Comment chiffrer un devis en tant que dessinateur freelance

Établir un devis est une étape primordiale au moment de conclure un contrat. Ce document est aussi important pour le client que pour le graphiste. Tant que porteur de projet n’a pas signé le devis, ce dernier n’a aucun valeur contractuelle et n’est qu’une proposition. Sachez que le devis signé a une valeur de contrat. On ne commence évidemment pas un travail sans devis signé. Un devis engage les deux partis (client et prestataire) sur un périmètre de mission bien défini, c’est un contrat qui servira de base en cas de litige, il est votre allié le plus précieux.

1. Définir clairement le périmètre de la mission

Il peut arriver que certaines zones d’ombre persistent dans le brief client (passages évasifs, prestations « à définir ultérieurement », etc.) : ne les ignorez surtout pas, un devis doit couvrir de façon exhaustive l’ensemble du travail que vous allez facturer et ne laisser aucun doute quant au périmètre de votre mission. Tout droit non-explicitement cédé à votre client est réputé non-acquis, il est donc important de préciser de façon exhaustive sur votre devis ce que couvre la cession que vous accordez. Si vous réalisez un travail de création originale (ce qui est obligatoire si vous êtes MDA au passage), vous facturez des droits d’auteur. Ceux-ci se calculent théoriquement indépendamment de votre tarif / jour et vont dépendre de plusieurs facteurs qui vont concerner la diffusion de votre travail (tirage, étendue temporelle et géographique, exclusivité, etc.). Attention ! Si ton livrable comporte le fichier source, celui-ci n’est pas gratuit ! Livrer le fichier source avec le livrable, c’est comme livrer la recette avec le plat au restaurant. Pour toi, c’est un manque à gagner, il faut donc chiffrer ce manque à gagner.

2. Choisir une méthode de tarification : temps vs valeur

Généralement, la facturation de la prestation se fait en heures. Cette logique simpliste issue du salariat consiste, pour notre patron, à l’achat de notre temps de présence… Le fonctionnement en indépendant, lui, est tout autre ! Pour pratiquer cette méthode de tarification au temps passé, tu n’as pas le choix. Parce que quand ton client accepte ta proposition, il n’est pas question pour lui de devoir payer plus ensuite, sous prétexte que tu as mal évalué le temps nécessaire au projet. Il arrive que pour diverses raisons d’ordre pratique ou politique, des clients exigent un mode de facturation au temps passé (aussi appelé « régie »). Dans ce cas-là vous n’estimez pas la durée de votre prestation à l’avance mais vous remettez un relevé du temps passé sur le projet en fin de mission et vous le multipliez par votre tarif / jour (cette partie-là fonctionne toujours).

Ce que le client achète n’est pas un temps de présence sur le projet, mais un résultat. Attends, je ne dis pas que le temps n’a aucune importance pour ton client. D’ailleurs, un aspect du temps le concerne directement : le délai de réalisation et donc la date de livraison. Ce qui est très différent du temps de réalisation, n’est-ce pas. La durée globale de la prestation, c’est la seule donnée que le client a besoin de connaître… Il a juste besoin de savoir que tu seras dans les temps, en fait !

Avantages et limites de la tarification au temps

  • La méthode garantit la rentabilité de l'activité si le calcul est correctement fait.
  • Pour pratiquer cette méthode, il faut estimer précisément le temps nécessaire et assumer l’erreur sinon le client refuse de payer plus.
  • Avec une méthode de tarification basée sur le temps de travail : plus tu progresses, moins tu es payé.
  • Une crispation sur le temps de travail crée forcément des tensions dans la relation client-prestataire.

Pour éviter cette mauvaise surprise à l’avenir, je te conseille +++ de tracker ton temps (avec des applications comme Toggl ou Clockify, c’est même presque-pas-pénible !).

