Les différents types de contrats portant sur le fonds de commerce
Un dirigeant qui acquiert un fonds de commerce achète un ensemble d'éléments corporels et incorporels : clientèle, enseigne, droit au bail, matériel, stocks. L'objectif est de reprendre une activité en exploitation, sans repartir de zéro. En France, environ 50 000 cessions de fonds de commerce sont publiées chaque année au BODACC.
Or, reprendre un fonds ne signifie pas reprendre tous les contrats qui gravitent autour de l'activité. Le Code de commerce et le Code du travail imposent le transfert automatique de certains contrats, tandis que d'autres restent attachés à la personne du cédant. Cette distinction est structurante pour l'acquéreur : elle détermine la continuité réelle de l'exploitation dès le lendemain de la cession.
Quels contrats sont transférés de plein droit ?
Le droit français prévoit un transfert automatique des contrats dans 3 cas limitatifs lors d'une cession de fonds de commerce. Ces transferts s'opèrent de plein droit, sans que le cocontractant puisse s'y opposer.
| Contrat transféré | Fondement juridique | Condition |
|---|---|---|
| Bail commercial | Article L. 145-16 du Code de commerce | Cession du fonds dans sa totalité |
| Contrats de travail | Article L. 1224-1 du Code du travail | Transfert d'une entité économique autonome |
| Contrats d'assurance (dommages) | Article L. 121-10 du Code des assurances | Assurances couvrant les biens du fonds |
En dehors de ces 3 catégories, aucun contrat ne suit automatiquement le fonds. Ce principe est constant en jurisprudence : la Cour de cassation rappelle régulièrement que la cession d'un fonds de commerce n'emporte pas, par elle-même, cession des contrats conclus par le cédant avec ses partenaires commerciaux (Cass. com., 15 mars 2017, n° 15-15.899).
Le bail commercial et les contrats de travail
Le bail commercial : un transfert encadré
Le bail commercial est l'élément central du fonds. L'article L. 145-16 du Code de commerce interdit toute clause qui empêcherait le cessionnaire de bénéficier du bail en cas de cession du fonds. Concrètement, le bailleur ne peut pas refuser le transfert du bail si la cession porte sur l'intégralité du fonds.
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Toutefois, le bail peut contenir une clause d'agrément qui impose au cédant d'obtenir l'accord préalable du bailleur sur la personne du cessionnaire. Cette clause est licite. Si elle est ignorée, le bailleur peut demander la résiliation du bail. L'acquéreur doit donc vérifier, avant la cession, les stipulations exactes du bail sur ce point.
Les contrats de travail : un transfert d'ordre public
L'article L. 1224-1 du Code du travail impose le maintien des contrats de travail en cours lors du transfert d'une entité économique autonome conservant son identité. Ce transfert est automatique et d'ordre public : ni le cédant, ni l'acquéreur, ni le salarié ne peuvent s'y opposer.
L'acquéreur reprend les contrats dans leur état au jour du transfert : ancienneté, rémunération, avantages acquis. Toute rupture motivée par la seule cession est requalifiée en licenciement sans cause réelle et sérieuse. En 2023, les prud'hommes ont traité plus de 100 000 affaires, dont une part significative liée à des transferts d'activité contestés.
Bail commercial, contrats de travail : ces transferts automatiques conditionnent la viabilité de la reprise. Un audit préalable de chaque contrat permet d'identifier les clauses restrictives avant la signature.
Les contrats d'assurance repris de plein droit
L'article L. 121-10 du Code des assurances prévoit que les contrats d'assurance couvrant les biens du fonds sont transférés automatiquement à l'acquéreur. Ce transfert concerne les assurances de dommages (incendie, dégâts des eaux, responsabilité civile exploitation) liées aux éléments corporels du fonds.
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L'acquéreur et l'assureur disposent chacun d'un droit de résiliation dans les 3 mois suivant la cession. En pratique, l'acquéreur a intérêt à notifier rapidement l'assureur pour :
- Vérifier l'adéquation des garanties avec sa propre activité
- Renégocier les primes si le profil de risque a changé
- Éviter un défaut de couverture pendant la période de transition
Les contrats d'assurance de personnes (prévoyance, mutuelle des salariés) ne sont pas concernés par ce transfert automatique. Ils relèvent du régime des contrats de travail ou d'accords collectifs distincts.
Les contrats qui exigent un accord des parties
Tous les autres contrats liés à l'exploitation du fonds ne sont pas transférés automatiquement. Leur reprise suppose l'accord explicite du cocontractant. Cette catégorie recouvre la majorité des contrats opérationnels :
| Type de contrat | Transfert automatique ? | Action requise |
|---|---|---|
| Contrat fournisseur | Non | Accord du fournisseur |
| Contrat client / distribution | Non | Accord du client |
| Contrat de franchise | Non | Accord du franchiseur |
| Contrat de licence de marque | Non | Accord du concédant |
| Contrat de prestation IT / SaaS | Non | Accord du prestataire |
| Contrat de crédit-bail mobilier | Non | Accord du crédit-bailleur |
En pratique, un fonds de commerce de distribution peut reposer sur 5 à 15 contrats fournisseurs stratégiques. Si l'acquéreur ne sécurise pas leur transfert avant la cession, il risque de se retrouver sans approvisionnement dès la prise de possession.
