Le Financement de la Presse Française : Un Écosystème Complexe
La presse contribue de manière essentielle à l’information des citoyens et à la diffusion des courants de pensées et d’opinions. Elle permet une mise en perspective des événements, une confrontation des analyses et aboutit ainsi à la construction d’une véritable conscience culturelle et politique. C’est la raison pour laquelle l’État s’attache, de longue date, à soutenir le secteur.
Les Aides Directes de l'État
Dans ce contexte, le ministère de la Culture a attribué en 2023 un total d’aides directes de 204,7 M€ dont 22,7 M€ au titre des six aides au pluralisme, 133 M€ pour les aides au transport et à la diffusion, 19,1 M€ pour les aides à l’investissement en faveur de la modernisation. De plus, 30 M€ ont été versés dans le cadre d’une aide exceptionnelle visant à compenser la hausse des coûts de production (« aide papier »). Ces aides sont encadrées par des textes réglementaires publiés au Journal officiel.
Elles reposent sur des critères objectifs et transparents qui sont les garants de la neutralité et de l’impartialité des décisions d’octroi.
Aides au pluralisme
En 2023, le ministère de la Culture a versé 22,7 M€ à 374 titres dans le cadre des aides au pluralisme. Ces aides visent à garantir la diversité des médias, essentielle à un paysage médiatique libre et indépendant, constitué d’opinions et d’idées diverses. La préservation du pluralisme des médias répond à une exigence constitutionnelle.
Les aides au pluralisme ont notamment pour but de compléter les ressources des titres de presse qui ne disposent pas de recettes publicitaires suffisantes de sorte que la pression des marchés publicitaires ne détermine pas les idées qui auront vocation à s’exprimer dans le débat public.
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Parmi elles figurent :
- L’aide aux quotidiens nationaux d’information politique et générale à faibles ressources publicitaires, qui, en 2023, a soutenu 7 quotidiens nationaux, par exemple La Croix, L’Humanité ou Libération, pour un montant de 10,4 M€.
- L’aide aux publications nationales d'information politique et générale à faibles ressources publicitaires (PFRP) qui cible la presse magazine (Politis, Pèlerin, Causette par exemple) et a permis de soutenir 55 titres pour 4 M€.
- L’aide aux quotidiens régionaux, départementaux et locaux d’information politique et générale à faibles ressources de petites annonces, qui a permis de soutenir 12 bénéficiaires parmi lesquels Presse Océan, la Dordogne Libre, ou bien encore La République des Pyrénées pour un montant global de 1,4 M€.
- L’aide au pluralisme de la presse périodique, régionale et locale (PPR) a été versée à 232 titres, en grande majorité de presse hebdomadaire régionale (Le Courrier Cauchois, La Manche Libre, L’Echo du Berry par exemple) pour 1,47 M€.
- L’année 2023 marque la troisième année d’existence de l’aide au pluralisme des titres ultramarins dotée de 2 M€ et créée afin de tenir compte du contexte et des difficultés spécifiques rencontrées par les éditeurs de presse en outre-mer. 10 publications ont ainsi été soutenues telles France Antilles en Martinique et Guadeloupe ou bien encore le journal Le Pélican à Saint-Martin.
Depuis 2022, afin de promouvoir la neutralité des aides quant au support utilisé, les aides du ministère se sont ouvertes aux nouveaux formats avec la création d’une aide dédiée aux services de presse tout en ligne pour compléter les mécanismes traditionnels d’aide aux titres imprimés, attribuées à 58 titres pour un montant total de 4 M€. Les sites d’information Contexte, Africaintelligence, le Huffington Post, Blast-info, par exemple, ont été soutenus au titre de cette nouvelle aide.
Une attention particulière est apportée à la presse régionale et locale ainsi qu’à la diffusion dans l’ensemble des territoires. On peut ajouter aux six aides au pluralisme le fonds de soutien aux médias d’information sociale et de proximité (FSMISP), créé en 2016.
Cette aide, qui n’est pas cumulable avec les autres aides au pluralisme, cible les médias de proximité et ne concerne pas seulement la presse écrite mais tous les services d’information diffusés par voie électronique (site internet de presse, infolettre, webtélé, webradio…). Cette aide s’inscrit bien dans l’objectif du pluralisme car les médias de proximité soutenus représentent un vecteur d’information et de cohésion sociale.
131 médias ont été soutenus en 2023, pour un montant de 1,9 million d’euros. La webTV Télédraille, média participatif et citoyen, vecteur de cohésion sociale dans la zone rurale cévenole et lozérienne a ainsi été aidée. De même, certains de ces médias, comme Micro-rebelles dans le bassin minier du Pas-de-Calais, développent l’expression citoyenne et l’information sociale et locale dans des quartiers prioritaires de la politique de la ville (QPV).
