Expériences médicales nazies durant la Seconde Guerre mondiale

De 1933 à 1945, l’Allemagne nazie a entrepris une campagne de « purification » de la société allemande afin d’en éliminer les individus considérés comme une menace biologique à la « santé » de la nation. Les Nazis sollicitèrent l’aide de médecins ainsi que de généticiens, psychiatre et anthropologue formés en médecine dans le but de mettre au point une politique raciale de santé. Pendant l’ère nazie, les facultés de médecine des universités allemandes basaient leur enseignement et leurs travaux de recherche sur « l’hygiène raciale » et l’idéologie de la santé nazies.

Objectifs et catégories d'expérimentations

Des expériences médicales contraires à toute éthique (sans consentement ni aucune protection) se déroulèrent tout au long du Troisième Reich. Ces recherches pseudoscientifiques avaient pour objectif de servir l’idéologie nazie et de contribuer à la guerre en utilisant les détenus comme cobayes humains.

Expériences visant la survie militaire

De nombreuses expériences dans les camps visaient à faciliter la survie du personnel militaire de l’Axe sur le terrain. Par exemple, à Dachau, des médecins de l'armée de l'air allemande et de l'Institut expérimental allemand pour l'aviation se servirent de prisonniers pour mener des expériences sur la haute altitude. À l’aide d’une chambre à basse pression, ils pouvaient déterminer l'altitude maximale à laquelle les équipages d’avions endommagés pouvaient se parachuter. D'autres chercheurs conduisirent des expériences dites de congélation, où ils utilisaient des prisonniers pour trouver un traitement efficace contre l'hypothermie. Ces expériences incluaient notamment des injections de bactéries particulièrement puissantes et étaient exécutées par les accusés Herta Oberheuser et Fritz Ernst Fischer.

Expériences pour tester médicaments et traitements

Certaines expérimentations visaient à mettre au point et à tester des médicaments et des méthodes de traitement de blessures et de maladies que les soldats allemands pouvaient subir ou contracter au combat. Dans les camps de concentration allemands de Sachsenhausen, Dachau, Natzweiler-Struthof, Buchenwald et Neuengamme, des chercheurs testèrent sur les détenus des composés vaccinaux et des sérums pour la prévention et le traitement de maladies contagieuses telles que le paludisme, le typhus, la tuberculose, la fièvre typhoïde, la fièvre jaune et l'hépatite. Au camp de Ravensbrück furent pratiquées des greffes d'os et des expériences en vue de tester l'efficacité de médicaments nouvellement développés à base de sulfamides (sulfanilamide). Friedrich Hoffman, une pile de certificats de décès dans la main, témoigne du meurtre de 324 prêtres catholiques exposés à la malaria durant les expériences médicales menées par les Nazis dans le camp de concentration de Dachau.

Expériences à visée raciale et idéologique

Cette troisième catégorie d'expériences médicales était censée confirmer les dogmes racistes et idéologiques de la conception du monde nazie. Les plus tristement célèbres furent celles que Josef Mengele mena à Auschwitz sur des jumeaux de tous âges. Il réalisa également, comme Werner Fischer à Sachsenhausen, des expériences sur les Roms (Tsiganes) afin de déterminer comment les différentes « races » résistaient à diverses maladies contagieuses. De même, les recherches d’August Hirt à l'Université de Strasbourg cherchaient à établir « l'infériorité raciale juive ». Parmi les autres expériences épouvantables visant à promouvoir les objectifs raciaux des nazis, il faut citer aussi la stérilisation, principalement aux camps d'Auschwitz et Ravensbrück. Carl Clauberg : Spécialiste des méthodes de stérilisation.