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3. Calculer votre Tarif Jour Minimum (TJM)

La première étape pour établir un devis, c’est d’avoir un tarif / jour. Comme vous avez déjà lu ce long article sur le sujet du tarif, nous ne nous étendrons pas outre mesure dessus ici. On se contentera de rappeler l’essentiel des chiffres communément considérés comme standards dans le milieu de la création : si vous débutez, votre tarif doit être de 250 € / jour (en province) et de 300 € / jour (à Paris). Attention on parle bien là d’un plancher minimum pour un profil junior. Si vous avez de l’expérience ou que votre expertise est recherchée, vous êtes plus cher : 400, 500, 600 € / jour, voire beaucoup plus.

C’est pour cette raison que je préfère parler de Tarif Jour Minimum à la place de Tarif Jour Moyen ; car ce qui importe, c’est plutôt de savoir au-dessous de quel prix tu n’as plus intérêt à travailler. Il n’est pas rare de voir des indépendants doubler leur tarif lorsqu’on les « oblige » à travailler hors des clous. C’est de surcroît un moyen très efficace pour trier les vraies urgences des fausses, ces dernières étant beaucoup plus nombreuses que les premières : si votre client est vraiment acculé, il n’aura pas d’objection à accepter votre augmentation ponctuelle. À l’inverse, vous pouvez bien sûr moduler votre tarif dans l’autre sens si vous souhaitez faire un geste commercial.

4. Estimer le temps nécessaire et décomposer les phases

La meilleure technique reste de dépiler toutes les phases de votre boulot bêtement dans l’ordre, de faire des additions et de regarder le chiffre obtenu au bout. Pour cela, il faut évidemment avoir une idée de combien de temps vous prendra le travail qu’on vous demande. Logiquement, on vous sollicitera pour un type de prestation au cœur de votre expertise métier et vous aurez donc déjà réalisé des travaux similaires auparavant : vous savez combien de temps ça vous a pris les premières fois, vous saurez donc estimer à la louche combien de temps ça vous prendra cette fois-ci. Avant d’aller plus loin, sache que c’est déjà super d'appliquer ce premier principe de méthode de calcul au temps passé.

Entraîne-toi à faire des faux projets et chronomètre-toi afin de définir le temps que tu mets pour faire les différentes étapes d’un projet simple. Fais la même chose pour un projet plus complexe et pour tout type de prestation que tu as décidé de proposer. Tu arrives ensuite à, par exemple, 2 jours de travail pour faire la prestation, soit 2x8h de travail.

Gérer les imprévus et la validité du devis

Indiquez le nombre d’heures nécessaires à côté de chaque mission et le coût horaire. Cela permet ensuite de planifier vos actions, mais aussi d’éviter que le client vous téléphone tous les 5 minutes pour savoir où vous en êtes. Prévoyez toujours quelques jours de plus en cas d’imprévu ! Il est également préférable d’indiquer une date de validité sur le devis.

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5. Intégrer la cession de droits et les conditions de diffusion

Le contrat d’édition vous permet de céder au porteur de projet le droit de fabriquer des exemplaires de l’œuvre et de la réaliser sous forme numérique. La cession globale des droits d’exploitation d’une oeuvre future est interdite. Tout droit non-explicitement cédé à votre client est réputé non-acquis, il est donc important de préciser de façon exhaustive sur votre devis ce que couvre la cession que vous accordez. Devant ce casse-tête, nombre de professionnels du secteur (notamment ceux travaillant pour les agences) se sont résolus à « incorporer » le montant de leur cession de droits à leur tarif / jour de façon forfaitaire : ils facturent donc bien des droits d’auteur, mais le calcul de ceux-ci est directement compris dans leur tarif / jour et reste transparent pour le client final. Ce qui ne dispense absolument pas de faire figurer en toutes lettres les droits explicitement cédés sur le devis (et de rédiger une cession en bonne et due forme en fin de mission).

