Modèles de financement de l’industrie pharmaceutique et de la recherche et développement

Les biotechnologies et l’industrie pharmaceutique sont des secteurs clés de la santé, axés sur le développement de nouveaux traitements et médicaments innovants, et jouant un rôle crucial dans l’amélioration des soins de santé et la croissance économique du pays. En France, ces secteurs sont particulièrement dynamiques, avec un fort investissement en recherche et développement et un écosystème riche en entreprises, allant des start-ups aux grandes multinationales.

Vous êtes-vous déjà demandé comment une simple pilule peut sauver des vies ou comment des vaccins sont développés si rapidement en période de pandémie ? La réponse réside dans le monde complexe et fascinant de la recherche et du développement (R&D) dans l’industrie pharmaceutique. La R&D est l’épine dorsale des progrès pharmaceutiques, nous propulsant dans une ère de miracles et d’innovations médicales.

Parcours et étapes du développement d’un médicament

La R&D dans le secteur pharmaceutique est un parcours complexe mais passionnant, qui va du concept à la réalité. C'est là que la science rencontre l'innovation pour créer des avancées médicales. Ce parcours implique une série de processus méthodiques visant à découvrir, développer et mettre sur le marché de nouveaux médicaments. Dans l'industrie pharmaceutique, le parcours depuis le concept jusqu'au médicament prêt à être commercialisé est un processus en plusieurs étapes. Il comprend généralement des étapes telles que la découverte, la recherche préclinique, les essais cliniques, FDA examen et surveillance après commercialisation.

Près de 15 ans sont nécessaires pour qu’une molécule d’intérêt thérapeutique devienne un « vrai médicament » (hors dispositifs médicaux). Un parcours long et très réglementé qui aura raison de nombreuses molécules candidates se révélant finalement mal tolérées ou insuffisamment efficaces.

Évaluation préclinique

Parmi les étapes clés du développement d’un médicament, la phase préclinique permet d’évaluer une molécule sur des cellules en culture (in vitro) et chez l’animal (in vivo). Les études précliniques marquent les premiers pas du développement d’un médicament. Elles apportent les données préliminaires sur le comportement d’une molécule dans des cellules mises en culture et au sein d’organismes animaux vivants.

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Lors de son évaluation préclinique, la molécule d’intérêt est testée sur trois espèces différentes, dont un rongeur. Les données étudiées sont d’ordre pharmacologique, pharmacocinétique et toxicologique : mécanisme d’action, vitesse de diffusion dans l’organisme, distribution de la molécule dans les tissus, dose active, mode de transformation et d’élimination par l’organisme, devenir du composé et impact environnemental, toxicité... Toutes ces données sont obligatoires pour constituer le dossier de demande de commercialisation.

En outre, cette étape permet d’estimer la dose à administrer chez l’homme, à partir de la dose sans effet toxique chez l’animal convertie en équivalent-homme. De gros efforts ont été entrepris depuis les années 80 pour limiter le recours aux animaux et améliorer leurs conditions de traitement. De nouveaux modèles de cellules en culture, ou encore des programmes informatiques de simulations d’effets thérapeutiques sur des cibles données, permettront de réduire encore le recours aux animaux dans les années à venir ou de renoncer à certaines pratiques invasives. Néanmoins, l’expérimentation animale sur des organismes vivants et entiers reste incontournable avant de passer chez l’homme.

Évaluation clinique

L’évaluation clinique d’un candidat médicament marque le début de son expérimentation chez l’homme. L’objectif est d’évaluer la sécurité du médicament et son efficacité chez des volontaires sains ou malades. L’évaluation clinique repose sur trois phases :

  1. Phase I : menée sur une vingtaine de volontaires, sains ou malades en fonction de la molécule évaluée. Il s’agit de la tester pour la première fois chez l’homme afin d’observer son évolution dans l’organisme en fonction du temps (cinétique) et d’évaluer sa toxicité.
  2. Phase II : se déroule chez des volontaires malades. L’objectif est de déterminer la dose minimale efficace du médicament et ses éventuels effets indésirables. Une seconde phase consiste à administrer cette dose à 100 à 300 malades, si possible pour rechercher un bénéfice thérapeutique.
  3. Phase III : phase finale avant la mise sur le marché. Elle permet d’évaluer l’efficacité du médicament sur une cohorte de patients plus importante : de quelques centaines en cas de cancer, à des milliers pour des maladies très fréquentes comme l’hypertension.

