L'Indice INSEE des Salaires : Définition et Enjeux
Avant tout, lorsqu’on évoque les salaires, de quoi parle-t-on exactement ? Le salaire est le paiement du travail convenu entre un salarié et son employeur. Il comprend le salaire de base (ou traitement indiciaire dans la fonction publique) mais aussi les primes, la rémunération des heures supplémentaires ou complémentaires effectuées, l’épargne salariale (intéressement, participation, abondement), d’autres indemnités et rémunérations annexes (indemnité de résidence, supplément familial, etc.) et les avantages en nature.
Le salaire correspond à un « prix ». Rapporté à une unité de volume de travail qui peut être une heure (salaire horaire) ou un équivalent temps plein (salaire en EQTP), il permet de comparer des emplois ou des postes de travail de durée et de temps de travail différents.
Les salaires, épisode 4 : les écarts de salaire femmes-hommes
Sources de Données et Méthodologie
La production de l’information statistique sur les salaires en France repose sur l’exploitation de différentes sources. Au cœur du dispositif, une source administrative, la Déclaration sociale nominative (DSN), que les employeurs produisent chaque mois à partir des fiches de paie et adressent aux organismes de protection sociale pour le calcul et le paiement des cotisations sociales.
La DSN contient ainsi par essence des informations fiables sur les montants des « assiettes », c’est-à-dire des rémunérations versées aux salariés sur la base desquelles sont calculés les prélèvements sociaux ou fiscaux (cotisations de sécurité sociale, cotisations au régime d’assurance chômage, CSG, impôt sur le revenu des personnes physiques, etc.).
Pour autant, le périmètre de ces différentes assiettes sociales ou fiscales coïncide rarement avec la définition statistique du salaire : notamment certaines composantes du salaire peuvent être « défiscalisées » ou « désocialisées », c’est-à-dire exonérées d’un ou plusieurs types de prélèvements, et ainsi exclues des assiettes correspondantes.
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Une analyse détaillée de la distribution des salaires ou des trajectoires salariales individuelles nécessite donc de reconstituer, pour chaque salarié, un salaire à partir des assiettes déclarées et des informations disponibles sur les composantes de la rémunération exclues de ces dernières, tout en s’assurant de leur cohérence d’ensemble : c’est l’objet de la production de bases de micro-données annuelles sur l’emploi et les rémunérations.
Les données disponibles dans la DSN permettent en effet de reconstituer un salaire global, sans pour autant disposer du détail de toutes ses composantes. Les bases produites chaque année permettent des comparaisons structurelles du salaire global avant et après déduction des prélèvements sociaux à la charge du salarié (on parle de salaire brut dans le premier cas, de salaire net dans le second) selon les caractéristiques des salariés : les écarts de salaires entre les femmes et les hommes, entre les tranches d’âge, selon les centiles de salaires, etc.
En revanche, pour le suivi conjoncturel, qui vise à produire des indicateurs macroéconomiques trimestriels retraçant l’évolution des salaires, la nécessité de disposer de données rapidement conduit à mener l’analyse, non au niveau du salarié, mais par établissement, avec une ventilation selon leur secteur d’activité.
La fréquence trimestrielle des différents indicateurs conjoncturels de salaires, à l’origine dictée par la temporalité des sources, constitue un bon compromis entre fraîcheur et robustesse de l’information ainsi mise à disposition. La nature mensuelle de la Déclaration sociale nominative, qui s’est progressivement substituée aux anciennes déclarations sociales ces dernières années, laisse envisager d’augmenter la fréquence des indicateurs publiés.
Les fluctuations statistiques peuvent refléter aussi bien des aléas réels (par exemple versement de primes à des moments différents d’une année sur l’autre dans une grande entreprise), ou bien des aléas liés à la collecte des données (par exemple établissements retardataires dans la DSN). Or, s’agissant des salaires issus de la DSN, il n’est pas établi à ce stade que la volatilité mensuelle soit suffisamment limitée au regard du signal économique apporté par l’indicateur.
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Indicateurs Clés des Salaires
Pour éclairer le débat public sur les hausses de salaires au regard de l’inflation, et plus généralement les évolutions des salaires à court terme, la statistique publique produit plusieurs indicateurs trimestriels qui apportent des informations complémentaires.
L’indicateur le plus rapidement disponible sur un trimestre considéré est l’évolution du Salaire mensuel de base (SMB) : elle est publiée environ 35 jours après la fin de ce trimestre, pour les résultats provisoires. Elle est estimée à partir de l’enquête trimestrielle sur l’Activité et les conditions d’emploi de la main-d’œuvre (Acemo) de la Dares, le service statistique du ministère du Travail.
