Impact de la guerre en Ukraine sur les TPE du secteur automobile
La brutalité de l'invasion de l'Ukraine par la Russie et ses conséquences économiques se répercutent dès à présent sur l'ensemble des chaînes de valeur industrielles en Europe. Les très petites entreprises (TPE) du secteur automobile, déjà fragilisées par la pandémie de Covid‑19 et la pénurie de semi‑conducteurs, se trouvent confrontées à de nouveaux risques : hausse des matières premières, ruptures d'approvisionnement, augmentation des coûts énergétiques et pression sur la trésorerie.
Contexte macroéconomique et transmission des chocs
Selon un rapport de la Coface, les conséquences économiques de la guerre en Ukraine se paient déjà par une envolée des cours des matières premières. Et cela va immanquablement entraîner une inflation dans la zone euro. D’où des risques de stagflation et de troubles sociaux, prévient le cabinet d’expertise financière. Certains secteurs comme l’automobile, les transports ou la chimie seront davantage touchés.
La guerre vient ainsi prolonger la hausse des prix des matières premières. Les perspectives quant aux prochains mois sont assez incertaines, mais les pénuries de matières premières prolongeront les hausses des prix pour l’industrie automobile.
Canaux d'impact spécifiques au secteur automobile
- Ruptures d'approvisionnement en pièces et composants : l'Ukraine est le principal fournisseur en Europe de faisceaux de câblage, pièces essentielles pour la construction de véhicules. La privation de pièces essentielles et de composants pour de nombreux constructeurs automobiles a causé la suspension de toutes activités sur plusieurs sites.
- Pénurie de métaux et matières premières : la Russie exportait d’importantes quantités de pétrole, gaz, charbon, acier laminé, métaux ferreux et non ferreux. Le nickel, essentiel pour limiter la corrosion des alliages et utilisé dans les batteries, a vu son prix fortement augmenter.
- Coûts énergétiques : les coûts de l'énergie sont devenus tellement élevés que certains fabricants préfèrent stopper leur production. Le pétrole constitue l’une des conséquences les plus immédiates pour les professionnels comme les particuliers : la forte augmentation des prix à la pompe.
- Effondrement des marchés locaux : au cours des premiers mois de la guerre, le marché russe s’est effondré de 85 %. Le marché ukrainien a vu ses immatriculations chuter de plus de 90 %.
Exemples concrets d'entreprises affectées
Les usines automobiles ukrainiennes fournissent en effet les principaux constructeurs automobiles d’Europe occidentale. En France, le groupe Stellantis a annoncé l’arrêt de la production de son site de Rennes-La Janais pour une semaine. En cause, le manque d’approvisionnement en semi‑conducteurs. Mais c’est le constructeur automobile Renault qui devrait le plus souffrir de la guerre en Ukraine. Le losange, qui détient 68 % du capital du constructeur russe AvtoVAZ, compte en effet trois usines en Russie. Renault emploie 40 000 salariés dans le pays et y vend pas moins de 500 000 voitures par an en temps normal.
De son côté, Volkswagen possède deux sites de production en Russie. Le constructeur a stoppé ses activités et interrompu ses exportations de véhicules depuis la Fédération de Russie. Plus aucun véhicule des marques du groupe n’y sera livré. Autre constructeur implanté en Russie, Mercedes.
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Vulnérabilités des TPE
Les TPE du secteur automobile, souvent spécialisées dans des niches (faisceaux, sous‑ensembles, pièces métalliques), souffrent particulièrement de la fragilité du modèle « juste à temps ». La rupture des chaînes d’approvisionnement a conduit à l’arrêt de plusieurs usines d’assemblage comme en Allemagne pour Volkswagen à Zwickau et à Dresde en mars 2022. La vulnérabilité du modèle de production lean est apparue au grand jour.
Les TPE sont aussi plus exposées aux hausses de prix des intrants (acier, aluminium, nickel, palladium, lithium, cobalt), aux coûts de l’énergie et aux fluctuations du prix du carburant. Les entreprises font actuellement face à des augmentations significatives des prix des matériaux et à des délais d'approvisionnement allongés.
Conséquences financières et opérationnelles
- Perte d'activité et recours à l'activité partielle : certaines conséquences sont immédiates comme la suspension de la production sur plusieurs sites. Les entreprises dont l'activité est affectée par les conséquences économiques de la guerre en Ukraine sont éligibles au dispositif d'activité partielle.
