Mouves et entrepreneuriat social : une chance pour la société
Trois ans après, son bilan est positif. Le Mouves est aujourd’hui plus que jamais au service de ses entrepreneurs sociaux adhérents, agissant comme un lieu d’échange, de rencontre, de réflexion autour des enjeux qu’ils rencontrent dans le quotidien de leur activité. Rapidement, le Mouves est devenu le mouvement de référence de l’entrepreneuriat social en France vis-à-vis des décideurs politiques, des médias, des acteurs économiques, mais aussi du grand public.
Une identité et des missions claires
Le Mouvement des entrepreneurs sociaux (Mouves) est un mouvement de personnes qui se retrouvent sur des valeurs, des pratiques et la volonté de construire une économie humaine qui réponde efficacement aux besoins de la société : emploi, santé, éducation, dépendance, logement, alimentation, etc. Le Mouves veut fédérer et représenter les entrepreneurs sociaux. Des entrepreneurs qui portent une vision, prennent des risques, développent et innovent, managent des équipes. Des entrepreneurs motivés avant tout par l’intérêt général, pour qui le profit est un moyen et pas une fin en soi. Des entrepreneurs qui partagent équitablement les richesses qu’ils créent.
Le Mouves a pour missions principales de construire une communauté active et ouverte d’entrepreneurs sociaux et d’acteurs partenaires, porter leurs attentes et leurs solutions dans le débat public et devant les politiques. L’objectif de Mouves est de révéler le métier d’entrepreneur social et de créer un environnement favorable à son développement.
Des réalisations et une implantation territoriale
Le Mouves est d'abord un mouvement de personnes, né de la volonté d'une centaine de dirigeantes et dirigeants d'entreprises sociales, qui ont souhaité se retrouver et échanger sur leurs pratiques qui sont celles de l'entrepreneuriat social : placer au cœur de l'activité de son entreprise l'intérêt général, bâtir un modèle économique efficace et viable, limiter sa lucrativité au profit du projet social et/ou environnemental de l'entreprise, faire vivre une gouvernance démocratique et faire la preuve de son impact. Nos adhérents ont en commun de considérer qu'il ne peut y avoir de projet social fort sans projet économique solide et cherchent à partager les richesses qu'ils créent.
Le Mouves est implanté en France, dans 10 régions et en Europe. À travers son site internet, le Mouves permet l’organisation et la participation à de nombreux événements. Le Mouves vient de terminer un tour des régions de l'entrepreneuriat social. Nous avons lancé ce tour des régions de l'entrepreneuriat social en septembre 2012 avant tout pour montrer que les entreprises sociales ne sont pas une utopie mais existent partout autour de nous, personnifiant un entrepreneuriat des territoires, au plus près de celles et ceux qui y vivent. Notre objectif était également de permettre d'initier de nouvelles alliances avec toutes les forces vives d'un même territoire et répondre aux enjeux économiques, sociaux et environnementaux auxquels il est confronté.
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Priorités pour l'Acte II
Après ce premier acte fondateur et réussi, le Mouves doit maintenant passer à un Acte II visant au renforcement de la dynamique amorcée, en s’appuyant sur un modèle économique solide et des personnalités engagées. Premier objectif pour ces trois années à venir : faire grandir encore davantage les communautés régionales mobilisées sur les problématiques des dirigeantes et dirigeants d’entreprises sociales. Des communautés qui échangent avec les acteurs politiques et économiques de leur territoire pour favoriser les coopérations et les flux d’affaires. Des communautés également engagées en faveur de la progression de leurs bonnes pratiques - égalité femme/homme, généralisation de la mesure de l’impact social, modèle économique, etc.
Second objectif : poursuivre le travail de sensibilisation visant à promouvoir l’entrepreneuriat social auprès du grand public, des médias et des nouvelles générations à travers des événements spécifiques - à l’instar du Tour des régions de l’entrepreneuriat social - , mais aussi en investissant tous les lieux et événements dédiés aux entrepreneurs, à l’entreprise, à l’économie, à l’innovation. Troisième objectif : rester l’interlocuteur privilégié des collectivités locales, du gouvernement et de la Commission européenne dès lors qu’il s’agit d’évoquer le changement d’échelle de cette autre manière d’entreprendre.