Une phase IV existe après la mise sur le marché. Elle permet de suivre l’utilisation du médicament à long terme dans des conditions réelles d’utilisation afin de détecter des effets indésirables rares, des complications tardives ou encore des biais de prescription. La pharmaco-épidémiologie qui inclut la pharmacovigilance prend alors le relais pour évaluer la sécurité du médicament et son bénéfice thérapeutique en situation « réelle ».

Réglementation, autorisations et prix

Dans l'industrie pharmaceutique, les organismes de réglementation tels que la Food and Drug Administration (FDA) jouent un rôle central pour garantir la sécurité et l’efficacité des médicaments. Le FDA est chargé d'évaluer les nouveaux médicaments, d'examiner les données des essais cliniques et d'accorder les approbations pour l'entrée sur le marché. Au niveau de l’Union européenne, c’est l’European Medicines Agency (EMA). En France, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) s’est substituée en 2012 à l’Agence française de sécurité sanitaire du médicament et des produits de santé (Afssaps).

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Un laboratoire qui souhaite commercialiser un médicament doit déposer une demande d’autorisation de mise sur le marché (AMM) auprès d’une agence du médicament. Elle repose sur un dossier d’évaluation établi à partir des données précliniques et cliniques issues des précédentes phases de développement. Il faut compter minimum un an entre le dépôt du dossier d’enregistrement et l’obtention de l’AMM.

Dans certains cas exceptionnels, l’Agence nationale peut délivrer une autorisation temporaire d’utilisation (ATU) nominative, en attendant l’examen du dossier d’AMM. Cela concerne des médicaments destinés à soigner des pathologies graves, sans alternative thérapeutique, pour lesquels les besoins sont cruciaux.

Le remboursement et le prix d’un médicament dépendent de son niveau de service médical rendu (SMR) et de la « note » d’amélioration du service médical rendu (ASMR) attribuée par la Commission de transparence de la Haute autorité de santé. Le taux de remboursement accordé par l’Union nationale des caisses d’assurance maladie (UNCAM) est corrélé au niveau de SMR. La « note » d’ASMR sert de base de négociation du prix de vente du médicament entre le laboratoire et le Comité économique des produits de santé (CEPS).

Modèles de financement et enjeux économiques

L’investissement dans la R&D pharmaceutique est crucial pour une innovation continue. Sans capital, les idées novatrices ne resteront que des idées. Avant d'entamer le développement d'un médicament, des capitaux sont nécessaires pour obtenir des résultats significatifs dans les premières phases de développement, qui attireront ensuite de nouveaux investissements pour poursuivre le développement du médicament à grande échelle.

L'une des caractéristiques du développement de médicaments est d’attirer des investisseurs à l'aise avec le profil de risque plus élevé de ce type d'investissement dans l’espoir de gains élevés. Dans le domaine du cancer et des maladies rares, le passage d'un candidat-médicament prometteur à sa mise sur le marché est estimé à 2,6 milliards de dollars en 2019, avec une probabilité de succès d'un peu plus d'un sur vingt-cinq et un minimum de dix ans avant d'arriver sur le marché. Ces exemples illustrent bien combien le financement de la recherche depuis le stade précoce jusqu'au développement clinique final est un investissement extrêmement risqué.

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Un modèle efficace fut mis en place : la recherche publique s’assure de la recherche en amont (tout en bénéficiant d’une aide privée variable) et les financeurs privés au travers des entreprises pharmaceutiques financent le développement des médicaments dérivés de cette recherche publique (tout en assurant un retour financier aux chercheurs par le biais des brevets). Le partenariat pour le développement du vaccin contre le Covid 19 entre les gouvernements et les entreprises pharmaceutiques fut plus un accélérateur permettant de finaliser le développement des vaccins et non une exception à ce modèle de partenariat entre le secteur public, l’industrie pharmaceutique et les investisseurs privés.

