L'essor de l'entrepreneuriat féminin en Afrique : Chiffres et Statistiques
Les préoccupations liées aux inégalités de genre et, plus généralement, à l’autonomisation des femmes (empowerment) dans le monde sont aujourd’hui au cœur des problématiques du développement. Le sujet de l’autonomisation des femmes (women’s empowerment) est devenu ces dernières années une préoccupation centrale du secteur du développement. Qu’il s’agisse d’acteurs faisant le « business case » de l’empowerment des femmes comme moyen ou prérequis pour atteindre d’autres objectifs ou d’organisations qui ont fait de ce sujet un objectif à part entière dans leur mission, force est de constater que l’autonomisation des femmes est désormais perçue de manière unanime comme une thématique fortement corrélée au reste des enjeux de développement. Mais quelle est la nature de la relation entre ces deux thématiques ? L’entrepreneuriat permet-il une véritable autonomisation et ne risque-t-il pas de réduire l’empowerment à sa simple dimension économique ?
Le terme « women’s empowerment » est apparu dans les années 80 et faisait alors référence à l’action de transformer les relations de pouvoir en faveur d’une plus grande égalité entre femmes et hommes. Le concept d’autonomisation renvoie invariablement à la notion de pouvoir. La littérature féministe de l’époque le présente comme le processus au travers duquel les femmes acquièrent la capacité et la liberté de contrôler les modalités de leur propre vie. Cette même littérature souligne trois éléments à la base de l’empowerment : l’acquisition d’une conscience critique, la capacité de libre expression, et l’accès et le contrôle sur les ressources. Trois dimensions du concept d’autonomisation qui montrent bien le caractère à la fois personnel et politique de l’empowerment. L’autre point essentiel largement défendu dans les écrits sur le sujet est le caractère « interne » de ce processus : l’empowerment ne peut pas être un processus légitimé, permis ou autorisé par une autorité externe supérieure. Il relève de l’acquisition d’un pouvoir « interne » aux individus de se percevoir et de se définir comme les principales acteurs de leur transformation et de celle de leurs communautés.
Gisèle Halimi écrivait en 1992 : « C’est dans la dépendance économique que toutes les autres dépendances des femmes prennent leur source ». Cette phrase articule parfaitement ce que l’entrepreneuriat peut apporter aux femmes. D’abord la capacité de s’assurer soi-même une source de revenus prévisible et régulière permettant d’anticiper, de se projeter et d’agir de manière plus indépendante. Mais également la liberté de créer, d’agir, d’innover, de commercer, de gagner sa vie, de participer à la vie économique, de créer de la valeur, et d’être reconnue comme telle par les autres membres de sa communauté. Partout dans le monde, l’entrepreneuriat peut en effet être une alternative puissante pour les femmes face à l’absence d’emploi salarié, aux barrières persistantes à l’entrée sur le marché du travail ou encore face à des options d’emploi plus précaires ou moins épanouissantes.
En Afrique, 25% des femmes actives créent leur entreprise. Elles seraient à l'origine de 65% de la richesse du continent. L’entrepreneuriat féminin africain fait de plus en plus parler de lui, surtout depuis que les études sur le sujet se multiplient, lui créditant le taux le plus élevé au monde, soit 24% des femmes actives. L’Afrique est aujourd’hui un terrain fertile pour l’entrepreneuriat féminin, avec une dynamique qui place le continent en tête du classement mondial en termes de participation des femmes à l’entrepreneuriat. Selon le Global Entrepreneurship Monitor, près de 27 % des femmes adultes en Afrique subsaharienne sont engagées dans des activités entrepreneuriales.
En Asie, 13 % des femmes en âge de travailler (18-64 ans) se sont récemment lancées dans l’entrepreneuriat. Ce taux atteint les 17 % en Amérique Latine et les 22 % en Afrique subsaharienne.