- Salaire Mensuel de Base (SMB): Le salaire mensuel de base (SMB) correspond au salaire brut avant déduction des cotisations sociales et avant versement des prestations sociales. Il ne comprend ni les primes (sauf, le cas échéant, la prime liée à la réduction du temps de travail), ni les heures supplémentaires.
- Salaire Horaire de Base: Le salaire horaire de base des ouvriers et des employés est le salaire horaire brut de base, avant déduction des cotisations sociales et avant versement de prestations sociales dont les salariés pourraient bénéficier, pour la population des ouvriers et employés.
Le SMB ne couvre pas l’ensemble du salaire : le salaire de base correspond généralement à la première ligne du bulletin de paye d’un salarié, à l’exclusion des autres composantes (heures supplémentaires, primes, etc.). Son champ est par ailleurs limité aux entreprises non agricoles du secteur privé de 10 salariés ou plus de France hors Mayotte.
Les évolutions du SMB reflètent avant tout la tendance sous-jacente des salaires. Elles ne comprennent ni les composantes conjoncturelles de la rémunération ni les effets de l’évolution de la structure des emplois, comme ceux liés à l’élévation tendancielle de la qualification moyenne des salariés.
Plus complet et proche de la définition statistique du salaire, le Salaire moyen par tête (SMPT) rapporte les masses salariales brutes versées par l’ensemble des entreprises, au nombre de salariés en personnes physiques. En termes conjoncturels, il est calculé chaque trimestre par la Caisse nationale de l’Urssaf à partir des assiettes de cotisations salariales extraites des DSN.
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Les assiettes de cotisations salariales couvrent l’essentiel des rémunérations, notamment la plupart des primes, les heures supplémentaires, mais pas l’épargne salariale. Dans le cadre des comptes nationaux trimestriels, le SMPT est recalculé en corrigeant ce biais par un modèle économétrique, et publié environ 60 jours après la fin d’un trimestre.
L’évolution du SMPT reflète ainsi celle des salaires effectivement perçus en moyenne, car il intègre l’ensemble de leurs composantes, y compris les plus conjoncturelles : primes ponctuelles (13e mois, prime de partage de la valeur…), rémunération d’heures supplémentaires.
L’évolution du SMPT reflète également la contrepartie baissière du recours au chômage partiel, dont les indemnités ne sont pas considérées comme du salaire, ce qui explique ses très fortes variations pendant la crise sanitaire de l’épidémie de Covid-19, alors que ces effets ont été neutres sur le SMB.
SMB et SMPT permettent ainsi d’analyser la conjoncture des salaires sous des angles complémentaires. Ils font à ce titre l’objet de prévisions dans le cadre des notes de conjoncture de l’Insee, en valeur nominale comme en valeur réelle, c’est-à-dire en corrigeant de l’évolution des prix.
En moyenne sur le deuxième trimestre 2023, le SMPT a augmenté de 5,0 % en un an, soit un rythme légèrement inférieur à l’inflation (+ 5,2 % sur la même période) ; entre mi-2022 et mi-2023 le SMB a progressé de 4,6 %. Le dynamisme des salaires rattrape progressivement celui des prix et pourrait même le dépasser au second semestre 2023.
Autre indicateur conjoncturel, l’Indice du coût du travail (ICT) est publié jusqu’à présent environ 75 jours après la fin du dernier trimestre considéré. Il est construit de manière homogène en Europe à des fins de comparaisons internationales.
Très proche de la définition statistique du salaire (sans toutefois couvrir l’épargne salariale), l’indice de salaire seul se démarque du SMPT par le fait de mesurer un prix unitaire de la main-d’œuvre pour une heure de travail. Pendant la crise sanitaire il n’a donc pas subi les mêmes variations que le SMPT, le recours au chômage partiel grevant à la fois les salaires et les heures rémunérées.
L’indice de coût de l’ICT apporte une focale complémentaire, du point de vue des employeurs. Il est calculé par application des barèmes en vigueur, à partir des assiettes de cotisations salariales et des exonérations de cotisations déclarées chaque trimestre à la Caisse nationale de l’Urssaf.
Au deuxième trimestre 2023, l’indice de salaire horaire augmente de 4,9 % sur un an pour les secteurs marchands (hors agriculture et services aux ménages), soit un niveau légèrement inférieur à l’inflation.