Mécanismes financiers innovants

Ces dernières années, des travaux ont été menés pour concevoir des instruments financiers susceptibles de résoudre le problème du financement du risque élevé : le "mégafonds pour les maladies rares" est une de ces idées. Le financement de projets de longue haleine tels que le développement de médicaments contre le cancer ou la maladie d'Alzheimer dans le cadre de financements à risque mutualisé est un autre exemple.

Ces mécanismes ont l'ambition d'aider les investisseurs institutionnels conventionnels à envisager la valeur sociale de tels investissements dont la valeur à moyen terme est bien supérieure à leur rendement financier immédiat. On pourrait imaginer que l'industrie pharmaceutique devrait attirer les investisseurs acceptant le risque inhérent à ce type d’investissement et non pas des investisseurs à la recherche d’investissement sûr et facile.

Ces projets sont très difficiles à financer, et les nouveaux mécanismes financiers proposés ont pour but de surmonter les réticences des investisseurs. Le développement de nouveaux mécanismes de financement, la mise en place d'un système de gestion des risques, une tarification et un comportement commercial adapté aux enjeux de santé permettront aux investisseurs de soutenir les entreprises s’orientant vers un modèle plus soutenable.

Rôle des investisseurs et problèmes de modèle commercial

Sans capital, les idées novatrices ne resteront que des idées. L'une des caractéristiques du développement de médicaments est d’attirer des investisseurs à l'aise avec le profil de risque plus élevé de ce type d'investissement dans l’espoir de gains élevés. Toutefois, depuis quelques années certaines grandes sociétés pharmaceutiques affichent un profil de rendement "obligataire" avec peu d'innovations mises sur le marché, mais des tactiques commerciales très efficaces telles que l'augmentation des prix quand et où c'est possible générant ainsi des profits élevés.

Un autre problème est lié au modèle commercial qui soutient cette croissance : les ventes soutiennent le réinvestissement dans la recherche et le développement. Mais comment une entreprise pharmaceutique peut-elle soutenir la croissance de ses ventes ? Le modèle pharmaceutique suit-il un modèle basé sur le modèle de l’industrie de grande consommation et, en tant que tel, un modèle pour lequel les ventes sont stimulées par la promotion ? En effet, la promotion des médicaments joue un rôle clé dans l'optimisation des ventes et l'industrie pharmaceutique a fait l'objet de nombreuses critiques pour ses pratiques promotionnelles.

Deux approches vertueuses : la sensibilisation des professionnels de santé à l’innovation et l'actualisation de leurs connaissances sur les avancées récentes en matière de traitement font partie des moyens permettant une appropriation de l’innovation médicale par le système de santé. Cependant, de nombreux acteurs se sont inquiétés d’une promotion des médicaments ayant progressivement évolué pour englober des stratégies de marketing agressives et des pratiques commerciales et scientifiques parfois discutables, où la nécessité de faire des bénéfices éclipse le souci de donner accès à l’innovation médicale.

Transparence, éthique et responsabilité sociale

Le développement d’un nouveau médicament répond à un cadre législatif et réglementaire précisément défini. Ce dispositif s’appuie sur une réflexion éthique approfondie visant à protéger la personne participant à un essai clinique. L’intérêt des personnes prime toujours sur ceux de la science et de la société. Pour démarrer un essai clinique, il doit recevoir l’avis favorable d’un comité consultatif de protection des personnes (CPP) et une autorisation de l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM). Les recherches doivent être menées sous la direction d’un médecin compétent et expert dans le domaine concerné par la recherche. Il doit informer la personne sollicitée et recueillir son consentement éclairé par écrit.

Au niveau national, une timide avancée devait permettre une plus grande transparence en obligeant les entreprises à soumettre au Comité économique des produits de santé (CEPS), avec lequel elles négocient les prix, le montant des investissements publics de R&D dont elles ont bénéficié pour le développement des médicaments inscrits ou ayant vocation à être inscrits au remboursement. De la bouche de responsables du CEPS, lors d’auditions menées au Sénat, la règle nouvelle peine à être appliquée.

Même si les considérations éthiques constituent un aspect essentiel de la recherche et du développement pharmaceutique, il est important d’être conscient des défis éthiques spécifiques qui sont apparus dans l’industrie. Un lien renforcé de nature plus scientifique que commerciale avec le monde médical et les associations de patients contribuera à modifier radicalement le modèle de promotion. Ce changement de modèle aura un impact direct sur la manière dont les investisseurs pourraient évaluer les principaux groupes pharmaceutiques et les valoriser sur les marchés financiers.