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L’Afrique connaît depuis plus d’une décennie une croissance soutenue dans laquelle les femmes jouent un rôle de premier plan. On les trouve plus précisément en Afrique sub-saharienne, selon une étude réalisée par le consortium The Global Entrepreneurship Monitor (GEM), parue en février 2015. Pour Yasmin Belo-Osagie et Afua Osei, jeunes co-fondatrices de She leads Africa, une plateforme pan-africaine qui présente les femmes les plus prometteuses aux investisseurs, la raison est double : le besoin et les opportunités. « D’une part, il n’y a pas suffisamment de jobs et les gens doivent donc se battre pour se créer leurs propres opportunités. D’autre part, étant donné que l’Afrique est l’une des économies les moins développées du monde, il y a énormément d’opportunités pour les entrepreneurs qui peuvent imaginer des solutions pour résoudre les problèmes des gens », estiment-elles. L’Afrique est un continent en pleine mutation, et attire de plus en plus les investisseurs. Les économistes remarquent qu’elle a particulièrement bien tenu lors de la crise financière mondiale. La Banque mondiale table sur 5% de croissance pour 2015-2016, boostée par la demande intérieure d’une classe moyenne grandissante.
L’agriculture, où les femmes représentent près de 50 % de la main-d’œuvre en Afrique subsaharienne selon la Banque africaine de développement, demeure un secteur clé pour les entrepreneures. En modernisant les méthodes traditionnelles et en se tournant vers des pratiques durables, elles parviennent à réinventer ce secteur. Le secteur numérique connaît une croissance fulgurante en Afrique, et les femmes y trouvent une opportunité unique de s’imposer. Des startups dirigées par des entrepreneures, comme PiggyVest au Nigeria ou Moringa School au Kenya, démontrent l’étendue du potentiel des fintechs et edtechs.
Les défis de l'entrepreneuriat féminin en Afrique
Malgré une dynamique d'entrepreneuriat féminin impressionnante, les femmes entrepreneures en Afrique font face à de nombreux défis. L'accès limité au financement est l'un des obstacles majeurs : selon la Banque Africaine de Développement, près de 70% des femmes entrepreneures estiment que l'accès au capital est leur principal défi. Outre le financement, les femmes doivent surmonter des contraintes culturelles et sociales, ainsi qu'un manque d'infrastructures et de formations adaptées. Néanmoins, grâce à leur résilience et à leur créativité, les femmes continuent de jouer un rôle clé dans l'économie africaine, contribuant à la diversité et à l'innovation dans l'écosystème entrepreneurial.
Le taux d’activité entrepreneuriale totale pour les femmes (total entrepreneurship activity, défini comme la part de la population en âge de travailler participant à des activités de création d’entreprise), représente 75 % de celui des hommes. Dans certains pays comme l’Inde, le Burkina Faso, le Sénégal ou le Cameroun, 60 % des femmes entrepreneures n’ont jamais été à l’école. Les femmes sont 20 % plus nombreuses que les hommes à démarrer une activité entrepreneuriale, principalement car elles n’ont accès à aucune autre opportunité économique. Globalement, les perspectives de croissance des femmes entrepreneures sont inférieures de 38 % par rapport à celles des hommes. 30 % des femmes en Afrique subsaharienne dont les entreprises ont échoué reportent l’absence de profit comme principale cause. L’énoncé de ces quelques chiffres illustre bien les inégalités de genre qui pèsent sur le secteur de l’entrepreneuriat et leurs conséquences.
Tout au long de leur vie, les femmes, quel que soit leur pays d’origine, font en effet face à des systèmes inégalitaires et discriminants qui viennent nécessairement impacter leur potentiel et leurs capacités en tant qu’entrepreneure. Outre les barrières rendues « visibles » par ces statistiques et généralement assimilables à des programmes d’actions bien ciblés (au niveau de l’accès à l’éducation ou encore à du capital financier), il est également indispensable de prendre en compte les normes culturelles et sociales, moins visibles et moins mesurables, qui viennent également entraver sur les plans physique et psychologique le niveau d’indépendance, le sens des priorités et les aspirations individuelles des femmes. Ce qu’il est intéressant de retenir de ces données est bien la multiplicité des contraintes rencontrées par les femmes entrepreneures, car elle explique pourquoi certaines stratégies, politiques ou programmes qui ciblent explicitement les femmes sur une problématique particulière, n’aboutissent pas toujours aux résultats espérés. L’étude des contraintes vécues par les femmes entrepreneures révèle également un secteur fragmenté ainsi que des besoins pluriels.
