Financement de l'Union Africaine : Sources et Défis
Lancée par la signature de la déclaration de Syrte (9 septembre 1999), l’Union africaine (UA) a été officiellement créée à Durban le 9 juillet 2002. Elle a remplacé l’Organisation de l’unité africaine (OUA), fondée à Addis‑Abeba en mai 1963 dans un esprit panafricain de lutte contre la colonisation et l’apartheid. La création de l’UA visait notamment à donner une nouvelle impulsion à l’OUA et à accélérer la mise en œuvre du marché commun africain (Communauté économique africaine [CEA] instituée par le Traité d’Abuja en juin 1991).
L’Union africaine s’est fixé pour mandat de promouvoir la coopération économique et politique, la paix, la stabilité et la bonne gouvernance entre ses États membres. Si ses missions en faveur de la paix, de la sécurité et de la stabilité du continent ou de la promotion des droits de l’homme sont particulièrement mises en relief par l’actualité et la littérature, elle a également vocation à soutenir l’intégration, la convergence et le développement économiques du continent.
La multiplicité de ces objectifs, si elle garantit à l’Union africaine un vaste champ d’action, a également pu constituer un frein à son développement. Elle s’est ainsi traduite par une dispersion de ses priorités et de ses grands projets structurants - parfois très ambitieux dans leur objet et leur horizon temporel, comme la mise en place d’une monnaie unique africaine d’ici 2028.
L’Union africaine, au titre de son mandat, coordonne et harmonise également les politiques des communautés économiques régionales (CER) préexistant à son lancement. Ces CER participent activement à l’intégration économique régionale et à la mise en place de la CEA. Pierres angulaires de l’Union africaine, ces huit CER visent à favoriser le développement par la coopération politique, la mise en place de cadres juridiques communs et la création de marchés intégrés.
L’Union africaine s’est dotée, lors du sommet d’Addis‑Abeba en juillet 2015, d’un cadre stratégique commun pour la mise en œuvre de ses objectifs de développement inclusif et durable : l’Agenda 2063.
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Depuis sa création, l’Union africaine a su produire un corpus de standards continentaux dans plusieurs de ses champs d’intervention. C’est bien sûr le cas pour les normes démocratiques (charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, 2007), le respect des droits de l’homme (protocoles à la charte africaine des droits de l’homme et des peuples, 2016 et 2018) et la sécurité collective (pacte de non‑agression et de défense commune, 2005).
Dans le cadre du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad, New Partnership for Africa’s Development), l’action de l’Union africaine s’est matérialisée par la mise en place de mécanismes opérationnels qui ambitionnent de contribuer au développement du continent. Quelques projets phares de l’Agenda 2063 ont par ailleurs marqué des avancées importantes.
La Commission de l’UA et le CDC Afrique ont ainsi formulé dès mars 2020 une « stratégie continentale conjointe » essentielle pour la coordination des efforts nationaux et sous‑régionaux. Dans ce cadre, le CDC Afrique a mis en œuvre un programme de soutien au dépistage (PACT, Partnership to Accelerate COVID‑19 Testing) et l’UA a créé un fonds d’intervention contre la pandémie, s’appuyant sur une levée de fonds de 300 millions de dollars US.
L’Union africaine a enfin su jouer un rôle précieux de catalyseur pour les financements internationaux. Les institutions de l’Union (présidence, commission, AUDA‑NEPAD - Auda, African Union Development Agency) sont en effet reconnues comme des interlocuteurs crédibles par les institutions multilatérales et les partenaires au développement, et peuvent coordonner l’appui financier dans le cadre des relations de partenariat extérieur.
Carte des états membres de l'Union Africaine
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En dépit de ces progrès, l’exécution des grands projets portés par l’Union africaine s’avère lente et hasardeuse. Les institutions financières continentales créées par l’acte constitutif de l’UA, à savoir le Fonds monétaire africain (FMA), la Banque africaine d’investissement (BAI) et la Banque centrale africaine (BCA), n’ont jamais été concrètement mises en place - en dépit de la signature de protocoles (2009 pour la BAI et 2014 pour le FMA) et de l’établissement d’un programme de coopération monétaire africaine entre banques centrales.
Les rapports d’évaluation de la Commission de l’Union africaine et de l’Agence de développement de l’Union africaine AUDA‑NEPAD font par ailleurs apparaître un déploiement inégal du premier plan décennal de l’Agenda 2063, avec un taux de réalisation de 32% des objectifs fixés pour 2019 et de 51% pour 2021.