À compter de novembre 2023, l’Insee réduit d’un mois les délais de publication de l’indice du coût du travail (ICT). Une première estimation (« estimation flash ») de l’évolution du salaire horaire et de celle du coût horaire du travail sera ainsi publiée environ 45 jours après la fin du trimestre considéré, en mobilisant de manière anticipée les données issues de la DSN. Les résultats détaillés continueront d’être publiés environ 75 jours après la fin du trimestre considéré.
L’Insee produit également un indice sectoriel destiné aux utilisateurs qui ont besoin d’indicateurs de coût horaire du travail dans une clause d’indexation (indice « ICHTrev-TS »). Dans cette optique, cet indice est obtenu en lissant et mensualisant les données de l’ICT et n’est habituellement pas révisable.
À compter de décembre 2023, l’Insee réduit les délais de publication de l’ICHTrev-TS : cet indice sera désormais publié environ 75 jours après la fin du trimestre considéré, contre 100 jours actuellement. Ainsi, les résultats de l’ICHTrev-TS portant sur le troisième trimestre 2023 seront disponibles dès le 15 décembre 2023.
Comparaisons Internationales
Les comparaisons internationales sont possibles grâce à l'Indice du Coût du Travail (ICT), construit de manière homogène en Europe. Cela permet d'évaluer la position de la France par rapport à ses voisins européens.
Par exemple, le coût horaire moyen de la main-d’œuvre varie de 3,3 euros en Bulgarie à 29,5 euros au Danemark. La France se situe dans la moyenne européenne, avec un salaire horaire moyen de 18,1 euros, mais reste inférieure à des pays comme l'Allemagne (19,7 euros).
Il est important de noter que ces chiffres ne tiennent pas compte des différences de pouvoir d'achat entre les pays.
Écarts de Salaires
Les écarts de salaires entre les femmes et les hommes sont un sujet de préoccupation. Bien que ces écarts tendent à se réduire, des disparités persistent.
En moyenne, les femmes gagnent moins que les hommes, même dans les mêmes secteurs ou les mêmes entreprises. Cependant, lorsque l’on compare des postes équivalents, l’écart de salaire entre femmes et hommes se réduit à 4 % environ.
Cet écart reflète d’abord des différences de volume de travail annuel, qui peut relever d’un choix personnel ou être subie. Une partie de cet écart s'explique par le fait que les emplois à temps partiel sont occupés par des femmes.
Salaire en Équivalent Temps Plein (EQTP)
Le salaire en Équivalent Temps Plein (EQTP) est une mesure qui permet de comparer les salaires de personnes ayant des temps de travail différents. Il représente le salaire que percevrait un individu s'il travaillait à temps plein pendant toute l’année, quel que soit le volume de travail effectif.
Par exemple, si une personne gagne 10 000 euros par an en travaillant à mi-temps (0,5) et à 80 % d'un temps plein (0,8), le salaire en EQTP est de 10 000 / (0,5 x 0,8) = 25 000 euros par an.
Disparités Salariales en France
En France, le salaire moyen est d'environ 2 530 euros nets par mois en équivalent temps plein en 2022. Cependant, ce chiffre recouvre des disparités selon le statut et la catégorie hiérarchique des agents.
Les salariés les moins qualifiés, sont proches du Smic. Le rapport entre le dernier décile (D9) et le premier décile (D1) est donc de 2,9. Ainsi, 10 % des salariés perçoivent moins de 2 090 euros en équivalent temps plein (médiane), tandis que les 10 % les mieux rémunérés gagnent plus de 5 990 euros par mois en équivalent temps plein.
Les salaires varient également selon les régions. Ils sont plus élevés dans les départements couvrant les grandes métropoles (Rhône et Haute‑Garonne notamment), notamment à Paris où il dépasse la moyenne nationale de 17 % en 2022.
Les secteurs les plus rémunérateurs sont la finance‑assurance et l'information‑communication. Les livreurs et coursiers se trouvent dans le 28ᵉ centile.
Près de 4 millions de personnes dirigent une entreprise en France. Il s'agit des personnes exerçant principalement comme salariés dans le privé et des gérants majoritaires de sociétés.
Voici un tableau récapitulatif des principaux indicateurs de salaires :
| Indicateur | Définition | Fréquence de publication | Source |
|---|---|---|---|
| Salaire Mensuel de Base (SMB) | Salaire brut avant cotisations sociales et prestations sociales, hors primes et heures supplémentaires | Trimestrielle | Enquête Acemo de la Dares |
| Salaire Moyen par Tête (SMPT) | Masse salariale brute divisée par le nombre de salariés | Trimestrielle | Caisse nationale de l'Urssaf |
| Indice du Coût du Travail (ICT) | Mesure du coût horaire de la main-d'œuvre | Trimestrielle | Insee et Eurostat |
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