Exemples Inspirants d'Entrepreneuriat Social : Changer le Monde une Initiative à la Fois
L'entrepreneuriat social est un mouvement en pleine expansion, porté par des acteurs du "social business" qui souhaitent changer les choses et œuvrer au bien-être de la communauté. Ces initiatives, à la fois admirables, inspirantes et courageuses, montrent comment il est possible de concilier impact social et performance économique.
Favoriser l’intégration des réfugiés dans le marché de l’emploi, faire revivre l’artisanat marocain tout en développant l’éducation des filles, relancer l’emploi par l'upcycling des pneus au Sénégal : voici 5 initiatives d'entrepreneuriat social à la fois admirables, inspirantes et courageuses !
Webinaire « L’entrepreneuriat social et sa place dans le monde universitaire »
Des Initiatives Innovantes au Service du Bien Commun
1. Le Baluchon : Un Projet Culinair et Inclusif
François et Louise, les fondateurs du Baluchon, ont constaté les difficultés d'insertion professionnelle dans certains quartiers de la banlieue parisienne. Passionnés de nourriture, ils ont imaginé un projet d’alimentation locale et responsable pouvant également contribuer au développement de ces zones prioritaires.
C’est ainsi qu’est né Baluchon en 2014 en tant qu’ESUS (Entreprise Solidaire d’Utilité Sociale), agrément qui atteste de son caractère solidaire : sa priorité n’est pas le profit mais la recherche d’utilité sociale et son mode de gouvernance est démocratique.
En plus de développer l’insertion professionnelle dans le territoire de Romainville, Baluchon offre à la population locale une alimentation responsable dans son restaurant. Baluchon ne travaille qu’avec des produits frais de saison, si possible issus de la région Ile de France. L’entreprise s’engage également à acheter ses produits à un prix juste auprès des producteurs et privilégie des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement.
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Aujourd’hui Baluchon est devenu un groupe qui rassemble plusieurs entreprises sociales unies par ce double objectif d’insertion professionnelle et d’alimentation responsable.
2. Kodiko : Un Projet d'Insertion Professionnelle des Réfugiés
L’association Kodiko a été créée pour venir en aide aux réfugiés dans leur recherche d’emploi. L’idée est partie d’un constat alarmant : un réfugié met en moyenne 5 ans à trouver un emploi stable avec une rémunération décente.
C’est ainsi que, sous l’impulsion de sa fondatrice Cécile, l’idée a émergé de mettre en place des dispositifs d’accompagnements avec deux composantes : un suivi individuel fait par un salarié d’une entreprise partenaire et une formation collective de 6 mois pour donner aux réfugiés les clés essentielles dans leur recherche d’emploi.
Kodiko, qui vient du mot “codes” en grec, c’est donc une association qui transmet les “codes” professionnels et culturels qui permettent aux réfugiés une insertion efficace sur le marché du travail.
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A travers ses dispositifs de “co-training” innovants, les réfugiés apprennent à connaître les rouages du monde professionnel, épaulés par des salarié-volontaires qu’ils rencontrent régulièrement.
Les résultats obtenus sont prometteurs : environ 1 réfugié sur 2 a pu trouver un emploi après avoir suivi la formation de Kodiko.
3. Amaz : Relancer l’Artisanat au Maroc, Démocratiser l’Éducation des Filles
Fadela a deux sensibilités : une pour les sneakers et une pour l’éducation. Son projet ? Concilier les deux. Son approche : une formule audacieuse mêlant tradition et innovation.
Alors consultante dans le secteur public, Fadela se rend compte des défis majeurs que pose l’éducation dans son pays et décide de s’y investir. Passionnée depuis toutes petites par les Sneakers, elle crée alors sa propre marque de chaussures, fabriquées selon les traditions de l’artisanat marocain.
