Procédure de redressement judiciaire de Norwegian Air Shuttle : une double liquidation et ses impacts sur les salariés français
La compagnie aérienne norvégienne Norwegian Air Shuttle, ancienne pionnière du low cost long-courrier, est aujourd’hui au cœur d’une crise profonde, marquée par l’ouverture simultanée d’une procédure de liquidation judiciaire de sa filiale française, Norwegian Air Resources Limited (NARL), en France et en Irlande. Cette double procédure soulève de nombreuses questions juridiques, économiques et sociales quant à la gestion de la faillite et aux conséquences pour les salariés français, laissés sans rémunérations depuis plusieurs mois.
Le contexte international et la double liquidation judiciaire
Norwegian Air Resources Limited est une société établie en Irlande, filiale du groupe Norwegian dont le siège social se trouve en Norvège. La succursale française, Norwegian Air Resources France (NAR), est juridiquement rattachée à cette entité irlandaise. Le 1er mars 2021, la justice irlandaise a placé la société NARL en liquidation judiciaire. Parallèlement, le 6 mai 2021, le Tribunal de commerce de Bobigny a ouvert une procédure de liquidation judiciaire concernant la branche française.
Cette démarche simultanée dans deux pays traduit une complexité juridique accrue, compliquant la gestion de la faillite et impactant directement les 286 salariés français, dont 145 pilotes, 136 personnels de cabine et 5 personnels administratifs, qui n’ont plus été payés depuis plus de deux mois.
Face à cette situation, les salariés, soutenus par les syndicats, ont manifesté en février 2021 devant l’ambassade de Norvège à Paris, revendiquant notamment l’ouverture d’une procédure de liquidation en France afin de bénéficier de l’assurance garantie des salaires (AGS). L’audience devant le tribunal de commerce de Bobigny, prévue pour désigner un mandataire judiciaire en France, représente un espoir crucial pour débloquer les fonds nécessaires à la rémunération des employés.
Les difficultés liées à la gestion financière et sociale
La succession d’actions en justice reflète aussi des désaccords autour de la gestion du plan de sauvegarde de l’emploi (PSE). Le 25 mai 2011, un PSE avait été homologué par les autorités françaises conduisant à la suppression de 271 emplois dans la filiale française. Ce plan a été contesté par les salariés auprès de la justice administrative, qui a toutefois confirmé sa validité en mai 2022, estimant que le PSE était proportionnel au regard de l’appartenance à un groupe international.
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Cette décision de la Cour administrative d’appel de Paris a été critiquée, notamment parce que le PSE ne comportait aucune mesure d’accompagnement significative, se concentrait sur des dispositifs classiques et que les indemnités furent uniquement assurées par des organismes français, sans implication financière visible de la société irlandaise ni de la maison mère norvégienne.
À cela s’ajoute l’opacité dans la communication d’informations financières essentielles aux représentants du personnel, les documents transmis n’éclairant pas clairement la situation économique globale du groupe.
Tableau récapitulatif des événements clés
| Date | Événement |
|---|---|
| 1er mars 2021 | Ouverture de la liquidation judiciaire de NARL en Irlande |
| 6 mai 2021 | Procédure de liquidation judiciaire de la succursale française ouverte à Bobigny |
| 25 mai 2011 | Homologation du plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) |
| 12 mai 2022 | Validation judiciaire du PSE par la Cour administrative d’appel de Paris |
| Février 2021 | Fermeture de l’antenne parisienne et début des impayés de salaires |
| Avril 2021 | Prise de contact des ministres français avec l’Irlande et la Norvège pour débloquer la situation |
Les conséquences humaines et juridiques
Privés de salaires depuis plus de deux mois, près de 300 salariés français se trouvent dans une situation financière critique, certains risquant de perdre leur logement faute de moyens. Les élus syndicaux dénoncent un manque de dialogue et d’urgence de la part du liquidateur irlandais, accusé de freiner l’accès aux documents nécessaires pour la prise en charge des créances salariales par l’AGS.
Une autre procédure est engagée devant le tribunal de commerce de Bobigny pour contraindre le liquidateur irlandais à transmettre les informations indispensables, avec une audience prévue le 21 mai. Cette situation conduit également à un blocage de dispositifs assurantiels tels que l’assurance chômage, creusant davantage la précarité des salariés.
Les ministres français du Travail et des Transports ont réagi en soulignant que « cette situation n’est pas acceptable » et insisté sur les obligations légales applicables aux entreprises dans les procédures de liquidation transfrontalières.
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Les racines de la crise : l’échec du modèle low cost long-courrier
Fondée au début des années 1990, Norwegian Air Shuttle s’était rapidement imposée sur le marché low cost, notamment grâce au lancement innovant en 2012 de vols long-courriers à bas prix entre l’Europe et les États-Unis. Malgré un grand succès commercial et l’ouverture de nombreuses bases en Europe, la rentabilité du modèle s’est progressivement érodée.
Dès 2018, la compagnie affichait des signes de déclin sous l’effet conjugué de la hausse des prix du pétrole et des taux d’intérêt, ainsi que la concurrence accrue et la faillite de rivaux low cost long-courrier comme Primera Air ou Wow Air. La crise sanitaire de 2020 a cependant sonné le glas de cette stratégie, avec un effondrement du trafic passagers (de 36 millions en 2019 à seulement 6,8 millions en 2020) et des licenciements massifs, notamment en France.
Confrontée à un endettement massif et au refus du gouvernement norvégien d’accorder de nouveaux prêts, Norwegian a dû abandonner son modèle transatlantique et recentrer ses opérations sur les liaisons intérieures nordiques et touristiques européennes. Ce recentrage s’accompagne malheureusement de nouvelles suppressions d’emplois, dont celles des 286 salariés français concernés.
Norwegian Air Shuttle propose la première liaison aérienne transtlantique low cost - corporate
Perspectives pour Norwegian et ses salariés
Malgré ces difficultés, la direction de Norwegian affiche la volonté de « redevenir la compagnie low cost de référence sur le marché scandinave », ce qui nécessite toutefois une restructuration financière importante. Le groupe cherche à lever entre 380 et 480 millions d’euros auprès de nouveaux investisseurs, tandis que les actionnaires actuels verront leur participation fortement diluée.
Le succès de cette levée de fonds dépendra en grande partie de la reprise du tourisme et de la capacité de Norwegian à faire face à la concurrence de compagnies bien financées comme Wizz Air ou SAS.
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Pour les salariés français, l’enjeu principal demeure la validation des procédures de liquidation en France, l’accès aux documents, et surtout la garantie du paiement des salaires et indemnités grâce à l’AGS, seule vraie voie de sortie à court terme.
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