Lire aussi: études scientifiques sur les poisons

Victimes, lieux et pratiques documentées

Les détenus des camps étaient soumis à des expériences inhumaines, sans anesthésie ni consentement. Des milliers de détenus périrent dans des souffrances atroces à cause de ces expériences. Souvent, les prisonniers cobayes à leur dépens ont péri de ces expérimentations. Mais pas tous. Parmi les rescapés des camps, certains sont ainsi revenus en France avec, outre le traumatisme de l’horreur concentrationnaire, des virus inoculés par un médecin nazi. C’était le cas d’une jeune femme, juive polonaise, arrivée à Paris à la Libération, malade. Arrêtée par la Gestapo en 1941 à l’âge de 17 ans, elle fut condamnée à mort comme résistante, puis graciée en raison de son âge. Déportée en Allemagne au camp de Ravensbrück, le 15 août 1942 elle servait de sujet à cette barbarie scientifique que l’inconscience et le cynisme des bourreaux appelaient “une opération expérimentale”. Deux médecins nazis lui firent une injection de bacile dans l’os de la jambe droite. Huit ans sont passés, non seulement la plaie locale n’a pas guéri mais l’infection s’est répandue et envahit tout l’organisme. La patiente, réfugiée en France, est en traitement à l’institut Pasteur. Mais comment la traiter : elle n’a pas su, et personne ici ne sait, la nature exacte du mal qu’on lui a inoculé. Le répertoire hitlérien des maladies injectables était infini.

Jacqueline Morgenstern, une fillette de sept ans, et future victime des expériences médicales sur la tuberculose au camp de concentration de Neuengamme. Elle fut assassinée juste avant la libération du camp. Eduard, Elisabeth, et Alexander Hornemann. Les garçons, victimes des expériences médicales sur la tuberculose au camp de concentration de Neuengamme, furent assassinés peu avant la libération. Elisabeth mourut du typhus à Auschwitz. La photographie issue de l'enquête sur les crimes de guerre montre la jambe dé

Expériences médicales nazies durant la Seconde Guerre mondiale: de l’horreur à l’éthique moderne

De 1933 à 1945, l’Allemagne nazie a entrepris une campagne de « purification » de la société allemande afin d’en éliminer les individus considérés comme une menace biologique à la « santé » de la nation. Les Nazis sollicitèrent l’aide de médecins ainsi que de généticiens, psychiatres et anthropologues formés en médecine dans le but de mettre au point une politique raciale de santé. Des expériences médicales contraires à toute éthique (sans consentement ni aucune protection) se déroulèrent tout au long du Troisième Reich.

1. Expériences destinées à assurer la survie du personnel sur le terrain et à tester des conditions extrêmes

1. De nombreuses expériences dans les camps visaient à faciliter la survie du personnel militaire de l’Axe sur le terrain. Par exemple, à Dachau, des médecins de l'armée de l'air allemande et de l'Institut expérimental allemand pour l'aviation se servirent de prisonniers pour mener des expériences sur la haute altitude. À l’aide d’une chambre à basse pression, ils pouvaient déterminer l'altitude maximale à laquelle les équipages d’avions endommagés pouvaient se parachuter. D'autres chercheurs conduisirent des expériences dites de congélation, où ils utilisaient des prisonniers pour trouver un traitement efficace contre l'hypothermie.

Des soldats soviétiques inspectent une boîte contenant un poison utilisé lors d’expériences médicales.

2. Tests de vaccins, sérums et traitements pour les blessures et maladies liées au combat

2. Celles-ci visaient à mettre au point et à tester des médicaments et des méthodes de traitement de blessures et de maladies que les soldats allemands pouvaient subir ou contracter au combat. Dans les camps de concentration allemands de Sachsenhausen, Dachau, Natzweiler-Struthof, Buchenwald et Neuengamme, des chercheurs testèrent sur les détenus des composés vaccinaux et des sérums pour la prévention et le traitement de maladies contagieuses telles que le paludisme, le typhus, la tuberculose, la fièvre typhoïde, la fièvre jaune et l'hépatite. Au camp de Ravensbrück furent pratiquées des greffes d'os et des expériences en vue de tester l'efficacité de médicaments nouvellement développés à base de sulfamides (sulfanilamide).

3. Expériences visant à illustrer l’idéologie raciste et biologique nazie

3. Cette troisième catégorie d'expériences médicales était censée confirmer les dogmes racistes et idéologiques de la conception du monde nazie. Les plus tristement célèbres furent celles que Josef Mengele mena à Auschwitz sur des jumeaux de tous âges. Il réalisa également, comme Werner Fischer à Sachsenhausen, des expériences sur les Roms afin de déterminer comment les différentes « races » résistaient à diverses maladies contagieuses. De même, les recherches d’August Hirt à l'Université de Strasbourg cherchaient à établir « l'infériorité raciale juive ». Parmi les autres expériences épouvantables visant à promouvoir les objectifs raciaux des nazis, il faut citer aussi la stérilisation, principalement aux camps d'Auschwitz et Ravensbrück.

Le Code de Nuremberg fut créé après la découverte des expériences dans les camps et après les procès jugeant les abus commis par le corps médical au cours de la Shoah.