6. Acomptes, conditions générales et mentions obligatoires

On ne commence pas un travail sans acompte, surtout en cas de nouveau client. Si vous êtes membre d’une AGA, n’oubliez pas de faire figurer cette mention (obligatoire) : « Membre d’une association agréée. Le paiement des honoraires par chèque est accepté ». Dernier point absolument crucial, les conditions générales de vente, qui vous protègeront et borneront votre prestation : bichonnez-les et détaillez-les, elles sont votre rail de sécurité en cas d’emmerdes.

7. Adapter le devis selon les conditions de travail

Ouf ! Vous avez devisé l’enveloppe correspondant à une mission normale se déroulant dans des conditions normales. Or il peut arriver que les circonstances dans lesquelles vous allez effectuer votre travail sortent du cadre que vous avez défini pour votre activité (et sur lequel se base votre TJM). L’exemple le plus courant, c’est le travail dans l’urgence. Souvent exigé unilatéralement par le client, il vous obligera à bosser sur des plages horaires ordinairement réservées à votre temps libre. Dans ces cas-là, vous avez le droit de travailler bien sûr, mais certainement pas à votre TJM habituel, parce que le sacrifice que vous faites à vos vacances, vos loisirs ou votre famille a un prix.

8. Bons réflexes pratiques pour établir un devis professionnel

  1. Ne faites pas 50 versions de votre devis à mesure que vous négociez avec votre client, vous allez vous épuiser (et lui avec).
  2. Si la mission que vous devisez s’annonce complexe et potentiellement riche en modifications, une bonne pratique est d’accompagner le devis d’un planning fixant les dates clés de rendu (les vôtres comme ceux du client) : maquettes, retours, validations, etc.
  3. Il faut évidemment avoir une idée de combien de temps vous prendra le travail qu’on vous demande.
  4. Soit vous prenez une marge de sécurité confortable pour être certain de ne pas planter votre rentabilité sur un détail mal précisé par votre commanditaire.

L'UNIVERS veut que tu saches TOUT, voyons celà ensemble ❤ @feediz19

9. Outils et aides

Besoin d’un bon logiciel qui transforme les devis en factures et qui gère également les avoirs ? 👉 Si tu es perdu pour fixer tes tarifs, j’ai créé un outil qui fait tous les calculs pour toi. Un calculateur spécial pour les métiers créatifs, qui calcule le prix de la prestation et de la cession de droits pour tes projets. Devant ce casse-tête, nombre de professionnels du secteur (notamment ceux travaillant pour les agences) se sont résolus à « incorporer » le montant de leur cession de droits à leur tarif / jour de façon forfaitaire.

10. Spécificités administratives et sociales

Cet article s’adresse à tous les créatifs, mais si vous exercez spécifiquement sous le régime social des artistes-auteurs (MDA/Agessa), ne faites jamais figurer des heures ou des jours travaillées sur vos factures ! En effet, en cas de contrôle, la MDA/Agessa risque d’interpréter ces facturations comme concernant des honoraires, et donc des prestations de services.

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Tableau récapitulatif : étapes clés pour chiffrer un devis

Étape Action
1 Définir le périmètre et la cession de droits
2 Choisir méthode : temps passé ou forfait/valeur
3 Calculer TJM (Tarif Jour Minimum)
4 Décomposer le projet et estimer le temps
5 Prévoir imprévus, validité et acompte
6 Rédiger conditions générales et mentions obligatoires

Vous êtes créatif freelance et te voilà confronté à l’épreuve du feu : faire ton premier devis. Mais comment estimer le tarif d’une prestation ? Remarque : cette étape peut être compliquée si tu n’as encore jamais fait de mission. Entraîne-toi à faire des faux projets et chronomètre-toi afin de définir le temps que tu mets pour faire les différentes étapes d’un projet simple.

En résumé : un devis n’est jamais que l’application bête et méchante de votre positionnement (votre TJM) à un projet précis (un volume, une diffusion et des conditions de travail particulières). Il ne doit pas être bâclé et vous servira de document référent tout au long de votre mission.

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