Un rôle d'interface auprès des pouvoirs publics et des médias
Parallèlement, le Mouves a réussi à faire entendre leur voix singulière dans le paysage de l’économie sociale et solidaire. Le Mouves est le premier mouvement des entrepreneurs sociaux en France. Créé en 2010, il permet la coopération de divers acteurs, le développement de structures sociales dans divers domaines et sensibilise la communauté à la cause de l’entrepreneuriat social. Rapidement, le Mouves est devenu le mouvement de référence de l’entrepreneuriat social en France vis-à-vis des décideurs politiques, des médias, des acteurs économiques, mais aussi du grand public.
Parallèlement, le Mouves devra s’attacher à être exemplaire dans ses pratiques de la même manière que ses entrepreneurs adhérents cherchent à l’être au quotidien. D’abord en achevant la construction d’un modèle économique viable et durable, bâti sur des financements diversifiés, source d’indépendance et de liberté.
Changer d’échelle : enjeux et opportunités
Le changement d’échelle de l’entrepreneuriat social et ses acteurs est au cœur du projet du Mouves. Mais est-ce vraiment une fin en soi ? Changer d’échelle, c’est aussi être mieux armé face à la concurrence, notamment celle du privé lucratif qui investit massivement des domaines d’intérêt général jusque-là préservés. In fine, le changement d’échelle, s’il est bien mené, permet aux entreprises sociales d’être plus fortes et d’avoir un impact social plus important.
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Les entreprises sociales doivent cependant faire face à des besoins spécifiques de financement au moment de leur création et lors de leur développement. À l'instar des TPE et PME "classiques", la crise économique et financière actuelle a augmenté les besoins de financement des entreprises sociales et ces besoins restent mal satisfaits. Ceci est vrai pour le financement des entreprises sociales en phase de création et d'amorçage : la taille des projets, la situation économique des porteurs, la faible capacité d'apport, l'insuffisance de garanties, le manque de visibilité et parfois le manque de rentabilité attendue les excluent des grilles ou critères de sélection des financeurs "classiques".
| Phase | Besoin | Obstacle fréquent |
|---|---|---|
| Création / Amorçage | Accès aux financements de démarrage | Faible capacité d'apport, garanties insuffisantes |
| Taille moyenne (10-100 salariés) | Investissement en fonds propres pour développement | Manque de confiance des banques classiques |
| Grandes structures | Montants importants pour changement d'échelle | Difficulté à décrocher financements au-delà d'1M€ |
Pour ces entreprises qui comptent entre 10 et 100 salariés, France Active a évalué à 43 M€ par an leurs besoins en investissement en fonds propres pour les 5 ans à venir. Selon une enquête menée en mars 2012 auprès d'un échantillon de 35 entreprises sociales et 27 investisseurs solidaires, les grandes entreprises sociales ont d'importants besoins de financement. Ces dernières chiffrent à plus de 2,5 millions d'euros en moyenne leurs besoins de financement d'ici 3 à 5 ans.
Partenariats, hybridation et reconnaissance publique
Les collaborations avec les entreprises conventionnelles et les pouvoirs publics sont plébiscitées dans ce contexte. Elles sont perçues comme positives pour le développement de leur activité respectivement à 89 et 84%. Les partenariats sont de différents types, pouvant aller des pratiques responsables (commande privée responsable, inclusion, etc.) à l'innovation sociale (expérimentation de solutions nouvelles), en passant par le mécénat (financier, en nature, de compétences) et les coopérations économiques (offre commune). Les hybridations vont également se développer sous l’impulsion des pouvoirs publics.
Alors qu’une recommandation du Conseil de l’Union européenne demande aux États membres d’élaborer sous deux ans des stratégies nationales d’économie sociale, le gouvernement français a présenté en novembre dernier sa feuille de route, au sein de laquelle on retrouve la volonté d'« ouvrir les fenêtres et de créer des ponts » avec l’économie conventionnelle. Enfin, les entreprises peuvent aller jusqu’à se transformer, comme le démontrent les sociétés commerciales de l’ESS ou les transmissions d’entreprises aux salariés sous forme de société coopérative de production (Scop).
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Impact mondial, BoP et exemples concrets
L’entrepreneuriat social a attiré l’attention ces dernières années, avec l’intensification des politiques de développement, la volonté de réduire la pauvreté dans le monde et de pourvoir les flux de revenus encore inexploités dans les pays en voie de développement. L’entrepreneuriat social s’adresse aux personnes touchées par la pauvreté et situées en bas de la pyramide des richesses dénommée ‘‘Bottom of the Pyramid’’ - désignant les 2,7 milliards de personnes vivant avec moins de 2,5 dollars par jour.
