Inflation Sous-Jacente : Définition et Analyse par l'INSEE
L'inflation est un terme qui vient des mots latins "inflatio, inflare" qui signifient enflure, enfler. Si l’inflation est un phénomène ancien, l’usage du terme est récent. Les dictionnaires économiques du 19ème siècle ne le mentionnaient pas. Au début du 20ème siècle, il signifiait alors une hausse abusive de la quantité de monnaie. La définition retenue aujourd’hui est celle vue plus haut. Le plus souvent on s’appuie sur le taux d’inflation qui est le taux de variation des prix d’une période sur l’autre.
Suivant la valeur du taux d’inflation, on considère que l’inflation est rampante quand la hausse des prix annuelle est entre 1 et 3%. Elle est galopante quand la hausse des prix annuelle est supérieur à 10%. Enfin, on est en situation d’hyperinflation quand la hausse des prix est supérieure à 50% par mois, soit un peu plus de 1% par jour, selon la définition donnée par Phillip Cagan en 1956.
Le plus souvent, l’inflation est mesurée par l’indice des prix à la consommation qui mesure l’évolution d’ensemble des prix des biens et services figurant dans la consommation des ménages. Il ne mesure pas le niveau absolu des prix pour une période donnée, mais la variation relative des prix entre 2 périodes qui donne l’évolution du coût de la vie. Il est calculé chaque mois, en France par l’INSEE, aux E-U par le Ministère du Travail. En 1912, le premier IPC en France fut établi à partir de 13 articles. Aujourd’hui, le panier, établi pour l'année, prend en compte 1 000 familles génériques de produits et de services (par exemple, chemise pour homme ou services paramédicaux) qui concernent plus de 200000 prix mensuels.
Cette mesure donne lieu à beaucoup de débats sur la qualité de la mesure de l’inflation tant il peut exister un écart entre inflation perçue et inflation constatée. Déjà dans les années 1960, la CGT, estimant que l’INSEE sous-estimait l’inflation, avait construit son propre indice des prix. De même avec le passage à l’Euro, de nombreuses critiques sont apparues accusant l’INSEE de sous-estimer l’augmentation des prix liée à l’Euro. Selon une enquête de la Commission européenne, les ménages européens considéraient en effet que l'inflation annuelle dans la zone euro avait atteint près de 9% entre 2004 et 2018, alors qu'elle n'avait été que de 1,6% sur la base de l'indice des prix pris en compte au niveau européen.
Outre l’indice des prix à la consommation, on peut mesurer l’inflation par le déflateur du PIB : PIB nominal / PIB réel, multiplié par 100. Le PIB nominal indique la valeur de la production aux prix courants ; le PIB réel la mesure aux prix de l’année de base, le déflateur du PIB mesure la variation de prix entre l’année courante et l’année de base. Autrement dit, il indique la part de la variation du PIB nominal imputable à une variation des prix et non à une variation des quantités produites. Le déflateur du PIB mesure les variations de prix dans tous les aspects de l’économie, contrairement à l’IPC, qui analyse uniquement les dépenses de consommation.
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Étant plus intégratif, le déflateur du PIB tend à être favorisé et utilisé principalement par les économistes.
Définition de l'Inflation Sous-Jacente
L'indice d'inflation sous-jacente est un indice désaisonnalisé qui permet de dégager une tendance de fond de l'évolution des prix. Il traduit l'évolution profonde des coûts de production et la confrontation de l'offre et de la demande.
Selon l’Insee, « l'inflation sous-jacente est ainsi plus adaptée à une analyse des tensions inflationnistes, car moins perturbée par des phénomènes exogènes ».
Plus précisément, il exclut :
- Les prix soumis à l'intervention de l'État (électricité, gaz, tabac...).
- Les produits à prix volatils (produits pétroliers, produits frais, produits laitiers, viandes, fleurs et plantes...) qui subissent des mouvements très variables dus à des facteurs climatiques ou à des tensions sur les marchés mondiaux.
De plus, l'indice d'inflation sous-jacente est corrigé des mesures fiscales (hausse ou baisse de la TVA, mesures spécifiques sur les produits...) de façon à neutraliser les effets sur l'indice des prix de la variation de la fiscalité indirecte ou des mesures gouvernementales affectant directement les prix à la consommation.
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Pourquoi Utiliser l'Indice d'Inflation Sous-Jacente ?
L'indice d'inflation sous-jacente est particulièrement utile pour les raisons suivantes :
- Analyse des tendances profondes : Il permet de distinguer les tendances de fond de l'inflation des fluctuations temporaires dues à des facteurs externes.
- Prise de décision en politique monétaire : Les banques centrales, comme la BCE, utilisent cet indicateur pour évaluer les pressions inflationnistes sous-jacentes et ajuster leur politique monétaire en conséquence.
- Prévisions économiques : Il offre une vision plus stable de l'inflation future, facilitant ainsi les prévisions économiques à moyen terme.
Comparaison avec l'Indice des Prix à la Consommation (IPC) et l'Indice des Prix à la Consommation Harmonisé (IPCH)
IPCH ou IPC ?
Il est essentiel de distinguer l'indice d'inflation sous-jacente de l'Indice des Prix à la Consommation (IPC) et de l'Indice des Prix à la Consommation Harmonisé (IPCH).
L'indice des prix à la consommation harmonisé (IPCH) est l'indicateur permettant d'apprécier le respect du critère de convergence portant sur la stabilité des prix, dans le cadre du traité de l'Union européenne (Maastricht). Il est conçu expressément à des fins de comparaison internationale. L'IPCH ne remplace pas l'indice national qui reste l'indice de référence pour analyser l'inflation en France, avec l'indice d'inflation sous-jacente.
Une première différence concerne la population concernée. Habituellement, un IPC national est destiné à déflater la consommation des ménages résidents. Cette consommation inclut (en théorie au moins) les dépenses de consommation des ménages sur le sol national et à l’étranger et exclut les dépenses sur le sol national des non-résidents (touristes, personnel d’ambassades ou de bases militaires étrangères, etc.) L’IPCH couvre la totalité des dépenses de consommation des ménages réalisées sur le territoire national, y compris par les ménages non-résidents.
Les indices de prix à la consommation harmonisés sont calculés avec des méthodes et un contenu assurant une meilleure comparabilité. La différence essentielle avec l'indice des prix à la consommation national français tient dans le traitement de la protection sociale et de l'enseignement. En effet, dans l'IPCH, seule la part à la charge du consommateur (après remboursement) est prise en compte.
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Les principales différences entre l’IPC et l’IPCH portent sur les pondérations. Les taux de croissance des prix sont identiques pour tous les postes, à l’exception de la santé.
En résumé :
- IPC : Mesure l'évolution des prix des biens et services consommés par les ménages résidant en France.
- IPCH : Permet une comparaison internationale de l'inflation, en harmonisant les méthodes de calcul entre les pays de l'Union Européenne.
- Inflation sous-jacente : Isole les pressions inflationnistes fondamentales en excluant les éléments volatils et les interventions gouvernementales.
Ces trois indicateurs fournissent des perspectives complémentaires sur l'évolution des prix et sont utilisés à des fins différentes par les économistes et les décideurs politiques.
Inflation en France Comparée à la Zone Euro
Alors que la problématique du pouvoir d’achat semble s’imposer comme un thème central de la campagne présidentielle, la France apparaît comme relativement atypique à côté du reste de nos partenaires de la zone euro. Notre taux d’inflation en 2021, calculé comme le taux de croissance de l’indice des prix à la consommation harmonisé, est parmi les plus faibles des pays de la zone euro (3,4% d’après Eurostat). Seuls le Portugal, Malte et la Finlande ont connu une moins forte progression de leurs prix.
Pourquoi cette spécificité française d’une croissance moins rapide des prix que celles de nos partenaires de la zone euro, alors même que l’élément déclencheur était relativement partagé et extérieur à la zone ; la hausse du prix du pétrole et du gaz (avant celle du prix de l’électricité) ? Une hypothèse est que le phénomène d’évolution des contributions des différents postes du fait de l’épisode pandémique a pu être plus fort dans le reste de la zone euro qu’en France.
Il reste, pour déterminer la progression de l’indice des prix à la consommation harmonisé, à multiplier ces pondérations par les taux de croissance des prix de chacun des postes de consommation. Sans surprise, les plus fortes hausses de prix sont intervenues en 2021 dans les sous-postes de consommations énergétiques du logement et des transports.
On remarque que les hausses de prix constatées en France sont également plus faibles qu’en zone euro (18,7% de hausse du prix de l’énergie pour le logement en France contre 24% en zone euro, 19,9% pour l’énergie pour les transports en France contre 31,4% en France). Cela vient renforcer le phénomène des pondérations de ces postes plus faibles en France qu’en zone euro.
Au final, l’écart de -1,6 point de croissance de l’IPCH entre le France et la zone euro s’explique principalement par les écarts des contributions des postes énergétiques : -0,4 point pour « électricité, gaz et autres combustibles pour le logement » et -0,5 point pour les carburants pour véhicules personnels, soit un total de -0,9 point pour les postes de consommations énergétiques des ménages.
Inflation Sous-Jacente : Un Indicateur de l’Inflation à Moyen Terme ?
L’indice d’inflation sous-jacente progressait de 2% en décembre 2021 par rapport à décembre 2020 quand l’indice des prix à la consommation progressait de 2,8%. Un tel écart a déjà été constaté à plusieurs reprises lorsque les prix de l’énergie progressaient rapidement (2008, 2018).
Le fait que l’indice d’inflation sous-jacente ait atteint 2% en décembre 2021 laisse penser que les tensions inflationnistes ne résultent plus seulement des tensions sur les prix de l’énergie et sont désormais beaucoup plus générales dans le système productif. Ceci est plutôt un signal que l’inflation devrait perdurer ou que l’IPC ne devrait pas redescendre très rapidement en-dessous de 2%.
Lorsque le taux de croissance de l’IPC est supérieur à celui de l’ISJ (après une forte et soudaine hausse de l’IPC), comme en 2008 et 2018, on observe traditionnellement une convergence des deux par la baisse du taux de croissance de l’IPC.
Quelle Prévision d’Inflation pour 2022 ?
L’Insee a publié le 1er février un chiffre provisoire pour le taux de croissance en glissement annuel de l’IPC : 2,9% ce qui signifie que la dynamique inflationniste semble encore enclencher en ce début d’année 2022 (le taux de croissance de l’IPCH est lui de 3,3% soit un léger repli mais ceci est certainement dû aux révisions des pondérations 2022 des différentes postes de consommation en ce début d’année).
L’acquis d’inflation est donc désormais, en tenant compte de ce premier chiffre provisoire pour 2022, de 2,1% (c’est-à-dire que l’inflation pour 2022 serait de 2,1% en variation annuelle si l’IPC demeurait tout au long de l’année à son niveau de janvier 2022 pour finir avec un glissement annuel de 0,8% en décembre 2022).
Utilisons à présent l’indice d’inflation sous-jacente pour déterminer la croissance des prix à moyen terme au-delà de cet acquis d’inflation. L’inflation sous-jacente progressait de 2% en décembre 2021. Imaginons que le taux de croissance de l’IPC rejoigne progressivement le taux de croissance de l’ISJ à la fin de l’année 2022. Dans ce cas, la variation annuelle d’inflation en 2022 par rapport à 2021 serait de 2,4% et le glissement annuel de l’IPC s’inscrirait à 2% en décembre 2022.
C’est de type de scénario que l’Insee a en tête. Il est relativement rassurant mais suppose qu’aucun autre déterminant d’inflation supplémentaire (prix alimentaires, nouvelle hausse des prix de l’énergie, hausse salariale plus forte que prévue…) ne vienne redonner du carburant à la hausse des prix. Il nous semble donc probable que le taux d’inflation 2022 (en variation annuelle) sera supérieur à 2,5% et que le glissement annuel sera encore supérieur à 2% en décembre 2022.
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