Causes et conséquences de la fermeture des petites entreprises au Royaume-Uni
Au Royaume-Uni, la fermeture des petites entreprises connaît une hausse significative depuis la fin des dispositifs de soutien publics mis en place durant la pandémie de COVID-19. Cette augmentation rapide intervient après deux années avec de très faibles niveaux de sinistralité, principalement marquées par des liquidations volontaires à la demande des créanciers, appelées Creditors Voluntary Liquidation (CVL). Alors que les grandes entreprises restent à un niveau de défaillance inférieur à celui de 2019, les petites et micro-entreprises sont les plus affectées par ces difficultés.
Évolution des défaillances d'entreprises avant et pendant la pandémie
Avant 2020, les défaillances d'entreprises au Royaume-Uni étaient relativement stables et en baisse. Entre 2015 et 2019, environ 16 500 entreprises par an étaient déclarées insolvables, avec un taux passant de 47 à 42 défaillances pour 10 000 entreprises en activité. Cette baisse s'expliquait par une période de taux d'intérêt bas, une meilleure situation macroéconomique, et des fondamentaux solides, incluant des marges nettes des entreprises cotées améliorées.
En 2020 et 2021, ces tendances ont été bouleversées par la pandémie. Des mesures publiques fortes telles que le chômage partiel, les prêts garantis, la suspension de certaines lois commerciales et un moratoire sur les demandes de liquidation ont drastiquement abaissé le nombre de défaillances, avec une chute de 28 % en 2020 et un maintien à un niveau historiquement bas au premier semestre 2021.
Retour à la normalisation et intensification des faillites post-pandémie
La fin des mesures de soutien et la disparition des moratoires à partir de mi-2021 ont favorisé une reprise rapide des liquidations d'entreprises. Les défaillances ont ainsi augmenté de 11 % en 2021 puis de 57 % en 2022, dépassant de 26 % les niveaux de 2019 et atteignant un sommet inédit depuis 2009. Cette progression est principalement portée par les micro-entreprises, qui sont passées de 73 % des faillites en 2019 à 81 % en 2022.
Les entreprises doivent aujourd'hui faire face à un environnement financier plus difficile : endettement élevé post-confinement, hausse des coûts de l'énergie, des matières premières et des salaires, baisse du revenu disponible des consommateurs pour la seconde année consécutive, et surtout hausse des taux d'intérêt, passés de 3,1 % en 2019 à 6 % au premier trimestre 2023. Cette dernière évolution menace la viabilité de nombreuses petites entreprises dont la capacité à rembourser et refinancer la dette est compromise.
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Facteurs spécifiques augmentant les risques sectoriels
Si certains secteurs comme la pharmacie et la chimie restent stables, d'autres ont vu leurs faillites exploser ces dernières années. Le secteur agroalimentaire a chuté avec une hausse de 83 % des défaillances sur trois ans, portant près de 300 entreprises à la faillite en 2022. L'automobile, les transports, l'énergie et la construction subissent également de fortes augmentations, la construction étant la plus touchée en 2022 avec 5 200 défaillances, soit +34 % par rapport à 2019.
Les secteurs de l'hôtellerie, de la restauration et de la distribution sont également vulnérables. Près d'un cinquième des entreprises d'hôtellerie et restauration se disent très sensibles à la hausse des salaires, des coûts énergétiques et aux changements des habitudes de consommation, ce qui pourrait entraîner de nouvelles vagues de défaillances.
Conséquences économiques et sociales
La montée des faillites pèse lourdement sur l'économie britannique. En plus de la perte directe d'emplois, les fermetures massives contribuent à creuser les inégalités régionales. Le nord de l'Angleterre, historiquement industriel, souffre particulièrement de la désindustrialisation et d'un taux de chômage plus élevé, tandis que la région de Londres bénéficie d'une concentration plus forte de main-d'œuvre qualifiée et d'investissements.