4. Témoignages et conséquences judiciaires

Jacqueline Morgenstern, une fillette de sept ans, et future victime des expériences médicales sur la tuberculose au camp de concentration de Neuengamme. Elle fut assassinée juste avant la libération du camp. Eduard, Elisabeth, et Alexander Hornemann. Les garçons, victimes des expériences médicales sur la tuberculose au camp de concentration de Neuengamme, furent assassinés peu avant la libération. Elisabeth mourut du typhus à Auschwitz.

Le médecin nazi Carl Clauberg procéda à des expériences médicales sur des détenus au bloc 10 du camp d’Auschwitz. Josef Mengele, le médecin nazi responsable des expériences médicales et de la sélection des prisonniers pour les chambres à gaz au camp d’extermination d’Auschwitz. Une victime des expériences médicales nazies est plongée dans de l’eau glacée au camp de concentration de Dachau. Le docteur SS Sigmund Rascher supervise l’expérience. Cette photographie issue de l'enquête sur les crimes de guerre montre la jambe déformée de la rescapée polonaise de Ravensbrück et prisonnière politique Helena Hegier (Rafalska), soumise à des expériences médicales en 1942. La photographie a été utilisée comme preuve lors des procès médicaux à Nuremberg.

5. Le procès de Nuremberg et les premiers jalons de l’éthique biomédicale

En 1947, au tribunal de Nuremberg, les 20 et 21 août, seize des vingt-trois prévenus furent jugés et condamnés. Le Code de Nuremberg, posé à cette occasion, énonce des critères tels que l’information loyale, le consentement, la nécessité scientifique de l’expérience et l’évaluation des risques. Il fonde aujourd’hui la pratique des médecins et les normes éthiques internationales. En France, ce code a inspiré des réflexions ultérieures sur la bioéthique et a précédé d’autres textes fondamentaux, comme la Déclaration d’Helsinki de 1964 et la loi Huriet-Sérusclair de 1988 sur le consentement éclairé des patients.

Des témoignages et des témoignages médiatiques ont rendu compte des horreurs subies par les cobayes humains, notamment dans les lieux comme Auschwitz, Dachau, Ravensbrück et Natzweiler-Struthof. Des archives et des expositions mémorielles, telles que celles du mémorial du camp de Natzweiler et les collections historiques, portent le poids de cette mémoire et soutiennent les efforts de réconciliation et d’historicisation.

5a. Exemple marquant et révélations récentes

La Commission historique internationale de l’Université de Strasbourg a mené une étude sur l’époque 1941-1944 à Reichsuniversität Straßburg et a dévoilé que des préparations humaines de victimes des nazis existaient dans certaines collections. Elle a aussi établi des liens entre la Reichsuniversität Straßburg et le camp de Natzweiler, et mis en lumière des témoignages de victimes et des auteurs des crimes.

Des découvertes récentes ont permis d’identifier des victimes et de documenter plus de 1 000 lames contenant des échantillons de tissus provenant de préparations humaines, tout en clarifiant le rôle des médecins et des anthropologues dans les expériences.

06 1947 : le procès des médecins nazis s'achève à Nuremberg.

Impact durable sur la bioéthique et la mémoire collective

Les expériences médicales nazies symbolisent la perversion de la science au service de l’idéologie nazie. Elles ont marqué l’histoire par leur horreur et leur absence totale d’éthique. Le Code de Nuremberg et, plus tard, la Déclaration d’Helsinki, ont servi de fondement pour réguler les recherches médicales humaines.

Des survivants et des témoins continuent de rappeler l’importance de la vigilance éthique et des mécanismes de protection des patients, notamment le consentement éclairé et l’information loyale, afin d’éviter que de telles cruautés ne se reproduisent.

Tableau synthèse des domaines d’expérience

CatégorieExemples d’expériences et lieuxConséquences historiques
Survie en conditions extrêmesHauteur, congélationDéveloppement de protocoles éthiques postérieurs
Vaccins et traitementsPaludisme, typhus, tuberculose, typhoïde, hépatiteMesures de protection des cobayes, consentement post-Nuremberg
Idéologie raciale et stérilisationExpositions, expériences sur Roms et Juifs, stérilisationCode de Nuremberg, mémoire et justice
Procès et justiceProcès de Nuremberg (1946-1947)Codification éthique et normes internationales

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