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4. E-Cover : Le Recyclage des Pneus au Service de l’Économie Locale au Sénégal
Dans de nombreuses villes du Sénégal, les déchets de pneus font partie du paysage des villes. A 20 ans et à peine 50 euros en poche, Yaye Souadou Fall décide de changer cela et se lance dans une entreprise audacieuse : récupérer les pneus usagés qui trainent dans les rues et leur donner une seconde vie.
Pour cela, elle a une idée géniale : utiliser des hachoirs à viandes pour broyer les pneus usagés. Et bingo : La matière obtenue devient parfaitement exploitable !
Dans la conception de terrasses, aires de jeux et même de semelles de chaussures, le produit d’E-Cover a rapidement trouvé preneurs parmi les entreprises du territoire.
Une fois son activité lancée, l’entreprise décide alors de s’implanter à Bambilor, là où les déchets de pneus encombrent les rues de manière dramatique et où de nombreuses personnes recherchent un emploi.
Avec un budget très faible, E-Cover a su faire preuve d’ingéniosité dans ses levées de fonds et a opté pour des investissements durables.
Les conséquences sur le territoire de Bambilor sont doublement positives : de nouveaux emplois ont été crées et les déchets de pneus retrouvent une seconde utilité.
5. Gawad Kalinga : Lutter Contre la Pauvreté aux Philippines
L’entrepreneuriat social joue un rôle tout à fait crucial dans les pays en développement. Là où les pouvoirs publics semblent impuissants face à la montée des inégalités et la pauvreté de masse, le “social business” trouve son terrain de prédilection. A cet égard, l’exemple de Gawad Kalinga aux Philippines prend tout son sens.
Dans ce pays où ¼ de la population vit sous le seuil de pauvreté, les entrepreneurs sociaux ont une utilité vitale et oeuvrent notamment à l’insertion professionnelle des populations précaires.
C’est tout le sens de la démarche entreprise par Tony Meloto, le plus connu des entrepreneurs sociaux et également fondateur de Gawad Kalinga. Inquiet pour ses enfants, il a rapidement compris que l’on ne pourrait pas résoudre les problèmes d’insécurité à Manille sans s’attaquer à son principal vecteur : la pauvreté.
Il décide alors de fonder son propre mouvement qui rassemble travailleurs pauvres et jeunes entrepreneurs philippins autour d’un projet global de lutte contre la pauvreté.
Il crée des structures de travail, à commencer par un “Village agricole universitaire” où riches et pauvres collaborent dans des travaux d’intérêt public. Il réussit également à convaincre les délinquants de sortir des bidonvilles pour venir travailler et se construire un avenir meilleur.
Les nombreuses constructions d’habitats ainsi que le développement de projets agricoles solidaires ont déjà permis de sortir plus d’un million de personnes de la précarité.
L'Essor de l'Économie Sociale et Solidaire en France
Un véritable plébiscite pour l’économie sociale et solidaire (ESS) : un élève des grandes écoles sur deux souhaite, un jour, effectuer un travail lui permettant d’être au service de l’intérêt général. Et plus de la moitié de ces élèves aspirent à se tourner vers l’ESS, selon une étude de la Conférence des grandes écoles et du Boston Consulting Group.
Face à cet engouement, des établissements prestigieux comme HEC, l’Essec ou l’université Paris-Dauphine proposent, depuis plusieurs années, des chaires d’entrepreneuriat social. En effet, ce secteur a le vent en poupe. Il emploie, selon Bercy, 2,4 millions de salariés, représente déjà 10% du PIB français et compte environ 200.000 entreprises.
A la tête de ces dernières, on trouve des créateurs et des créatrices d’un nouveau genre qui inventent un système de croissance améliorant la façon de produire, d’entreprendre et de consommer. Mais s’ils s’engagent notamment à réaliser des marges plus faibles et à plafonner les gros salaires, leurs entreprises doivent néanmoins être rentables et attractives. Un pari aussi ambitieux que prometteur.