- Pression sur la trésorerie : la hausse des coûts et l'allongement des délais de paiement mettent à rude épreuve la trésorerie des TPE. Pour améliorer la trésorerie des fournisseurs de l'Etat, le Gouvernement s'est engagé à relever les avances dans les marchés publics.
- Renégociation contractuelle : les pouvoirs publics ont rappelé l'application d'un principe analogue à la théorie de l'imprévision pour les contrats de droit privé, permettant la renégociation si l'exécution devient particulièrement onéreuse.
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Réponses publiques et mesures d'accompagnement
Face à cette situation particulièrement tendue, des mesures d'urgence ont été mises en place pour soutenir les professionnels. Le Premier ministre a mis en place un plan de résilience économique et sociale pour faire face aux augmentations des prix des matières premières liées à la guerre en Ukraine.
- Mesures énergétiques : le Gouvernement a réduit la taxe portant sur l'électricité (TICFE) à son niveau minimal prévu par le droit européen et a mis en place un « amortisseur électricité » pour soutenir les PME et TPE grandes consommatrices.
- Aides au carburant et surcoûts : une « remise carburant » a été instituée pour tous les particuliers et professionnels; une aide spécifique a pris en compte une partie des surcoûts relatifs au gazole non routier pour les travaux publics.
- Soutien à la trésorerie et marchés publics : relèvement des avances de 20 % à 30 % pour les marchés publics de l'Etat avec des TPE/PME, simplification du guichet d'aide au paiement des factures d'énergie, et pérennisation du seuil de gré à gré à 100 000 euros pour simplifier les démarches administratives.
- Comités et médiations : création d'un comité de crise, médiation de filière et cellules de crise BTP en préfecture pour sécuriser les approvisionnements et apaiser les tensions.
Adaptations stratégiques des acteurs et opportunités
Depuis 2022, la guerre en Ukraine a conduit le secteur automobile à revoir ses chaînes de valeur en gérant de nouveaux risques. La guerre en Ukraine a amené les constructeurs à modifier leurs priorités, puisque la logique de gestion des risques est alors devenue primordiale devant l’efficacité économique.
La révision des chaînes de valeur a amené les constructeurs à diversifier leurs fournisseurs et internaliser davantage d’étapes de production. Il s’agit du rachat ou de la prise de participation dans les entreprises qui fabriquent certains composants devenus stratégiques - on parle alors d’intégration verticale. Les constructeurs ont également dû accepter les coûts liés au maintien de stocks stratégiques.
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Pour limiter les risques, l’industrie automobile européenne cherche dès lors à sécuriser l’accès aux matières premières critiques et à réduire sa dépendance vis‑à‑vis de régions politiquement instables. La transition vers une mobilité décarbonée oblige les acteurs à se tourner vers le tout électrique nécessitant métaux et terres rares, ce qui crée de nouvelles fragilités mais aussi des opportunités d'industrialisation locale.
Implications pratiques pour les TPE : actions recommandées
- Cartographier et diversifier les fournisseurs, identifier les composants critiques (faisceaux, semi‑conducteurs, métaux).
- Constituer des stocks stratégiques là où cela est économiquement viable.
- Renégocier les contrats en mobilisant la théorie de l’imprévision et en recherchant des clauses de revue de prix.
- Saisir les dispositifs publics d'aide (activité partielle, aides énergie, avances marchés publics) et participer aux médiations de filière.
- Évaluer les possibilités d'intégration verticale ou de coopération locale avec d'autres PME/TPE pour sécuriser des approvisionnements.
Perspectives
La croissance du PIB pourrait ainsi perdre des points si les flux énergétiques sont interrompus, avec des effets en cascade pour la demande automobile et pour l'activité des TPE. Déjà soumis à la pénurie des semi‑conducteurs et à la pandémie, les TPE doivent désormais conjuguer résilience financière et adaptation industrielle pour traverser cette nouvelle phase de perturbations.
La relance des ventes pourrait venir d’une offre de véhicules électriques plus petits et abordables, fabriqués sur le territoire européen avec un contenu local élevé, contribuant à réduire les dépendances extérieures. Mais cela exige des investissements et une coordination industrielle soutenue, où l'État et les acteurs privés ont un rôle clé pour accompagner la transformation.
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