Analyse des mouvements et leaders d'extrême droite en Europe
Ces dernières années, de nombreux États membres de l'Union européenne ont vu des partis politiques d'extrême droite progresser dans les urnes. En Italie, l'extrême droite est à la tête du gouvernement depuis octobre 2022. Grande gagnante des élections parlementaires du 25 septembre 2022, Giorgia Meloni, cheffe du parti postfasciste Fratelli d'Italia, est ainsi devenue présidente du Conseil des ministres. La presence de l'extrême droite au pouvoir n'est pas nouvelle dans l'histoire politique contemporaine de l'Italie. La Ligue appartenait en effet, entre 2018 et 2019, à une coalition populiste menée par Giuseppe Conte.
Depuis le 9 décembre 2025, la République tchèque est gouvernée par Andrej Babiš. Fondateur du parti "ANO". Classé à l'extrême droite, Andrej Babiš a mené une campagne anti-élites et eurosceptique, promettant de lutter contre la hausse du coût de la vie et des prix de l’énergie en réduisant notamment l'aide à l'Ukraine. Depuis octobre 2023, la Pologne n'appartient plus au club des États européens gouvernés par l'extrême droite. Lors des dernières élections parlementaires, le parti ultraconservateur Droit et justice (PiS), au pouvoir depuis 2015, a été renversé par les oppositions qui se sont alliées derrière l'europhile Donald Tusk, ancien président du Conseil européen redevenu ensuite Premier ministre. Il doit cependant cohabiter avec un président ultraconservateur, Karol Nawrocki, membre du PiS comme son prédécesseur Andrzej Duda.
Figure centrale de l'extrême droite européenne, Viktor Orbán a défendu avec vigueur son modèle de "démocratie illibérale", verrouillant les contre-pouvoirs de son pays et affaiblissant les magistrats, les médias ou les droits des minorités. En Belgique, le parti du Premier ministre au pouvoir, Bart De Wever, est affilié sur les bancs du Parlement européen aux Conservateurs et réformistes européens (CRE), groupe de droite conservatrice souvent considéré comme eurosceptique et nationaliste. Toutefois, sur sa scène nationale, le dirigeant et son parti ne sont pas classés à l'extrême droite. Bart De Wever est le leader de l'Alliance néo-flamande (N-VA), et dirige la coalition gouvernementale depuis le 3 février 2025.
En Finlande, l'extrême droite ne dirige pas le gouvernement, mais en fait partie. À sa tête depuis le 20 juin 2023, Petteri Orpo est issu du Parti de la coalition nationale, vainqueur des élections législatives d'avril 2023. Le Premier ministre gouverne en coalition avec les nationalistes du Parti des Finlandais, arrivé deuxième, le Parti populaire suédois de Finlande et les Chrétiens-démocrates. L'une des caractéristiques majeures du Parti des Finlandais consiste en la promotion d'une vision identitaire de la société finlandaise.
En Slovaquie, Robert Fico est de retour au pouvoir depuis le 25 octobre 2023. Premier ministre à deux reprises, il a mené le Smer-SD et est arrivé en tête des élections législatives de septembre 2023. Pour gouverner, il s'est notamment allié au SNS, parti d'extrême droite. Aux Pays-Bas, le PVV de Geert Wilders a fait partie du gouvernement dans une coalition dirigée par un Premier ministre indépendant. En Suède, les Démocrates de Suède soutiennent le gouvernement sans y participer directement, après avoir terminé deuxième lors des élections de 2022.
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Les différents partis d'extrême droite au pouvoir dans l'Union européenne ne s'affichent pas sous la même bannière au Parlement européen. Les Italiens de Fratelli d'Italia et les Polonais du PiS y siègent au sein du groupe Conservateurs et réformistes européens (CRE). Les eurodéputés italiens affiliés à la Ligue et leurs homologues néerlandais du Partij voor de Vrijheid siègent au sein du groupe PfE (anciennement Identité et démocratie), avec les élus français du Rassemblement national (RN). Un troisième groupe d'extrême droite voit le jour au début de la mandature actuelle (2024-2029): Europe des nations souveraines (ENS), largement composé d'AfD et d'autres formations nationalistes.
