Fonderie Loiselet : situation financière et ouverture d'une procédure de redressement judiciaire

Depuis quelques jours, la belle histoire de la fonderie Loiselet vire au cauchemar. Cette entreprise d'Eure-et-Loir, l'une des premières à avoir annoncé son intention de relocaliser sa production de Chine en France, avait été distinguée comme l'exemple à suivre par le ministre du Redressement productif, Arnaud Montebourg, venu visiter ses locaux flambant neufs à Dreux l'été dernier.

Chronologie et faits marquants

Début 2013, l'entreprise semblait pourtant bien partie. Son patron, Sylvain Loiselet, avait annoncé avoir engrangé 41 millions d'euros de commandes sur trois ans, avec des projets aux Etats-Unis notamment. Il prévoyait un chiffre d'affaires de 30 millions et envisageait même la construction d'une deuxième unité de production d'ici à deux ou trois ans... Mais l'activité n'a pas suivi. La croissance des ventes a été plus lente qu'annoncé et la production (des pièces de fonte pour l'industrie et les travaux publics) « n'est pas encore pleinement efficace », relève le tribunal.

Les investissements ont en outre dépassé le budget prévisionnel. L'usine, très automatisée pour pouvoir concurrencer durablement les pays à bas coût, a coûté 18 millions d'euros au lieu de 16. Pour financer l'opération, Loiselet a bénéficié du soutien constant des pouvoirs publics. Il a ainsi obtenu une avance remboursable à taux zéro de 6,5 millions d'euros, grâce à l'appui du ministre de l'Industrie de l'époque, Christian Estrosi (UMP). Et le ministère du Redressement productif lui a accordé 2 millions d'euros de plus cet été, au titre de l'aide à la réindustrialisation, dont la moitié seulement a été versée.

Six mois plus tard, le tribunal de commerce a décidé de la placer en redressement judiciaire, avec à la clef un passif de plus de 19 millions d'euros, dont 4 millions dus aux fournisseurs - en quinze mois d'activité seulement. La nouvelle a pris de court les 107 salariés, qui se disent très inquiets pour leur emploi. Quant aux collectivités - dont l'Etat, actionnaire de l'entreprise à hauteur de 22 % - elles semblent, elles aussi, surprises par la rapidité de la chute.

Procédure judiciaire et décisions du tribunal

Par jugement en date du 05/12/2013, le Tribunal de Commerce de Chartres a ouvert la procédure de redressement judiciaire à l’égard de LOISELET. La date de cessation des paiements a été fixée provisoirement au 29/11/2013. Le tribunal a nommé Me Guy PIERRAT - 24, Rue Chanzy - CS 20299 - 28008 CHARTRES CEDEX en qualité d’administrateur, ayant pour mission d’assurer seul, entièrement, l’administration de l’entreprise, et SELARL « P.J.A. » - 6/8, Rue du Docteur Maunoury - CS 20218 - 28008 CHARTRES CEDEX en qualité de mandataire judiciaire, et a ouvert une période d’observation de 6 mois.

Lire aussi: en savoir plus sur la situation de la Fonderie HPI Drouot

Vendredi, le tribunal a choisi le mandataire judiciaire chartrain Guy Pierrat pour suivre la gestion de l’entreprise, ses créanciers et ses dettes. Les juges du tribunal de commerce de Chartres ont mis, vendredi dernier, la société de l’industriel de Nogent-le-Roi (Eure-et-Loir) en redressement judiciaire.

Conséquences pour l'emploi et réactions locales

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe dans le monde industriel d’Eure-et-Loir. Une mauvaise nouvelle s’est abattue, vendredi dernier, sur le Drouais. Le miracle économique de Dreux vacille sous la tempête des difficultés financières de sa belle locomotive, la fonderie Loiselet. Les 107 salariés se disent très inquiets pour leur emploi. De son côté, le patron de la fonderie a pris le temps pour expliquer la situation à un personnel surpris.

