Financement du RSA par les Départements en France : Défis et Perspectives

Le Revenu de SolidaritĂ© Active (RSA) assure aux personnes sans ressources un niveau minimum de revenu qui varie selon la composition du foyer. Le RSA est ouvert, sous certaines conditions, aux personnes d'au moins 25 ans et aux jeunes actifs de 18 Ă  24 ans s'ils sont parents isolĂ©s ou justifient d’une certaine durĂ©e d’activitĂ© professionnelle. Ce dossier ne dĂ©taille pas les rĂšgles spĂ©cifiques prĂ©vues pour Mayotte.

La gestion et le financement du RSA font l’objet d’une politique partenariale. Il faut toutefois savoir que le Conseil dĂ©partemental a le droit de dĂ©lĂ©guer une partie de ces missions.

Expliquez-nous... le RSA

Augmentation du RSA et Réticences Départementales

À partir du 1er avril, le revenu de solidaritĂ© active (RSA) doit augmenter de 1,7%. Mais 72 dĂ©partements, de droite et du centre, refusent de payer cette hausse. Dans l'Aisne, le prĂ©sident du dĂ©partement, Nicolas Fricoteaux (UDI) assure que le budget ne permet pas de financer l'augmentation. Dans ce dĂ©partement, 76 000 personnes touchent pourtant cette allocation, alors le refus du prĂ©sident d'appliquer la hausse passe mal. "C'est dĂ©bile, dĂ©jĂ  les gens sont prĂ©caires, ça devient encore pire", s'agace une habitante de Laon. De son cĂŽtĂ©, le gouvernement veut rassurer les bĂ©nĂ©ficiaires. Selon un conseiller ministĂ©riel, ils toucheront bien le RSA revalorisĂ©.

Départements de France regrette la mise en place effective, sans concertation préalable, du montant net social destiné à servir de référence pour bénéficier du RSA.

« Nous touchons aux limites du jeu de bonneteau auquel se livre le Gouvernement avec les agences de notation. Camoufler la dĂ©pense sociale en la transfĂ©rant aux DĂ©partements, cela ne peut durer qu’un temps. Chaque annĂ©e, c’est 10 milliards d’euros que l’État camoufle dans nos comptes en ne compensant pas les Allocations Individuelles de SolidaritĂ© (RSA, APA, PCH). Chaque annĂ©e, les DĂ©partements mettent en Ɠuvre 12 milliards d’euros d’investissements, dont plus de 1,6 au service des communes.

Lire aussi: Participez au Projet Odyssée

« On ne peut pas demander aux DĂ©partements d’investir pour les transitions Ă©cologiques, pour armer nos pompiers face aux nouveaux risques climatiques, pour entretenir et dĂ©velopper le rĂ©seau routier et les ouvrages d’art, pour les collĂšges, pour la fibre en tout point du territoire, pour l’enfance en danger et, en mĂȘme temps, disposer de leurs ressources pour les affecter Ă  une mission qui relĂšve de la solidaritĂ© nationale.

Le risque de cette fuite en avant dans la dĂ©pense sociale non compensĂ©e, c’est la transformation des DĂ©partements d’acteur du social, sur leurs territoires, en simples opĂ©rateurs de l’État. Nous refusons cette Ă©volution qui est contraire Ă  notre mission comprenant, outre les solidaritĂ©s humaines auxquelles nous sommes attachĂ©s, les solidaritĂ©s territoriales qui visent au dĂ©veloppement Ă©quilibrĂ© entre villes et campagnes. La paralysie de l’investissement qui en rĂ©sulterait serait un choc immense pour le monde rural dont nous sommes, bien souvent, le seul rempart.

Recentralisation du RSA : Expérimentation et Bilan

Pour les trois dĂ©partements qui expĂ©rimentent la recentralisation du revenu de solidaritĂ© active (RSA), l’AriĂšge, les PyrĂ©nĂ©es-Orientales et la Seine-Saint-Denis, le bilan Ă  mi-parcours est "globalement positif", concluent les sĂ©nateurs de la commission des finances Arnaud Bazin (LR, Val-d’Oise) et Éric Bocquet (Communiste, Nord) au terme d’un contrĂŽle budgĂ©taire sur cette expĂ©rimentation.

"La recentralisation permet de protéger efficacement les départements expérimentateurs contre 'l’effet ciseau' qu’impliquent à la fois les dépenses de RSA en continue augmentation et la volatilité des recettes de DMTO" (droits de mutation Ă  titre onĂ©raux), expliquent-ils en particulier.

En 2023, le "gain net" entre les dépenses de RSA recentralisées et les ressources reprises par l’État en compensation a Ă©tĂ© de 3 millions d’euros pour l’AriĂšge, 22 millions pour les PyrĂ©nĂ©es-Orientales et 44 millions pour la Seine-Saint-Denis (soit un "coĂ»t net" de l’ordre de 68 millions d’euros pour l’État en 2023).