Rôle des structures de valorisation et d’accompagnement

Inserm Transfert permet à de nouveaux médicaments de voir le jour à partir des découvertes des chercheurs de l’Inserm. Cette filiale de l’Inserm détecte les projets à fort potentiel médical et industriel, dépose et gère les brevets destinés à les protéger et conseille les chercheurs dans leur valorisation. Certains se lancent dans la création d’entreprise pour valoriser leur découverte, d’autres développeront leur projet à travers un partenariat avec un laboratoire pharmaceutique.

Inserm Transfert accompagne alors les futurs entrepreneurs dans leurs démarches ou négocie et gère les contrats avec les industriels. L’objectif est toujours de valoriser les découvertes des chercheurs en préservant leurs intérêts et ceux de l’Inserm. En 2012, Inserm Transfert accompagnait une trentaine de projets entrepreneuriaux, 140 nouvelles demandes de brevets et générait plus de 30 millions d’euros de revenus issus de contrats de licence et de partenariats de recherche. Des sociétés comme Innate Pharma, Transgène, Genfit ou encore Hybrigenics ont par exemple été créées à partir de technologies de l’Inserm.

Tendances technologiques et avenir de la R&D

L’intelligence artificielle (IA) et l’apprentissage automatique (ML) transforment la R&D pharmaceutique. Le Big Data joue un rôle central dans la R&D pharmaceutique moderne. De nouveaux modèles de cellules en culture, ou encore des programmes informatiques de simulations d’effets thérapeutiques sur des cibles données, permettront de réduire encore le recours aux animaux dans les années à venir ou de renoncer à certaines pratiques invasives.

La R&D pharmaceutique a un impact mondial profond. De l’adoption de nouvelles technologies comme l’IA et le Big Data au respect des normes éthiques et des exigences réglementaires, la R&D dans le secteur pharmaceutique est à l’avant-garde de l’innovation médicale. Son impact mondial, sa dynamique d’investissement et ses tendances futures pointent tous vers une approche du développement de médicaments plus intégrée, centrée sur le patient et axée sur la technologie.

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Cas concrets et chiffres illustratifs

Un exemple frappant de la résilience nécessaire au développement de médicaments peut être trouvé dans la maladie d'Alzheimer: depuis 1995, les dépenses privées cumulées en R&D clinique concernant la maladie d'Alzheimer ont été estimées à 42,5 milliards de dollars, les coûts les plus importants (57 %, 24 milliards de dollars) étant encourus pendant la phase 3 ; environ 184 000 participants ont été enregistrés dans des essais cliniques avant la mise au point du premier médicament modifiant l’évolution de la maladie en 2020.

Dans le domaine du cancer et des maladies rares, le passage d'un candidat-médicament prometteur à sa mise sur le marché est estimé à 2,6 milliards de dollars en 2019, avec une probabilité de succès d'un peu plus d'un sur vingt-cinq au cours des dernières années et un minimum de dix ans avant d'arriver sur le marché. Ces chiffres illustrent les montants colossaux investis et les risques associés.

Élément Valeur indicative
Temps moyen développement ~10-15 ans
Coût estimé (cancer, maladies rares) ~2,6 milliards USD
Dépenses R&D Alzheimer (1995-2020) 42,5 milliards USD
Probabilité de succès clinique globale ≈ 1 sur 25

Vers un modèle plus soutenable

Le développement de nouveaux mécanismes financiers, la mise en place d'un système de gestion des risques, une tarification et un comportement commercial adapté aux enjeux de santé permettront aux investisseurs de soutenir les entreprises s’orientant vers un modèle plus soutenable. Un processus dans lequel l'information est continuellement diffusée dans une série d'interactions dont la finalité n’est pas remise en doute sera la clé permettant de changer la réputation de l'industrie pharmaceutique renouvellant ainsi le contrat moral qui lie l’industrie pharmaceutique à la société.

Ceci passe par la transparence sur les financements publics et privés, des relations renforcées entre industriels, monde médical, institutions publiques et associations de patients, et le développement d’instruments financiers adaptés au financement des « long shots » de la santé.

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