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L’accès au financement reste l’un des principaux obstacles pour les entrepreneures africaines. Près de 70 % d’entre elles déclarent que le manque de capital freine la mise en œuvre de leurs projets. Ce problème est exacerbé par des discriminations structurelles, qui limitent leur accès aux prêts bancaires et aux investissements en capital-risque. Les normes sociales et culturelles représentent également un frein majeur. Le manque d’accès aux réseaux professionnels et aux mentors constitue un autre défi. Sans accès aux technologies modernes ni à une formation continue, les entrepreneures ont du mal à innover et à rester compétitives sur le marché globalisé.
Pour faciliter la lecture, la compréhension et l’accompagnement d’un tel écosystème, nous proposons de catégoriser les femmes entrepreneures en trois groupes : celles qui entreprennent par survie (necessity-driven entrepreneurship) ; celles qui entreprennent car elles identifient des opportunités de marché (opportunity-driven entrepreneurship) ; et celles qui entreprennent par vocation et affichent des ambitions entrepreneuriales supérieures à la moyenne (success-driven entrepreneurship).
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Des femmes qui font bouger l'Afrique
Bien que les femmes aient un accès progressif à l’éducation, les normes culturelles et religieuses freinent leur pleine participation au monde des affaires. Les entrepreneures de cette région se heurtent à des obstacles structurels, comme l’accès limité au financement ou les restrictions sociales liées à la mobilité et à la mixité dans les affaires. Malgré cela, certaines entrepreneures se distinguent.
- Rebecca Enonchong, originaire du Cameroun, est une figure emblématique de l’entrepreneuriat technologique en Afrique. Fondatrice et PDG d’AppsTech, une entreprise spécialisée dans les logiciels d’entreprise, elle est également une voix influente dans la promotion des startups africaines.
- L'entrepreneure éthiopienne, est la créatrice de SoleRebels, une marque de chaussures éthiques fabriquées à partir de matériaux locaux durables. Grâce à son approche axée sur le commerce équitable et l’impact social, elle a réussi à exporter ses produits dans le monde entier, générant des revenus importants pour sa communauté.
- Au Nigeria, Adenike Ogunlesi a transformé Ruff ‘n’ Tumble, une petite entreprise familiale de confection de vêtements pour enfants, en une marque nationale reconnue pour son design innovant et sa qualité.
- Njeri Rionge, une entrepreneure kényane, est co-fondatrice de Wananchi Online, un acteur majeur dans le domaine des technologies de l’information et de la communication en Afrique de l’Est.
Ces femmes représentent une partie des nombreuses success stories africaines. L’Afrique, riche en opportunités économiques, attire de plus en plus d’entrepreneures françaises désireuses de développer leurs activités ou de s’implanter sur le continent. Ces femmes, souvent motivées par un désir d’impact social et de développement durable, apportent leur expertise et leurs innovations pour répondre aux besoins locaux tout en créant des synergies entre les deux continents.
Ces femmes illustrent aussi une approche innovante du partenariat, en combinant les atouts de la France (expertise technique, accès à des financements européens, expérience dans l’innovation) avec les besoins spécifiques des marchés africains. De plus, leur rôle va au-delà des résultats économiques. Elles agissent comme des ambassadrices de la coopération interculturelle, prouvant que des liens solides peuvent être tissés entre des contextes culturels et économiques différents. Leur engagement montre que l’entrepreneuriat peut être un vecteur puissant de changement, non seulement pour répondre aux défis du développement, mais aussi pour construire des ponts durables entre les continents. En s’exportant en Afrique, ces entrepreneures françaises participent à redéfinir les relations économiques entre les deux régions.
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Mélanie Keita, une entrepreneure française d’origine africaine, incarne parfaitement cette dynamique. Co-fondatrice de Melanin Capital, elle a créé une plateforme innovante visant à réduire l’écart de financement pour les PME africaines. Son entreprise connecte les investisseurs internationaux avec des entrepreneurs africains, tout en mettant l’accent sur l’impact social et environnemental des projets soutenus. Mélanie Keita se distingue également par son approche inclusive, qui valorise les entrepreneures africaines en leur donnant les moyens de faire entendre leurs voix.