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Le modèle dit ‘‘Bottom of the Pyramid’’ (BoP) a été développé en 2005 par feu Coimbatore Krishnao Prahalad et par Stuart L. Hart. Il a pour objectif de fonder des entreprises rentables et sources de profit, tout en poursuivant une aspiration au développement, par la réduction de la pauvreté et l’augmentation du bien-être des populations dénommées ‘‘Bottom of the Pyramid people’’. Ces personnes manquent généralement de produits de base, et sont susceptibles d’être les consommateurs de ces entreprises, qui leur offrent la possibilité d’acheter des produits et services indispensables à l’amélioration de leur quotidien et à des prix justes.
Les entreprises inclusives répondent donc mutuellement à deux objectifs : elles intègrent d’une part les populations pauvres et marginalisées en tant que consommateurs du côté de la demande, et d’autre part également en tant qu’employées, distributeurs, producteurs et entrepreneurs du côté de l’offre. Les entreprises inclusives, par la poursuite d’objectifs à visée sociale, atteignent des marges bénéficiaires plus faibles, que les entreprises conventionnelles. Les entrepreneurs sociaux sont donc les catalyseurs de la transformation sociale.
Pour illustrer cette tendance, Miguel Rivera-Santos présente Cooperative Insurance Company, un assureur coopératif au Kenya, comme une belle illustration de réussite de l’entrepreneuriat social. Cette entreprise vend de la micro-assurance en utilisant les téléphones portables. En envoyant un court SMS à trois chiffres à l’assureur, les marchands informels ou tout autre personne, peuvent bénéficier d’une couverture, payée en versements d’environ 20 shillings kenyans (environ 0,02 $) à la fois […].
Effets concrets sur la pauvreté et le développement
Pourtant, l’entrepreneuriat social a véritablement contribué à la réduction de la pauvreté et de l’extrême pauvreté dans le monde - le pourcentage de personnes vivant en situation d’extrême pauvreté est passé de 44% à 10% depuis 1981. Les démarches d’entrepreneuriat social ou encore de microcrédit, participant à l’urbanisation et l’industrialisation ont permis une augmentation de l’espérance de vie de la population mondiale et surtout une baisse de la mortalité infantile dans les pays en voie de développement. Les personnes en situation de pauvreté et souvent en impossibilité d’évoluer, ont pu déménager vers les villes pour trouver de nouvelles opportunités et une vie meilleure. Les femmes deviennent des ambassadrices et des entrepreneurs du BoP, marquant un véritable progrès de développement avant tout humain.
Lors d’un épisode de famine qui touche le Bangladesh en 1974, Muhammad Yunus décide d’accorder, sur ses propres économies, des prêts à long terme à des porteurs de projets pauvres, qui ne peuvent accéder aux prêts bancaires classiques. Il développe cette première expérience de microcrédit à plus grande échelle, via la création de la Grameen Bank, qui devient un véritable établissement bancaire en 1983.
Attirer les talents et former les générations futures
Nous le constatons tous les jours : les entreprises sociales rencontrent les aspirations d'une nouvelle génération profondément marquée par les excès du capitalisme financier et qui souhaite remettre l'humain au cœur de l'économie, concilier réussite individuelle et intérêt collectif. Dans cette perspective, elles séduisent les jeunes et possèdent une grande capacité à les attirer à elles, y compris les talents de demain qui sortent des plus prestigieuses écoles de commerce ou d'ingénieurs et cela au nez et à la barbe des grands du CAC 40 ! Pour illustrer cette tendance, un sondage CSA/Avise montrait en 2010 que les entreprises sociales suscitent un engouement important auprès des jeunes puisque 75% d'entre eux choisiraient prioritairement de postuler dans une entreprise sociale.
Globalement, pour se développer à grande échelle, l'entrepreneuriat social a besoin de démultiplier trois ressources essentielles : davantage d'hommes et de femmes compétentes, davantage de marchés et davantage de capitaux. Les politiques publiques locales, nationales et européennes en faveur des entreprises sociales doivent se concentrer sur ces trois défis. D'abord plus d'hommes et de femmes compétents et entreprenants. Ensuite, il est nécessaire pour les entreprises sociales d'avoir davantage accès aux marchés publics, privés et citoyens car il n'y aura pas d'entreprises sociales durablement innovantes sans débouchés commerciaux, sans marchés assurant une viabilité économique.