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Aides au transport et à la diffusion de la presse
Les aides au transport et à la diffusion, d’un montant global de 133 M€ en 2023, permettent de réduire le prix de vente final des publications ainsi que de favoriser la plus large diffusion des titres et donc des courants de pensée et d’opinion qu’ils véhiculent.
Fait notable en 2023, la nouvelle aide à l'exemplaire pour les titres de presse postés ou portés a été instituée. Elle vise à inciter à un recours accru au portage de la presse et remplace notamment l’avantage tarifaire postal en tant qu’aide indirecte qui ne figurait pas dans les précédents tableaux des aides.
Ce changement conduit à une augmentation sensible du montant global des aides directes ainsi que du nombre de publications figurant dans le tableau des aides à la presse puisque 42 bénéficiaires de l’aide à l’exemplaire posté ne recevaient jusqu’à présent aucune aide directe. A ces « nouveaux entrants » dans le périmètre des aides s’ajoutent les 30 nouveaux bénéficiaires de l’aide à l’exemplaire porté qui remplace l’aide au portage, avec un budget renforcé (32,6 M€ par rapport à 24 M€)
Ces aides au transport et à la diffusion assurent le maintien d’un réseau efficace de distribution : l’aide à la distribution de la presse quotidienne nationale d’information politique et générale (27 M€ pour 9 titres) et l’aide à l'exemplaire pour les titres de presse postés (73,3 M€ pour 334 titres) ou portés (32,6 M€ pour 149 titres) permettent ainsi de réduire le coût du transport de la presse pour les lecteurs, qu’ils achètent au numéro ou qu’ils soient abonnés. Ces dispositifs permettent ainsi de sauvegarder le système de distribution et de garantir l’accès quotidien aux journaux sur l’ensemble du territoire.
Aides à l’investissement en faveur de la modernisation
Le soutien de l’État vise également à renforcer la modernisation et l’investissement, à hauteur de 19,1 M€ au sein de la filière.
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A travers le fonds stratégique pour le développement de la presse (FSDP), l’État cofinance ainsi des projets qui visent à répondre aux défis de la transition numérique et écologique grâce à l’innovation technique, par exemple en matière de développement de l’intelligence artificielle.
De plus, le soutien de l’État encourage la recherche et le développement ainsi que l’émergence et l’accompagnement de nouveaux acteurs. Par exemple, la revue L’Iceberg, qui vise à analyser l’actualité environnementale sous un prisme scientifique et apporter des éléments de réflexion sur l’urgence climatique, a bénéficié d’une bourse d’émergence de 50 000€.
Enfin, les aides à la modernisation renforcent également le lien social inhérent à la présence de points de vente de la presse (kiosques, maisons de la presse, etc.) dans l’espace public, alors que leur nombre a diminué de - 30 % en dix ans (fermeture de 8 370 points de vente entre 2010 et 2020). Dans le cadre de l’aide à la modernisation des diffuseurs, 1 053 marchands de presse ont été soutenus financièrement en 2023 pour améliorer leur espace de vente et leur outil informatique.
Aide exceptionnelle visant à compenser la hausse des coûts de production
Une aide exceptionnelle de 30 M€ a été instituée en mai 2023 à destination des entreprises de presse affectées par les conséquences économiques et financières de la guerre en Ukraine. Cette aide exceptionnelle vise à compenser en partie l’augmentation importante du coût du papier qui a durement affecté les entreprises de presse, poussant certaines d’entre elles à limiter leur pagination, supprimer des suppléments.
Le dispositif mis en place a permis de soutenir 504 publications (204 IPG, 300 non-IPG) correspondant à environ 80% des volumes imprimés en France en 2021 et ainsi d’atténuer les conséquences de l’inflation pour le secteur de la presse. Là encore, cette aide élargit considérablement le périmètre des titres bénéficiaires d’aides directes puisque 307 titres qui en sont bénéficiaires n’avaient aucune aide directe en 2022.
Les Aides Indirectes
Les aides indirectes doivent enfin être mentionnées (84 M€): d’une part, la presse bénéficie d’un taux de TVA dit « super réduit » de 2,1 %, le ministère des finances estimant la dépense fiscale afférente à 60 M€ en 2023 contre 150 M€ en 2022 du fait d’un changement des modalités de calcul, auquel viennent s’ajouter plusieurs dispositifs fiscaux spécifiques, notamment en faveur des diffuseurs de presse, des vendeurs-colporteurs et des porteurs (24 M€).