Lire aussi: Guide Crowdfunding SAS

C’est "la fin de l’asphyxie budgĂ©taire" pour ces dĂ©partements, cela "pour un coĂ»t modĂ©rĂ© pour l’État", soulignent les sĂ©nateurs. Ces marges de manƓuvre retrouvĂ©es sont rĂ©investies dans les politiques d’insertion, la Seine-Saint-Denis ayant notamment doublĂ© ses crĂ©dits en 2024 et ses effectifs de rĂ©fĂ©rents insertion. Les PyrĂ©nĂ©es-Orientales devraient mĂȘme tripler le nombre de ces postes.

Le rapport met l’accent sur des progrĂšs, dans les trois dĂ©partements, sur les dĂ©lais d’orientation notamment et sur le nombre de rĂ©orientations - ces derniĂšres dĂ©montrant, selon les sĂ©nateurs, "un souci accru des parcours et de la pertinence de l’orientation".

Carte des départements expérimentant la recentralisation du RSA

L’AriĂšge, les PyrĂ©nĂ©es-Orientales et la Seine-Saint-Denis sont gagnants, financiĂšrement, dans le cadre de la recentralisation du revenu de solidaritĂ© active (RSA), qu’ils expĂ©rimentent depuis deux ans. Ces gains sont rĂ©investis dans les politiques d’insertion du dĂ©partement et le coĂ»t resterait "modĂ©rĂ©" pour l’État.

Département Gain net en 2023 (en millions d'euros)
AriĂšge 3
Pyrénées-Orientales 22
Seine-Saint-Denis 44

Inscription Ă  France Travail et Contrat d'Engagement

À partir du 1er janvier 2025, chaque personne percevant le RSA sera obligatoirement et automatiquement inscrite Ă  France Travail et devra ensuite signer un contrat d'engagement comportant un plan d'actions prĂ©cisant ses objectifs d'insertion sociale et professionnelle.

Initiatives Départementales et Insertion

Pour marquer les trois ans de l’expĂ©rimentation de la renationalisation du financement du Revenu de solidaritĂ© active (RSA), le DĂ©partement de la Seine-Saint-Denis organisait le jeudi 30 janvier une grande soirĂ©e, dĂ©diĂ©e aux acteurs.trices de l’insertion et de l’emploi en prĂ©sence de StĂ©phane Troussel, prĂ©sident du DĂ©partement, et de MĂ©lissa Youssouf, vice-prĂ©sidente chargĂ©e de l’insertion, de l’économie sociale et solidaire, et des fonds europĂ©ens.

Lire aussi: Transparence financiĂšre des campagnes en France

Depuis 2004, le transfert du financement du RMI puis du RSA opĂ©rĂ© par l’Etat vers les dĂ©partements a fortement aggravĂ© les inĂ©galitĂ©s territoriales en asphyxiait financiĂšrement les collectivitĂ©s les plus touchĂ©es par les difficultĂ©s Ă©conomiques et sociales.

Pour mener Ă  bien cette expĂ©rimentation, le DĂ©partement s’est engagĂ© auprĂšs de l’Etat Ă  doubler ses crĂ©dits consacrĂ©s Ă  l’insertion, Ă  renforcer les moyens humains sur le terrain ainsi qu’à doubler le nombre de place financĂ©es dans les dispositifs d’insertion.

Sur le terrain, les moyens humains dĂ©ployĂ©s pour amĂ©liorer significativement l’accompagnement des allocataires du RSA ont Ă©tĂ© considĂ©rablement renforcĂ©s. Pour multiplier par deux les Ă©tapes de parcours et les propositions faites aux allocataires du RSA pour dĂ©velopper leurs compĂ©tences, acquĂ©rir de l’expĂ©rience, rencontrer les employeurs du territoire, trouver des solutions concrĂštes Ă  leurs problĂ©matiques sociales, le choix d’un vĂ©ritable saut quantitatif dans l’offre du programme dĂ©partemental d’insertion et d’emploi a ainsi Ă©tĂ© prĂ©vu avec un passage de 6350 places Ă  12700 sur les cinq ans de l’expĂ©rimentation.

La renationalisation du financement du RSA a permis au DĂ©partement de la Seine-Saint-Denis de repenser en profondeur sa politique d’insertion. Face aux spĂ©cificitĂ©s socio-dĂ©mographiques du territoire, le DĂ©partement a choisi d’agir prioritairement sur la levĂ©e des freins sociaux.

Par ailleurs, compte tenu de la forte proportion d’allocataires allophones en Seine-Saint-Denis, le DĂ©partement, en coopĂ©ration avec les structures prĂ©existantes Ă©tablies dans les EPT de Seine-Saint-Denis, a dĂ©veloppĂ© le rĂ©seau de plateformes de diagnostic et d’orientation linguistique sous l’initiative « Apprendre le Français ».

