Qui finance le MAK — Mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie ?

Ce dimanche 14 décembre, le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) déclarera son indépendance de l’Algérie par la voix de son fondateur et président, Ferhat Mehenni. « Il n’y a pas de retour en arrière possible », nous confiait ce dernier à quelques jours de cet « événement historique ». Le MAK est un mouvement politique indépendantiste kabyle créé le 5 juin 2001 dans le sillage du Printemps noir de Kabylie, vague de contestation contre le pouvoir algérien marqué par une répression meurtrière.

Origines, leadership et revendications

À l’origine baptisé Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie, il revendiquait d’abord un statut d’autonomie régionale au sein de l’Algérie. Il est aujourd’hui dirigé par Ferhat Mehenni, figure du mouvement culturel amazigh, ancien chanteur et militant du printemps berbère de 1980. Exilé en France, le septuagénaire préside également un « gouvernement provisoire kabyle en exil », proclamé à Paris en 2010 (ANAVAD). Le mouvement se réclame pacifiste, laïc et inscrit son combat dans le cadre du droit international - notamment le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

La qualification d’organisation terroriste et les accusations

En mai 2021, les autorités algériennes classent le MAK comme « organisation terroriste », dénonçant des complots violents et des financements étrangers. Des accusations contestées par le mouvement. « Nous sommes un mouvement pacifique qui refuse de s’engager sur la voie de la violence », insistait récemment auprès du JDD Ferhat Mehenni. Cette qualification n’est pas reprise par plusieurs pays occidentaux.

Le 25 avril 2021, le ministère algérien de la Défense Nationale (MDN) publie un communiqué dans lequel il informe que ses services de sécurité ont permis à la fin du mois de mars, le démantèlement d'une cellule criminelle composée de partisans du "MAK", des ‘’séparatistes’’ impliqués dans la planification d'attentats et d'actes criminels. Ce communiqué ajoute que l’armée algérienne a procédé à la saisie d’armes de guerre et d’explosifs destinés à l’exécution de plans criminels. En guise de preuve pour ses allégations, le ministère fait référence à des aveux d’un dénommé « H. Nouredine », présenté comme un ex-membre du MAK.

Le 26 avril 2021, le mouvement MAK-ANAVAD contre-attaque. Un démenti sera communiqué par le MAK-Anavad au lendemain du communiqué du MDN, au travers de l’AFP qui accordera un droit de réponse à ce mouvement. Le Président du MAK-Anavad, dans son allocution, mit au défi le pouvoir algérien, d’apporter les preuves de ses accusations et de présenter l‘identité de ce fameux H. Noureddine et une quelconque preuve de l’accusation proférée contre le MAK. La ligne de conduite du MAK depuis 20 ans, repose sur la lutte politique et pacifique pour le « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». A date, aucun événement de violence ne peut être rattaché à cette lutte, ni en Kabylie et encore moins à l’étranger.

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Les soutiens internationaux - réalités et controverses

Considéré comme une organisation terroriste par le pouvoir d’Alger, le MAK, dirigé par Ferhat Mehenni, a su s’attirer l’appui du Maroc et d’Israël, et cherche le soutien des Etats-Unis. Le MAK bénéficie de relais politiques marginaux en Europe. Si le MAK s’appuie largement sur la diaspora kabyle, notamment en France et en Amérique du Nord, sa voix se fait également entendre sur le terrain. Ses appels au boycott électoral ont rencontré un certain succès. Lors de l’élection présidentielle de décembre 2019, la région avait enregistré un taux de participation de 0,18 % à Béjaïa et 0,04 % à Tizi-Ouzou - les deux principales wilayas (préfectures) de la région, qui comptabilisent environ trois millions d’habitants.

Selon des enregistrements déposés cette semaine au ministère américain de la Justice, le MAK a recruté Elisabeth Myers, une avocate américaine, pour le représenter à Washington. Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les États-Unis ont tenté d’éloigner l’Algérie de l’orbite de Moscou. On pense que les Amazighs représentent environ 20 % des 44 millions d’habitants de l’Algérie. Leur culture et leur langue ont été historiquement réprimées par le gouvernement algérien.