Compte tenu de la nature des biens exportés, principalement des matières premières, les flux d’exportations des pays africains sont essentiellement orientés vers les économies développées ou émergentes. Dans ces conditions, selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced, 2019), les échanges intrarégionaux n’ont atteint entre 2015 et 2017 que 15,2% des échanges totaux du continent, contre 61,1% en Asie et 67,1% en Europe par exemple.
Au‑delà du seul commerce, le niveau d’intégration régionale des économies et des sociétés africaines apparaît globalement limité, comme le reflète l’indice de l’intégration régionale en Afrique (IIRA). La dernière édition de l’indice (2019) attribue au continent africain un score global d’intégration relativement faible de 0,327/1, l’intégration des structures productives et des infrastructures étant les deux principaux points de vulnérabilité.
La carence des échanges intracontinentaux en Afrique a de lourdes conséquences en matière de sécurité alimentaire, de développement industriel, et in fine de pauvreté. Sur ce constat, l’UA a promu la création d’une zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) pour accélérer le commerce intra‑africain et renforcer la position commerciale de l’Afrique sur le marché mondial.
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Démontrant d’emblée un haut niveau d’engagement, l’ensemble des pays africains (excepté l’Érythrée) ont signé en mars 2018 l’accord relatif à la ZLECAf, entré en vigueur le 1er janvier 2021 après un retard dû à la pandémie de Covid‑19. Selon la Banque mondiale, la ZLECAf pourrait stimuler les exportations africaines de 29 %, soit en...
M. Bally : «La ZLECAF, clé de l'Afrique pour devenir un acteur économique mondial »
Nécessité d'Accélérer la Création des Institutions Financières de l'Union Africaine
L’Afrique cherche à accélérer la création des institutions financières de l’Union africaine en vue de renforcer l’intégration et le développement socio-économique. La création d’une Union monétaire africaine est essentielle pour le développement socio-économique de l’Afrique, selon les experts financiers du continent. L’Afrique devrait accélérer l’établissement des institutions financières de l’Union africaine alors qu’elle cherche à renforcer son intégration et à assurer sa souveraineté économique.
L’article 19 de l’acte constitutif de l’Union africaine prévoit la création de trois institutions financières de l’Union africaine, à savoir : la Banque centrale africaine, la Banque africaine d’investissement et le Fonds monétaire africain. Cependant, aucune de ces institutions n’a atteint le nombre de ratifications requis pour entrer en vigueur.
L’urgence d’accélérer la création des institutions financières de l’Union africaine a été rendue nécessaire par le bouleversement du paysage économique mondial dû au Covid-19, au changement climatique, à l’instabilité politique et à l’insécurité.
Ces institutions sont également chargées de fournir une assistance en cas de crise financière ou économique dans la région. Des assises qui visent à améliorer la résilience des économies africaines et la viabilité financière de cette institution entrent en droite ligne de l’Agenda 2063 de l’Union africaine et dont des réformes institutionnelles en cours devraient permettre de déboucher sur l’intégration et l’émergence de l’Afrique.
Autrement dit, les pays africains voudraient sortir de la dépendance vis-à-vis des contributions extérieures, plus de 50 % du budget étant supporté par des partenaires au développement à l’instar de l’Union européenne (UE) et de la Chine. La décision de Kigali (Rwanda) en 2016 sur le financement de l’UA adoptant la mise en œuvre du prélèvement à l’importation de 0,2% a du mal à être implémentée.
Pour financer son programme de développement du continent, l’Union africaine œuvre à trouver des financements adéquats et durables. D’après les statistiques de l’organisation panafricaine, environ 67% des contributions statutaires sont régulièrement versés par les Etats membres.
L’objectif du programme d’intégration économique de l’Afrique est de développer la solidarité des pays membres au profit des régions défavorisées, en vue de créer un marché commun africain. En 2023, le budget adopté par l’UA lors de la 41e session ordinaire du Conseil exécutif est chiffré à 654,8 millions USD.
Afin de promouvoir l’intégration économique et politique ainsi que le développement du secteur privé, l’Union Africaine, dans sa mission de fédération des États membres, met en œuvre plusieurs projets phares clés dans le cadre de l’Agenda 2063. L’un des principaux enjeux de cette intégration, c’est de répondre aux besoins de notre jeunesse.
La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf)
En Afrique, il y a 55 petites économies. Certaines sont plus en avance que d’autres dans certains secteurs. A noter que l’Afrique finance son programme de développement par le biais de la mobilisation de ressources nationales.
