Part des salaires dans la valeur ajoutée des sociétés non financières en 2011 et son contexte macroéconomique
La valeur ajoutée (VA) est répartie entre le travail et le capital. Cette répartition est au cœur de la lutte et du rapport de force entre les travailleur·ses et leurs syndicats et le patronat. Le graphique ci-dessus illustre une grande rupture historique : les années 1980 marquent la fin des « trente glorieuses » et le début du « néolibéralisme », période durant laquelle la croissance était associée à une hausse continue des salaires et à une part du travail élevée dans la VA. Dès lors, la part revenant aux salaires chute et se stabilise, souvent à des niveaux historiquement bas.
Cadre conceptuel et notions clés
Valeur ajoutée: le PIB après soustraction des consommations intermédiaires, additionnant rémunération du capital (EBE et revenu mixte hors rémunération du travail non salarié), rémunération des salariés et des indépendants, et fiscalité indirecte.
Part du travail: rémunération des travailleurs salariés et indépendants dans la VA. Part du capital: l’EBE, c’est-à-dire le solde du compte d’exploitation après rémunération du travail et avant amortissements. Le surplus distribuable représente la part de la croissance du PIB, en termes réels, disponible pour augmenter la rémunération horaire des travailleurs et la rémunération de chaque unité de capital.
Les impôts indirects et la fiscalité omise dans l’analyse du surplus distribuable complètent le cadre. La PGF (productivité générale des facteurs) explique les gains de productivité qui alimentent le surplus distribuable.
Évolution et données clés liées à la période 2010-2016
La baisse générale de la productivité s’est traduite par une diminution du surplus distribuable, qui influence la part de la rémunération du travail et celle du capital. Dans l’Hexagone, la part du travail montre une évolution contrastée par rapport à d’autres grands pays européens et au Royaume-Uni. L’originalité de la France tient à une absorption quasi complète du surplus distribuable par la part du travail, contrairement à des pays comme l’Allemagne, l’Espagne ou l’Italie où le surplus a été majoritairement capté par le capital.
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Comparaison internationale sur 1995-2015 montre que, sauf le Royaume-Uni, la part du travail dans la VA a globalement reculé avant la crise et s’est redressée temporairement durant 2008-2009. À partir de 2010, la part du travail en France évolue différemment des autres pays, avec une stabilisation ou légère augmentation, alors que la part du capital reste globalement moins élevée que dans les autres grandes économies.
En Allemagne, par exemple, le surplus distribuable est absorbé en moyenne 0,6 par le travail, 0,1 par le capital, et 0,1 par la fiscalité, avec une évolution structurelle marquée par une forte part du travail et une croissance du capital limitée sur certaines périodes. Le Royaume-Uni voit l’inverse: une progression notable de la part du travail grâce à des hausses salariales et à l’emploi soutenu. En France, l’évolution est plus modérée et montre une quasi-stabilité de la part du travail, malgré une hausse de l’intensité capitalistique qui est compensée par une progression des salaires réels.
- La part du travail dans la VA est en question dans le cadre des débats publics et des analyses macroéconomiques sur le partage des richesses.
- La littérature économique présente le « théorème de Schmidt » comme piste théorique reliant profits et investissements à l’emploi, mais les effets réels montrent une financiarisation croissante et des effets ambivalents sur l’emploi et les services publics.
Note de lecture: En 2024, la part de la rémunération des salarié·es dans la VA brute des sociétés non financières était de 65,6 %. La VA est la richesse créée par les travailleurs et se répartit entre le travail et le capital. Cette répartition reflète des dynamiques économiques structurelles et des choix politiques, notamment en matière d’investissement et de redistribution.
Portée historique et comparaison européenne
La part du travail dans la VA a globalement reculé avant la crise dans la plupart des grands pays avancés (sauf le Royaume-Uni), puis s’est redressée temporairement en 2008-2009. À partir de 2010, la France voit la part du travail presque stable, avec une légère progression par rapport à ses pairs, tandis que les parts du capital restent plus faibles en France que dans d’autres États.
La France se distingue par une faible hausse de la part du travail après 2010 et une persistance d’un niveau élevé de dépense en capital pour financer l’investissement. Le tableau des résultats montre que les marges et les revenus du capital, bien que fluctuants, ne contredisent pas une priorité accordée à l’investissement et à l’emploi selon les analyses macroéconomiques de Trésor-Eco.
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Tableau synthétique des tendances (illustratif)
| Période | Part du travail dans VA (%) | Part du capital (EBE) dans VA (%) | Remarques |
|---|---|---|---|
| 1990 | 22 | 13 | Industrie en repli |
| 2009 | 15,1 | 5,3 | Crise financière |
| 2010-2015 | 0,6% | 0,7% | France quasi-stable |
| 2020 | 65,6 | 34,4 | Rémunération des salarié·es |
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Implications pour les politiques publiques
Le point central demeure: la part du travail dans la VA est un indicateur structurel du pouvoir de négociation entre travailleurs et employeurs, et elle est influencée par la productivité et les choix d’allocation des profits. Les résultats macroéconomiques appellent à une réflexion sur l’efficacité des mécanismes de redistribution et sur la soutenabilité de l’investissement privé et public dans une économie moderne.
En conclusion, la dynamique française apparaît comme un cas spécifique: une stabilisation relative de la part du travail dans la VA malgré une croissance du capital et une productivité fluctuante, ce qui nourrit le débat sur le rôle des salaires et sur les mécanismes de financement de l’investissement et de l’emploi.
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