Enfin, la presse, IPG et non IPG, bénéficie de tarifs postaux privilégiés.
Au total, en 2023, ce sont 809 titres qui ont bénéficié d’aides à la presse (446 en 2022, 431 en 2021, 433 en 2020), en très forte augmentation par rapport à 2022 (+363 titres), en raison, d’une part, de la mise en place de l’aide « papier » et, d’autre part, de l’intégration en tant qu’aide directe de la nouvelle aide à l’exemplaire des titres de presse postés.
A rebours de l’idée souvent véhiculée d’une presse aidée aux mains de grandes fortunes, ce sont de nombreuses entreprises de taille modeste qui bénéficient d’un soutien décisif des pouvoirs publics pour assurer leur pérennité.
- L’accès au bénéfice de la provision pour investissement prévue à l’article 39 bis A du Code général des impôts, réservé aux entreprises exploitant un service de presse en ligne consacré pour une large part à l’information politique et générale.
- Ou à l’article 39bis B du CGI pour les services de presse en ligne développant l’information professionnelle ou favorisant l’accès au savoir et à la formation et la diffusion de la pensée, du débat d’idées, de la culture générale et de la recherche scientifique.
C'EST QUOI UN MEDIA INDEPENDANT ?
Le Fonds pour une Presse Libre (FPL)
Depuis 5 ans qu’il existe, le Fonds pour une Presse Libre (FPL) contribue à créer, accompagner, soutenir, et promouvoir la presse indépendante. 37 médias indépendants ont ainsi été soutenus, pour un montant global de 700.000€, soit plus de 10.000 dons.
À l’initiative des États généraux de la presse indépendante, nous avons formulé collectivement 59 propositions pour réformer la presse avec plus de 100 médias et organisations (syndicats, collectifs, associations).
Loin des millions dépensés (et captés sur les aides publiques) chaque année par les groupes de presse des milliardaires, notre action a réellement de l’impact. Elle finance nos actions de plaidoyer et des projets concrets sélectionnés par un comité d’experts bénévoles.
Reconnu d’utilité publique, le FPL s’ouvre désormais à l’ensemble de la presse indépendante, pour offrir aides financières, expertise et accès aux avantages dont ces médias sont privés. Collecter des dons en leur nom et vous offrir une réduction d’impôt de 66%, c’est le point de départ de notre mission. À la manière d’une ONG, nous dressons tous les deux ans le bilan de notre action et de l’impact de la presse indépendante.
À quoi servent vos dons ?
Chaque euro que vous mettez dans le Fonds pour une Presse Libre va directement aux médias indépendants. Aucune contribution ne sert à couvrir le fonctionnement du Fonds. Chaque année c’est :
- Un appel à projets (deux types d’aides financières) pour 6 à 9 médias soutenus chaque année
- Des subventions directes
- Des avances remboursables, sans aucune prise d’intérêts
Structure reconnue d’utilité publique, les dons au Fonds pour une Presse Libre ouvrent droit à une réduction d’impôts sur le revenu égale à 66 % de leur montant (dans la limite globale de 20 % du revenu imposable). Pour en bénéficier, la démarche est très simple. Vous recevez chaque année le reçu fiscal lié à votre don. Le montant du don est ensuite à renseigner lors de votre déclaration d’impôts.
La Presse Gratuite : Un Modèle Économique Particulier
La parution des journaux gratuits représente une concurrence d’un type nouveau pour la presse quotidienne dite traditionnelle. Ce nouveau modèle économique, reposant sur la gratuité rompt avec les équilibres traditionnels de la presse quotidienne d’information politique et générale dite payante. La presse gratuite d’information ne bénéficie pas du même régime économique que la presse payante.
De ce fait le rôle joué par les annonceurs est capital, la principale difficulté dans le lancement d’un gratuit d’information réside dans sa rentabilité. La publicité exerce en effet une influence important sur un quotidien gratuit non seulement par la dépendance financière de celui-ci à son égard mais également par son infiltration plus ou moins ouverte dans les articles.
Il a en effet été prouvé que certains articles de la presse gratuite sont souvent en rapport direct ou indirect avec l’annonce publicitaire se trouvant sur la même page et, même si le nom de l’annonceur n’est pas cité son activité a un lien avec le sujet, le but étant de créer un climat favorable à la vente. C est également souvent la publicité qui donne le rythme d’un gratuit. Se pose ainsi un problème éthique : comment en de telles circonstances garantir une information de qualité ?
Si cette presse est gratuite c’est qu’un agent économique en finance l’intégralité. On pourrait penser que cet agent est l’annonceur mais il s’agit en réalité bel et bien du lecteur, client des produits achetés aux entreprises qui choisissent cette presse comme vecteur d’information sur leurs produits.