Des Femmes qui Changent le Monde
À la croisée de l’innovation, de la justice sociale et de l’économie durable, ces femmes transforment le monde en bâtissant des entreprises qui visent autant le profit que le progrès. En France, les femmes représentent 39 % des créateurs d’entreprise selon l’INSEE, mais leur présence reste marginale dans les secteurs à forte croissance et dans les postes de direction.
Pourtant, un autre indicateur mérite l’attention : elles sont de plus en plus nombreuses à inscrire leur démarche entrepreneuriale dans une logique d’impact social et environnemental. L’essor de l’économie sociale et solidaire, qui pèse près de 10 % du PIB français et mobilise plus de 2,3 millions de salariés selon le ministère de l’Économie, constitue un terreau fertile pour cette nouvelle génération d’entrepreneures à mission.
Ces femmes construisent des modèles économiques hybrides, souvent à contre-courant du capitalisme traditionnel, en conjuguant rentabilité, inclusion, justice climatique ou encore innovation technologique responsable. Dans un contexte de crise environnementale, de défiance sociale et de transitions multiples, leur rôle apparaît d’autant plus décisif.
Mais si leur contribution à l’économie durable est tangible, les freins structurels restent tenaces : accès au financement, manque de visibilité, stéréotypes de genre. Alors comment ces femmes parviennent-elles à surmonter ces obstacles ? Quels leviers activent-elles pour concilier business et engagement ?
Elles sont là, en nombre croissant, discrètes parfois, mais essentielles. Elles, ce sont les femmes entrepreneures qui, en France, entreprennent autrement. Ni tout à fait dans les codes du capitalisme classique, ni totalement hors-système, elles dessinent les contours d’un nouvel horizon économique, plus juste, plus durable, plus solidaire.
Un paysage encore imparfait, balisé d’obstacles structurels, mais dans lequel germe un mouvement de fond qui échappe aux radars grossiers des statistiques classiques. En 2023, selon les dernières données publiées par l’INSEE, les femmes représentent 39 % des créateurs d’entreprises en France. Une proportion qui, si elle traduit une progression réelle sur les deux dernières décennies, cache encore une réalité plus sombre.
Car dans les filières à forte croissance - celles qui concentrent les capitaux, l’attention médiatique et les aides publiques - la présence des femmes reste anecdotique. Dans les startups de la tech, dans les jeunes pousses adossées à des dispositifs de financement à grande échelle, les dirigeantes peinent à dépasser les 10 % des postes de direction. Le plafond de verre entrepreneurial est là, bien réel, et semble plus résistant encore dès qu’il s’agit d’atteindre les sommets du capital-risque.
Le collectif SISTA, engagé pour plus de parité dans la tech, a révélé qu’en France, seules 2 % des levées de fonds bénéficient à des équipes fondatrices entièrement féminines. Mais là où l’on attendait croissance, certaines ont choisi impact. À rebours de l’obsession pour la scalabilité ou les « exits » fulgurants, de nombreuses entrepreneures font le pari d’un modèle plus ancré dans la réalité sociale et écologique.
L’étude menée par le Global Entrepreneurship Monitor met en lumière une singularité : les femmes entrepreneures sont significativement plus nombreuses que leurs homologues masculins à inscrire leur projet dans une logique d’impact social ou environnemental. Là encore, les chiffres parlent. Ce sont elles qui créent des structures d’insertion pour les publics précaires, qui inventent des solutions pour lutter contre le gaspillage, qui imaginent des outils pour mieux soigner, éduquer, loger ou nourrir sans détruire.
Leur économie est peut-être plus frugale, mais elle est résolument tournée vers le commun. Cette dynamique trouve un écho croissant dans les nouvelles formes d’entreprise qui émergent en périphérie des grands modèles classiques. Qu’il s’agisse des structures relevant de l’économie sociale et solidaire ( l’ESS) , des sociétés à mission ou des entreprises labellisées B Corp ou ESUS, ces formats hybrides attirent un nombre croissant de femmes entrepreneures. Ils offrent des cadres juridiques plus souples pour articuler performance économique et finalité sociale.