Innovation sociale et mesure d'impact
Parmi les voies que la France doit emprunter pour sortir d’une crise économique qui dure, celle de l’innovation est dans toutes les têtes. Comme toute innovation, l’innovation sociale nécessite d’investir dans la R&D, de s’entourer d’experts et bien sûr de prendre des risques. Mais sa caractéristique principale est d’impliquer dans l’invention, l’expérimentation, la diffusion et l’évaluation de l’offre tous les acteurs - en premier lieu les usagers - concernés. Multiforme, elle a recours autant aux sciences humaines et sociales qu’aux technologies numériques.
Les entrepreneurs sociaux partagent le fait d’œuvrer pour le bien commun plutôt que pour l’intérêt de quelques-uns. Des outils et des méthodes sont ainsi nés pour permettre de l’évaluer. Et bien qu’ils soient encore peu utilisés - l’évaluation de l’impact social est encore une pratique naissante, peu généralisée - les entrepreneurs sociaux sont de plus en plus nombreux à se lancer dans cette démarche.
Visibilité, perception publique et cadre réglementaire
La 11e édition du baromètre OpinionWay de l’entrepreneuriat social pour Convergences montre que l’entrepreneuriat social bénéficie d’une perception positive de l’opinion publique qui le lie à la lutte contre les inégalités sociales et environnementales, et plus globalement à des valeurs éthiques. Le résultat du baromètre permet d’abord de souligner que la notoriété du concept d’entrepreneuriat social progresse (+7 points en deux ans pour atteindre 38%), tandis que celle d’entrepreneuriat à impact reste stable (11%).
Depuis le 1er janvier 2024, la nouvelle directive européenne Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD) commence sa mise en application progressive jusqu’en 2028. Elle va placer le principe de double matérialité au cœur des entreprises, c’est-à-dire évaluer non seulement les impacts des enjeux de durabilité sur leur performance, mais aussi les impacts de leurs activités sur la société et l’environnement. C’est dans ce contexte, alors que le monde de l’entreprise s’apprête à vivre une petite révolution, que le baromètre a été réalisé.
Des exemples français inspirants
Plein d'exemples ! Xavier Corval a fondé l'entreprise sociale Eqosphère, pour lutter efficacement contre le gâchis alimentaire. Il a développé une plateforme web qui met en relation "en temps réel" grands distributeurs et associations. André Dupon, Président du groupe Vitamine T, a souhaité concilier innovation sociale et innovation technologique. L'entreprise emploie près de 3000 salariés en insertion et a déposé de nombreux brevets pour des technologies permettant de revaloriser des produits jusqu'ici non recyclables : écrans plats, matelas, etc. Quant à Florence Gilbert, elle dirige Voiture & Co, dont l'activité principale consiste à accompagner les publics les plus fragiles vers une mobilité durable et solidaire.
La mobilité étant un facteur majeur d'insertion sur le marché du travail, Voiture&Co a permis en 2012 à plus de 4000 chômeurs de retrouver un emploi en leur donnant les moyens d'une mobilité adaptée à leurs besoins. Les dirigeants d'entreprises sociales sont ainsi issus de parcours très différents : certains, venant du "terrain", ont souhaité s'émanciper en créant leur propre entreprise. Notre président, Jean-Marc Borello a débuté comme éducateur social avant de bâtir le Groupe SOS, devenu depuis l'une des success stories de l'entrepreneuriat social français. D'autres ont eu, dès le départ, une réelle volonté de créer leur entreprise tout en étant tournés vers l'intérêt général.
Comment encourager la création d'entreprises sociales ?
Dans un contexte socio-économique extrêmement tendu, où 17,6% des français estiment leurs besoins sociaux non satisfait, le terreau est favorable à l'émergence de nouvelles solutions. Les entreprises sociales sont par définition positionnées sur des secteurs d'intérêt général, qui répondent à des besoins intangibles et durables des populations, accentués par la crise que nous traversons, comme la santé, la lutte contre l'exclusion, l'éducation, la préservation de l'environnement.
Pour aller plus loin, il me semble que l'on ne devient pas entrepreneur social par hasard. C'est un cheminement, plus ou moins évident, plus ou moins tortueux, mais dont le moteur est toujours un caractère, animé d'une volonté profonde de relever un défi, concrétiser un projet, en prenant les risques qui s'imposent. Les politiques publiques locales, nationales et européennes en faveur des entreprises sociales doivent se concentrer sur ces défis : formation, accès aux marchés et capitaux.
Actualité
Le grand rassemblement des entrepreneurs sociaux du Mouves est prévu pour le 5 juillet à Montreuil.
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