Les contrats intuitu personae (conclus en considération de la personne du cédant) sont les plus sensibles. Un franchiseur, par exemple, peut refuser l'agrément du cessionnaire et résilier le contrat de franchise, ce qui prive le fonds de son enseigne et de son savoir-faire.
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Identifier les contrats non transférables est une étape décisive de toute opération de reprise. Un accompagnement juridique dédié réduit le risque de rupture post-cession.
Risques et précautions avant la cession
Les 3 risques principaux pour l'acquéreur :
- Rupture de contrats stratégiques : un fournisseur ou un client refuse de poursuivre la relation avec le cessionnaire. Le chiffre d'affaires prévisionnel est amputé.
- Contentieux salarial : un salarié conteste les conditions du transfert ou l'acquéreur omet de reprendre un contrat de travail. Les indemnités prud'homales peuvent atteindre 20 mois de salaire brut pour un salarié ayant plus de 10 ans d'ancienneté.
- Défaut d'assurance : l'acquéreur ne notifie pas l'assureur dans les délais. Un sinistre survient pendant la période de flottement, sans couverture effective.
La due diligence contractuelle
L'audit préalable (due diligence) doit cartographier l'ensemble des contrats en cours et les classer en 3 catégories :
- Contrats transférés de plein droit : bail, travail, assurance - vérifier les clauses restrictives
- Contrats à transférer sous condition : obtenir l'accord écrit du cocontractant avant la signature
- Contrats non transférables : prévoir leur remplacement ou intégrer l'impact financier dans le prix de cession
Cette cartographie conditionne la valorisation du fonds. Un fonds dont 30 % du chiffre d'affaires dépend d'un contrat client non transférable ne vaut pas le même prix qu'un fonds dont la clientèle est diffuse.
Sécuriser le transfert dans l'acte de cession
L'acte de cession est le document qui formalise les engagements des parties sur le sort des contrats. Plusieurs mécanismes juridiques permettent de sécuriser l'opération :
- Conditions suspensives : subordonner la cession à l'obtention de l'accord de cocontractants identifiés (franchiseur, bailleur, fournisseur clé)
- Garantie d'actif et de passif : le cédant garantit que les contrats déclarés sont en cours de validité et exempts de contentieux
- Clause de non-concurrence : empêcher le cédant de détourner la clientèle ou les fournisseurs après la cession
- Annexe contractuelle : lister exhaustivement les contrats transférés, ceux en cours de renégociation et ceux exclus du périmètre
Le séquençage de l'opération suit généralement ce calendrier :
- Due diligence contractuelle (4 à 8 semaines)
- Négociation des accords de transfert avec les cocontractants clés
- Rédaction de l'acte de cession intégrant les conditions suspensives
- Signature sous conditions suspensives
- Levée des conditions et réalisation définitive
Chaque étape produit des documents opposables. L'absence de formalisation écrite d'un accord de transfert expose l'acquéreur à un refus ultérieur du cocontractant, sans recours efficace. La rédaction de l'acte de cession et des conditions suspensives nécessite une expertise juridique adaptée à chaque opération.
Tout savoir sur les cessions de fonds de commerce et de droit au bail - Maître Baptiste ROBELIN
FAQ sélectionnée
Quels contrats sont transférés automatiquement lors d'une cession de fonds de commerce ?
Seuls 3 types de contrats sont transférés de plein droit : le bail commercial (art. L. 145-16 C. com.), les contrats de travail (art. L. 1224-1 C. trav.) et les contrats d'assurance de dommages (art. L. 121-10 C. assur.). Tous les autres contrats nécessitent l'accord du cocontractant.
Le bailleur peut-il refuser le transfert du bail commercial ?
Non, le bailleur ne peut pas interdire la cession du bail lorsqu'elle accompagne la cession du fonds de commerce. En revanche, le bail peut contenir une clause d'agrément imposant au cédant d'informer le bailleur et d'obtenir son accord sur la personne du cessionnaire. Le non-respect de cette clause peut entraîner la résiliation du bail.
L'acquéreur peut-il refuser de reprendre les salariés du cédant ?
Non. Le transfert des contrats de travail prévu par l'article L. 1224-1 du Code du travail est d'ordre public. L'acquéreur reprend tous les salariés attachés à l'entité économique transférée, avec leur ancienneté et leurs conditions de rémunération. Tout licenciement motivé par la seule cession est sans cause réelle et sérieuse.
Comment sécuriser le transfert des contrats fournisseurs ?
Les contrats fournisseurs ne suivent pas le fonds automatiquement. L'acquéreur doit obtenir l'accord écrit de chaque fournisseur avant la cession. La méthode la plus sûre consiste à intégrer ces accords comme conditions suspensives dans l'acte de cession, afin de ne pas finaliser l'opération sans garantie d'approvisionnement.
Que se passe-t-il si un contrat d'assurance n'est pas notifié à l'assureur après la cession ?
Le contrat d'assurance est transféré automatiquement, mais l'acquéreur et l'assureur disposent chacun d'un droit de résiliation dans les 3 mois. Sans notification, l'assureur peut ignorer le changement de propriétaire et contester la prise en charge d'un sinistre. Il est recommandé de notifier l'assureur dès la signature de l'acte.
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Article L1224-1 du Code du travail - Légifrance. Article L145-16 du Code de commerce - Légifrance. Du fonds de commerce, articles L141-2 à L146-4 - Légifrance.
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