Financements allégués et sources possibles

Des accusations formulées par Alger évoquent des financements étrangers en lien avec des puissances régionales et internationales, mais ces accusations sont contestées par le MAK. Les soutiens évoqués dans les médias comprennent des relais politiques en Europe et des appuis supposés du Maroc et d’Israël, ainsi que des démarches auprès des États-Unis via des cabinets et avocats. Le MAK s’appuie aussi largement sur la diaspora kabyle, notamment en France et en Amérique du Nord, qui contribue à la visibilité et au soutien matériel et politique du mouvement.

Actions médiatiques et diplomatiques

Depuis son exil en France, le président du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK), Ferhat Mehenni devrait annoncer le 14 décembre l’indépendance de la région à majorité berbère du nord de l’Algérie. Enregistré en France, le MAK est aussi une des pierres d’achoppement sur le chemin du réchauffement diplomatique entre Paris et Alger. La France est un terrain de jeu politique du MAK puisque, par le biais d’une association créée à Paris, il avait proclamé, en 2010, le gouvernement provisoire kabyle, une allusion non feinte à la proclamation du gouvernement provisoire de la République algérienne, le 19 septembre 1958 au Caire.

Le 14 décembre, le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) s’apprête à franchir un pas décisif depuis Paris, celui de la déclaration de son indépendance. “Peur sur la Kabylie”, titre Le Matin d’Algérie, très implanté dans la région berbère. “À quelques jours de la déclaration d’indépendance de la Kabylie, les réseaux sociaux s’emballent et sont inondés de commentaires incendiaires, souvent frisant l’insulte, entre les partisans du ‘pour’ et ceux du ‘contre’. […] C’est un véritable vent de folie qui souffle sur nos compatriotes, tant il est vrai que les enjeux sont immenses.”

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rassemblement du MAK aujourd'hui à Paris .

Contexte algérien : répression, discours et guerre de l'information

Le Printemps Noir (Avril) 2001, théâtre de l’assassinat de plus de 120 jeunes manifestants pacifistes kabyles par la Gendarmerie algérienne, au moyen de balles explosives (plus de 5000 blessés dont plus d’un millier d’handicapés) marque un tournant décisif dans la relation Algérie - Kabylie. En juin 2001, le Mouvement pour l’Autonomie de la Kabylie (MAK) voit le jour et porte le projet de l’autonomie régionale, pour mettre un terme à cette confrontation permanente entre le pouvoir algérien et la Kabylie. Ce mouvement évoluera quelques années plus tard vers l’Autodétermination avec un objectif exprimé : L’indépendance.

Les autorités algériennes ont développé plusieurs stratégies de guerre de l’information pour contrer l’opposition kabyle. Le durcissement des éléments de langage s’est illustré par des déclarations publiques parfois racistes et des appels à la répression envers les militants souverainistes kabyles. Durant la période 2019 - 2021, plusieurs appels à caractère raciste anti-kabyle de la part de députés et de membres du gouvernement algérien ont été émis, sans qu’aucune sanction ne soit prononcée.

Le 20 avril 2021 est aussi la date du lancement du référendum d’autodétermination pour l’indépendance de la Kabylie (par voie électronique), par le MAK-Anavad. Le 11 mai 2021, la loi régissant le scrutin du référendum pour l’autodétermination de la Kabylie est promulguée et rendue publique, sur le site du Journal Officiel de l’Anavad (modalités, conditions, garanties et processus du scrutin…). Une semaine plus-tard, le Haut Conseil de Sécurité (HCS) de l'Etat Algérien classe le MAK sur la « liste des organisations terroristes » et de « les traiter comme telles». Le même jour, Mr Ferhat Mehenni, Président du MAK-Anavad est placé en garde à vue à Paris.

Cas emblématique : l'affaire Christophe Gleizes

Longtemps réduit au cercle des observateurs des tribulations politiques algériennes, le Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie (MAK) a acquis une visibilité inédite avec l’affaire Christophe Gleizes. Le 29 juin, ce journaliste français a été condamné à sept ans de prison pour « apologie du terrorisme » par le tribunal de Tizi Ouzou, après avoir passé treize mois sous contrôle judiciaire - son procès en appel pourrait se tenir à l’automne. Parti en reportage en Algérie pour le magazine So Foot, il est coupable, aux yeux de la justice algérienne, d’avoir entretenu des contacts avec ce mouvement indépendantiste classé depuis 2021 comme organisation terroriste par Alger.