Ce changement de paradigme reste néanmoins fragile. Il se heurte aux logiques d’un système encore largement masculin, compétitif, centré sur la rentabilité court-termiste. Mais il avance. À bas bruit. Et ce sont souvent des femmes qui en tracent les premiers sillons. Leur puissance ne se mesure pas en valorisation boursière, mais en impact réel, palpable, durable.
Elles ne révolutionnent pas seulement le monde de l’entreprise. En refusant de choisir entre engagement et rentabilité, entre idéaux et stratégie, entre impact social et performance économique, ces femmes pavent la voie d'un entrepreneuriat féminin à impact . Leurs trajectoires sont autant de récits d’insubordination silencieuse à l’ordre établi, de détournement des outils de la croissance pour mieux les mettre au service d’une vision transformatrice.
Ces femmes ont en commun d’avoir bâti, depuis la France, des entreprises qui ne s’excusent pas de gagner de l’argent, mais qui l’investissent dans la réparation, la solidarité ou la durabilité. Le business, chez elles, n’est pas une fin, mais un levier.
Quelques exemples de femmes entrepreneures à impact :
- Céline Lazorthes (Résilience) : Elle déploie des outils de télésurveillance médicale à destination des patients atteints de cancer.
- Lucie Basch (Too Good To Go) : Elle a placé le gaspillage au centre d’une dynamique économique vertueuse.
- Eva Sadoun (Lita.co, Rift) : Elle bouscule de l’intérieur les codes d’un secteur opaque et souvent imperméable aux exigences citoyennes.
- Fany Péchiodat (Seasonly) : Elle relie soin de soi et soin de la planète, déconstruire les promesses creuses de l’industrie beauté, proposer des produits traçables, accessibles, efficaces.
- Cécile Réal (EndoDiag) : Elle développe des solutions de diagnostic précoce de l'endométriose.
- Hind Elidrissi (Wemind) : Elle a fondé Wemind, une mutuelle pensée pour les freelances, les auto-entrepreneurs, les travailleurs de la « gig economy ».
- Sarah Toumi (Acacias for All) : Elle fonde Acacias for All, un projet d’agriculture régénératrice qui mêle plantation d’arbres, développement local et autonomisation des femmes rurales.
- Flore Berlingen (Zero Waste France) : Elle a cofondé une coopérative spécialisée dans le réemploi, véritable alternative au tout-jetable.
Elles bousculent les grilles de lecture traditionnelles du succès entrepreneurial. Là où le chiffre d’affaires, la marge brute ou le taux de croissance dictaient autrefois la loi, les nouvelles entrepreneures à impact déplacent la focale. L’utilité sociale, l’impact environnemental, la gouvernance partagée ou encore la contribution au bien commun deviennent les nouveaux indicateurs d’une réussite qui ne se mesure plus seulement en résultats comptables.
Ces critères, longtemps relégués au second plan, deviennent centraux dans la définition d’un modèle entreprise à impact en rupture avec les logiques purement financières. Et cette redéfinition, ce recentrage autour de ce qui fait sens, trouve dans l’entrepreneuriat féminin un terreau fertile.
Le modèle économique qu’elles portent n’est pas celui de la performance immédiate à tout prix, ni celui du monopole qui écrase. Il est fait de marges maîtrisées, de croissance organique, de partenariats de long terme. Il est, souvent, résolument hybride.
Pour se financer, ces entrepreneures conjuguent les sources : financement participatif, fonds à impact, mécénat privé, clients engagés, subventions publiques. Chacun de ces leviers s’inscrit dans une logique qui dépasse la rentabilité : il s’agit de soutenir un projet de société, de rendre possible une autre manière de produire, de consommer, de soigner, de se loger.
Dans ces entreprises, le pouvoir ne se concentre pas, il se diffuse. Le leadership s’écrit au pluriel. On y parle d’intelligence collective, de gouvernance partagée, de participation. Il s’efforce de créer un cadre de travail qui respecte les personnes autant qu’il poursuit une mission.
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