Initiatives et Soutiens Internationaux
La pandémie de Covid-19 a provoqué une crise économique mondiale sans précédent, aux conséquences sociales majeures. Après 25 ans de croissance continue, l’Afrique est gravement touchée et a connu une récession en 2020. Le Fonds monétaire international (FMI) estime que jusqu’à 285 milliards de dollars de financements supplémentaires sur la période 2021-2025 seraient nécessaires aux pays africains, dont près de la moitié aux pays africains à faible revenu, pour renforcer la réponse apportée à la pandémie.
Dans l’immédiat, la priorité absolue est de vaincre la pandémie. Nous reconnaissons le rôle d’une immunisation à grande échelle contre la Covid-19 en tant que bien public mondial et nous unissons nos efforts pour veiller à un accès équitable en Afrique à des vaccins, des traitements et des moyens de diagnostic sûrs et abordables grâce au dispositif pour accélérer l’accès aux outils de lutte contre la Covid-19 (Accélérateur ACT) et à sa facilité COVAX, ainsi qu’à l’initiative AVATT de l’Union africaine.
Nous devons aussi, en partenariat avec le secteur privé, accélérer la production de vaccins en renforçant les capacités locales sur le continent africain. Nous nous appuierons sur le système financier international pour créer l’espace budgétaire nécessaire aux économies africaines.
Nous appelons à rapidement décider d’une allocation générale de droits de tirage spéciaux (DTS) du FMI d’un montant sans précédent, qui devrait atteindre 650 milliards de dollars, dont près de 33 milliards destinés à augmenter les avoirs de réserve des pays africains, et à la mettre en œuvre dans les meilleurs délais, et nous demandons aux pays d’utiliser ces nouvelles ressources d’une manière transparente et efficace.
Ce soutien sera complété par l’aide publique au développement (APD), une 20e reconstitution ambitieuse des ressources de l’Association internationale de développement (AID-20), la 16e reconstitution générale des ressources du Fonds africain de développement (FAD-16) en 2022 et la mobilisation de financements concessionnels supplémentaires par le FMI, les banques et les fonds multilatéraux de développement, ainsi que les organismes bilatéraux de développement.
Pour dynamiser la croissance et la création d’emplois, nous soutenons les stratégies africaines nationales et nous saluons l’ambition de développer une Alliance pour l’entrepreneuriat en Afrique, qui aura une large portée panafricaine et accordera une place prépondérante aux entreprises. Cette Alliance permettra de mobiliser tous les partenaires désireux de mettre des ressources financières et techniques au service du développement du secteur privé en Afrique, des microentreprises et des petites et moyennes entreprises (MPME), et notamment des femmes-entrepreneurs soutenues par l’Initiative pour favoriser l’accès des femmes au financement en Afrique (AFAWA).
Nous réitérons notre soutien continu à l’égard de l’initiative du G20 sur le soutien à l’industrialisation en Afrique et dans les pays les moins avancés, du partenariat du G20 avec l’Afrique, du « Compact with Africa », ainsi qu’à l’égard d’autres initiatives pertinentes. Nous saluons la mise en œuvre de l’Accord portant création de la Zone de libre-échange continentale africaine et la transformation numérique du continent visant à réduire la fracture numérique et à accélérer l’adoption d’écosystèmes numériques ouverts, équitables et non discriminatoires, ce qui produira des bénéfices significatifs en matière de productivité, d’innovation et de croissance durable.
Afin de financer des politiques publiques clés pour une croissance inclusive et durable, telles que l’éducation, la santé, la protection sociale et les infrastructures, il sera nécessaire de mobiliser plus fortement les ressources intérieures, d’accroître la transparence et l’efficacité de la gestion de la dette et des dépenses publiques, d’améliorer la gouvernance et l’intégrité financière et de créer un environnement favorable au secteur privé au moyen de partenariats public-privé et de financements privés.
Nous promouvrons une trajectoire de développement durable, circulaire et à faible intensité de carbone de l’Afrique et veillerons à assurer sa résilience climatique et environnementale au cours des décennies à venir. Nous nous efforcerons d’élargir l’éventail des donateurs et des investisseurs en faveur du financement de l’action pour le climat et la biodiversité et du développement technologique en Afrique, notamment en mobilisant davantage de ressources vers le continent par l’intermédiaire du Fonds vert pour le climat et du Fonds pour l’environnement mondial.
Notre objectif prioritaire est de mobiliser ce capital et le potentiel démographique de l’Afrique et ainsi fournir au secteur privé les atouts dont il a besoin. Nous œuvrerons ensemble pour renforcer la mobilisation des talents africains et consolider l’expertise du secteur public et les ressources et connaissances au niveau local. Nous estimons que l’engagement des pays concernés est primordial et que la série d’actions que nous nous engageons à mettre en œuvre doit aller de pair avec un fort renforcement des capacités.
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