Qui finance réellement le MAK ? Synthèse des éléments publics

  • Appuis diplomatiques et lobbying : enregistrement d’avocats et représentants à Washington, démarches auprès d’institutions internationales (lettre à l’ONU, recours juridiques et communication).
  • Soutiens politiques externes allégués : médias et analystes évoquent des relais pour le MAK auprès de certains États régionaux (citations parlant d’un appui politique du Maroc et d’Israël) ; ces allégations restent controversées et font l’objet d’accusations réciproques entre Alger et le MAK.
  • Rôle de la diaspora : la diaspora kabyle en France et en Amérique du Nord constitue un soutien matériel, politique et médiatique important au mouvement.
  • Financements indirects : collecte de fonds via associations, mobilisation communautaire et potentiels soutiens privés non publics - aucun document public incontestable ne permet de tracer l’ensemble des flux financiers de manière transparente.

Tableau récapitulatif (sources et nature du soutien)

Type de soutien Acteurs évoqués Niveau de preuve publique
Lobbying / représentation Cabinets et avocats aux États-Unis, avocate Elisabeth Myers Documents déposés au DOJ (mentions publiques)
Soutien diplomatique allégué Maroc, Israël (médias) Allégations médiatiques et diplomatiques, contestées
Soutien de la diaspora Communautés kabyles en France, Amérique du Nord Observations publiques et mobilisations visibles
Accusations d'État (financement illégal) Autorités algériennes Communiqués et communiqués de presse, contestés par le MAK

Enjeux géopolitiques et conséquences sur les relations internationales

Enregistré en France, le MAK est aussi une des pierres d’achoppement sur le chemin du réchauffement diplomatique entre Paris et Alger. Le président du Mouvement pour l’autodétermination de la Kabylie, Ferhat Mehenni, est photographié lors d’un rassemblement de soutien à l’écrivain Boualem Sansal, le 26 janvier 2025 à Paris. Pour le régime algérien en tout cas, il ne fait aucun doute que le MAK s’inscrit “dans un projet visant à cibler l’Algérie” depuis Paris où le mouvement indépendantiste a trouvé refuge.

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Après l’importation de plus d’un million de moutons en Algérie pour l'Aïd-el-Kébir, ces arrivages font l’objet d’une vaste enquête qui embarrasse le pouvoir algérien. Quatre ans après la crise diplomatique provoquée par le revirement de Madrid sur le Sahara occidental, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez est attendu à Alger. Gaz, migration et coopération économique figurent au cœur de cette visite destinée à relancer les relations entre les deux pays. Les questions kabyles et MAK s’insèrent ainsi dans un jeu d’alliance et de rivalités régionales plus large.

Perspectives et incertitudes

Le droit des peuples à l’autodétermination demeure un pilier du droit international contemporain. Ce droit peut cependant être instrumentalisé par certaines puissances, et les règles de reconnaissance d’un nouvel État sont multiples. La Kabylie, comme nation sans État, cherche à tirer profit des voies légales et pacifiques, en s’appuyant sur le droit international. Les prérequis à cette autodétermination sont multiples, dont celui de la légitimité. La naissance des nouveaux États se fait principalement dans la violence (à quelques exceptions près). Or, depuis quelques années, les Nations sans États, à l’image de la Kabylie, ont su innover pour tirer profit des voies légales et pacifiques, en s’appuyant sur le droit international.

Les éléments publics disponibles montrent des mouvements de soutien diplomatique et juridique, des allégations d’appui de certains États régionaux et une importante mobilisation de la diaspora. En revanche, l’existence de financements massifs et structurés en provenance d’États étrangers reste, publiquement, mal documentée et largement contestée.

L’affaire du MAK illustre enfin comment la question kabyle est à la fois une question intérieure algérienne et un enjeu extérieur qui influe sur les relations entre l’Algérie, la France et d’autres acteurs régionaux et internationaux.

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