« Assommé », Sylvain Loiselet, son patron, se veut réaliste : « C’est un moment difficile, bien sûr, et ce n’est pas du tout ce que nous avions envisagé. » Sylvain Loiselet ne veut pas s’avouer vaincu après tant d’années de combat et ne veut pas accepter la défaite et la liquidation : « Pourquoi penser à cette éventualité, alors que nos carnets de commandes sont pleins. Quand les finances ne sont pas sur le compte, cela complique juste le quotidien, mais ne remet en cause ni le projet lui-même, ni les emplois. »

Recherche de partenaires et perspectives

Dès septembre, les actionnaires dont le Crédit Agricole et la BPI, avaient toutefois estimé que l'avenir de l'entreprise passait par l'arrivée d'un nouvel actionnaire industriel majoritaire. « Nous allons essayer de nous appuyer sur un partenaire industriel, pour faire face à ces difficultés. Nous sommes en cours de négociation déjà, je ne peux pas en dire plus à ce sujet. »

Sylvain Loiselet veut comprendre l’origine de ses difficultés mais ne pense pas baisser sa combativité ni son investissement pour remonter la pente. « Lorsque l’on monte entièrement une usine, cela prend trois fois plus de temps et d’énergie. Ce n’est pas facile de gérer ces difficultés, mais je ne suis pas inquiet sur le fond. Bien sûr, ce n’est pas comme ça que j’avais vu les choses. L’histoire ne s’arrêtera pas là ! »

Lire aussi: Fonderie Giroud : analyse du redressement judiciaire

Aspects financiers détaillés

Le passif est estimé à plus de 19 millions d'euros, dont 4 millions dus aux fournisseurs en quinze mois d'activité seulement. L'usine, très automatisée, a coûté 18 millions d'euros au lieu de 16. Loiselet a bénéficié d'une avance remboursable à taux zéro de 6,5 millions d'euros et d'une aide à la réindustrialisation de 2 millions d'euros, dont la moitié seulement a été versée.

Élément Montant
Passif total Plus de 19 millions d'euros
Dettes fournisseurs 4 millions d'euros
Coût de l'usine (prévu) 16 millions d'euros
Coût réel de l'usine 18 millions d'euros
Avance remboursable à taux zéro 6,5 millions d'euros
Aide à la réindustrialisation accordée 2 millions d'euros (moitié versée)

Historique industriel et transformations

La société avait été délocalisée de Nogent-le-Roi en 2001 vers la Pologne, avant de s’installer en Chine et en Inde, à partir de 2003. L’aventure de l’énergique Sylvain Loiselet, depuis 2010, a fait parler d’elle dans les ministères, dans les entreprises et sur les médias de l’hexagone. Sylvain Loiselet a expliqué l’histoire de la relocalisation de la fonderie à Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif.

La société compte 94 salariés (mention différente selon les sources indiquant 107 salariés au moment de l'annonce) et avait l’espoir de réaliser plus de 30 millions d’euros de chiffre d’affaires. Son patron avait annoncé avoir engrangé 41 millions d'euros de commandes sur trois ans, avec des projets aux Etats-Unis notamment.

Suite judiciaire et devenir de l'entreprise

Le dossier a connu d'autres étapes judiciaires après le redressement : dépôt des créances salariales le 30 juillet 2015 et, plus tard, des mentions de clôture pour insuffisance d'actifs. TRIBUNAL DE COMMERCE DE PARIS JUGEMENT DE CLOTURE POUR INSUFFISANCE D’ACTIF DU 23 JANVIER 2020 - Greffe du Tribunal de Commerce de Chartres. 17/02/2020Clôture pour insuffisance d'actifs. La publicité relative à la liquidation judiciaire a été effectuée, donnant lieu au dépôt des relevés des créances salariales et au rappel des recours possibles pour les salariés.

Informations administratives

Entreprise : 332060292 B CHARTRES. LOISELET. Dénomination : LOISELET. Forme juridique : Société par actions simplifiée. Capital : 1 064 000,00 € (modifications antérieures : 840 000,00 €). Mandataires sociaux : Président : LOISELET Sylvain ; Directeur général : LOISELET Sébastien ; Commissaire aux comptes titulaire : ADH EXPERTS ; Commissaire aux comptes suppléant : DEROUET Michel. Activité : La création et l'exploitation d'une fonderie de fonte.

Lire aussi: Obligations et avantages des structures juridiques pour paysagistes

Questions ouvertes et enjeux

  • La nécessité d'un nouvel actionnaire industriel majoritaire pour pérenniser l'activité.
  • La capacité à transformer des carnets de commandes en trésorerie suffisante pour assurer le fonctionnement quotidien.
  • L'impact local sur l'emploi et sur la dynamique de réindustrialisation vantée par les pouvoirs publics.
  • La gestion des créances salariales et le suivi des procédures par les mandataires judiciaires.

Les prochains mois seront déterminants pour la survie de la fonderie et pour l'avenir professionnel des salariés. Sylvain Loiselet maintient sa combativité et affirme son souhait de trouver des partenaires industriels pour redresser la situation, tandis que les procédures judiciaires et les décisions des créanciers restent décisives.

balises:

Articles populaires: