Histoire et objectifs de la Southern Christian Leadership Conference
La Southern Christian Leadership Conference (SCLC) est une organisation des droits civiques fondée en 1957, comme prolongement de la Montgomery Improvement Association (MIA), qui avait mené le boycott de Montgomery contre la ségrégation dans les bus. Fondée le 10 janvier 1957, la Southern Christian Leadership Conference (SCLC) coordonnait les actions non violentes des groupes de protestation pendant le mouvement des droits civiques.
La SCLC a été fondée à Atlanta, en Géorgie, à l'église baptiste Ebenezer et militait pour la confrontation de la ségrégation par la désobéissance civile et la protestation civile non violente. Sous la direction de Martin Luther King, Jr., l'organisation s'appuyait sur le pouvoir et l'indépendance des églises noires pour soutenir ses activités et servait de base pour agir dans le Sud, mais aussi de plate-forme d'expression nationale.
Genèse et rôle de Martin Luther King Jr.
Le catalyseur de la formation de la SCLC fut le boycott des bus de Montgomery. Conscient qu'un mouvement de masse est nécessaire pour exploiter la réussite de Montgomery, King fonde la Southern Christian Leadership Conference (S.C.L.C.). Après le succès du boycott de 1956, Bayard Rustin rédigea des propositions pour étendre les actions menées à Montgomery à d'autres villes du Sud et posa la question de la nécessité d'une organisation coordinatrice.
Après de nombreux échanges avec ses conseillers, King invita des pasteurs noirs du Sud à la Southern Negro Leaders Conference on Transportation and Nonviolent Integration (qui sera rebaptisée Southern Christian Leadership Conference) à l'Ébenezer Baptist Church d'Atlanta. Les ministres présents publièrent un manifeste appelant les Sudistes blancs à « réaliser que le traitement des Noirs est un problème spirituel fondamental… Trop nombreux sont ceux qui sont restés silencieux ». King écrivit et œuvra à faire de la SCLC une conférence appelée à coordonner l'action des protestataires locaux et à promouvoir la non-violence chrétienne comme méthode de changement social.
Objectifs et méthodes
Avec pour objectif de racheter « l'âme de l'Amérique » par la résistance non violente, la Southern Christian Leadership Conference fut établie pour coordonner l'action des groupes de protestation locaux dans tout le Sud. L'organisation faisait appel aux techniques de « direct action » : boycotts, marches et autres formes de protestation non violente, méthodes inspirées par Mahatma Gandhi, que King qualifiait de « lumière directrice de notre technique de changement social non violent ».
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La SCLC différait d'organisations comme le SNCC ou la NAACP en opérant comme une structure parapluie d'affiliés locaux : plutôt que de rechercher des membres individuels, elle coordonnait les activités d'organismes locaux comme la Montgomery Improvement Association et le Nashville Christian Leadership Council. « Le sang vital des mouvements SCLC », comme l'indiquait un de ses pamphlets, « se trouve dans les masses de personnes impliquées - membres de la SCLC et de ses affiliés locaux et chapitres ». Pour cela, des responsables de la SCLC comme Andrew Young et Dorothy Cotton formaient les communautés locales à la philosophie de la non-violence chrétienne par des programmes de formation au leadership et des écoles de citoyenneté.
La Crusade for Citizenship et les Citizenship Schools
La première grande campagne de la SCLC, la Crusade for Citizenship, débuta fin 1957, déclenchée par un projet de loi sur les droits civiques alors en discussion au Congrès. L'objectif était d'enregistrer des milliers d'électeurs privés de leurs droits en vue des élections de 1958 et 1960, avec un accent sur l'éducation civique des électeurs potentiels et la création de cliniques d'éducation électorale à travers le Sud.
Un volet moins connu mais essentiel de l'action de la SCLC fut le Citizenship Education Program (CEP). L'idée des écoles de citoyenneté naquit lors d'un atelier de 1954 à la Highlander Folk School animé par Septima Clark. Highlander prêta à Esau Jenkins 1 500 dollars pour créer une école et, en 1961, il y avait des écoles de citoyenneté gérées par sept organisations dans 21 comtés de Géorgie, Tennessee, Alabama et Caroline du Sud. Contrairement aux manifestations de masse, les classes du CEP devinrent des espaces protégés de mobilisation locale; dans les salles de classe, enseignants et étudiants, souvent issus des populations locales, discutaient des moyens d'effectuer des changements et d'aborder des problèmes définis localement.
Campagnes et actions clés
La SCLC s'est jointe à des mouvements locaux pour coordonner des campagnes de protestation de masse et des campagnes d'inscription des électeurs à travers le Sud, en particulier à Albany (Géorgie), Birmingham (Alabama), Selma (Alabama) et St. Augustine (Floride). La SCLC joua un rôle majeur dans la Marche sur Washington pour l'emploi et la liberté en 1963 et dans la campagne et la marche de Selma à Montgomery en 1965.
Réunissant plus de 200 000 personnes, la « marche sur Washington pour l'emploi et la liberté » du 28 août 1963 marqua l'apogée du mouvement non violent pour les droits civiques : c'est à cette occasion que Martin Luther King prononça son célèbre discours « I Have a Dream ». La visibilité apportée par la SCLC aux luttes pour les droits civiques posa les bases de l'adoption du Civil Rights Act de 1964 et du Voting Rights Act de 1965.
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Élargissement des objectifs : économie et pauvreté
À partir du milieu des années 1960, la SCLC élargit son champ d'action pour inclure les questions d'inégalité économique. Voyant la pauvreté comme la racine de l'inégalité sociale, en 1962 la SCLC lança Operation Breadbasket à Atlanta afin de créer de nouveaux emplois au sein de la communauté noire. Le programme s'étendit à Chicago dans le cadre de la Chicago Campaign en 1966.
En 1967, la SCLC commença à planifier une Poor People’s Campaign destinée à rassembler des milliers de pauvres à Washington pour exiger une législation fédérale garantissant emploi, revenu et logement aux personnes économiquement marginalisées de toutes origines. L'assassinat de King le 4 avril 1968 porta un coup dur à l'élan de la SCLC et affaiblit la réussite de la Poor People’s Campaign; l'organisation reprit toutefois les plans pour la manifestation à Washington comme hommage à King.
Leadership, héritage et transformation organisationnelle
Martin Luther King Jr. fut le premier président de la SCLC de sa fondation jusqu'à son assassinat en 1968. À la suite de l'assassinat de King, Ralph David Abernathy devint président de la SCLC. D'autres dirigeants influents de l'organisation incluent des récipiendaires de la Médaille de la Liberté tels qu'Andrew Young, le révérend C.T. Vivian et le révérend Joseph E. Lowery.
Grâce à ses liens avec les « Big Five » des défenseurs des droits civiques, au soutien massif des communautés afro-américaines et à l'appui d'éminents sympathisants, les compétences et l'efficacité de King et de la SCLC augmentèrent exponentiellement. La SCLC utilisa la médiatisation de ses actions et la télévision comme vecteur d'information de masse pour porter la cause des droits civiques au plan national et international.
Structure et mode d'action
La SCLC opérait en coordination avec des organisations locales et formait un réseau d'affiliés plutôt que de chercher des adhésions individuelles. Les écoles de citoyenneté transcendaient les affiliations organisationnelles et permirent la coopération entre membres de la NAACP, des secrétaires de terrain du SNCC, du CORE et de la SCLC. Ces écoles, souvent tenues par des femmes locales respectées, devinrent des moteurs de leadership communautaire, donnant confiance aux habitants pour tenter de s'inscrire sur les listes électorales.
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| Période | Campagne / Initiative | Objectif |
|---|---|---|
| 1957 | Crusade for Citizenship | Enregistrer et éduquer les électeurs noirs pour les élections 1958-1960 |
| Début 1960s | Citizenship Education Program | Éducation civique et mobilisation locale pour l'inscription des électeurs |
| 1962 | Operation Breadbasket | Créer emplois et opportunités économiques pour la communauté noire |
| 1963 | Marche sur Washington | Sensibiliser l'opinion nationale et internationale sur les droits civiques |
| 1965-1968 | Campagne de Selma / Poor People’s Campaign | Obtenir le droit de vote et lutter contre la pauvreté |
Tensions, confrontation et héritage
Vers la fin des années 1960, des tensions apparurent entre la SCLC et des groupes de protestation plus militants comme le SNCC et le Congress of Racial Equality. Dès 1962, la SCLC commença à élargir son action aux questions économiques, tandis que d'autres groupes radicalisaient leurs positions, promouvant des concepts comme le « Black Power ».
La SCLC continua néanmoins de jouer un rôle clé dans la visibilité nationale des luttes pour les droits civiques, contribuant à l'adoption du Civil Rights Act de 1964 et du Voting Rights Act de 1965. Le rôle central de la SCLC dans l'organisation et la coordination de marches et de campagnes de déségrégation fut déterminant pour faire bouger la conscience nationale et pousser le gouvernement fédéral à soutenir des initiatives de droits civiques.
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La SCLC aujourd'hui
Basée à Atlanta, la SCLC est aujourd'hui une organisation nationale avec des chapitres et affiliés répartis aux États-Unis. Sous la présidence de Charles Steele, Jr., la SCLC a déplacé son siège historique à proximité de 320 Auburn Avenue en 2007. Malgré les défis et les changements de direction après la mort de son fondateur, la SCLC demeure un acteur historique et institutionnel du mouvement des droits civiques et de ses luttes pour la justice raciale, économique et sociale.
La vie et l'héritage de Martin Luther King, Jr., et de la SCLC sont encore enseignés et célébrés, et leurs actions ont laissé des traces durables : l'inscription de l'égalité des droits dans la loi, la fin légale de la ségrégation dans de nombreux domaines, et la diffusion de tactiques de mobilisation sociale qui ont inspiré d'autres mouvements pour l'égalité aux États-Unis et dans le monde.
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