Sophie Martineau est une autre figure majeure parmi les entrepreneures françaises qui s’exportent en Afrique. Experte en énergies renouvelables, elle dirige une entreprise de conseil spécialisée dans le développement de solutions énergétiques durables adaptées aux besoins des pays africains. Son entreprise collabore étroitement avec des gouvernements locaux, des ONG et des entreprises privées pour concevoir et mettre en œuvre des projets d’énergie solaire, d’éolien et de biogaz. En Côte d’Ivoire, par exemple, elle a participé au développement de micro-réseaux solaires pour alimenter des villages isolés.
Solutions et stratégies pour un entrepreneuriat féminin inclusif
Les institutions internationales et locales jouent un rôle crucial pour soutenir les entrepreneures africaines. La Banque africaine de développement (BAD), par exemple, a lancé l’initiative Affirmative Finance Action for Women in Africa (AFAWA), qui vise à combler l’écart de financement auquel les femmes font face. D’autres institutions, comme Bpifrance, encouragent les femmes françaises souhaitant entreprendre en Afrique, en les soutenant avec des fonds d’investissement et des conseils stratégiques. Le numérique est un levier incontournable pour autonomiser les entrepreneures africaines.
- Penser toutes les phases d’accompagnement non comme un « simple » accès à de l’éducation entrepreneuriale mais comme une opportunité de renforcer le pouvoir d’agence (agency) des femmes bénéficiaires.
- Pour cela, étudier les besoins et contraintes des femmes au préalable est un prérequis pour assurer le succès du programme (cela permet de façonner des curriculums correspondant à une demande claire, reposant sur des opportunités de marché existantes, et prenant en compte les contraintes réelles des femmes).
- Il est usuel de retrouver des stratégies collectives dans un très grand nombre d’actions ayant pour objectif l’empowerment des femmes.
- Pour rendre le système plus inclusif, il ne suffit pas d’encourager les femmes à être moins adverses au risque ou encore à adopter un style de leadership correspondant au style dominant.
- L’enjeu sous-jacent à l’empowerment des femmes est bien la transformation des relations de pouvoir.
- Il est donc nécessaire de ne pas proposer de programmes enfermant les femmes dans davantage de stéréotypes ou dans un style entrepreneurial ne leur correspondant pas.
- Enfin, des indicateurs de mesure d’impact multidimensionnels peuvent (et doivent) être définis.
Des plateformes comme SheTrades permettent aux femmes d’accéder à des marchés internationaux en leur offrant des opportunités de mise en réseau, des formations en ligne et un soutien à l’exportation. La formation continue et l’accès au financement sont essentiels pour surmonter les obstacles auxquels les femmes entrepreneures sont confrontées. Des initiatives locales, comme les programmes d’alphabétisation financière ou les ateliers de développement de compétences, permettent aux femmes de mieux gérer leurs entreprises. Les incubateurs et accélérateurs se révèlent être des catalyseurs puissants pour les entrepreneures africaines. Par exemple, The Tony Elumelu Foundation offre des formations, des mentorats et des financements à des milliers d’entrepreneurs africains, dont une grande proportion de femmes. Les collaborations entre gouvernements, entreprises et ONG sont cruciales pour renforcer l’écosystème entrepreneurial féminin. Par exemple, des initiatives panafricaines comme l’African Women Entrepreneurship Cooperative (AWEC) favorisent la mise en réseau et le partage des meilleures pratiques entre les femmes entrepreneures à travers le continent.
| Indicateur | Chiffre |
|---|---|
| Taux de participation des femmes à l'entrepreneuriat en Afrique subsaharienne | Près de 27% |
| Part des femmes entrepreneures estimant que l'accès au capital est leur principal défi | Près de 70% |
| Entreprises technologiques dirigées par des femmes en Afrique générant plus de rendement | 35% de plus que celles dirigées par des hommes |
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