Les extrêmes droites européennes sortent exsangues et durablement discréditées du second conflit mondial; l'Italie fait toutefois exception, avec des mouvements structurés depuis les années 1940 et 1950 qui ont cherché à créer une « Internationale noire ». Le nationalisme évolue ensuite vers une Europe nacional-populiste, avec des échanges et des rencontres entre mouvements et partis d'extrême droite tout au long des années 1960 et 1970.
Les années 1980 et 1990 voient l'institutionnalisation des relations et l'émergence de coalitions gouvernementales dans lesquelles des partis d'extrême droite entrent au pouvoir, comme le FPÖ en Autriche ou le MSI en Italie. Cette dynamique se poursuit au XXe et XXIe siècles, avec des partis qui adoptent des discours xénophobes et sécuritaires, dénonçant l'immigration et le multiculturalisme, notamment dans les années 2000 et après.
Le niveau européen se caractérise par une réorganisation des groupes au Parlement: des alliances entre droite modérée et extrême droite, et une dilution du cordon sanitaire. Les motivations du soutien à l'extrême droite mêlent inquiétudes économiques et identitaires, avec des préoccupations sur l'influence de l'Europe et de la mondialisation. Des exemples choisis incluent des inquiétudes liées au coût de la vie, à l'immigration, et à la sécurité, qui alimentent le vote en faveur des mouvements d'extrême droite.
Les dynamiques de l'activisme extraparlementaire montrent une forte interconnexion avec des mouvements non institutionnels, notamment en Italie et en Allemagne, où des liens avec des partis comme l AfD et Pegida renforcent les positions anti-immigration et anti-asile. Des études et bases de données (FARPO, CFP) permettent de visualiser les réseaux de protestation et de documenter l'activisme de rue, montrant que l'extrême droite n'est pas uniquement portée par des élections mais aussi par des mobilisations civiques et des actions spectaculaires dans les médias.
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La montée de l'extrême droite en Europe se reflète aussi dans les médias: des acteurs extérieurs et des organisations chrétiennes américaines financent des plateformes ultra-conservatrices et influencent les débats locaux, amplifiant les récits anti-immigration et identitaires. Cette médiatisation contribue à banaliser les thématiques de l'extrême droite dans les sphères politiques et médiatiques traditionnelles.
Les partis d'extrême droite restent souvent hors du pouvoir à cause du cordon sanitaire; néanmoins, leur influence institutionnelle a augmenté après les élections européennes de 2024, et le PPE a commencé à coopérer avec eux sur certains textes, traduisant un recul du bloc centriste et une consolidation de l'influence extrême droite.
2.1. Le nationalisme des partis d'extrême droite européens renvoie à un « nationalisme fermé ». Cette idéologie défend inconditionnellement l'identité nationale et s'oppose à la mondialisation, l'immigration et le multiculturalisme. Des variantes existent selon les contextes nationaux: « nationalisme des exclus » en France et en Autriche, « extrémisme de prospérité » dans certains pays, et une préoccupation ouvrière dans d'autres.
Ces dynamiques dessinent une Europe où l'extrême droite s'institutionnalise, s'allie parfois avec des partis traditionnels et s'appuie sur des discours identitaires pour séduire un électorat query sur l'économie et l'identité culturelle. Les résultats électoraux et les alliances gouvernementales montrent une attraction durable et croissante, malgré le maintien d'un cordon sanitaire dans la plupart des États.
À travers ces dynamiques, les extrêmes droites restent des acteurs majeurs du paysage politique européen, non seulement lors des scrutins, mais aussi dans la construction d'un discours identitaire qui influence les formations politiques traditionnelles et les politiques publiques à l'échelle du continent.
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Tableau analytique des thèmes et acteurs
| Élément | Description | Exemples |
|---|---|---|
| Identité nationale | Préservation de l'homogénéité culturelle et défense de valeurs traditionnelles | Orbán, FN, RN |
| Immigration et sécurité | Récits anti-immigration et gestion des droits des étrangers | PVV, FPÖ, DF, RN |
| Euroscepticisme | Questionnement de la souveraineté nationale et de l'UE | PiS, Fidesz, AfD |
| Activisme extra-parlementaire | Mobilisations de rue et réseaux non institutionnels | Pegida, CasaPound |
Pourquoi l'extrême droite gagne en Europe
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