En effet la publicité commerciale représente une part croissante du revenu des journaux quotidiens en France, hors, l’irruption des « gratuits » a eu un effet de captation de la publicité. Ce phénomène s’est de plus doublé d’un effet pervers de baisse des coûts des insertions publicitaires car, pour se constituer au départ un panel d’annonceurs les « gratuits » n’ont pas hésité à accorder des rabais parfois très importants, réduisant ainsi une bonne part des revenus publicitaires.
De janvier à mai 2005, la presse gratuite d’information pèse 33% du volume publicitaire investi dans les quotidiens nationaux selon TNS Média Intelligence. Si l’on en croit les chiffres de l’institut de recherche et d’études publicitaires (IREP) en 2004, la presse gratuite, toute famille confondue représentait 10% des investissements publicitaires après une croissance de 9,2% sur un an. Face à ces nouveaux concurrents les quotidiens nationaux traditionnels ont triste mine avec seulement 3,8% de part de marché.
L'Impact d'Internet sur le Financement de la Presse
Internet représente un nouvel enjeu pour les journaux, en effet la plupart d’entre eux migrent désormais vers « la toile » afin d’élargir leur audience nationale et internationale. Si la recherche sur internet avec les liens sponsorisés reste la première source de revenus sur le Web, les recettes de publicité commerciale sur internet dépassent désormais les revenus des petites annonces.
Même si les journaux n’y trouvent à l’origine pas leur compte, ils sont obligés de s’exporter vers Internet, nouveau média attractif, pour rester compétitif et concurrentiel sur le marché de l’information mais également car c’est désormais là que se situe la majorité des perspectives publicitaires. Cette prise d’assaut de l’internet par les journaux pourrait se faire à terme au détriment des éditions papier.
Les investissements publicitaires émigrent progressivement vers internet, avec 488 Millions d’Euros de recettes publicitaires en 2007, internet représente désormais 4 ,2% du marché publicitaire des grands média. Depuis 2006, le montant des recettes publicitaires de l'internet dépasse celui des quotidiens nationaux.
Près de quinze ans après le lancement des premiers sites Web, la quasi totalité des sites de presse d’information est présente sur Internet. Le Web est devenu un élément primordial de la stratégie des journaux bien que les revenus qu’il génère soient encore très faibles. Les éditeurs développent désormais des lien entre la version papier et les sites Web, la plupart d’entre eux après expérimentation sont revenus à des services au moins partiellement payants, donnant accès à des données d’informations complémentaires.
À côté de ces sites « compagnons », on trouve des natifs de « la toile »,fruits d’initiatives individuelles, ce sont des « pure players ». Natifs de « la toile », sans équivalent imprimés, ils allient journalisme traditionnel et culture du Web.
Lancés par des journalistes issus de la presse écrite traditionnelle, ces trois sites partagent un même objectif, à savoir celui de revenir aux fondamentaux du journalisme. Cependant quelque soit le modèle économique choisi, la rentabilité de ces sites Web se fera attendre au sein d’une économie fragilisée et d’un marché publicitaire en berne.
Internet offre donc une grande diversité de choix et d’accès à l’information entre les « sites compagnons » et les « pure players ». Il est également plus attractif par son interactivité qui permet à l’internaute de participer en temps réel à l’information. Internet représente donc un média riche, accessible et à résonance internationale, de cela découle une attention toute particulière et un intérêt sans cesse croissant des publicitaires.
On peut craindre à terme un abandon progressif du support papier par les annonceurs publicitaires et donc une fin d’investissement dans la presse écrite qui ne serait plus capable de suivre face à la nécessité de se maintenir sur Internet.
Tableau récapitulatif des aides à la presse en 2023
| Type d'aide | Montant total (€) | Nombre de bénéficiaires |
|---|---|---|
| Aides au pluralisme | 22,7 M€ | 374 |
| Aides au transport et à la diffusion | 133 M€ | Variable (ex: 9 pour la presse quotidienne nationale) |
| Aide à l'exemplaire pour les titres de presse postés | 73,3 M€ | 334 |
| Aide à l'exemplaire pour les titres de presse portés | 32,6 M€ | 149 |
| Aides à l'investissement en faveur de la modernisation | 19,1 M€ | Variable |
| Aide exceptionnelle visant à compenser la hausse des coûts de production | 30 M€ | 504 |
| Aides indirectes (TVA super réduite, tarifs postaux privilégiés) | 84 M€ | N/A |
| Total | ~288,8 M€ | N/A |
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