Par ailleurs, la dégradation du tissu des petites entreprises fragilise l'économie locale et nationale. La difficulté d'accès au crédit bancaire renforce un cercle vicieux où les défaillances conduisent à un resserrement du crédit, ce qui nuit à la capacité des entreprises à continuer leurs activités ou à se restructurer.
Procédures légales relatives aux fermetures : la requête en liquidation
La requête de mise en liquidation est l'instrument juridique majeur pour un créancier souhaitant récupérer des dettes impayées. Quand une entreprise est incapable de payer ses dettes, un créancier peut déposer une demande auprès du tribunal si la dette dépasse 750 livres sterling et reste impayée. Si cette demande est acceptée, l'entreprise est placée en liquidation judiciaire avec la nomination d'un liquidateur chargé de vendre les actifs et de rembourser les créanciers.
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| Étape de la procédure | Description |
|---|---|
| Dépôt de la requête | Un créancier dépose la demande auprès du tribunal et signifie l'entreprise. |
| Publication | La requête est publiée dans la London Gazette, entraînant souvent le gel des comptes bancaires. |
| Audience de la Cour | Le tribunal examine la demande, et l'entreprise peut s'opposer si la dette est contestée ou solvable. |
| Ordonnance de liquidation | Si accordée, l'entreprise est liquidée et les administrateurs perdent le contrôle. |
Les conséquences pour les entreprises sont sévères : gel des comptes bancaires, perte du contrôle de la société, enquête sur la conduite des administrateurs, et fermeture définitive avec liquidation des actifs. Toutefois, il est encore possible de stopper la procédure en payant la dette, en négociant avec les créanciers, en contestant la dette ou via des mécanismes de sauvegarde comme le Company Voluntary Arrangement (CVA).
Le Company Voluntary Arrangement (CVA) comme solution pour éviter la liquidation
Le CVA est un accord contractuel entre une entreprise et ses créanciers, supervisé par un Licensed Insolvency Practitioner, qui suspend les actions en justice pendant une durée de 1 à 5 ans. Il permet à l'entreprise de poursuivre ses activités tout en effectuant des paiements échelonnés aux créanciers. Ce mécanisme offre une alternative plus favorable à la liquidation pure, offrant souvent des remboursements plus élevés et la possibilité d'une restructuration.
Pour être adopté, le plan doit recueillir l'approbation d'au moins 75 % des créanciers en valeur. Si la société respecte les termes, le solde des dettes est effacé à l'issue de la période convenue. En cas de non-respect, un superviseur informe les créanciers, qui peuvent décider de modifier le CVA ou d'enclencher la liquidation.
Impact des crises récentes sur les petites entreprises et perspectives à venir
Outre la pandémie, le Brexit a accéléré les difficultés économiques au Royaume-Uni, contribuant à un déficit d'ouvertures de nouvelles entreprises (-23 %) et à une envolée de 70 % des fermetures d'entreprises sur un an à un moment donné. Certains secteurs comme le transport ont été particulièrement sinistrés, avec une multiplication par trois des cessations d'activités liées aux restrictions sanitaires.
Les récents défaillances emblématiques incluent la compagnie aérienne Flybe et les restaurants italiens Carluccio's, illustrant l'impact très concret des fermetures sur l'emploi et l'économie locale. Malgré des mesures de soutien gouvernementales, un nombre important d'entreprises peine à en bénéficier pleinement, ce qui pourrait entraîner un déclin prolongé du tissu entrepreneurial britannique.
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À plus long terme, l'économie britannique fait face à des défis structurels importants, notamment la reconversion des régions industrielles anciennement prospères, un fort déséquilibre entre Londres et le reste du pays en termes de capital humain et d'attractivité, ainsi que la nécessité de moderniser et diversifier les secteurs économiques. La capacité des petites entreprises à s'adapter dans ce contexte complexe déterminera en grande partie la vigueur future de l'économie nationale.
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