souliers pour femmes Free Lance semble compromis. Cette situation fait suite à la cessation des activités du pôle Luxe du spécialiste français de la chaussure Rautureau Apple Shoes, composé de Free Lance et de la marque de chaussures pour hommes Jean-Baptiste Rautureau. Initiée il y a six mois, cette cessation entraîne la suppression de 80 postes dans l’Hexagone.
La procédure de licenciement étant en cours, la direction de Rautureau Apple Shoes ne souhaite pas commenter la situation. Des négociations entre les membres du comité social et économique (CSE) et la direction ont été engagées en début d'année pour l'obtention d'une durée de congé plus importante ainsi qu'un taux de rémunération plus élevé mais malheureusement la direction est restée figée quant à ces demandes, indique à FashionNetwork.com un membre titulaire du CSE qui souligne qu’en début d'année dernière un projet de cession du pôle Luxe avait été engagé, mais qu’en juillet, après avoir travaillé sur la nouvelle collection été 2025, le potentiel acquéreur s'était retiré faute de moyens suffisants pour faire perdurer la marque.
Le 31 janvier, ce sont les boutiques et les corners de la marque dans les grands magasins qui ont fermé leurs portes, laissant peu d’espoir sur son avenir. Celui du label Jean-Baptiste Rautureau se dessine toutefois sous de meilleurs auspices. En effet, au début du mois de février, la marque et sa boutique de la rue de Grenelle à Paris ont été repris par Virginie Rautureau, la fille de Guy Rautureau, qui a passé vingt ans au sein du groupe familial, chapeautant notamment Free Lance et Jean-Baptiste Rautureau comme directrice de marque.
Avis et positionnement consommateur
Free Lance a beau faire partie d’un puissant groupe, elle conserve avec fierté son esprit d’indépendance et d’originalité. Acheter une paire de chaussures de la marque n’est pas un acte anodin, on choisit Free Lance non seulement pour son originalité, mais également pour sa qualité de fabrication. Une paire de Free Lance est plus chère qu’une paire montée à l’autre bout du monde, mais c’est à chaque fois un acte réfléchi, voulu et engageant.
Dans quelques jours, les modèles fabriqués à l’usine seront vendus en magasin, entre 300 et 600 euros la paire. Un investissement, à côté de ce que propose la grande distribution et toute la fabrication asiatique. Le prix à payer, assure Guy, pour avoir des peaux irréprochables, un travail artisanal et des modèles qui ne seront vus nulle part ailleurs.
Tableau récapitulatif (données issues du matériau)
| Élément | Information |
|---|---|
| Fondation des ateliers (origine) | 1870 par Jean-Baptiste Rautureau |
| Localisation | La Gaubretière, Vendée |
| Personnes employées (Free Lance) | Plus de 80 (manufacture ~100) |
| Production annuelle | Près de 60 000 paires |
| Modèles développés | Plus de 150 par an |
| Prix boutique | Environ 300-600 € la paire |
| Evénements récents | Fermeture du site en nov. 2024, boutiques fermées 31 janv. |
Il essaie tout, toutes les matières, toutes les couleurs. Pour célébrer le nouveau millénaire, il a gravé l’acier des talons aiguilles de ses escarpins d’un "2000", a vendu des boots en patchwork de python, des bottes à poils. Rien ne lui fait peur. Il ne s’impose pas de règles non plus, talons plats, de 7, de 9 ou de 12 centimètres (réservés aux initiées), chaussures hautes, basses, escarpins ou "new classic" (des modèles plutôt masculins). Il essaie tout, toutes les matières, toutes les couleurs.
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