En complĂ©ment, le DĂ©partement Ɠuvre pour l’inclusion numĂ©rique Ă  travers le programme Plat’In, dĂ©ployant quatre plateformes de diagnostic territoriales.

Les Agences Locales d’Insertion (ALI) incarnent vĂ©ritablement la philosophie au cƓur de la nouvelle donne de l’insertion impulsĂ©e par le DĂ©partement. Depuis leur dĂ©ploiement en 2022, les 22 agences implantĂ©es sur tout le territoire offrent un accompagnement sur-mesure aux allocataires les plus Ă©loignĂ©s des dispositifs classiques de retour Ă  l’emploi. En 2024, ce sont ainsi 11 423 allocataires qui ont franchi les portes des ALI, se voyant offrir un soutien Ă  la fois concret et humain.

Ce processus vise à réintégrer les allocataires dans une logique socio-professionnelle, prenant en compte aussi bien les compétences professionnelles que les enjeux personnels propres à chaque individu.

Le DĂ©partement a profitĂ© de la renationalisation du financement du RSA pour renouveler et renforcer son soutien aux acteurs.ices de l’insertion par l’activitĂ© Ă©conomique (IAE), et dĂ©velopper activement les compĂ©tences des allocataires afin de les prĂ©parer Ă  entrer et Ă©voluer durablement sur le marchĂ© du travail.

‱ L’accroissement des actions en faveur de l’entrepreneuriat pour permettre aux allocataires du RSA souhaitant crĂ©er leur propre emploi de bĂ©nĂ©ficier d’un accompagnement optimal dans leurs dĂ©marches de crĂ©ation ou de consolidation.

« Obtenue aprĂšs une mobilisation sans relĂąche des Ă©lu.es de la Seine-Saint-Denis, la renationalisation du financement du RSA a permis de rĂ©parer l’absurditĂ© d’une allocation de solidaritĂ© nationale financĂ©e par l’échelon local. Avec MĂ©lissa Youssouf, vice-prĂ©sidente chargĂ©e de l’insertion, de l’économie sociale et solidaire, et des fonds europĂ©ens, nous avons saisi cette opportunitĂ© pour changer de paradigme, faire plus et mieux, et ainsi dĂ©velopper une vision de l’insertion vĂ©ritablement centrĂ©e sur les besoins des personnes. Alors qu’une conception punitive et dĂ©shumanisante de l’insertion refait surface, cette expĂ©rimentation de la renationalisation du financement du RSA en Seine-Saint-Denis, qu’il faudra pĂ©renniser Ă  l’issue des cinq ans, prouve qu’en allouant les moyens nĂ©cessaires et qu’en repensant l’insertion de la cave au grenier, il est possible d’offrir un vĂ©ritable droit Ă  l’accompagnement de qualitĂ©.

Recommandations des Sénateurs

MalgrĂ© ce bilan "globalement positif", les sĂ©nateurs Arnaud Bazin et Éric Bocquet rappellent, Ă  l’issue de leur contrĂŽle budgĂ©taire, que le petit nombre de dĂ©partements limite la portĂ©e de cette expĂ©rimentation et qu’une évaluation rigoureuse s’impose pour dĂ©cider de la suite - qui ne pourra ĂȘtre, Ă  terme, qu’une gĂ©nĂ©ralisation de la recentralisation ou une "re-dĂ©centralisation" du RSA pour les trois dĂ©partements concernĂ©s.

Le faible nombre de participants Ă  l’expĂ©rimentation en limite toutefois la portĂ©e, selon les sĂ©nateurs qui rappellent que la perspective de se faire ponctionner des DMTO, recette qui Ă©tait alors trĂšs dynamique, avaient dissuadĂ© plus d’un dĂ©partement de s’engager dans la voie de la recentralisation.

Les rapporteurs recommandent de "poursuivre les discussions avec le département de la Guadeloupe", dont la candidature Ă  l’expĂ©rimentation n’avait "pas été retenue du fait d’un défaut de fiabilité des comptes de la caisse d’allocations familiales (CAF) locale".

Les sĂ©nateurs prĂ©conisent par ailleurs de "surseoir à la suppression de l’ASS [allocation de solidaritĂ© spĂ©cifique] jusqu’au terme de l’expérimentation ou, à défaut, [de] compenser aux départements l’accroissement de charges induit par le report des bénéficiaires de l’ASS vers le RSA".

Ils appellent Ă  "mener une évaluation rigoureuse de l’expérimentation" et examinent plusieurs scĂ©narios pour la suite : la prolongation - si elle s’avĂšre "justifiĂ©e" - de l’expérimentation et son ouverture Ă©ventuelle Ă  de nouveaux dĂ©partements, la gĂ©nĂ©ralisation de la recentralisation - nĂ©cessairement "concertée avec l’ensemble des départements" - et l’option inĂ©dite d’une "re-dĂ©centralisation".

balises: #Financ

Articles populaires: